24/01/2013

Le Chant des Grimaces

Subissant un harcèlement psychologique constant, avec des méthodes que même la convention de Genève réprouve, je suis dans l'obligation de diffuser un message publicitaire sur ce blog.
Je tiens à m'excuser auprès des lecteurs, qui connaissent ma probité et mon impartialité habituelles.
Ce ne sera qu'un mauvais moment à passer. Bon... Puisqu'il y faut y aller... Allons-y....

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Lecteurs, lectrices, je ne saurais que trop vous conseiller la lecture de l'immense ouvrage de notre ami Yann Frat, infirmier, blogueur ET artiste.
Un homme talentueux aux multiples facettes et qui sort ce mois-ci son premier roman, Le Chant Des Grimaces (le lien pour l'acheter et lire un extrait).

Ce livre foisonnant explore les replis les plus sombres de l'âme humaine avec un talent hors pair allié à une écriture inventive, et un style qui se démarque tout de suite.
Ludovic de Saint Ange, médecin sombre et tourmenté, pose son regard cynique sur la société et sur lui-même, happé dans une spirale de réflexions, où la structure scénaristique s’efface au profit de l’enchevêtrement des pensées et des émotions.

Vous trouverez une critique du livre sur ce blog et toutes les infos et les interviews chez Yann Frat.

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Voilà c’est fait. Ouf. J’espère que ce moment n’a pas été trop pénible pour vous.
Ceci dit, si vous n’arrivez pas à finir le livre (je compatis !), voici en exclusivité la fin de l’ouvrage, afin que vous puissiez briller en société quand tout le monde l’aura lu, ce qui ne saurait tarder.
Ludovic de Saint Ange n’est en fait pas un médecin, mais un espion salafiste infiltré, qui honnit la culture occidentale. Avec son groupuscule extrémiste Mâart’yne, il fera exploser des bombes dans le pays pour protester contre l’ouverture de Mc Donald’s,  avant de périr lui-même dans une explosion ayant oublié que le fil rouge allait sur le bouton rouge.

Voilà, oui je sais, ce n’est pas bien clair, mais c’est conceptuel tout ça, c’est de l’art, vous voyez, vous ne pouvez pas comprendre.

Quant à Yann Frat, maintenant que j’ai fait mon job, j’attends son chèque. On est en cours de négociations sur le nombre de zéros.

Merci de votre patience et à bientôt sur le blog !

 

26/11/2012

Polémique

Les copains du web se mettant à polémiquer sur le mariage gay (Yann Frat ici, Rituximaboul  ), je me suis dit que ce blog ne pouvait pas être en reste. Non pas possible. Cette tribune lue par des milliers de lecteurs NE POUVAIT PAS passer à côté de débats de société.
Mais comme ils ont étayé leurs thèses avec des arguments beaucoup plus clairs et synthétiques que ce que j'aurais pu faire, je me suis dit que donner mon opinion sans passer pour un branquignol, ça allait être coton.
Et puis je me suis re-dit (oui je me parle beaucoup à moi même) que si je fais dans la polémique, je vais avoir plein de commentaires, il va falloir trouver des arguments et des contre-arguments...Pffff pis c'est vraiment pas le moment. Changement de saison, boulot, fatigue, nan pas possible, suis fatigué moi.
Alors je me suis re-re-dit : Spyko, trouve un sujet polémique re-po-sant.  
Evite le mariage gay, trouve une polémique bisounours. 

Alors, chers amis internautes, pour commencer, n'ayons peur de rien, je ne reculerai devant aucune pression, aucune menace, j'ose aborder ce sujet polémique entre tous : Bain ou Douche ?

Oui, n'en doutons pas, c'est un sujet tellement polémique qu'aucun autre blog ne veut en parler, mais je vous l'affirme bien fort, la tête haute : même pas peur.
Car, oui, tous les matins, la même question lancinante revient ; bain ou douche ? 
Oui cette question existentielle entre toutes (ah ah, c'est pas Y.Frat ou Rituximaboul qui vous parlerons de sujets de société aussi importants hein !) mérite d'être réfléchie, alors faisons le de ce pas. 


Douche : l'aspersion revigorante de l'eau sur le corps
Bain : l'enveloppement chaud de l'eau qui rend le corps mou

Douche : la friction vigoureuse du gant de crin qui régénère la peau, l'esprit et donne de grandes idées libertaires dès le matin, comme défendre le mariage pour t...(oooops pardon)
Bain : l'humidité moite qui empêche la connexion des neurones et vous donne le QI d'une huitre

Douche : la station debout qui permet une meilleure circulation sanguine, oxygénant mieux le cerveau et gommant la fatigue matinale
Bain : le corps couché, vautré, paresseux dans l'eau menant tout droit à la paresse, au conformisme, à l'opposition au mariage g..(ah zut !)

Douche : le massage de l'eau qui réveille l'éclat de la peau, atténue les rides, vous donne 10 ans de moins, vous fait gagner au Loto, et revenir l'affection de l'être aimé
Bain : l'eau qui ramollit, plisse la peau comme une vieille patate ratatinée, vous donnant un air aigri et mauvais, laissant filer pour vous l'amour, la chance, et qui plus est, rendant les érections moins fermes et moins nombreuses, éliminant de fait une possible deuxième chance dans le porno

Douche
 : le gel tonique qui met de bonne humeur, qui donne envie de se dépasser, arriver en avance au boulot et obtenir une promotion en fin d'année
Bain : le parfum lourd et capiteux du bain, la mousse qui appellent à y rester et à arriver en retard au travail, à se foutre de son boulot

Oui, amis, le bain est la porte ouverte à la luxure, à la paresse, le bain est l'ennemi du bien ! Camarades unissons nous et réhabilitons les vertus saines et revigorantes de la douche !!
Moi je vous le dis, ces gens qui manifestent dehors en soutane,  ils auraient eu plus de douches et moins de bains, ben on en serait pas là où on en est. (Ah zut ça m'a échappé encore)

Ce blog étant devenu un espace polémique, nous ne nous arrêterons pas là.
La semaine prochaine : Slip ou Caleçon

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16/11/2012

On disait que tu ne le dirais pas

 

« On disait que tu ne le dirais pas »

Papa boit, papa boit, papa boit…

Partout dans l’entretien, les traces de la peur, de l’impuissance, de la violence.
Tu as peur pour toi, tu as peur pour lui. Du haut de tes 9 ans, tu veux porter sur tes épaules les soucis de toute une famille.
« On disait que tu ne le dirais pas ».


Toi, tu me demandes de garder le secret. Parce que tu as bien compris que l’assistante sociale qui vient chez toi est inquiète.
Oh elle est forte celle là que tu te dis, d’être inquiète. Parce que pourtant, tu en fais des efforts pour jouer la comédie de la fille-qui-va-bien-regardez-comme-je-souris.
Tu lui dis, toi, quand elle passe l’assistante sociale, que vraiment il n’y aucun souci. Même que tu briefes aussi ta sœur pour qu’il n’y ait pas de doute.

Tu as bien compris qu’à être élevée chez un papa seul, qui boit, et qui pète un plomb dès qu’il boit, tu as bien compris qu’on allait parler placement, foyer…
Alors officiellement et définitivement, tout va bien.
Merci madame l’assistante sociale, au revoir, et à la semaine prochaine.

Sauf que tout ne va pas bien, non.
Parce que tu es grande, parce que tu comprends. Parce que tu aimes ton père et que tu vois qu’il se détruit. Parce que tu t’es investie, toute seule, de la mission de le protéger des autres et de lui-même. C’est toi qui gère, à sa place, c’est toi qui le pousse à arrêter, c’est toi qui l’engueule, c’est toi qui l’écoute…
Fille, femme de ménage, infirmière, psychologue,… Ca fait beaucoup de casquettes pour ton âge.

Alors c’est ballot mais avec tous les efforts que tu fais, papa ne va pas mieux. Papa boit de plus en plus. Papa devient même violent certains soirs.

« On disait que tu ne le dirais pas ».

On encaisse, on ferme sa gueule et on sourit à l’assistante sociale.

Un peu aussi au psychologue. Parce qu’on se rend compte subitement qu’il pourrait s’inquiéter lui aussi, alors on minimise. « Non mais ça va quand même, hein »

Mais maintenant, quoi ?
Je suis bien content que tu m’aies accordé ta confiance et que tu m’aies dit les choses.
Mais maintenant, quoi ?

C’est un fardeau trop lourd pour mes épaules de psychologue. Je ne suis pas certain de pouvoir t’aider ou d’aider ton papa tout seul.
Et je me dis qu’il doit être sacrement lourd pour toi ce fardeau si même moi adulte et professionnel, je trouve qu’il est trop lourd pour moi.

Alors je te dis qu’il faut que j’en discute avec ton assistante sociale.
Que tu es bien courageuse de vouloir aider et protéger ton papa. Mais que ce n’est pas à toi de le faire. Et que dans la normalité, c’est à lui de te protéger, et pas l’inverse.
Qu’on doit l’aider lui à mieux te protéger. Et que pour ça il faut qu’on en parle.

Ca fait peur de briser des années de silence. Cette bulle de secret qui va éclater te terrorise, je le vois bien.
Moi aussi un peu, pour te dire. Parce qu’une fois qu’on va en parler, je ne vais pas tout maîtriser de ce qui va se passer ensuite. Parce que comme toi, j’espère qu’il y a une chance d’éviter le placement. Parce que tu l’aimes ton père. Et pour l’avoir rencontré aussi, je sais qu’il tient à toi.
Y’a-t-il encore quelque chose à sauver ? Je crois qu’on se pose la question tous les deux.

« On disait que tu ne le dirais pas ».

Mais je l’ai dit. Pour ton bien.
Enfin c’est ce que je me dis.

Mais il me reste un petit goût amer de trahison que je n’aime pas bien.

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03/09/2012

Violences ordinaires

Une psychologue en libéral a été assassinée il y a quelques jours par un de ses patients. (article)

Fort heureusement, ce genre d'évenement est extrêmement rare. Et en repensant à ma pratique personnelle, les fois où je me suis senti en danger sont rares aussi.
Il faut dire que je ne travaille pas en psychiatrie, que je ne vois pas de patients "lourds", extrêmement violents ou dangereux. C'est déjà un facteur limitant.

Les fois où j'ai pu ressentir du danger se limitent en gros à deux situations : les adolescents "en crise" amenés aux urgences, et les réactions des parents dans les suspicions de maltraitance.

Pour les adolescents, c'est régulièrement en effet que les pompiers ou le samu nous envoient aux urgences des adolescents pour "crise d'agitation" (c'est le motif annoncé).
On nous décrit à l'arrivée des ados qui ont tout saccagé, de leur salle de classe ou du foyer dans lequel ils étaient placés.
Dans l'immense majorité des cas, ils arrivent aux urgences calmés, et le changement de lieu et d'intervenants fait qu'ils restent calmes aussi chez nous. Une hospitalisation courte, le temps de réfléchir aux éventuels changements à apporter dans la vie de cet ado, aux prises en charges à proposer et généralement la sortie est envisagée, sans comportement violent dans le service. La plupart du temps il s'agit d'adolescents au parcours cabossé, placés, avec une histoire familiale compliquée et qui développent une intolérance à la frustration importante. Qui manquent de mots pour exprimer leur mal être et l'expriment dans leur comportement.

Quelques uns cependant sortent du lot. Des rares cas où un profil plus psychiatrique se cache sous le motif initial de crise d'agitation. Là il m'est arrivé d'avoir peur. D'ados où l'on sent une impulsivité importante et pour lesquels on ne sait pas quand ça va exploser. 
Je me souviens d'un adolescent en pleine crise, qui voulait absolument sortir. J'ai essayé de parlementer un peu, mais la violence en face montait, montait... Jusqu'à ce qu'il prenne un crayon et essaie déliberement de me le planter dans l'oeil. Heureusement que je n'étais pas tout seul.

L'autre catégorie de situations dangereuses se situent dans le cadre de la maltraitance.
Un enfant est hospitalisé, on note des plaies, des signes suspects. Et/ou il fait des révélations au psychologue.
Lorsque l'on pense maltraitance, il faut faire un signalement au procureur, c'est à la justice de faire le travail. Mais dans l'intervalle, le plus souvent, il faut tout de même rencontrer les parents pour expliquer que l'enfant va être gardé en attente d'une décision judiciaire. Et si ce sont eux qui sont suspectés, l'entretien n'est pas des plus cordiaux, on s'en doute.
Généralement les parents sont rencontrés par plusieurs professionnels ensemble, psy, assistante sociale, médecin... On essaie de n'être jamais seuls. Mais il faut de tout de même annoncer (sans en dire trop non plus) que l'enfant reste hospitalisé car le procureur a été saisi, en raison de ... doutes, plaies suspects, etc (le but étant de ne pas en dire trop non plus si le parent est suspecté des violences).
C'est là que cela peut exploser.
Déjà si le parent est maltraitant, à la base, on peut se douter qu'il y ai des profils violents et impulsifs. 

De manière étonnante pourtant, la plupart des entretiens où on annonce que l'on demande l'intervention de la justice se passent "bien". Je ne dirai pas que c'est chaleureux et bon enfant, mais je veux dire sans violence, sans cri, sans heurts.
Mais évidemment, j'ai déjà aussi entendu des menaces, vu des comportements violents.
Je me souviens d'un père qui, apprenant le signalement en cours pour son enfant, est venu nous voir pour nous "démonter la gueule".

Dans ces cas là, effectivement, on peut avoir peur car les personnes en face sont éminement stressées par ce qui se passe et donc imprévisibles.
On n'adopte jamais un discours accusateur style "vous avez battu votre enfant".
On reste dans l'objectivité la plus objective "il présente des plaies suspectes.". Ou "nous avons entendu des paroles inquiétantes, c'est à la justice de mener l'enquête".
Il n'y a rien à gagner à ce stade à être trop confrontatif.
Mais reste qu'on ne sait jamais comment l'entretien peut tourner, si la personne ne va pas devenir brutalement violente.

Par contre, les infirmières gèrent plus que moi des comportements violents, souvent aux urgences.
Des parents qui viennent ivre en soirée par exemple (et c'est malheureusement assez courant) et sont agressifs.
Ou de parents qui, aux urgences, inquiets, lassés d'attendre, finissent par exploser.
Et là, le plus souvent, il s'agit des petits patients les moins graves médicalement.
Car c'est sur que, lorsqu'on vient aux urgences à 22h pour un enfant qui toussote un peu, ou bien présente un 37°5 de température, on ne nous déroule pas le tapis rouge, il y a le plus souvent des choses plus lourdes à gérer par l'équipe médicale.
Donc on attend... Évidemment, le mieux serait de ne pas venir aux urgences à 22h avec un petit bout de 2ans, qui finit par pleurer de fatigue au bout d'une heure d'attente, tout ça pour faire vérifier sa gorge car il toussote depuis deux jours.
Evidemment, quand on voit tout le monde passer devant nous (médicalement plus urgents, mais ça les patients ne le devine pas toujours), quand le petit bout fait colère sur colère car épuisé, quand le patient pense qu'aux urgences on est pris en charge "de suite" et donc ne comprend pas l'attente, la tension finit par monter et la violence peut arriver à n'importe quelle moment.
Et celles qui sont en première ligne à ce moment sont évidemment les infirmières. Les médecins sont en salle de consultation. Les psychologues au café en entretien.

Ceci dit, il m'est arrivé de devoir gérer aussi des parents ivres ou passablement énervés pour x ou y raisons. Il y a même eu quelques fois tentation du service d'appeler systématiquement le psy pour tous les parents "énervés".
Il a fallu expliquer et ré-expliquer qu'avant d'appeler le psy, il fallait déjà évaluer le pourquoi du comportement violent. Que énervé ne voulait pas dire forcement psychologiquement déséquilibré ! 

Un parent "énervé" parce qu'il n'a pas vu le médecin depuis 24h, qu'il est anxieux des résultats d'examen de son enfant et que personne ne lui répond, je ne vois pas en quoi ce serait pathologique. Je ne vois pas en quoi le médecin devrait se défausser et appeler le psy pour gérer "l'enervement", parce que c'est plus pratique d'en envoyer un autre sur le front.
Moi aussi je serai énervé si l'on ne me disait rien et me laissait dans une attente anxieuse.
Et je serai passablement encore plus énervé si la seule réponse du service était de m'envoyer le psy !
Ce patient a avant tout besoin de réponses et d'explications médicales et son énervement me parait bien licite.

On m'a déjà appelé pour un papa irrascible, violent verbalement dans le service. Pour que je découvre un monsieur, certes au tempérament impulsif et excessif à la base, mais qui, si on creusait un peu, expliquait surtout qu'il en avait marre d'entendre des remarques racistes de la part de quelques personnes de l'équipe... Remarques insidieuses, toujours sous entendues... Mais pour lesquelles l'énervement de monsieur était fort compréhensible.
Là aussi : énervement = on appelle le psy. Alors que si la cadre du service avait discuté 10 minutes avec le papa, elle aurait compris qu'il y avait une bonne mise au point à faire avec son équipe avant d'appeler le psychologue à la rescousse ! 

Ceci étant... Je reprends bientôt le travail dans quelques jours... En espèrant y trouver des patients calmes et coopérants, des soignants gais et détendus, des parterres de pétales de roses dans les couloirs, une machine à café dans mon bureau, des...
Quoi je rêve ?
Franchement, vous voulez que je vous dise ? Vous étes pas drôles. 

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20/06/2012

SuperPsy

Le décès récent de Psyblog m’a fait un peu réfléchir sur tout ce que le psychologue peut encaisser tout au long de son boulot.

Je ne vais pas vous faire long laïus plaintif et lacrymal sur ah-la-la-qu-il-est-lourd-mon-boulot.
Tout simplement parce qu’il est lourd. Point.
Ce n’est pas une vue de l’esprit ou un jugement : c’est un fait.
Il est lourd, mais c’est mon boulot, je l’ai accepté comme cela et j’ai été formé pour ça. Pas question de rentrer dans une longue plainte un peu exhibitionniste en vous parlant en détail de toutes les situations lourdes émotionnellement que j’ai du gérer et vous pointant les côtés les plus sordides à chaque fois.

On en prend plein la gueule, c’est un fait. Surtout à l’hôpital
Puisqu’à l’hôpital, lorsqu’une situation est « trop lourde » sur un plan psychologique, on appelle le psy.
C’est normal hein, là encore. C’est juste pour vous dire que ma patientèle est faite de ces patients qui deviennent trop lourds émotionnellement à gérer pour les autres soignants.
Moi je ne vois pas de patients psychiatriques. Je suis en médecine, donc je vois ceux qui sont atteint d’une pathologie médicale et pour qui c’est difficile, ceux qui ont subis des violences physiques ou sexuelles, ceux qui sont en fin de vie…
.
Là où ça devient difficile, c’est qu’on me considère comme surhumain.
Oui je suis formé, oui c’est mon métier, mais pour autant, puis-je tout encaisser sans séquelles ? Et bien, non, le scoop, c’est que moi aussi je suis humain.
Or, lorsque le besoin se fait sentir dans le service pour le psychologue de « débriefer », d’organiser des groupes de travail sur certains patients, certaines pathologies, de prendre du temps pour réfléchir à ce qui s’est passé pour moi dans cette consultation là, ouh là, ça devient complexe.
Parce qu’à l’hôpital, tout est urgent.
On est pris dans un maelstrom de choses urgentes, de demandes, d’impératifs. Tout doit être géré de suite, dans l’urgence, dans l’agir, dans le faire.
Or, émettre un autre son de cloche, vouloir sortir de l’urgence habituelle, dire que là, on a besoin de se poser, rencontrer d’autres collègues, réfléchir et échanger un peu sur certains patients, on nous fait bien comprendre que ça colle pas avec l’activisme du service.
Genre vos réunions bla-bla c’est bien gentil mais bon, y’a du boulot quoi !

Et ça j’ai du mal.
Je n’ai qu’un seul outil en consultation : c’est moi-même.
C’est à moi qu’on dit les choses. Ce sont mes émotions qui sont mobilisées dans la consultation, même si je sais les reconnaitre, et les empêcher d’envahir la relation.
Mais l’outil, c’est moi. Et pour le dire objectivement, on ne ressort pas indemne de certaines consultation. On a besoin d’en reparler, d’y réfléchir, de prendre de la distance.
Sinon on est tellement pris dans le faire, dans l’urgence, qu’on n’arrive plus à développer une relation singulière, et autre, avec le patient.
Or si je n’arrive plus à proposer autre chose que ce que les autres soignants proposent, à quoi je sers ?
Si l’outil risque de s’abîmer, alors il faut en prendre soin également.

Or l’administration n’arrive pas à reconnaitre cela. C’est un combat de tous les jours.
Et encore, nos demandes sont modestes…
Mais tout de suite, un regard suspicieux se lève, un sourire amusé, un jugement : « besoin de parler ? », comme si je parlais d’un besoin d’une pausé café ou d’une partie de tarot tous les après midi.

Je vois bien que dans ce service, moi, mes collègues, absorbons tous les jours des choses extrêmement lourdes en consultation, en ayant rarement le temps de reprendre tout cela.
On s’use quelques fois. On fatigue. On se surprend à être agacé du manque de progrès d’un patient. On constate qu’on n’a pas envie de voir tel autre patient.
Et toutes ces choses qu’on ressent qui viennent perturber la relation restent là en suspens sans pouvoir être discutées.

Il faut consulter, faire du chiffre, « de l’activité ».
Or comme je le disais, nous ne sommes pas plus surhumains que les autres.

Tiens anecdote révélatrice.
Dernièrement, un enfant est décédé subitement dans le service.
Les parents évidemment étaient très choqués. C’est arrivé un dimanche, jour, ô honte, sans psychologue. Le service a réussi à trouver une toute jeune psychiatre qui est allé voir les parents.
Moi et mes collègues avons entendu ensuite pas mal de critiques par les médecins : qu’il n’y avait pas de psys et que ce fut à la pauvre psychiatre de s’y coller. Que ce fut trop lourd pour elle Vous vous rendez compte, des parents endeuillés, choqués. Elle a du mal à encaisser. Elle est pas bien depuis.

Choses tout à fait entendables et compréhensibles. Sauf que…

C’est notre quotidien à nous les psychologues du service. Et jamais un médecin ne m’a demandé à moi ou mes collègues si on tenait le coup. Jamais personne ne s’est inquiété de savoir quelle répercussion a pu avoir une consultation sur nous.
Et pourtant, jeunes diplômés, on nous balançait aussi dans l’arène sans hésitation, puisque le psychologue « il sait gérer ».
Avec l’impression qu’on peut faire ça tout le temps, sans répercussion aucune.

Je ne sais pas ce qui s’est passé pour Psyblog et d’ailleurs, ça ne me regarde pas.

Je pensais juste de façon générale au rôle du psychologue et au fait que, pour pouvoir faire ce métier bien et sans répercussion, il fallait avoir à côté du temps.
Du temps pour soi, personnel, une vie de famille, des amis, des activités.
Du temps pour soi, professionnel, avec du temps pour débriefer, réfléchir à nos difficultés, nos ressentis, prendre du recul.
Or c’est ça que je reproche à l’administration hospitalière : nous envoyer au front sans nous laisser la possibilité de nous protéger de ce qui s’y passe.

Ceci dit, je ne veux pas vous inquiéter ! Nous sommes mobilisés, et les temps de paroles, informels pour le coup, sont là. Et on ne lâche pas nos revendications !!

15:42 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (37) | |  Facebook

13/06/2012

Au revoir Dominique

 

Dominique, l’auteur de Blog d’un Psy, et d’autres blogs auparavant, a choisi de nous quitter la semaine dernière.
Je ne peux que vous dire ma profonde tristesse à cette nouvelle. J’aimais beaucoup son ton, son écriture, sa façon profondément humaine de parler de ses patients. C’est l’un des premiers avec qui j’ai échangé lors de mes débuts sur le net. Ses commentaires et nos échanges avaient été précieux dans mes débuts.
Il m’avait demandé si l’on pouvait se rencontrer, et puis cela ne s’est pas fait. Les regrets résonnent…Comme toujours dans ce genre de circonstances.

 Je ne savais rien de tes souffrances, Dominique. Je me sens presque confus d’être passé à côté. Même si je sais que  l’aide d’un anonyme parmi tant d’autres sur le net n’aurait pas suffi à  t’aider.
Bien sur, on ressentait ta profonde sensibilité. Bien sur tu avouais quelques fois tes fragilités. Mais bien sur aussi, le blog n’était pas le lieu pour t’épancher sur tes souffrances personnelles.
Alors je n’ai pas saisi la douleur qui était la tienne, comme beaucoup de tes lecteurs je crois.

Même les psys souffrent. C’est un constat d’une banalité affligeante.
Etre psy ne vaccine pas contre les malheurs de la vie. On peut aider les autres, mais il reste toujours difficile de s’aider soi même. Face à soi et à ses souffrance, on redevient un être humain comme les autres, pour lequel les techniques, les théories ne suffisent pas.

Ton choix est le tien, et je n’ai rien à en juger. Je te souhaite d’être heureux où que tu sois.

Et j’enjoins ceux qui ne connaissaient pas Psyblog de relire son blog, ses écrits. Son humanisme reste lui bien vivant aux travers de ses textes.

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22/03/2012

Chante

 

 

A celles qui ont été salies dans leurs chairs et leur cœur, à celles qui se taisent, à celles qui osent parler.
A celles qui se sentent responsables, parce qu’il faut bien que ce soit la faute de quelqu’un. A celles qui portent au fond d’elles, indélébile, la salissure qu’elles vomissent, qu’elles rejettent, par les larmes, par le sang. Par les mots quelques fois.
A celles qui haïssent, à celles qui pardonnent. A celles qui en pleurent de rage ou de désespoir. A celles qui n’ont pas les larmes, enfermées avec leur peine, tout au fond, dans l’insondable profondeur de la noirceur des souvenirs.
A celles qui portent la culpabilité qui n’est pas la leur, parce que l’autre les a si bien persuadé qu’elles y étaient pour quelque chose.
A celles qui le disent, à celles qui le hurlent. A celles qui n’ont pas la force de dire et qui trouvent ailleurs d’autres mots et d’autres façons d’expulser le mal à l’intérieur.

A toi qui timidement, a commencé à oser en parler il y a un an. A toi qui verrouille bien au fond ton ressenti, de peur d’être submergée par l’horreur et la peine accumulée. A toi qui craint d’ouvrir une brèche dans ces émotions au fond de toi.
A toi qui le crie à ta façon, en clé de sol, en chantant les mots des autres à défaut des tiens. A toi qui fait entendre ta voix, même si cachée au milieu de mille autres.
A toi à qui j’ai envie de dire chante, crie, parle, pleure, ris, pour ne plus porter ce fardeau qu’il doit  porter, lui, maintenant et plus toi.
Rend lui cette saleté qui n’appartient qu’à lui et à lui seul.
A toi qui chante pour les autres, entend aussi  cette chanson à l’intérieur qui n’appartient qu’à toi, c’est ta mélodie et ton chemin.
Pour celles qui ne peuvent pas dire, continue de chanter. Soit la voix qu’elles n’ont pas, soit les mots qui ne sortent pas, donne leur l’émotion qu’elles n’ont plus.

Et que portée par mille autre voix, la tienne se fasse entendre, claire et belle, comme elle l'a toujours été à l'intérieur de toi.

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Poèmes d'Opale


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20/02/2012

J'aurais pu, j'aurais su, j'aurais du

Adamma est morte. A 16 ans.
Ca fait sacrement jeune pour mourir, surtout lorsqu’on a eu une vie pourrie du début à la fin.
A la grande loterie de l’univers, il y en a quelques uns qui tirent le mauvais ticket. Adamma fait partie de ceux là. S’il y a un dieu quelque part, je le soupçonne même d’une certaine jouissance sadique. Parce que l’accumulation est par trop sordide.

Car si un réalisateur avait fait un film sur l’histoire d’Adamman, on aurait dit stop au bout de 20 minutes devant la succession de malheurs et de clichés. Trop c’est trop. Stop. Arrêtez. Ce n’est pas crédible.
Dieu ferait un piètre réalisateur.

J’ai connu Adamma l’année dernière.

16 ans. Hépatite auto-immune hospitalisée.
Une putain de saleté de maladie qui vous abime le foie petit à petit.

Adamma est donc suivie et traitée depuis son enfance.

La première fois que je rentre dans sa chambre, je me retrouve face à une ado obèse, fermée, très impulsive, ne supportant rien et surement pas l’entretien avec un psychologue.
On me demande de la voir car elle est en refus. De traitement. De l’école. Des contraintes. De tout.

L’entretien se fait sur le fil. Je sais que n’importe quel mot/attitude qu’Adamma jugerait inappropriées pourrait tout faire basculer et me flinguer toute chance ultérieure de rediscuter avec elle. J’y vais doucement.
Toute petite, Adamma a été abandonnée par sa mère, qui a eu elle-même une vie bien cabossée et douloureuse. L’enfance d’Adamma a été chaotique et je n’ai pas la place ici de m’y étendre beaucoup. On peut juste dire qu’elle a bien morflé.

Elle se retrouve placée chez une tante et un oncle qu’elle connait à peine, en compagnie de son frère.
Très vite, Adamma se révolte, elle est mal, mais n’arrive rien à en dire ,juste envoyer bouler les adultes autour d’elle et refuser tout ce qu’on lui propose. Dont ses traitements.
Les médecins arrivent à la voir, quand elle souhaite bien venir.
Le traitement est pris au petit bonheur la chance.
Les examens se dégradent à vitesse grand V.
L’oncle et la tante sont dépassés et ne savent plus comment agir.

Un premier signalement est fait à la justice devant l’inquiétude de l’hôpital pour la survie de cette jeune fille. L’accompagnement social se met en place. Adamma le refuse. Les contacts avec les assistantes sociales et les éducateurs sont conflictuels. Aucun progrès.

Elle échoue donc en désespoir de cause à l’hôpital où je la rencontre.
Le premier entretien, finalement, se passe bien.  Pour je ne sais quelle raison, Adamma me fait confiance et me déballe tout. Sa souffrance, terrible, son sentiment d’abandon, extrême. Sa colère, immense.
Je suis « content », je me dis qu’on va peut être pouvoir travailler, l’aider.
C’est sans compter ses défenses.

Au second entretien, la porte est refermée : elle va bien dit-elle, elle n’a pas besoin d’un psy. D’ailleurs le psy, c’est pour les tarés. Les médecins sont tous des cons qui n’ont rien compris à sa maladie. Les traitements ne servent qu’à la rendre malade et ne la guérissent pas. Elle veut qu’on lui foute la paix. Elle n’est pas si malade qu’on veut bien lui dire.

Finalement, elle retourne chez elle.
Idem, multiples convocations et reconvocations. La tata se dispute continuellement avec Adamma pour qu’elle accepte de revenir nous voir.

Quand Adamma revient, les choses ont empirés. Les résultats sont catastrophiques.

Il faut envisager une greffe de foie.
Elle refuse.
Les médecins expliquent, réexpliquent. Elle refuse toujours.
On se donne un peu de temps…Pendant ce temps Adamma ne prend toujours pas ses traitements.

Le temps passe. Le foie se dégrade. Et après encore x convocations, Adamma revient.
Un nouveau diagnostic tombe :cancer du foie.

Le projet de greffe même devient hypothétique. Il reste un mince espoir de pouvoir faire quelque chose : il faudrait qu’elle aille sur Paris.
Nouvel entretien avec Adamma. Le médecin m’appelle car il pressent que cela va être difficile.

Annonce de cancer. Adamma ne bronche pas.
Annonce d’hospitalisation sur Paris. « Non ».

Ré explication. J’interviens, le médecin intervient.
Et tout à coup, mince espoir, une porte s’entre-ouvre.

« Alors…. Je peux…Je peux en mourir ? » dit Adamma, d'un coup, les larmes aux yeux.

« Oui… C’est ça qui  nous fait peur, en effet », dit le médecin

Adamma s’effondre et pleure en silence.
Intérieurement, je me dis qu’on a peut être franchi un cap. Ca y est, elle n’est plus dans le déni, la toute puissance quant à la maladie. Elle accepte peut-etre d’entendre.

 Le médecin fait les papiers, évoque l’hospitalisation à Paris… On se dit au revoir. On y croit.

La semaine d’après, coup de fil affolé de la tante.
Adamma refuse de se faire soigner.
Ou alors, comme elle le désire. Elle ne veut pas dormir à Paris. Elle veut être hospitalisée tel jour.
Elle ne veut pas tel ou tel traitement.
Et puis elle dit qu’elle n’est pas si malade.
Les défenses sont retombées, massives. Le pont levis s’est refermé sur la forteresse. Imprenable.

Je propose une consultation. Elle n’y viendra jamais.
Le médecin ne la voit plus. Coups de fils avec la tante.

Le médecin parisien se lasse des multiples convocations auxquelles elle ne se rend jamais. Il laisse tomber. Il ne l'aura vu qu'une seule fois.

Et puis, il y a quelques mois, Adamma arrive aux urgences, cachectique.
C’est la fin. Tout le monde le sait, les regards sont sombres. On a échoué.

Adamma nous regarde, affolée. A voir nos mines, l’absence de l’urgence habituelle autour d’elle, l’absence de projets… Elle comprend.
C’est trop tard, elle le sait, elle le voit, elle a déconné, elle s’en veut. Surtout elle a peur.
La mort qu’elle a rejetée, déniée, repoussée au loin pendant des mois, la mort est là, à sa porte. Elle le sent dans son corps et dans nos yeux. Elle voit son impuissance. Elle voit la notre.

On ne fait « rien » parce qu’il n’y a rien à faire. Ce rien est effrayant pour elle comme pour nous.
Enfin rien n’est pas complètement rien, il y a la mise en place d’un projet de soins palliatifs. Mais rien par rapport à l’effervescence habituelle qu’a toujours connu Adamma.

Dans un dernier sursaut, Dieu se réveille un peu et se dit que l’histoire a été un peu trop glauque. Il décide d’épargner à Adamma une agonie longue et douloureuse.

Adamma nous quittera très rapidement. Entourée de ce qui reste de sa famille.

Cette histoire m’a marqué plus qu’elle ne devrait.
Parce que je sais que la clef se situait dans l’histoire d’Adamma, dans ses souffrances. Quelque part bien bouclée dans son psychisme.
Parce que je sais que si j’avais pu y avoir accès un tant soit peu, j’aurai peut être (et je dis bien peut être) pu infléchir ses actes.

Je me demande si j’ai fait tout ce que j’ai pu. Et je ne sais pas.
Je me demande comment en 2012 on peut mourir de quelque chose qui peut se guérir. Je me demande si simplement, elle ne voulait pas partir et que je n’ai rien à en dire ni à en juger.

J’aurai voulu que les derniers regards d’Adamma ne me poursuivent pas comme ils me poursuivent.

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06/02/2012

Demandes de stages

Vous êtes étudiant en psychologie et vous avez besoin d’un stage (obligatoire dans le cadre des études de psycho, hein je le précise pour nos amis non-psychologues).
Le B.A-BA de la recherche de stage voudrait que vous ayez un CV lu et relu pour être adapté à votre demande et une lettre de motivation béton.
Mais force est d’admettre, amis étudiants (enfin étudiantes dans 99 % des cas, plutôt), que vous vous y prenez mal.
De l’autre côté de la barrière, je vous le dis, il faut être sacrément motivé et bienveillant pour vous répondre quelques fois.

Il faut préciser que les places de stages sont rares. Aussi nous sommes, psychologues, souvent submergés par les demandes. N’imaginez pas, chers étudiants, que nous nous languissons dans notre bureau de l’arrivée de LA lettre de demande de stage annuelle, que nous ouvrirons fébrilement en murmurant « enfin, enfin, enfin, un stagiaire ».
Non, il y a du monde sur les rangs !

Je passe sur les classiques lettres de motivations photocopiées et où tous les organismes de la région ont reçu la même… Désolé, je classe directement.
C’est pas gentil ?
C'est-à-dire que, pour avoir reçu des dizaines d’étudiants en stage, certains présentent une motivation proche de celle de Marine Le Pen pour un repas de ramadan. Autant vous dire qu’on frôle le zéro absolu.
J’en ai passé des stages à essayer de « motiver » des stagiaires amorphes, au regard bovin. Ca parait méchant. Mais je ne suis pas réputé pour ma méchanceté, bien au contraire. Je rame pour mettre les étudiants à l’aise, j’explique longuement avant un entretien ce qu’on va faire, j’explique longuement après un entretien ce qu’on a vu. Alors si au bout de trois mois de stage, on est tout juste capable de rester sur sa chaise, de faire la plante verte et d’apporter de la déco à mon bureau, non merci. J’ai autre chose à faire !

Donc tout ça pour dire, qu’après avoir été refroidi plusieurs fois, le psychologue cherche plutôt des étudiants motivés.
Alors la lettre de motivation photocopiée à des dizaines d’exemplaires… Ca ne m’apprend pas grand-chose sur ce que vous souhaitez faire dans CE lieu de stage et pour CE poste.

Je passe sur les motivations extrêmement motivées comme « Je dois faire un stage obligatoire dans le cadre de mes études. ». Oui, oui, je suis au courant. Je suis psychologue, hein. T’as vu, tu l’as même écris en haut de ton courrier. Donc me dire que ta seule motivation c’est que c’est « obligatoire »… Ca fait pas très glamour non plus, désolé.

Je passe sur les fautes d’orthographes à foison. Même en master, oui. Je suis peut être vieux jeu, mais l’accumulation de fautes dans un CV ou un courrier de motivation, c’est pareil, ça me rebute d’emblée.

Sinon moi je bosse en pédiatrie. PE-DIA-TRIE. D’ailleurs vous l’avez marqué aussi là, tout en haut du courrier : « Mr Spyko, service de Pédiatrie ».
Donc je suis au courant que j'accueille des enfants, hein. Ce serait même la spécificité du service que je n'en serai pas étonné.
Donc si vous me donnez comme SEULE motivation dans le courrier, « je m’adresse à vous car j’ai un intérêt marqué pour l’enfance », c’est un peu court.
Notez, c’est bien. Pédiatrie : l’enfance. On a tout bon là.Mais j’espère un peu pour vous que vous aimez les enfants, oui, sinon c’est un peu le mauvais service.
Donc oui, c’est bien de dire que ça vous intéresse, mais développez un chouia quoi.
Avec internet, toutes les infos sont facilement trouvables. Donc vous devriez un peu trouver ce qu’on fait dans ce service, quelles genre de pathologies on accueille, quelles sont nos missions. Et avec ça, étayer un peu votre demande.
Un peu plus précisément que, en résumé,  « c’est vachement bien les enfants, alors je postule pour un service où y’a des enfants, parce que les enfants, je les aime bien, alors je suis motivée par l’enfance ».

(oui oui, c’est facile de se moquer, je sais, je suis méchant)


Mais bon, si cela m’agace, c’est que moi, lorsque je faisais mes CV et lettres de motivations, moi aussi j’ai galéré pour trouver des stages.
Mais, alors même qu’à l’époque on ne trouvait pas les infos aussi facilement que maintenant, j’essayais toujours de m’intéresser au service dans lequel je postulais et réfléchir un peu à ce que je pourrais demander.
J’essayais de me mettre à la place du professionnel en me disant « il doit avoir pas mal de demandes, voyons comment je peux l’intéresser ».
Voilà. En fait c’est ça, je vous en veux de ne pas chercher à m’intéresser.  Pas me flatter attention, et me dire que mon service, il est trop à la pointe et trop vachement bien, et que vous seriez flattée de faire un stage avec un trop-bien-psychologue comme moi.
Ca, ça m’agace tout pareil, évitez aussi.
Non, mais juste éveiller ma curiosité, montrer votre intérêt et éveiller le mien.

Je vous en veux d’imaginer que c’est du tout-cuit, et que parce que vous, mademoiselle machin, vous avez passé 34 secondes à photocopier votre lettre de motivation, alors c’est gagné, je vais tomber amoureux de votre photocopie-pas-motivée-bourrée de fautes.

Intéressez moi un peu quoi ! Faites un tout petit effort !

Et pour finir, un conseil important.

Vous allez vous dire, il invente. Ben non, il invente pas.
S’il vous plait, messieurs et mesdemoiselles, lorsque vous mettez une adresse email, c’est une très  bonne idée. Mais par pitié, créez vous une adresse professionnelle.

Une belle, une sérieuse, genre « marcel.dupont@orange.fr ». Voilà, sobre, informative, nickel.

Mais s’il vous plait, me mettre en adresse mail, sur un C.V PRO-FE-SSIO-NNEL, l’adresse que vous utilisez avec les copines ou sur votre MSN, c’est pas très vendeur.
J’ai vu passer des trucs du genre : pupuce47@fournisseur.fr, audreypioupiou@fournisseur.com....
Ca fait moyen sérieux. Si, si, je vous assure.

J’ai l’impression d’être sur un Skyblog et qu’on va parler de la dernière chanson de Colonel Reyel.

Alors vous comprendrez, me faire penser à Colonel Reyel, ouais, ça m'énerve juste un peu. C'est pas gentil de votre part.

19/01/2012

Ce que l'on dit et ce que l'on tait

Tu l’avais bien caché.

Sans le savoir, tu avais choisi la meilleure façon pour que je n’aie pas de soupçons : mettre en avant les symptômes et le retentissement. Ne pas chercher à les dissimuler.

Parce que, sinon, je me serais interrogé, si j’avais senti ça et là, des souffrances, des comportements, des défenses inexpliquées. Je me serais dit qu’il y avait là quelque chose que je ne saisissais pas, j’aurai mal compris ces dissonances entre le discours, les émotions, les défenses…
Mais dès les premiers rendez-vous, tout était là. Un bel état de stress-post traumatique, massif, précis, comme dans les livres.
Des réminiscences, des évitements, des troubles neurovégétatifs, un glissement chronique vers des affects dépressifs, une atteinte narcissique.
Des scarifications, qui étaient d’ailleurs le motif de ta venue à l’hôpital.

Et tu m’as tout dit, dès le premier entretien. De ces anciens conflits entre tes parents. De ces souvenirs où ton père avait manqué de tuer ta mère. De ces scènes qui revenaient sans cesse dans ta mémoire.
J’avais toute les explications, tout pour comprendre. Les souvenirs traumatiques et les symptômes qui allaient avec.

Sauf que, malgré le fait que tu arrivais à reparler en long, en large et en travers des scènes traumatiques, les symptômes ne bougeaient pas.
Tu te plaignais de ton irritabilité, de tes difficultés de concentration, de ton humeur fluctuante. Les scarifications qui étaient parties à un moment revenaient.

J’aurais du m’interroger. J’aurais du me dire qu’il était quand même étrange d’avoir pu tout raconter, en détail, d’avoir pu travailler sur ses souvenirs longuement,  et que cela ai pu avoir aussi peu d’effet. J’aurais du me demander ce qu’il pouvait y avoir derrière toutes ces défenses que tu avais dressé…
Mais les scènes traumatiques étaient tellement sur le devant de la scène, tellement potentiellement traumatiques (une tentative de meurtre de sa mère sous les yeux impuissants d’un enfant me semble une bonne définition du traumatisme tout de même), bref, le souvenir traumatique prenait tellement de place que je n’ai pas cherché derrière.

Ce qui t’arrangeait peut être.
Tu n’as pas inventé la tentative de meurtre.
Tu n’as pas inventé le traumatisme qui allait avec.
Mais je pense qu’à un moment, il est devenu arrangeant. Parce qu’il expliquait tellement bien tous les symptômes qu’il n’était plus nécessaire de parler du reste.

Le reste qui était loin d’être anecdotique puisque tu avais été victime d’abus sexuels.
Puisque les scarifications ont commencé après ces abus.
Mais je n’en savais rien et tu ne m’en avais rien dit.

Tout ce que tu me confiais expliquait tellement bien ta souffrance que je n’ai pas cherché ailleurs.

Je m’en suis un peu voulu quand même quand j'ai su. Je me suis dit qu’on avait tourné autour de cela pendant des mois et que je devais être un bien mauvais psychologue pour n'en avoir rien perçu.
Puis je me suis dit que, peut être, c’est ce que ce n’était pas le moment pour toi.
Qu’il fallait que tu sois prête à le dire, que tu sois en confiance, que les défenses que tu avais patiemment construites pendant des années veulent bien se baisser un peu.
Que tout ce temps n’a pas été du temps perdu mais le temps nécessaire pour pouvoir penser et dire les choses.

Maintenant que tu m’as confié cela, les choses ne sont pas réglées. Car tu t’es confié a minima pour cette première fois. Car tu te refuses à la moindre démarche judiciaire.

Je t’ai expliqué qu’il faudrait qu’on en parle à la justice à un moment.  (je n’ai pas signalé de suite car les faits sont anciens, la jeune fille n’est plus confrontée à son agresseur et donc il n’y a pas de caractère d’urgence … Mais la loi impose de toute façon un signalement à la justice sur ces faits, qu’il faudra bien faire à un moment).
Je t’ai dit qu’on allait prendre le temps qu’il faudrait,  sur les prochaines séances, pour poser des mots sur ce qui t’es arrivé. A ton rythme. Mais qu’il fallait le faire sinon ce souvenir continuerait à te pourrir et te tuer à petit feu.
Tu n’étais pas ravie, mais tu n’as pas dit non.

Je veux croire que c’est parce que tu as décidé d’affronter la réalité et d’y faire face.
Alors pour les séances à venir,  j’ai envie d’espérer avec toi.

 

(la note fait suite à "S'agit d'apprendre à ne pas être heureux", qui parlait de la même jeune fille,à l'époque où j'ignorais ce qui lui était arrivé)

08:23 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (32) | |  Facebook