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20/02/2012

J'aurais pu, j'aurais su, j'aurais du

Adamma est morte. A 16 ans.
Ca fait sacrement jeune pour mourir, surtout lorsqu’on a eu une vie pourrie du début à la fin.
A la grande loterie de l’univers, il y en a quelques uns qui tirent le mauvais ticket. Adamma fait partie de ceux là. S’il y a un dieu quelque part, je le soupçonne même d’une certaine jouissance sadique. Parce que l’accumulation est par trop sordide.

Car si un réalisateur avait fait un film sur l’histoire d’Adamman, on aurait dit stop au bout de 20 minutes devant la succession de malheurs et de clichés. Trop c’est trop. Stop. Arrêtez. Ce n’est pas crédible.
Dieu ferait un piètre réalisateur.

J’ai connu Adamma l’année dernière.

16 ans. Hépatite auto-immune hospitalisée.
Une putain de saleté de maladie qui vous abime le foie petit à petit.

Adamma est donc suivie et traitée depuis son enfance.

La première fois que je rentre dans sa chambre, je me retrouve face à une ado obèse, fermée, très impulsive, ne supportant rien et surement pas l’entretien avec un psychologue.
On me demande de la voir car elle est en refus. De traitement. De l’école. Des contraintes. De tout.

L’entretien se fait sur le fil. Je sais que n’importe quel mot/attitude qu’Adamma jugerait inappropriées pourrait tout faire basculer et me flinguer toute chance ultérieure de rediscuter avec elle. J’y vais doucement.
Toute petite, Adamma a été abandonnée par sa mère, qui a eu elle-même une vie bien cabossée et douloureuse. L’enfance d’Adamma a été chaotique et je n’ai pas la place ici de m’y étendre beaucoup. On peut juste dire qu’elle a bien morflé.

Elle se retrouve placée chez une tante et un oncle qu’elle connait à peine, en compagnie de son frère.
Très vite, Adamma se révolte, elle est mal, mais n’arrive rien à en dire ,juste envoyer bouler les adultes autour d’elle et refuser tout ce qu’on lui propose. Dont ses traitements.
Les médecins arrivent à la voir, quand elle souhaite bien venir.
Le traitement est pris au petit bonheur la chance.
Les examens se dégradent à vitesse grand V.
L’oncle et la tante sont dépassés et ne savent plus comment agir.

Un premier signalement est fait à la justice devant l’inquiétude de l’hôpital pour la survie de cette jeune fille. L’accompagnement social se met en place. Adamma le refuse. Les contacts avec les assistantes sociales et les éducateurs sont conflictuels. Aucun progrès.

Elle échoue donc en désespoir de cause à l’hôpital où je la rencontre.
Le premier entretien, finalement, se passe bien.  Pour je ne sais quelle raison, Adamma me fait confiance et me déballe tout. Sa souffrance, terrible, son sentiment d’abandon, extrême. Sa colère, immense.
Je suis « content », je me dis qu’on va peut être pouvoir travailler, l’aider.
C’est sans compter ses défenses.

Au second entretien, la porte est refermée : elle va bien dit-elle, elle n’a pas besoin d’un psy. D’ailleurs le psy, c’est pour les tarés. Les médecins sont tous des cons qui n’ont rien compris à sa maladie. Les traitements ne servent qu’à la rendre malade et ne la guérissent pas. Elle veut qu’on lui foute la paix. Elle n’est pas si malade qu’on veut bien lui dire.

Finalement, elle retourne chez elle.
Idem, multiples convocations et reconvocations. La tata se dispute continuellement avec Adamma pour qu’elle accepte de revenir nous voir.

Quand Adamma revient, les choses ont empirés. Les résultats sont catastrophiques.

Il faut envisager une greffe de foie.
Elle refuse.
Les médecins expliquent, réexpliquent. Elle refuse toujours.
On se donne un peu de temps…Pendant ce temps Adamma ne prend toujours pas ses traitements.

Le temps passe. Le foie se dégrade. Et après encore x convocations, Adamma revient.
Un nouveau diagnostic tombe :cancer du foie.

Le projet de greffe même devient hypothétique. Il reste un mince espoir de pouvoir faire quelque chose : il faudrait qu’elle aille sur Paris.
Nouvel entretien avec Adamma. Le médecin m’appelle car il pressent que cela va être difficile.

Annonce de cancer. Adamma ne bronche pas.
Annonce d’hospitalisation sur Paris. « Non ».

Ré explication. J’interviens, le médecin intervient.
Et tout à coup, mince espoir, une porte s’entre-ouvre.

« Alors…. Je peux…Je peux en mourir ? » dit Adamma, d'un coup, les larmes aux yeux.

« Oui… C’est ça qui  nous fait peur, en effet », dit le médecin

Adamma s’effondre et pleure en silence.
Intérieurement, je me dis qu’on a peut être franchi un cap. Ca y est, elle n’est plus dans le déni, la toute puissance quant à la maladie. Elle accepte peut-etre d’entendre.

 Le médecin fait les papiers, évoque l’hospitalisation à Paris… On se dit au revoir. On y croit.

La semaine d’après, coup de fil affolé de la tante.
Adamma refuse de se faire soigner.
Ou alors, comme elle le désire. Elle ne veut pas dormir à Paris. Elle veut être hospitalisée tel jour.
Elle ne veut pas tel ou tel traitement.
Et puis elle dit qu’elle n’est pas si malade.
Les défenses sont retombées, massives. Le pont levis s’est refermé sur la forteresse. Imprenable.

Je propose une consultation. Elle n’y viendra jamais.
Le médecin ne la voit plus. Coups de fils avec la tante.

Le médecin parisien se lasse des multiples convocations auxquelles elle ne se rend jamais. Il laisse tomber. Il ne l'aura vu qu'une seule fois.

Et puis, il y a quelques mois, Adamma arrive aux urgences, cachectique.
C’est la fin. Tout le monde le sait, les regards sont sombres. On a échoué.

Adamma nous regarde, affolée. A voir nos mines, l’absence de l’urgence habituelle autour d’elle, l’absence de projets… Elle comprend.
C’est trop tard, elle le sait, elle le voit, elle a déconné, elle s’en veut. Surtout elle a peur.
La mort qu’elle a rejetée, déniée, repoussée au loin pendant des mois, la mort est là, à sa porte. Elle le sent dans son corps et dans nos yeux. Elle voit son impuissance. Elle voit la notre.

On ne fait « rien » parce qu’il n’y a rien à faire. Ce rien est effrayant pour elle comme pour nous.
Enfin rien n’est pas complètement rien, il y a la mise en place d’un projet de soins palliatifs. Mais rien par rapport à l’effervescence habituelle qu’a toujours connu Adamma.

Dans un dernier sursaut, Dieu se réveille un peu et se dit que l’histoire a été un peu trop glauque. Il décide d’épargner à Adamma une agonie longue et douloureuse.

Adamma nous quittera très rapidement. Entourée de ce qui reste de sa famille.

Cette histoire m’a marqué plus qu’elle ne devrait.
Parce que je sais que la clef se situait dans l’histoire d’Adamma, dans ses souffrances. Quelque part bien bouclée dans son psychisme.
Parce que je sais que si j’avais pu y avoir accès un tant soit peu, j’aurai peut être (et je dis bien peut être) pu infléchir ses actes.

Je me demande si j’ai fait tout ce que j’ai pu. Et je ne sais pas.
Je me demande comment en 2012 on peut mourir de quelque chose qui peut se guérir. Je me demande si simplement, elle ne voulait pas partir et que je n’ai rien à en dire ni à en juger.

J’aurai voulu que les derniers regards d’Adamma ne me poursuivent pas comme ils me poursuivent.

09:23 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (24) | |  Facebook

06/02/2012

Demandes de stages

Vous êtes étudiant en psychologie et vous avez besoin d’un stage (obligatoire dans le cadre des études de psycho, hein je le précise pour nos amis non-psychologues).
Le B.A-BA de la recherche de stage voudrait que vous ayez un CV lu et relu pour être adapté à votre demande et une lettre de motivation béton.
Mais force est d’admettre, amis étudiants (enfin étudiantes dans 99 % des cas, plutôt), que vous vous y prenez mal.
De l’autre côté de la barrière, je vous le dis, il faut être sacrément motivé et bienveillant pour vous répondre quelques fois.

Il faut préciser que les places de stages sont rares. Aussi nous sommes, psychologues, souvent submergés par les demandes. N’imaginez pas, chers étudiants, que nous nous languissons dans notre bureau de l’arrivée de LA lettre de demande de stage annuelle, que nous ouvrirons fébrilement en murmurant « enfin, enfin, enfin, un stagiaire ».
Non, il y a du monde sur les rangs !

Je passe sur les classiques lettres de motivations photocopiées et où tous les organismes de la région ont reçu la même… Désolé, je classe directement.
C’est pas gentil ?
C'est-à-dire que, pour avoir reçu des dizaines d’étudiants en stage, certains présentent une motivation proche de celle de Marine Le Pen pour un repas de ramadan. Autant vous dire qu’on frôle le zéro absolu.
J’en ai passé des stages à essayer de « motiver » des stagiaires amorphes, au regard bovin. Ca parait méchant. Mais je ne suis pas réputé pour ma méchanceté, bien au contraire. Je rame pour mettre les étudiants à l’aise, j’explique longuement avant un entretien ce qu’on va faire, j’explique longuement après un entretien ce qu’on a vu. Alors si au bout de trois mois de stage, on est tout juste capable de rester sur sa chaise, de faire la plante verte et d’apporter de la déco à mon bureau, non merci. J’ai autre chose à faire !

Donc tout ça pour dire, qu’après avoir été refroidi plusieurs fois, le psychologue cherche plutôt des étudiants motivés.
Alors la lettre de motivation photocopiée à des dizaines d’exemplaires… Ca ne m’apprend pas grand-chose sur ce que vous souhaitez faire dans CE lieu de stage et pour CE poste.

Je passe sur les motivations extrêmement motivées comme « Je dois faire un stage obligatoire dans le cadre de mes études. ». Oui, oui, je suis au courant. Je suis psychologue, hein. T’as vu, tu l’as même écris en haut de ton courrier. Donc me dire que ta seule motivation c’est que c’est « obligatoire »… Ca fait pas très glamour non plus, désolé.

Je passe sur les fautes d’orthographes à foison. Même en master, oui. Je suis peut être vieux jeu, mais l’accumulation de fautes dans un CV ou un courrier de motivation, c’est pareil, ça me rebute d’emblée.

Sinon moi je bosse en pédiatrie. PE-DIA-TRIE. D’ailleurs vous l’avez marqué aussi là, tout en haut du courrier : « Mr Spyko, service de Pédiatrie ».
Donc je suis au courant que j'accueille des enfants, hein. Ce serait même la spécificité du service que je n'en serai pas étonné.
Donc si vous me donnez comme SEULE motivation dans le courrier, « je m’adresse à vous car j’ai un intérêt marqué pour l’enfance », c’est un peu court.
Notez, c’est bien. Pédiatrie : l’enfance. On a tout bon là.Mais j’espère un peu pour vous que vous aimez les enfants, oui, sinon c’est un peu le mauvais service.
Donc oui, c’est bien de dire que ça vous intéresse, mais développez un chouia quoi.
Avec internet, toutes les infos sont facilement trouvables. Donc vous devriez un peu trouver ce qu’on fait dans ce service, quelles genre de pathologies on accueille, quelles sont nos missions. Et avec ça, étayer un peu votre demande.
Un peu plus précisément que, en résumé,  « c’est vachement bien les enfants, alors je postule pour un service où y’a des enfants, parce que les enfants, je les aime bien, alors je suis motivée par l’enfance ».

(oui oui, c’est facile de se moquer, je sais, je suis méchant)


Mais bon, si cela m’agace, c’est que moi, lorsque je faisais mes CV et lettres de motivations, moi aussi j’ai galéré pour trouver des stages.
Mais, alors même qu’à l’époque on ne trouvait pas les infos aussi facilement que maintenant, j’essayais toujours de m’intéresser au service dans lequel je postulais et réfléchir un peu à ce que je pourrais demander.
J’essayais de me mettre à la place du professionnel en me disant « il doit avoir pas mal de demandes, voyons comment je peux l’intéresser ».
Voilà. En fait c’est ça, je vous en veux de ne pas chercher à m’intéresser.  Pas me flatter attention, et me dire que mon service, il est trop à la pointe et trop vachement bien, et que vous seriez flattée de faire un stage avec un trop-bien-psychologue comme moi.
Ca, ça m’agace tout pareil, évitez aussi.
Non, mais juste éveiller ma curiosité, montrer votre intérêt et éveiller le mien.

Je vous en veux d’imaginer que c’est du tout-cuit, et que parce que vous, mademoiselle machin, vous avez passé 34 secondes à photocopier votre lettre de motivation, alors c’est gagné, je vais tomber amoureux de votre photocopie-pas-motivée-bourrée de fautes.

Intéressez moi un peu quoi ! Faites un tout petit effort !

Et pour finir, un conseil important.

Vous allez vous dire, il invente. Ben non, il invente pas.
S’il vous plait, messieurs et mesdemoiselles, lorsque vous mettez une adresse email, c’est une très  bonne idée. Mais par pitié, créez vous une adresse professionnelle.

Une belle, une sérieuse, genre « marcel.dupont@orange.fr ». Voilà, sobre, informative, nickel.

Mais s’il vous plait, me mettre en adresse mail, sur un C.V PRO-FE-SSIO-NNEL, l’adresse que vous utilisez avec les copines ou sur votre MSN, c’est pas très vendeur.
J’ai vu passer des trucs du genre : pupuce47@fournisseur.fr, audreypioupiou@fournisseur.com....
Ca fait moyen sérieux. Si, si, je vous assure.

J’ai l’impression d’être sur un Skyblog et qu’on va parler de la dernière chanson de Colonel Reyel.

Alors vous comprendrez, me faire penser à Colonel Reyel, ouais, ça m'énerve juste un peu. C'est pas gentil de votre part.