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20/06/2012

SuperPsy

Le décès récent de Psyblog m’a fait un peu réfléchir sur tout ce que le psychologue peut encaisser tout au long de son boulot.

Je ne vais pas vous faire long laïus plaintif et lacrymal sur ah-la-la-qu-il-est-lourd-mon-boulot.
Tout simplement parce qu’il est lourd. Point.
Ce n’est pas une vue de l’esprit ou un jugement : c’est un fait.
Il est lourd, mais c’est mon boulot, je l’ai accepté comme cela et j’ai été formé pour ça. Pas question de rentrer dans une longue plainte un peu exhibitionniste en vous parlant en détail de toutes les situations lourdes émotionnellement que j’ai du gérer et vous pointant les côtés les plus sordides à chaque fois.

On en prend plein la gueule, c’est un fait. Surtout à l’hôpital
Puisqu’à l’hôpital, lorsqu’une situation est « trop lourde » sur un plan psychologique, on appelle le psy.
C’est normal hein, là encore. C’est juste pour vous dire que ma patientèle est faite de ces patients qui deviennent trop lourds émotionnellement à gérer pour les autres soignants.
Moi je ne vois pas de patients psychiatriques. Je suis en médecine, donc je vois ceux qui sont atteint d’une pathologie médicale et pour qui c’est difficile, ceux qui ont subis des violences physiques ou sexuelles, ceux qui sont en fin de vie…
.
Là où ça devient difficile, c’est qu’on me considère comme surhumain.
Oui je suis formé, oui c’est mon métier, mais pour autant, puis-je tout encaisser sans séquelles ? Et bien, non, le scoop, c’est que moi aussi je suis humain.
Or, lorsque le besoin se fait sentir dans le service pour le psychologue de « débriefer », d’organiser des groupes de travail sur certains patients, certaines pathologies, de prendre du temps pour réfléchir à ce qui s’est passé pour moi dans cette consultation là, ouh là, ça devient complexe.
Parce qu’à l’hôpital, tout est urgent.
On est pris dans un maelstrom de choses urgentes, de demandes, d’impératifs. Tout doit être géré de suite, dans l’urgence, dans l’agir, dans le faire.
Or, émettre un autre son de cloche, vouloir sortir de l’urgence habituelle, dire que là, on a besoin de se poser, rencontrer d’autres collègues, réfléchir et échanger un peu sur certains patients, on nous fait bien comprendre que ça colle pas avec l’activisme du service.
Genre vos réunions bla-bla c’est bien gentil mais bon, y’a du boulot quoi !

Et ça j’ai du mal.
Je n’ai qu’un seul outil en consultation : c’est moi-même.
C’est à moi qu’on dit les choses. Ce sont mes émotions qui sont mobilisées dans la consultation, même si je sais les reconnaitre, et les empêcher d’envahir la relation.
Mais l’outil, c’est moi. Et pour le dire objectivement, on ne ressort pas indemne de certaines consultation. On a besoin d’en reparler, d’y réfléchir, de prendre de la distance.
Sinon on est tellement pris dans le faire, dans l’urgence, qu’on n’arrive plus à développer une relation singulière, et autre, avec le patient.
Or si je n’arrive plus à proposer autre chose que ce que les autres soignants proposent, à quoi je sers ?
Si l’outil risque de s’abîmer, alors il faut en prendre soin également.

Or l’administration n’arrive pas à reconnaitre cela. C’est un combat de tous les jours.
Et encore, nos demandes sont modestes…
Mais tout de suite, un regard suspicieux se lève, un sourire amusé, un jugement : « besoin de parler ? », comme si je parlais d’un besoin d’une pausé café ou d’une partie de tarot tous les après midi.

Je vois bien que dans ce service, moi, mes collègues, absorbons tous les jours des choses extrêmement lourdes en consultation, en ayant rarement le temps de reprendre tout cela.
On s’use quelques fois. On fatigue. On se surprend à être agacé du manque de progrès d’un patient. On constate qu’on n’a pas envie de voir tel autre patient.
Et toutes ces choses qu’on ressent qui viennent perturber la relation restent là en suspens sans pouvoir être discutées.

Il faut consulter, faire du chiffre, « de l’activité ».
Or comme je le disais, nous ne sommes pas plus surhumains que les autres.

Tiens anecdote révélatrice.
Dernièrement, un enfant est décédé subitement dans le service.
Les parents évidemment étaient très choqués. C’est arrivé un dimanche, jour, ô honte, sans psychologue. Le service a réussi à trouver une toute jeune psychiatre qui est allé voir les parents.
Moi et mes collègues avons entendu ensuite pas mal de critiques par les médecins : qu’il n’y avait pas de psys et que ce fut à la pauvre psychiatre de s’y coller. Que ce fut trop lourd pour elle Vous vous rendez compte, des parents endeuillés, choqués. Elle a du mal à encaisser. Elle est pas bien depuis.

Choses tout à fait entendables et compréhensibles. Sauf que…

C’est notre quotidien à nous les psychologues du service. Et jamais un médecin ne m’a demandé à moi ou mes collègues si on tenait le coup. Jamais personne ne s’est inquiété de savoir quelle répercussion a pu avoir une consultation sur nous.
Et pourtant, jeunes diplômés, on nous balançait aussi dans l’arène sans hésitation, puisque le psychologue « il sait gérer ».
Avec l’impression qu’on peut faire ça tout le temps, sans répercussion aucune.

Je ne sais pas ce qui s’est passé pour Psyblog et d’ailleurs, ça ne me regarde pas.

Je pensais juste de façon générale au rôle du psychologue et au fait que, pour pouvoir faire ce métier bien et sans répercussion, il fallait avoir à côté du temps.
Du temps pour soi, personnel, une vie de famille, des amis, des activités.
Du temps pour soi, professionnel, avec du temps pour débriefer, réfléchir à nos difficultés, nos ressentis, prendre du recul.
Or c’est ça que je reproche à l’administration hospitalière : nous envoyer au front sans nous laisser la possibilité de nous protéger de ce qui s’y passe.

Ceci dit, je ne veux pas vous inquiéter ! Nous sommes mobilisés, et les temps de paroles, informels pour le coup, sont là. Et on ne lâche pas nos revendications !!

15:42 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (37) | |  Facebook

13/06/2012

Au revoir Dominique

 

Dominique, l’auteur de Blog d’un Psy, et d’autres blogs auparavant, a choisi de nous quitter la semaine dernière.
Je ne peux que vous dire ma profonde tristesse à cette nouvelle. J’aimais beaucoup son ton, son écriture, sa façon profondément humaine de parler de ses patients. C’est l’un des premiers avec qui j’ai échangé lors de mes débuts sur le net. Ses commentaires et nos échanges avaient été précieux dans mes débuts.
Il m’avait demandé si l’on pouvait se rencontrer, et puis cela ne s’est pas fait. Les regrets résonnent…Comme toujours dans ce genre de circonstances.

 Je ne savais rien de tes souffrances, Dominique. Je me sens presque confus d’être passé à côté. Même si je sais que  l’aide d’un anonyme parmi tant d’autres sur le net n’aurait pas suffi à  t’aider.
Bien sur, on ressentait ta profonde sensibilité. Bien sur tu avouais quelques fois tes fragilités. Mais bien sur aussi, le blog n’était pas le lieu pour t’épancher sur tes souffrances personnelles.
Alors je n’ai pas saisi la douleur qui était la tienne, comme beaucoup de tes lecteurs je crois.

Même les psys souffrent. C’est un constat d’une banalité affligeante.
Etre psy ne vaccine pas contre les malheurs de la vie. On peut aider les autres, mais il reste toujours difficile de s’aider soi même. Face à soi et à ses souffrance, on redevient un être humain comme les autres, pour lequel les techniques, les théories ne suffisent pas.

Ton choix est le tien, et je n’ai rien à en juger. Je te souhaite d’être heureux où que tu sois.

Et j’enjoins ceux qui ne connaissaient pas Psyblog de relire son blog, ses écrits. Son humanisme reste lui bien vivant aux travers de ses textes.

09:08 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (25) | |  Facebook