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30/11/2010

Courrier des lecteurs - 2

Je reçois aujourd’hui un courrier de la ville de Neuilly qui m’a semblé bien intrigant.
Enveloppe en papier velin haut de gamme, papier à lettre bordé d’or… Voilà donc un nouveau courrier des lecteurs !

« Cher Spyko,
J’aime beaucoup votre blog et moi aussi, j’ai des problèmes avec mes enfants, plutôt avec ma fille unique. Je m’appelle Liliane, j’habite Neuilly et j’ai 55 ans. Je vous écris parce que j’aime beaucoup votre  blog, et que j’ai des problèmes avec ma fille. Unique. Il faut que je vous dise que j’habite Neuilly et que j’ai 67 ans. Ce qui me fait vous écrire, ce sont les soucis avec ma fille.

…Euh,pardon François-Marie ? … Pourquoi voudriez-vous rédiger ce courrier à ma place, voyons très cher ? Cela me semble d’une inconvenance rare ! . Mais bien sur que si, je suis claire dans mes propos !… Ce cher monsieur Spyko est un de nos chers amis, il comprend très bien ce que j’écris, allons donc…
Je poursuis donc.

Je m’appelle Liliane, j’ai 45 ans et ma fille Françoise m’ennuie beaucoup. Croyez-le ou non, elle a décidé de se révolter contre mon autorité et use de toutes les armes pour cela ! Si feu mon cher mari voyait cela, je vous assure que cela se passerait autrement. Enfin… Je crois qu’elle a en surtout après mon argent, elle veut davantage, elle estime qu’elle le vaut bien.

Et puis surtout, cher monsieur Spyko, je crois qu’elle est jalouse. C’est pour ça que je vous écris. J’ai 72 ans et j’habite Neuilly voyez-vous. Est-ce normal qu’une fille jalouse les hommes qui gravitent autour de sa maman, au point de vouloir les éloigner de moi ? Peut-on parler d’Œdipe ?
J’aimerai beaucoup votre avis. Ci-joint un chèque de 125 000 euros en dédommagement de votre expertise et du temps passé à me répondre.

Sincèrement vôtre, Liliane. 59 ans. Neuilly.»

 

Cher madame Liliane, votre demande me touche beaucoup, croyez-le bien, mais je ne suis pas achetable. On ne négocie pas mon expertise comme cela, voyez-vous. J’ai des principes.

Cependant, comme vous m’êtes sympathique, je consens exceptionnellement à encaisser ces 125 000 euros POUR VOUS FAIRE PLAISIR, et à vous donner mon avis sur le problème qui vous touche.
(Je vous adresse cependant une facture complémentaire de 15 425 euros pour les frais d’encre, papier, internet et rédaction).

Or donc, est ce un Œdipe mal résolu qui travaille votre fille unique ? Vous ne me parlez pas de son enfance, la question est donc ardue.

Je suis un peu surpris sur votre papier à en tête de lire « L’Oréal, parce que je le vaux bien ». Je trouve cette phrase un brin narcissique, n’est-il pas ? Comment voulez-vous que votre fille, dans son enfance, arrive à s’identifier à un modèle maternel aussi inaccessible ?
Je pense que son complexe d’infériorité l’a rongé depuis lors, et qu’à la mort de votre défunt mari, il lui a été insupportable de voir que vous puissiez encore être entourée d’homme. Cela lui rappelant par trop ses failles narcissiques.
Sa colère contre elle-meme et contre son sentiment d’infériorité a été alors projetée contre vous, qui deveniez la seule responsable de ses soucis, par un mécanisme de défense du moi bien connu. Vous vaincre devenait alors ce qui lui servirait à renforcer son narcissisme.
CQFD.
Vous constaterez que moi aussi, je les vaux bien ces 125 000 euros.

Certains me soufflent à l'oreille que d’hypothétiques troubles cognitifs que vous presenteriez, axés sur la mémoire, pourraient être à l’origine de l’inquiétude de votre fille. Que nenni ! Faites fi de ces rumeurs, voyons donc. Vous êtes au dessus de ça, vous qui pour vos 45 printemps faites toujours aussi jeune.

Croyez le bien, en vous lisant attentivement, je ne décèle aucun signe avant coureur de maladie neurologique dégénérative : absolument aucun. Vous êtes toujours aussi alerte et vive.
D’ailleurs, j’en profite pour vous rappeler que vous m’aviez promis un nouveau chèque de 125 000 euros à la livraison de mon expertise : je suis persuadé que vous êtes une femme de parole qui honorera sa promesse, même si celle ci est déjà loin et qu’il est  possible qu’elle vous soit sortie de la tête au jour d’aujourd’hui. Mais je me doute que vous ne me ferez pas l'affront de ne pas honorer votre parole, n'est-il pas ?

Je suis en tout cas à votre entière disposition pour tout avis psychologique ultérieur, aux mêmes tarifs d'amis que j'ai pratiqué aujourd'hui.

Votre dévoué
Spyko

 

28/11/2010

Le nouveau style de Mélanie

Mélanie a quatorze ans. 
Lorsqu'elle arrive à ma consultation, la fois dernière, je ne peux m'empêcher d'être surpris et un peu mal à l'aise en la voyant dans la salle d'attente.
Mélanie est une jeune fille que je vois régulièrement depuis un an et qui est suivie chez nous par les médecins dans le cadre d'une obésité. Ajoutée à celle ci, on retrouve des troubles alimentaires nets liés à des affects dépressifs, et une histoire familiale complexe. C'est pour cela que je la vois aussi en consultation.

Je suis surpris dans la salle d'attente car ce n'est pas la même Mélanie qui se lève à l'annonce de son nom.
Non. Mélanie l'adolescente obèse et complexée, aux vêtements souvent informes et amples, a fait place à une nouvelle Mélanie. Mais je ne suis pas certain que le changement soit flatteur.
Car Mélanie a opté ce jour pour une mini-jupe très très mini, des collants noirs et résillés, des chaussures à talons sur lesquelles elle a du mal à marcher, un tshirt très serré qui dévoile allègrement sa poitrine et un maquillage qu'on dirait pour le moins chargé, en employant l'euphémisme.
Le tout, associé à son obésité, donne malheureusement l'image même de la vulgarité....

Je ne dis rien et conduit Mélanie et sa maman à mon bureau.
Où la mère se lance alors dans une diatribe contre le collège qui, comprenez-vous, en veut à Mélanie.

Ils ont osé la punir pour bavardage, rendez-vous compte !
Et pire que tout, me dit la mère, ils ont convoqué la maman pour parler de l'habillement de sa fille
(Tiens donc !)

"Et vous savez ce qu'ils m'ont dit ? Que ma fille n'était pas correctement habillée ! Non mais ! Que ses vêtements n'étaient pas bien, rapport aux garçons du collège..."

(Je tiens le sujet, je me dis que je vais essayer de relancer.... Parce que figurez vous, quand vous êtes un homme, pas facile de dire à la maman "elle ferait pas un peu vulgaire votre fille là ?".... Peur d'être taxé de macho ou de pervers.... Pas facile en tant qu'homme de signifier qu'une tenue est trop sexualisée.... Mais là, j'avais une occasion en or : c'est le collège qui le disait !!)

"Et bien, vous en pensez quoi de ce que dit le collège, par rapport aux garçons et aux vêtements de Mélanie ?" dis je

"Ce que j'en pense ? Mais c'est que ma fille fait ce qu'elle veut ! Elle a trouvé son style à elle, elle le garde, on est en république, zut !"

(Ouh là, me dis-je, c'est mal parti là.... Comment faire percevoir à la maman qu'il y a pour le moins quelque chose d'étonnant à ce qu'elle valide ce genre de tenue pour sa fille....)

"Et le danger avec les garçons, vous en pensez quoi ?"

"Oh faut arrêtez là, je vous dis : elle a trouvé son style ! Elle a mis du temps, mais enfin, elle a un style à elle, il faut lui foutre la paix maintenant".

Impossible durant tout l'entretien de faire réflechir la maman sur l'image que sa fille pouvait renvoyer.
Pour elle, c'est comme si sa mission de maman était maintenant de défendre contre vents et marées sa fille et "son style".
Je me suis demandé si ce n'était pas une espèce de collusion entre le vécu de la maman (elle même très obèse) et de sa fille : comme si la liberté vestimentaire que sa fille avait revendiquée collait à quelque chose que la mère aurait souhaité pour elle même...
Du coup, c'est comme si il y avait un espèce d'encouragement implicite chez la maman, ce qui était pour le moins ennuyeux face à une adolescente probablement un peu perdue dans son rapport au corps et à la sexualité.

L'entretien prit fin avec une espèce de frustration de ma part.
Quelque chose avait changé chez Mélanie, je la sentais chercher dans la séduction et peut être même la sexualité, l'estime de soi qu'elle n'avait pas trouvé avant. Etre désirée pour se sentir bien.
Une sorte de quête dangeureuse, parce que les garçons de 14 ans, l'estime de soi de Mélanie, ils n'allaient rien avoir à en faire... Par contre, sa mini-jupe et son tshirt allaient bien les travailler... 

Je la sentais en danger, d'autant plus que quelques séances avant, Mélanie m'avait parlé de son frère qui faisait des "choses qu'elle n'aimait pas".
On en avait parlé, reparlé, mais je n'avais pas réussi à en savoir davantage. Je pensais au pire sans savoir réellement si c'est de ça dont elle voulait parler. Peut etre pas.
Mais ce qui m'avait étonné, c'est encore l'attitude de la maman.
La maman, à qui j'avais parlé d'éventuels soucis frere/soeur, de mise en danger (sans pouvoir préciser davantage) et qui se montra évasive, pas intéressée par le sujet : "des conflits de gamins". Voilà tout.
Comme si dans cette famille, il était impossible de poser des limites strictes : c'était déjà le cas pour la nourriture : le surpoids de Mélanie venait aussi en partie d'un cadre éducatif très lâche et souvent aléatoire.
L'éventuel danger de Mélanie face à son frère était traité avec la même désinvolture. 
De même que l’éventuel danger que son look et sa recherche des garçons lui faisait prendre.


Bref, au niveau sexualité, interdits, protection...Je sentais des choses dans le climat familial inquiétantes. Le changement de Mélanie me faisait craindre une fuite en avant bien ennuyeuse.
Et avec cette impression de ne pouvoir arriver à le travailler.
Pour tout dire, cela m'avait inquiété et aussi agacé de ne pas être arrivé à faire réfléchir la famille là dessus : j'en avais parlé à ma collègue, pour y réfléchir, comprendre ce que j'aurai pu faire et comment aborder la prochaine consultation. C'est rare qu'une situation me travaille une fois chez moi, mais là si.
Et je me disais que si le collège était inquiet, c'est qu'il y avait des comportements, des attitudes, des choses qu'ils avaient eux aussi repérer.

Or, cette semaine, coup de théatre: j'apprends par sa maman que Mélanie....aurait été victime de sévices sexuels au sein de son collège.
Dire que je n'ai pas été étonné sonne probablement un peu odieux, mais c'est la stricte vérité.

Dire que ça ne m'a pas affecté est un mensonge : depuis, je n'arrête pas d'y penser.
Aurais je pu faire quelque chose pour faire réflechir davantage Mélanie à ce qu'elle faisait, comment elle utilisait son corps et la séduction pour restaurer son estime ? Comment elle se mettait en danger pour l'avenir ?
Aurais je pu faire réfléchir davantage la maman sur son rôle protecteur et les limites à poser à sa fille de façon urgente. Et sur sa difficulté à le faire.
Bref, aurais je pu éviter que tout cela ne lui arrive ?

Le fait est que d'être un homme m'a considérablement gêné. Je me sentais vraiment très mal placé pour faire comprendre à la maman que sa fille pouvait sembler vulgaire et provocante.

Attention, je ne suis pas en train de faire le lien avec les lieux communs révoltants sur le viol tels que "elle l'a bien cherché vu comment elle était habillée !!"
Oh que non ! Rien ne justifie une agression sexuelle, je ne trouve pas de circonstances atténuantes à son agresseur ! Aucune. 

Non je veux dire que j'ai vu Mélanie se mettre en danger, adopter des vêtements, une attitude qui avaient une tonalité sexualisée. Flirter avec le danger et le désir qu'elle provoquait semblait plus ou moins consciemment être le but recherché. Avec cette impression propre à l'adolescence qu'elle pourrait de toute façon tout maîtriser, toujours.

Est ce qu'une psychologue femme aurait pu plus facilement faire passer le message à la maman ? A Mélanie ?
Je me voyais mal lancer un thème de reflexion sur "tes vêtements sont très séducteurs tu ne trouves pas ?", j'aurai été le premier gêné. Et ca m'aurait gêné que la maman pense que je pouvais avoir un regard d'homme sur sa fille (même si dire que ses vêtements étaient inadaptés était plutôt objectif que jugeant)
Peut etre ai je eu tort....

En tout cas, cette histoire me fait bien réflechir depuis ces derniers temps et je crois que ce n'est pas fini.
D'une part sur Mélanie. Et d'autre part, sur mes limites et mes gênes à moi. 

23:08 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (35) | |  Facebook

09/11/2010

Vidéos Dysphasie/Dyspraxie

Deux petites vidéos humoristiques pour expliquer la dysphasie et la dyspraxie

(via @CaroleCousseau)

 

Dysphasie from adrien honnons on Vimeo.

 

Dyspraxie from adrien honnons on Vimeo.

 

07/11/2010

Un cours sur Freud en powerpoint

Tombé par hasard lors de recherches internet sur ce diaporama réalisé par F.Jourde, professeur de philosophie.
Un cours sur Freud en diaporama ? La psychanalyse peut elle se couler dans le powerpoint ?

Je suis épaté déjà de la forme, très beau, très clair.
Je suis épaté de la synthèse réalisée : tout semble simple et  couler de source. L'air de rien, ça a du demandé un formidable travail en amont, j'en sais quelque chose pour faire des présentations régulièrement.
Bravo Mr Jourde. (si mettre ce diaporama en ligne gêne, merci de me le faire savoir)

"Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement."- Boileau 

 

 

04/11/2010

Dépistage précoce

Dans un rapport remis au gouvernement, Jean-Marie Bockel propose de dépister précocement, vers 2/3 ans, les troubles du comportement.
( ici et )
Ce ne serait pas dérangeant si ce dépistage précoce n’était pas en filigrane mis en lien avec l’idée que ces enfants sont à risque de devenir de futurs délinquants.
Ceci rejoint d’ailleurs la très critiquée étude de l’INSERM sur les troubles de conduites précoces des enfants.

J’insiste cependant, le dépistage précoce est important, voire fondamental pour ne pas se laisser développer des troubles. Il faut sensibiliser les intervenants de la petite enfance, créches, écoles, nounous, et parents, au repérage précoce de troubles psychiques. Et donner de l’information sur les aides et les professionnels qu’on peut trouver. C’est indispensable.
Par contre, là où c’est gênant et très peu éthique, c’est l’aspect PREDICTIF de ces diffèrents rapports, qui laissent sous-entendre qu’un trouble du comportement précoce est signe d’un futur délinquant, en tout cas d’un futur enfant à problème.

Le libre arbitre existe-t-il ? Sommes nous maîtres ou pas de notre destinée ?
Tout est il déjà tracé à deux ans ? La psy serait elle de la pure fumisterie si tout est joué d’avance ?
Evidemment que je ne suis pas d’accord avec cette vision des choses ! On se croirait revenu aux conceptions du XIX ème siecle, où les enfants « à problème » issus des classes modestes étaient forcément de « la mauvaise graine », qu’il fallait rééduquer, et encore, si on avait la chance d’y arriver, parce qu’avec « ces enfants là », le mal est inscrit en eux.
Au XIXème, vous ne deveniez pas délinquant à cause de la misère dans laquelle vous étiez né. Non, on considérait que pour certaines populations, le mal était atavique, ils le portaient en eux dès la naissance, comme une mauvaise graine. Et s’ils étaient misérables, c’était parce qu’ils ne voulait pas s’en sortir. Ils l’avaient bien cherché.
Or, si on nait « mauvais » et qu’on reste « mauvais », on ne considère plus la nécessité de soins psychiques. Puisque ca ne changera rien. Non, on enferme, on punit, on parque, on isole. Comme au XIXème.

Veux-t-on vraiment en revenir là ?….

Je ne sais pas en détail ce que disent ces rapports, cependant il faut toujours se méfier des messages prédictifs par rapport à une population.
Rien n’est plus compliqué que la psyché humaine, et quant à savoir comment va évoluer un individu, cela implique tellement de variables (évènements de vie, rencontres, traits de personnalités, histoire familiale), que cela me semble difficilement modélisable.

Il y a souvent dans là dedans des erreurs conceptuelles, des erreurs de raisonnements.
Quand on dit dans ces études que les troubles du comportements de l’enfant de deux ans sont à risque, susceptibles de devenir délinquants , c’est parce que probablement, on a fait une étude rétrospective : c’est à dire qu’on prend une population de délinquants adultes et on cherche, en arrière dans leur histoire, si ils ont présentés des troubles étant enfants.
Alors, avec cette façon de faire, on peut y aller : oui, on va trouver qu’une majorité de délinquants avaient des troubles étant petits. C’est presque certain. Famille recomposées, difficultés sociales et/ou éducatives, troubles psychopathologiques associés…

Mais il faut faire attention : ce n’est pas parce que des adultes délinquants ont souvent dans l’enfance présentés des troubles du comportement, que TOUS les troubles du comportement chez l’enfant donneront des délinquants.
Ca ne marche pas dans les deux sens.

Je m’explique.
Si je vous dis : la majorité des mécaniciens sont des hommes, vous me dites ok.
Si je prends le raisonnement à l’envers et que je vous dis : donc, ça veut dire que les hommes deviennent en majorité mécaniciens, vous vous dites que ça ne marche plus.
Le groupe des « hommes » impliquent d’autres sous groupes (les boulangers, les policiers, les psychologues – même s’ils sont peu nombreux en tant qu’hommes), c’est un groupe beaucoup plus large que le sous groupe « mécano ». Tous les hommes ne sont pas mécanos, même si la plupart des mécanos sont des hommes.
Ok ?

Donc lorsqu’on dit : la plupart des délinquants ont présentés des troubles du comportement étant enfant, c’est probablement vrai.
Mais si on fait le raisonnement inverse : la plupart des enfants qui présentent des troubles du comportement risquent de devenir délinquants, là c’est de la généralisation abusive.
Dans le groupe des enfants à troubles du comportements, certains s’amélioreront, d’autres pas. Parmi ceux là, certains arriveront tout de même à s’insérer correctement dans la société.
Et ce n’est qu’une petite frange des anciens enfants à trouble du comportement qui deviendront délinquants.

Donc attention aux études retrospectives…. Ce qu’elle disent dans un sens (qu’un trouble A dans le présent est corrélé à un trouble B dans le passé) ne marche pas dans l’autre sens (ce trouble B aujourd'hui  ne donnera pas toujours le trouble A demain ).
(Les bloggueurs ont tous acheté un ordinateur dans le passé – Tous ceux qui achètent un ordi deviendront bloggueurs ???)

Il faudrait pour avoir plus d’éléments faire une enquête prospective : c’est à dire dans un grand laps de temps, suivre des enfants présentant des troubles du comportement. Les suivre pendant 20 ans. Et voir au final, une fois adultes, quelle proportion est devenue « délinquants ». (d’ailleurs il faudra s’accorder sur ce qu’on fait rentrer dans la définition du déliquant, le consensus n’étant pas facile à mon avis)
Or ce genre d’étude, c’est extrêment long et plus compliqué à faire qu’une étude rétrospective où il suffit d’aller interroger une population témoin.


Enfin je terminerai en m’étonnant…. Beaucoup.

Ce gouvernement veut dépister précocement les troubles du comportement. Très bien.
Mais pourquoi dans le même temps, est-il en train de supprimer les RASED (et encore là aussi)  (Rased : les aides psycho-éducatives au sein des écoles).
Les psys scolaires, les rééducateurs scolaires sont en train de disparaître, par volonté gouvernementale.
Or, on veut dépister davantage les troubles.
Ok, mais on en fait quoi des enfants à risques qu’on a dépisté ? On les adresse où alors ?

C’était pourtant bien d’avoir des intervenants au sein de l’école, qui pouvaient eux aussi repérer précocement ET en même temps, prendre en charge précocement.
Si ils ne sont plus là, il faudra se diriger vers les CMPP ou les centre médico-psychologiques, qui sont déjà surchargés à l’heure actuelle.
Ou évidemment, si vous avez les moyens, en libéral.

Mais ceux qui n’ont pas les moyens ? D’ailleurs, l’étude de l’INSERM doit sûrement montrer que les difficultés socio économiques sont corrélées avec les difficultés de comportement…
Les populations défavorisées devraient donc être au cœur du dispositif d’aide !
Or, pour elles, il n’y aura plus rien comme aide à l’école.
Aller au CMPP ?
Mais si vous n’avez pas les moyens, pas de véhicule, aller au CMPP s’apparente à une expédition ! Pour peu que vous habitiez la campagne, il faudra aller consulter à la grande ville. Comment sans voiture ? Mystère.
Et moi même qui consulte dans une grande ville, j’entends quelques fois ces familles sans trop de moyens me dire qu’elles ont fait 45 mn de bus pour venir me voir….
Supprimer les aides à l’école, ça veut dire que ces familles vont galérer pour faire suivre leur enfant, voire ne vont plus le faire du tout s’il faut traverser toute la ville et passer la demi journée en transport pour cela…

Quand je vois certaines collègues, en manteau de marque et voiture de sport, me dire « pfff cette famille là n’a même pas fait suivre correctement son enfant ! »…Ben oui, pétasse…. Quand on est mère seule avec trois enfants, pas de véhicule, qu’on doit traverser la ville pour aller voir le psy, le tout en devant être à l’heure ensuite pour la sortie de l’école des deux autres….
Ben on finit par ne plus le faire. C’est tout.
Et si il n’y pas de psy à l’école, tant pis alors pour le gamin…

Voilà l’ambiguïté de ce dispositif : mieux dépister. Mais en supprimant petit à petit les moyens de prendre en charge….

Alors... On fait quoi ?

 

Lien vers le collectif  Pas de zéro de conduite

03/11/2010

Soutien psychologique - 2

Difficile de définir ma pratique au quotidien, au sein d’un service de pédiatrie.
Ce n’est clairement pas une pratique psychologique « orthodoxe ».

La difficulté première est, le plus souvent, de travailler sans demande du patient (ce qui arrive néanmoins fréquemment en pédiatrie, où ce sont les parents qui sont demandeurs et pas toujours l’enfant et l’ado). Mais aussi, dans mon cas, quelques fois sans demande même de la famille.
Car la plupart du temps, ce sont les soignants et les médecins qui demandent mon passage auprès d’un enfant, au vu des soucis constatés (annonce de diagnostic, refus de soins, hospitalisation lourde à vivre, questions, soucis familiaux…)
Or, il arrive que ni la famille ni l’enfant n’aient envie d’une quelconque démarche psychologique, mais disent tout de même « oui » pour ne pas contredire ouvertement le médecin.

Je vous laisse imaginer les prémisses d’une consultation où personne n’a de demande à me faire hormis « C'est le médecin qui l’a demandé. C’est parce que mon enfant est malade, le médecin s’inquiète ».
Et où la famille passera toute la première partie de consultation à essayer de me prouver que « tout va bien », c’est à dire en filigrane poli « on n’a pas besoin de vous », "on gère".

Quel est mon rôle dans ce cas ? Suis-je un commercial de la psychologie ? Dois je montrer que je suis gentil/aidant/propre sur moi et que la psychologie, c’est trop fantastique-vous devriez essayer ?
Ben non … Tout bêtement, je me présente, je présente la demande du médecin qui m’a envoyé ici. Je dis que je suis à disposition. J’explique mon rôle dans telle ou telle pathologie de façon générale. Et je laisse les choses ouvertes pour la suite.
Ne pas brusquer. Laisser la demande émerger dans la tête de la famille et du patient, qu’ils y réflechissent et reviennent alors me voir avec une demande propre, des objectifs à eux.
Mais c’est difficile, alors que quelque fois derrière, la demande médicale est pressante : « oui mais il refuse son traitement, il faut que tu le voies ! »
Mais comment puis je travailler avec quelqu’un qui ne demande rien ?
Suis-je là pour faire « admettre » les prescriptions médicales ou faire changer d’avis une personne ?

Non, bien évidemment.

Donc premier point donc de ma spécificité : la demande et la difficulté de travailler sans.

Et second point, suite à l’article de Jack Addi, comment intituler mon travail ?

Ce n’est clairement pas de la psychothérapie. Ces patients, ces familles, pour la plupart, je les verrai durant leur hospitalisation et plus ensuite.
Quelques uns, suivis ici pour une patho chronique, seront revus à distance régulière, mais encore une fois, pas dans une fréquence hebdomadaire ou sur des objectifs psychothérapeutiques.

Pour moi, je fais de l’accompagnement, très modestement. Qu'on peut qualifier très globalement de soutien psychologique.

Lorsqu’on évoque le soutien psychologique, généralement,  c'est un concept flou, un peu fourre-tout.
Comme le disait Jack, c'est un peu "par défaut", une définition de l'aide psy qui-n'est-pas-une-psychothérapie.
C’est à dire avec l’idée fort confuse et fort globale que « parler ça fait du bien ».

Bien que ce ne soit pas tout à fait faux, c’est très limitatif et pas toujours vrai non plus….

Mais il est vrai que parler fait du bien, pour plusieurs raisons :

- ne pas rester seul face à ses soucis. Et lorsqu’on s’intéresse au stress, à l’anxiété ou la dépression, on sait que le soutien social perçu par le sujet est un critère pronostic favorable.
- libérer ses émotions : c’est l’abréaction, la décharge émotionnelle. Qui peut faire du bien à court terme, certes, avec cet effet libérateur. Mais qui non accompagné d’une parole, d’une mise en mot, n’aide pas à avancer beaucoup sur le long terme.
-aider à synthétiser les choses, aider à mettre des mots et du sens: car quelques fois, noyé sous les soucis, le sujet a l’impression d’être submergé.

Cependant, comme le disait Jack, si le soutien psy c’est ça, n’importe quel ami peut le faire autour d’un café et le psy, il ne sert à rien.

Je pense que ce soutien psychologique, offert par un psychologue, c’est plus qu’une discussion autour d’un café.
Le psy a travaillé sur lui, il sait rester neutre, objectif face à ce qu’on lui dit. Il comprend les éléments transférentiels et contre-transférentiels en jeu, ou en tout cas, essaie de les comprendre. Il sait rester à une juste place, respectueuse, aidante, ni trop froide, ni trop envahissante.

Le psy a travaillé sur les mécanismes de défenses et peut comprendre ce qui se joue au delà de ce qui est dit ou montré de prime abord.

Le psy peut faire du lien avec l’histoire familiale, l’enfance, des évenements entre eux.
Le psy connaît la psychopathologie et s’il repère des éléments diagnostics, il peut orienter la personne vers le psychiatre ou le pédopsychiatre au besoin.

Et j’ajouterai qu’à l’hôpital, le psy a un rôle à part, dans un service de médecine.
C’est le seul soignant « non soignant ». Il ne fait partie ni de l’équipe médicale, ni para médicale, il est « à côté » des autres soignants et par cela, mis dans une place plus neutre par le patient. Ce qui permet de libérer plus facilement la parole, sur les peurs ou griefs liés à l’hopital, la maladie, la famille…
Les autres soignants n’ont aussi pas toujours la formation adéquate ou simplement le temps d’écouter le patient…. C’est bien dommage, mais quand l’administration en est à minuter le temps moyen d’une prise de sang, vous vous imaginez bien que l’infirmière aura du mal à s’asseoir et prendre 20 minutes.
Le psy offre un espace à part, sans soin corporel, dans un temps sans urgence, une sorte d'espace transitionnel où le sujet peut essayer de se retrouver, comprendre et digérer ce qui lui arrive au milieu de cet hôpital source d'angoisse.

Pour moi, mon rôle est donc un soutien psychologique, mais pas juste une simple « écoute ».
En cela, c’est complémentaire du rôle de l’ami.
L’ami peut écouter, autour du fameux café, les confidences et les douleurs. Il pourra vous mettre la main sur l’épaule, vous emmener au ciné pour penser à autre chose ou vous payer un demi de bière. Ce que le psy ne fera pas.
L’ami ressentira très fort vos douleurs, quitte à en être atteint lui même (c’est la  « sympathie »,  « souffrir avec »).

Le psy lui vous écoutera aussi, mais en sachant rester à une place plus neutre. De ce fait, il gardera une objectivité plus grande face à que dira la personne. De même, le psy ayant travaillé sur lui, saura ne pas se laisser submerger par les émotion du patient. Parce que voir l’ami pleurer avec vous n’encourage certaiement pas à se livrer davantage. Le psy lui sera en empathie avec le sujet, essaiera de comprendre ce qu’il ressent et pense (empathie : « souffrir dans »), mais sans se laisser envahir.

Le psy ne prendra pas partie, comme le ferait l’ami. C’est quelques fois frustrant (pourquoi il ne me dit pas que j’ai raison, hein !! ?), mais c’est en cela qu’il peut nous aider à réflechir objectivement et voir les choses différement.
Le psy verra plus davantage dans ce qu’on dit ou ce qu’on montre que le premier abord. Et cela peut aider à comprendre ce qui ne nous est pas compréhensible.

Cela pour dire qu’un ami et un psy ayant chacun une place différente, le mieux, pour s’en sortir en cas de problème sérieux, c’est d’avoir les deux ;-)

Pour moi, le soutien psychologique n'est pas une sous-catégorie de la psychologie, ou de la sous-psychothérapie.
C'est une aide ponctuelle, généraliste je dirai.
Au milieu d'un service médical, je me sens quelques fois un peu comme un "généraliste" de la psycho. J'ai des bases en psychopathologie, en psychothérapie, en sciences cognitives, en psycho de la santé... Et je peux gérer "à chaud" tout type de situations. Et orienter au besoin vers le psy-spécialiste plus adapté ensuite, et plus pointu que moi dans un domaine particulier.

 

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02/11/2010

Soutien Psychologique - 1

Parus chez l'excellentissime Jack Addi (oui, il me paie pour dire ça), deux articles faisant suite sur "Le Soutien Psychologique".
Je les ai lus avec intérêt car très souvent mon travail s'apparente à ce fameux soutien psychologique et non à un véritable travail psychothérapeutique. D'ailleurs je ne me considère absolumment pas comme psychothérapeute.

Je vous les livre ,et dès que je trouve le temps, j'écrirai davantage sur ce que ça m'a inspiré. Notamment quelle est ma place de psy au milieu d'une équipe médicale.

Soutien Psychologique 1

Soutien Psychologique 2

01/11/2010

Surtout, rester calme....

Si il y  a quelque chose que je détestais au tout début de ma carrière, c'est qu'on me demande de faire des interventions orales, à l'hôpital ou lors de colloques à l'extérieur.
C'est que, pour moi, faire une intervention orale c'est un boulot monstrueux ! Comme j'ai peur de me planter, peur de paraître ridicule si j'oublie quelque chose ou fait une erreur, peur de ne pas savoir répondre aux questions, je prépare mon topo à fond... Mais à fond.
Ca veut dire que deux mois avant le topo, je commence à lire des bouquins, imprimer des articles, synthétiser, réflechir.... Je passe des plombes à rédiger mon truc, c'est une vraie horreur, car je veux que ce soit nickel, parfait, verrouillé et inattaquable...
Un truc de fou.

Alors vu le boulot que ça me demande, je ferais bien quelques fois de dire "non". Mais ça, c'est pareil, je n'y arrive pas. Je veux dire que ces interventions, ça fait partie de mon boulot, partie intégrante, je le sais, et dire "non" pour moi, ce serait comme ne pas faire vraiment mon boulot.
Et puis au fond de moi, une petite voix me dit "allez....T'es capable de faire ça hein ? Tu verras, ça va bien se passer"...

Bref. Autant dire que quand le fameux jour du topo arrive, je suis épuisé par deux mois de préparation et de lectures intenses, deux semaines de rédaction intensive, voire du powerpoint la veille pour corriger les dernières erreurs et peaufiner le tout.

C'est ainsi qu'il y a quelques années on me demanda de faire une intervention devant une association de malades, sur une pathologie dont je m'occupe au quotidien avec les enfants.
Je vous jure, j'avais fait un super topo. Sans me vanter, c'était pas mal. Je parlais de la culpabilité dans la maladie , où j'avais même fait des liens super intéressants avec notre culture judéo chrétienne, sa conception du péché et la maladie vue comme un péché.
La difficulté du parent, la difficulté de l'enfant, les difficultés de dialogue, les refus de soins, ....Bref, c'était du boulot, mais j'avais fait un exposé très bien, le tout sur powerpoint, car on me l'avait demandé sous cette forme.
Et j'avais passé du temps à chercher des illustrations (et des illustration quand on est psy, c'est pas simple.... Si t'es médecin, t'as des choses à montrer, mais psy, je montre quoi ? Un scanner du complexe d'Oedipe ? Des IRM de mécanismes de défense ?).

Le jour J arrive. Et à l'époque, c'était il y a une dizaine d'années, on n'avait pas encore toutes ces clés USB, j'avais gravé mon topo sur CD et j'étais venu à l'association avec le dit CD.
Mon tour arrive, je monte sur l'estrade, devant une centaine de personnes, je donne mon CD au médecin responsable de la journée, il le met dans l'ordi.
Attente.
Je souris à la salle. J'attends (c'est pas un peu long là à demarrer ?)
Je regarde le médecin qui trifouille son ordi.... Je souris à la salle (genre tout va bien, ne vous inquiétez pas....MAIS C'EST PAS UN PEU LONG A DEMARRER LA ????)

Une bonne minute s'écoule...Je suis toujours devant la salle et rien sur l'écran...Hmmm hmmm

Et là, le médecin se penche vers moi

"Il n'y a rien sur votre CD"
"Hein...? Quoi ?....Mais, si, il y a mon powerpoint, enfin !"
"Non...Rien...Il n'y a rien du tout...."

Je souris à la salle (Mais pourquoi mes jambes commencent à trembler, ça va pas non ?)

"Vous pourriez faire votre intervention sans le support informatique ?"

Hein ? Eh mais tu crois quoi, toi, que j'ai appris un topo de 45 min. par coeur.... C'est pas possible....Je peux pas le faire sans support !

"Je suis désolé", répète-t-il,  "je vois plus que ça....Il faut que vous improvisiez..."

Là, je tombe sur le sol, mort, et j'échappe à la honte qui va s'abattre sur moi et mes enfants sur 34 générations.

En fait, non. Je meurs même pas. J'ai un coeur solide. Pas de bol. Tiens, ça m'apprendra à faire du sport.  J'aurai du fumer et me gaver de Bic Mac, au moins, je serai tombé raide mort.

Je sais pas comment je vais faire quand soudain, un autre médecin, avec qui je travaille,  s'avance pour voir ce qui se passe. On explique.
Il hoche la tête et me dit "Ah...Ben on peut arranger ça..Tu te souviens, tu m'as envoyé ton powerpoint cette semaine pour que je le lise. Je l'ai dans mon portable. Ici."

Alléluia !!!!!

C'est ainsi que j'ai récupéré mon fichier. Fait mon exposé.
Et à dire vrai, le stress de l'exposé en lui même m'est apparu bien minime par rapport au stress qui a précédé.

Et maintenant quand je pars faire un exposé, j'ai DEUX clés USB. <
Et mon topo powerpoint imprimé avec moi au cas où.
Le premier qui dit "parano", attention ! 

Et le côté positif, c'est aussi qu'un exposé "normal" m’apparaît finalement plus aussi stressant après ça...

17:56 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook