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24/10/2010

Thérapies entre amis

J'ai comme principe de ne jamais prendre en consultation des enfants dont je connais la famille. Que ce soit par relations amicales ou professionnelles.
Evidemment, c'est une position qui est rarement bien comprise.

Infirmière : " Ma petite de six ans se remet à faire pipi au lit...Je crois que c'est l'entrée en primaire... Tu voudrais pas la voir un peu pour nous aider ?
Moi "Et bien...Tu sais, je ne prends jamais en consultation des gens que je connais...C'est pas évident, ca fausse un peu tout quand on se connait et
Infirmière :"Mais je te dis que c'est l'école....Faut peut etre juste qu'elle arrive à t'en parler et ça ira mieux !
Moi "Oui mais si c'est pas que l'école et qu'elle veuille me parler, je sais pas, moi, de toi et ton mari, de votre relation ?....Ca me gêne moi !
Infirmière  "Oh mais on n'a rien à cacher
Moi "Peut etre.... Mais ce n'est pas simple si on connait les gens, tu sais...
Infirmière (vexée) "Ah ben c'est tout...On ira voir ailleurs...Quelqu'un qu'on ne connait pas...Ca aurait été plus simple ici...Mais bon...C'est tout...

Ma position n'est pas facile à tenir ! Ca ne me fait pas que des ami(e)s qui se sentent jetés, pensent que je refuse de les aider....
Mais pourtant, pour moi c'est clair.

En psychologie, le symptôme est rarement isolé, et compréhensible hors de son contexte.
Je ne peux pas traiter QUE l'énurésie suite à la rentrée scolaire. Tous les enfants entrant en CP ne refont pas pipi au lit. Donc pour cet enfant, il y a d'autres choses associées. Forcement plus personnelles ou familiales.

Or, je ne veux pas entrer dans l'intimité des mes collègues. Ca me gêne. Je n'ai pas de velléité de voyeurisme. Je ne veux pas tout connaître des soucis familiaux ou intimes des gens que je côtoie tous les jours.

De même les rares fois où j'ai conduit des entretiens où je connaissais la famille, je vois bien que je ne suis plus aussi professionel, je retiens certaines questions, que je n'ose poser, je suis parasité de par ce que je connais déjà des personnes, je n'arrive plus â etre neutre et objectif.
Difficile face à un couple de collègue de fouiller si il y a une bonne entente de couple, pas de conflits avec la famille ou la belle famille. Les voir pleurer face à moi et travailler avec eux le lendemain comme si de rien n'était.
Pour moi, d'un, au niveau professionnel,je suis moins "bon" face à des gens que je connais. Et deux, d'un point de vue personnel, je me sens voyeur, et ça me gêne dans mes relations à venir avec ces personnes.

Pourtant, malgré le fait que je refuse, quelques uns et quelques unes ont déjà fait jouer leurs relations pour avoir néanmoins un rendez vous avec moi alors que j'avais dit non!
Genre appeler directement ma secretaire sans avertir que j'avais déjà refusé. Passer par la surveillante ou le chef de service.
Ou se pointer directement aux urgences, avec l'enfant, parce que là je ne peux pas reculer.

Pourtant, que faire face à cet enfant de cinq ans qui refuse de manger. Et dont je sais que la maman, auxiliaire de puériculture chez nous, est anorexique. Je le sais, pas officiellement en plus, mais par "bruits de couloir". Forcemment que ça a un lien avec les soucis de son fils. Mais je lui dis comment "Tu serais pas anorexique au fait par hasard ?", "c'est vrai ce qu'on raconte sur toi ?"...
Or, j'ai tourné autour du pot ("des antécedents particuliers dans la famille ?", "L'alimentation pour papa et maman, y'a pas eu de soucis ?")....Et quand la maman me dit "NON", et que je sais que c'est "OUI", mais sans pouvoir dire comment je le sais.... Je fais comment ?
Voilà déjà un bel exemple de consultation partie sur de mauvaises bases.

Et cette infirmière qui me consulte pour sa fille. Petite fille qui ferait des colères et crises de pleurs. Et qui me rapportent des tensions entre ses parents. Et dont tous  les dessins et jeux tournent autour de la séparation, de la perte d'amour.
Mais jamais la maman n'a souhaité aborder sa vie de couple. A chaque fois elle est venue en consultation en blouse, entre deux soins, avec la petite amenée en voiture par le papa, que lui, je n'ai jamais vu. A chaque fois j'avais en face de moi la professionnelle et peu la maman. Je veux dire qu'elle ne se départissait pas de son rôle de soignante, mettant un grand frein à aborder tout ce qui pouvait être de l'intimité de la cellule familiale, restait contrôlée, très froide, "professionnelle"
Les symptomes de la petite oui, on pouvait en parler. La problematique familiale non. Je ne pouvais m'adresser qu'à la collègue et jamais à la maman qu'elle était, comme si tout était cloisonné pour elle. Et là idem. Je fais comment ? "Tu sais, si tu ne me parles pas de toi ou de ton couple, de ta famille, on n'y arrivera jamais".
Je n'ai pas osé, par peur qu'elle ne pense que je voulais etre voyeur par rapport à sa vie.. Gene du collègue en face de sa collègue. 

Et cette amie qui a voulu à tout prix que je vois sa maman "traumatisée" par un évenement grave et qui avait pas mal de symptomes de stress post traumatique.
Je me suis entendu dire "oui" pour aller voir sa mère, chez elle, parce que j'ai eu pitié de sa détresse.
Mais imaginez la scène... J'arrive : le pere, la mère, mon amie, son mari, leur enfant....Et je fais "l'entretien", dans la chambre de sa maman, avec tout le monde qui attend dans le salon.
Pour me dire "Et alors ?" dès que je repointe le bout de mon nez.
Pour que mon amie ne cesse de me demander ensuite "qu'est ce qu'elle t'a dit ? "
Imaginez comme c'est facile à vivre.

Et enfin, une fille d'une amie que j'ai accepté de voir il y a longtemps pour des vomissements cycliques, d'origine anxieuse.
Et à chaque fois que je donnais un conseil ou une suggestion, la maman ne voyait en moi que l'ami et pas le professionel et discutait tout : "ah non ca je ne veux pas". "Ca, ce n'est pas possible." 
Je n'avais aucune crédibilité... Elle voulait bien que je guérisse grâce à mes talents magiques sa petite mais surtout pas que je m'avise de donner des conseils. Car elle ne me voyait pas dans ce role là.

Je passe aussi sur certains soignants qui, travaillant sur l'hopital avec leur conjoint, me parlent de leur problemes de couples pour que je puisse en toucher un mot à l'autre quand je le verrais  "pour qu'il comprennne"...

Pour moi, mais ca n'engage que moi, je ne travaille pas bien si je connais les personnes. Je me mets des freins, l'autre ne me place pas en position de soignant, tout ce qui transfert et contre transfert est completement parasité...

Je botte en touche donc dans ce cas et comme je le disais, dans la majorité des cas, c'est mal compris. Les gens auraient préféré parler de leur souci à quelqu'un de connu, ce que je peux comprendre, ca semble plus simple.
Et j'avoue que pour le moment, quelque soit mon explication, ca ne passe pas....Ils ne comprennent jamais...
Si vous avez des idées.... 

15:42 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (26) | |  Facebook