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28/04/2009

Lâchez vos ados...

Je ne sais pas trop comment je serai plus tard avec mes enfants, mais j'ai un regard critique sur certains parents qui ont du mal à lâcher la bride de leur adolescent.
Je me doute que l'adolescence est source de stress aussi pour le parent, son enfant grandit, lui échappe. Il ne peut plus tout maîtriser à l'âge justement où on aime prendre des risques et découvrir de nouvelles choses.

Pour moi, à l'adolescence, l'intérêt de la consultation psychologique réside dans la confidentialité qui est là.
L'ado a à sa disposition un espace de parole à lui, où il pourra se dire sans être jugé.
Il pourra apprendre à penser et réflechir pour lui. Alors que, en tant que parents, on a beau faire, on est souvent dans le "il faut que /il faut pas".

C'est ce que je dis lors du premier entretien, en présence de l'ado et ses parents : confidentialité pour qu'un discours différent puisse émerger, sans pression.

Mais cependant, ce n'est pas toujours simple.
Je me souviens d'un consultation où, rendant l'adolescent à sa maman, celle-ci revient sur ses pas, referme la porte derrière elle brusquemment, laissant son ado dans le couloir. Elle se tourne vers moi, et me dit sur un ton agressif/stressé :
"Alors, qu'est ce qu'il vous a dit ?"

Fichtre ! Il me semblait bien avoir expliqué l'intérêt d'un espace de parole propre...
C'est si insupportable que ça que son adolescent ai besoin d'un jardin secret, d'un lieu à lui ?
Moi je trouve toujours formidable qu'un ado qui arrive en consultation renfrogné, opposant, visiblement agacé d'être là, finisse par me faire confiance et me parle de lui. J'aimerai autant que le parent soit content avec moi ! Quelque chose du genre "Moi je n'y arrive plus, mais si au moins il vous parle à vous, je suis rassuré".
Mais non, ce n'est pas toujours possible.

Dans le cas que je racontais, j'ai rappeler à la maman les règles, puis fait rentrer l'ado et repris cinq minutes pour dire quelque chose du genre "ta maman était inquiète de ce que tu as pu me dire, est ce que tu veux lui en dire quelque chose de ton côté ? ".

Je repense à cela car tout à l'heure, la secretaire me dit qu'une maman demande à ce que je la rappelle car, dixit, "elle voudrait savoir ce qu'a dit sa fille en consultation pour mieux l'aider à la maison".
Ben, tiens, comme c'est pratique ! "Je vous assure, hein, c'est pas pour ma curiosité, que je demande ça, c'est pour l'aider, je vous jure !!"

Il faut accepter que nos enfants ne nous appartiennent pas... Ce n'est pas évident, ce n'est pas facile, on veut les protéger, mais il faut l'accepter.
J'essaie de me faire à cette idée, moi même en tant que papa, ne pas être intrusif, ne pas vouloir tout savoir, mais être là comme guide, comme repère simplement.
Peut être que j'aurai moi aussi du mal à l'adolescence de mes enfants, qui sait !

Enfin, terminons par la palme, cette maman qui m'appelle après que j'ai vu sa fille la veille :
"Oui, je voulais savoir, elle vous a parlé de son petit copain ?"
"Euh... Pourquoi vous me demandez ça ?"
"Parce...Vous comprenez...Il faut que je sache...Ils ont des rapports, oui ou non ???".
"....(blanc).... Peut être que vous pourriez en parler avec elle directement non ?

Quant à une collègue à moi, des parents ont demandé la saisie du dossier médical pour voir ses notes et savoir TOUT ce que l'ado avait pu lui dire...

Tiens, d'ailleurs, c'est une prochaine question à développer : avec l'accès du patient au dossier médical, les parents peuvent demander à voir le dossier de leur enfant.
Moi qui note le résumé de mes consultations dedans, comment je me débrouille avec le secret professionnel ? Comment ce que me disent mes petits patients peut rester confidentiel ?...


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27/04/2009

Hâche tes aimelles

Je ne sais pas ce qui me prend tout à coup cet après-midi, je me dis "tiens Spyko, pourquoi tu ne changerai pas quelques détails dans la mise en page de tob blog, hein, ca serait vachté sympa pour les bloggonautes qui te lisent par milliers, ...centaines, dizaines...Oh zut, pour ceusses qui me lisent quoi."

Bref, je ne sais pas ce qui me prend, mais voilà que je mets les mains dans le camboui, et que je farfouille le code HTML de mon blog, que je vais faire quelque chose de super beau que je me dis, que ça va vous en mettra plein les yeux qu'il se dit le garçon.
Je clique sur "actualiser". Et oh, merveille, je...

Ooops.... Le blog s'affiche n'importe comment. Horreur.

Ooop...Deuxième horreur, j'avais oublié avant de trifouiller l'HTML que je n'y connaissais rien. Mais rien. Et du coup, je ne sais pas remettre les choses en place.....

Et me voilà à passer une heure à modifier ce kdjqfsdkfzei de code HMTL, en espèrant que les choses reviennent à leur place.
Et après tant d'efforts, tant de sueur dépensé, je suis enfin arrivé à .....Rétablir mon blog tel qu'il était avant. Enfin même pas, car le bandeau s'affiche encore étrangement, les caractères des articles aussi, mais je laisse tomber pour ce soir !


Tant d'efforts pour rien...Tout ça pour faire un blog pluls beau... Vanitas vanitatum..

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De retour



Me voilà de retour après une bonne semaine de vacances.
Je ne suis pas parti, resté chez moi, mais j'ai pris beaucoup de plaisir...A ne rien faire !
Ne pas se stresser avec les horaires.
Prendre le temps de lire, écouter de la musique, inviter des amis, faire un peu de sport.
Une semaine tranquille avec, en prime, le beau temps.

Je reviens donc en forme, prêt pour de nouvelles aventures hospitalières...!
(eh non, je n'avais pas disparu)

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16/04/2009

Et de sept

Sept patients. C'est le record de la journée.
Sept patients non venus ce jour, qui, qui bien sûr, n'ont pas appelé, pas prévenu, pas décommandé.
Sept patients, si on compte que mes RDV font environ 45 minutes, vous comprendrez que la journée est bien entamée.
En fait, aujourd'hui, je n'aurai vu en tout et pour tout qu'UN patient.

Alors en bon fonctionnaire que je suis (allons y les clichés), je pourrai en profiter pour jouer au tarot, boire le café et discuter avec les collègues. Mais l'hôpital actuel ne fonctionne pas comme ça !
J'ai un tel retard qu'une journée sans patient me permet de faire les courriers de la pile de dossier que j'ai sur mon bureau, répondre aux dizaines de mail que je n'ai pas ouvert, voir les problèmes de rendez-vous avec les secrétaires, etc... Donc, je n'ai pas chômé. (je prends 10 mn de ma pause pour venir poster ici, honte, honte, honte !)

Mais cependant, le sans gêne des patients me déconcerte. Sept patients non venus la même journée ! Mais comment cela peut il être possible ?
Certains dans le lot m'ont appelé personnellement pour pouvoir obtenir leur rendez vous, je m'en souviens bien. Alors quoi ?
Et je suis furieux car des patients beaucoup plus urgents auraient été contents de pouvoir venir aujourd'hui ! Au lieu de quoi, on leur a répondu qu'il n'y avait pas de créneau disponible avant plusieurs semaines. Et voilà qu'aujourd'hui j'avais sept rendez vous possibles pour des gens qui en avaient vraiment besoin...

Généralement, lorsque cela arrive, je demande à la secrétaire de noter le nom des personnes non venues.
Si elles appellent ensuite, s'excusent, pas de souci.
Mais si il n'y aucun rappel, elles sont dans ma liste rouge.

Car les mêmes, ceux qui ne sont pas venus, sans appeler ou s'excuser, sont capable de me rappeler dans deux mois en disant que c'est là, ca devient urgentissime, que leur enfant va TRES mal, qu'il faut que je le vois tout de suite, "et non, pas dans un mois, c'est beaucoup trop loin !".
Autant dire que ceux là, lorsqu'ils sont dans la petite liste rouge , la secretaire leur rappelle gentimment qu'ils avaient déjà eu un rendez vous, qu'on les avaient attendu, et que bien sur, on leur donnera un rendez vous, mais absolumment plus de façon urgente.

Je ne sais pas si je me fais plaisir de la sorte, une espèce de vengeance ? Pour ma part, j'y vois plutôt une envie de rappeler qu'il y a un cadre, qu'on ne peut pas faire n'importe quoi, qu'il y a un certain respect mutuel à avoir. Si le message ne plaît pas, et bien tant pis.
A coté de cela, il y a des personnes adorables qui oublient leur rendez vous et m'appellent le lendemain complètement désolées et honteuses. Evidemment que là, je fais l'effort nécessaire pour leur retrouver une place.
Quoi que je pourrais aussi analyser le pourquoi du raté (acte manqué ?....), mais bon, je me pose déjà assez de questions avec les patients dans l'entretien, pour éviter de me les poser aussi en dehors.

Bref, voilà donc le record historique de ce jour, record de presque douze ans de carrière hospitalière : sept patients non venus dans la même journée !
Quand je pense qu'on me dit que l'hôpital est en déficit, hein, c'est pas quand même tout de ma faute : j'étais là moi aujourd'hui prêt à les recevoir ces patients !!

J'en aurai des exemples de cette désinvolture, et je pense aussi tous les professionnels.
Je repense à cette dame, venue un jour en rendez vous avec moi UNE HEURE en retard et qui me dit, tout sourire et un brin agressive : "Quoi? Vous me faîtes remarquer que je suis en retard ? Mais VOUS, la dernière fois, vous m'avez prise avec 30 mn de retard, je fais pareil !".
Autant dire que le psychologue à ce moment a intérêt à avoir une pratique régulière du Yoga, de la maîtrise de soi et du lâcher prise...
Etre à l'heure quand on est psychologue, c'est pas évident ! Je ne sais pas ce qu'en pensent les autres psys, mais c'est difficile de tenir un horaire. J'essaie de m'y astreindre pour ne pas faire patienter tout le monde, mais quand un patient choisit le dernier moment de l'entretien pour lâcher un élément important, que faire ? Quand un patient s'effondre en larme, faut il le laisser repartir ainsi ou poursuivre un peu l'entretien pour l'aider encore un peu ?
Difficile de tenir un timing précis quand on travaille avec de l'humain. Imaginez ce que ça donnerait :

"Vous avez encore 4mn32 pour me parler du décès de votre mari, après c'est fini"
"Si vous pouviez arrêter de pleurer,s'il vous plait, nous pourrions refixer un nouveau rendez vous"
"Et bien, écoutez c'est fini pour aujourd'hui, oui vous venez de m'apprendre que vous aviez été abusée dans l'enfance, et bien on en reparle dans un mois ?"

Oh le grossier psy qui caricature...Enfin, bref, vous avez saisi le concept : difficile de tenir un timing en consultation.
Donc j'estime donner toujours le temps nécessaire aux gens, prendre le temps quand il le faut. Je fais donc des consultations plutôt longues en général, je consacre du temps aux patients.
En retour, les patients doivent aussi s'attendre à ce que je ne sois pas toujours pile à l'heure...
(mais c'est peut être un mauvais calcul ?)

Allez, fin de la pause réglementaire, et maintenant, reprise des courriers (faute de patients).




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15/04/2009

One more year

Aujourd'hui, j'ai un an de plus.
Ce billet, d'ailleurs, n'est qu'un prétexte éhonté pour vous faire savoir la nouvelle et ainsi vous passer subrepticement le message qu'il serait de bon ton de m'offrir quelque chose aujourd'hui. Comment ça, vous n'avez pas mon adresse ? Ah, ça y est, tout de suite, des prétextes !

Bon, un peu de sérieux.
Je parlais anniversaire. Pour dire que, depuis plusieurs années, je ne les fête plus. Ça ne me manque pas du tout. Je reçois toujours mes amis par ailleurs , j'invite toujours du monde à d'autres moments...
Mais j'avoue que fêter mon anniversaire n'est pas quelque chose que j'apprécie. Premièrement, je n'aime pas être le point de mire, le centre d'intérêt. Peut être de la fausse modestie, je ne sais pas, mais je n'aime pas l'idée d'organiser une soirée en mon honneur.
Et les cadeaux, c'est pareil. Il y en a qui ne savent pas donner. Moi je ne sais pas recevoir. Ça me met mal à l'aise, je me dis que c'est beaucoup d'argent dépensé pour moi. J'ai toujours peur que le cadeau ne me plaise pas, que je ne sache pas quoi dire en découvrant un truc complètement à côté de la plaque. Bref, ça me gêne beaucoup.
Et puis, j'avoue, je n'aime pas les grandes soirées, les anniversaires où on invite trente personnes. Je n'ai le temps de discuter avec personne réellement. Ça m'embête, de courir de l'un à l'autre, mais de n'être réellement avec personne. Je vois les gens qui font des petits clans, les personnes qui restent dans un coin parce qu'elles ne connaissent personne. Je me mets à leur place, je n'aime pas ça.
Je préfère inviter mes amis par petit comité, profiter vraiment d'eux, dans une petite soirée sympa, où l'on a le temps de discuter tous ensemble.

Alors quand je relis tout ça, je me dis : ouh là, ca fait pas un peu vieux con finalement ?
Je ne sais pas, en tout cas, voilà comment je vis les choses et voilà pourquoi je ne ferai pas de grande fête ce soir ou ce WE.
Par contre, je ne serai pas contre un petit resto sympa avec ma femme, et peut être un couple d'ami. Un truc tranquille, où l'anniversaire ne serait que prétexte à trouver un moment de se retrouver.(et pas de cadeau SVP !!! Ou juste un petit vin sympa pour le repas alors)

A coté de cela, vieillir, pour le moment du moins, ne m'ennuie pas plus que ça.
Tout à l'heure, un ami au téléphone me demandait : "au fait, ca te fait quel âge".
J'ai répondu en rigolant "ben 25 ans ! Ca fait 13 ans que j'ai 25 ans, mais 25 ans quand même" (si vous calculez juste, vous aurez en prime l'âge du capitaine).
Et là, l'ami de me dire qu'il regrette ses 25 ans, etc... Et ben moi non.
Quand je regarde en arrière, je me dis que j'aime finalement assez celui que je suis devenu.
J'ai plus de maturité, plus de recul face aux choses. Globalement, je me sens bien mieux dans ma peau, j'ai avancé sur pas mal de petits et gros soucis, je suis plus serein.
J'ai fondé une famille, j'ai un travail que j'aime où j'ai acquis une certaine expérience, ce qui me permet de l'exercer avec encore plus de plaisir.
Bref, je suis globalement assez satisfait !
(l'autosatisfaction n'étant pas inscrite dans mes gênes, je crois que c'est assez exceptionnel que je dise être content de moi !)

Le temps finalement ne joue pas toujours contre nous.
Alors évidemment, quelques rides en plus, quelques cheveux en moins... Mais je me sens plutôt pas mal à mon âge, voilà le constat du jour.

<Mode autosatisfaction : off>

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09/04/2009

Crédibilité

On pense d'abord à Outreau et à tous ces enfants qui en sont venus à dire des choses abominables, qui ne leurs étaient pas arrivées.
Jugés crédibles par les experts psychologues, ces enfants ne disaient pas cependant la vérité. Alors. C'est quoi la crédibilité ?

La crédibilité, en psychologie, ce n'est pas la vérité. La distinction est de taille !
Un enfant crédible sera un enfant qui ne présente pas de troubles psychologiques altérant son rapport à la réalité (mythomanie, psychose,  etc...). Un enfant crédible sera un enfant dont le discours semble adapté à son âge, avec des termes et une construction enfantine (le contraire pouvant faire penser à un discours induit par l'adulte). Un enfant crédible aura des réactions psychologiques et comportementales attendues après une agression sexuelle.
Mais pour compliquer un peu la chose, je vais vous donner deux exemples.

Prenons une dame un peu hystérique, facilement séductrice, un peu mythomane. Qui va venir raconter qu'elle s'est faite agressée dans la rue. Le tout noyé au milieu du récit de ses x amants et conquêtes amoureuses, le tout avec des détails surabondants pour en rajouter sur le coté dramatique de ce qui lui est arrivé.
Si je vois cette dame, je suis obligé de conclure "non crédible". Parce qu'elle a un comportement et une personnalité qui altère sa façon de construire un récit et de relater la réalité. C'est une constante chez elle, c'est sa personnalité.
Cependant, elle peut s'être fait réellement agressée et pourtant je ne pourrai pas conclure qu'elle ai une personnalité "crédible".

Deuxième exemple. Moi même. Mon voisin m'embête, pour x raisons. J'en peux plus. Plein de procédures, rien n'aboutit. A cours d'arguments, j'en viens à inventer qu'il m'a agressé physiquement et aller déposer plainte à la gendarmerie.
Si je suis expertisé, j'ose espèrer qu'on me trouvera une personnalité standard. Je ferai bien attention à mon comportement, mes mots, je choisirai des émotions adaptées.
A 99%, je pense qu'on me jugera "crédible" alors même que je suis en train d'inventer quelque chose.

Voilà toute la difficulté. En psychologie, crédibilité c'est plutot une constante de la personne, c'est son rapport à la réalité.
Mais sur le fait précis qu'elle rapporte là, aujourd'hui, sur l'événement en particulier qu'elle relate, parler de crédibilité c'est un peu employer une boule de cristal.
(il y a des psychologues qui expérimentent des grilles de validation du discours, mais c'est encore sujet à caution)

Donc d'une part crédibilité n'est pas vérité.

D'autre part, il y a ce qu'on appelle le "syndrome des faux souvenirs".
Notre mémoire n'est pas un magnétoscope, ce n'est pas un enregistrement fidèle de la réalité. On aimerait le croire, on essaie d'y croire mais c'est faux.
La mémoire peut être influencée, déformée, et ceci d'autant plus facilement chez des enfants dont l'intellect et la mémoire sont moins développés et plus sensibles à la suggestion.
Si des enfants sont interrogés des dizaines de fois, si des questions "orientées", tendancieuses leur sont posées, l'enfant petit à petit peut incorporer ce récit dans sa tête et finalement, y croire après coup.
Si cet enfant arrive chez moi, je ne saurai plus quel souvenir est réel et quel souvenir est suggéré. Car pour l'enfant, les deux seront vrais, il sera intimement persuadé de les avoir vécu.
Alors encore une fois, crédibilité ? Si l'enfant ne ment pas en me disant "sa" vérité qu'il croit réelle (mais qui lui a été suggérée), comment puis je savoir s'il est crédible ou pas ?....

Et quand je dis que la mémoire n'est pas un magnétoscope, ne vous croyez pas au dessus de ça !
Une psychologue américaine Elizabeth Loftus a fait une expérience avec des adultes.
Après s'être assuré auprès de leurs proches que cela ne s'était jamais produit, on a fait lire à ces adultes des textes écrits par leurs proches relatant des choses qui leurs étaient arrivées petits. L'un des textes (faux) relatait qu'ils s'étaient perdus dans un centre commercial.On leur assurait que si, si, tout était vrai dans ce que racontait leur famille.  Et on leur demandait d'essayer de s'en rappeler.
Ceci à plusieurs reprises.
Et bien, 25% (c'est énorme !!), 25% de ces adultes ont finalement répondus que si, si, maintenant,ils se souvenaient effectivement de cet épisode,  ils en étaient surs.
Comme quoi, ce n'est pas si difficile de jouer avec notre mémoire. Alors imaginer avec un enfant de trois ans par exemple !

Une autre fois, je vous expliquerai l'entretien avec l'enfant suspecté d'abus ou de maltraitance. Car il y a pas mal de pièges à éviter pour ne pas aller dans le sens de cette suggestion.

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08/04/2009

Nos amis les Chirs

Après avoir lu l'excellent billet de Med'Celine au sujet des chirurgiens, je peux aussi en rajouter une louche de mon côté.
Parce qu'il faut le savoir, au cas où vous l'ignoreriez, le chirurgien à l'hôpital est un demi-dieu. Pas moins.
Ayant l'insigne honneur d'opérer et donc d'avoir la vie des patients entre les mains, il faut le préserver de tout stress, toute contrarieté, courber l'échine, apporter le café les petits gâteaux et supporter les sautes d'humeur.
Bon, s'il y a des chirs qui me lisent, SVP, si vous n'êtes pas comme ça, dites le moi ! Je suis prêt à réviser mon jugement, mais pour l'heure, euh... Je n'ai pas rencontré de spécimen de chirurgien qui déroge encore à cela.

Bref chez moi, à l'hôpital où je suis, c'est pareil. Tout le monde doit faire place nette pour le chirurgien.
Par exemple, je me souviens très bien qu'un jour, à la demande du chirurgien lui même, je suis allé voir un patient en entretien.
Mais, inconscient que je suis, que n'ai je donc pas fait, je suis venu le voir à l'heure de La Visite (mettez svp des majuscules lorsque vous parlez de quelque chose en référence au Chirurgien).
Or, la Visite, vous voyez bien ce que c'est: le demi-dieu, suivi d'un aéropage d'internes, externes, infirmières qui disent "oui, monsieur" et qui écoutent d'un air pénétré les Saintes Paroles proférées lors de la dite Visite.

Bref, je voyais mon patient dans sa chambre lorsque je me suis fait éjecté en beauté par le chir et sa clique.
Car voyez vous, chez nous, il y a des règles immuables. Lors de la visite, le chirurgien fait les chambres une par une, DANS L'ORDRE. Et pas autremment.
Qu'importe que le psychologue y soit en entretien ou pas. Non, non, il n'est pas possible de sauter la chambre 3 et passer à la 4. On aurait pu y revenir en fin de visite et laisser le temps au psy de finir. Non vous dis-je, c'est impossible.
C'est écrit quelque part, dans Les Tables de La Loi des Chirurgiens : la visite se fait dans l'ordre des chambres pour ne pas perturber les habitudes de notre bien aimé médecin.
Donc bref, je me suis fait éjecté alors même que c'est le chir qui m'avait demandé de passer...Quant au respect pour mon travail... Bah...Une autre histoire ça.

Et je vous passe ce qu'endurent les infirmières quelques fois, et que je ne sais qu'à moitié probablement. C'est clair qu'opérer est quelque chose d'infinimment stressant pour le chir, je le reconnais. Il a une énorme responsabilité entre les mains, pas de doute.
Mais pour autant, la règle tacite qui veut que l'infirmière se doit de tout supporter des humeurs du chirurgien à cause "du-grand-stress-qu'il-a", ça me semble un peu exagéré... On fait comprendre aux filles qu'elles doivent, en intervertion, rester calmes et supporter les humeurs du grand chef, les noms d'oiseaux, les colères, parce qu'il a beaucoup de stress et que c'est-pas-de-sa-faute-le-pauvre.
Qu'il y a une règle tacite bien claire : "ce qui se passe au bloc doit rester au bloc". Silence. N'allez pas vous plaindre ensuite mesdames, c'est comme ça. Le chir doit évacuer son stress, ça tombe sur vous, ça fait partie du job. Point barre.

Bon je reconnais à leur décharge qu'ils font un métier de barge, des horaires pas possible et une pression constante. Que c'est clair, je n'aimerai pas être à leur place.
Mais ça serait bien d'améliorer les choses tout de même ?


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01/04/2009

Et l'autorité bordel ?!??

Par cette belle journée ensoleillée, j'ai envie de râler.
Pourquoi ? Légère pointe d'amertume ! Je vois depuis ce matin par la fenêtre de mon bureau le beau ciel bleu et le soleil éclatant. J'entends le rire des enfants dans les jardins de l'hôpital. Et je suis là assis sous les néons à consulter. On a beau être psychologue et apprendre à gérer et mettre à distance ses émotions, non franchement, il y a des choses où ça n'est pas possible.
Comme le disait cet auteur classique du XXème siècle bien connu, "le lundi au soleil (...), c'est quand on est derrière les carreaux, que l'on travaille que le ciel est beau". Méditez là dessus, vous avez deux heures, une copie-double minimum.
Bon ok, on est mercredi je sais , mais ça ne change pas fondamentalement le message qu'on soit lundi ou mercredi, et puis n'embêter pas, puisque je vous dis que j'ai envie de râler. Bon sang, vous écoutez ce qu'on vous dit des fois ?

Bref, disais-je, j'ai envie de râler. De faire mon vieux ronchon passéiste, le coup du "c'était mieux avant" et de "ma bonne dame, de mon temps c'était autre chose, ah si mon père avait vu ça".

Je vous avais déjà parlé de la consultation Super Nanny , celle où le rôle du psychologue (un peu dépité) se borne à rappeler aux parents que "si, si, je vous jure, vous avez le droit de dire "Non" à votre enfant et de lui donner des limites".

Alors petit florilège des derniers semaines de consultations Super Nanny :

- Pré ado d'environ 12 ans que je viens chercher dans la salle d'attente entouré de ses parents. Il jouait à sa console dans la salle d'attente. Voyant que ses parents se lèvent, il se lève aussi mais tout en continuant d'avoir l'oeil rivé sur la console, et il marche tout en jouant. Pas de "bonjour" non plus en réponse au mien, ça c'est optionnel (règle number ouane : papa et maman ne s'émeuvent pas de l'absence de réponse à mon bonjour, c'est la condition sine qua non de la consultation Super Nanny : pas de réaction, surtout pas, lorsque l'enfant sort des règles ou du cadre).
Bref, nous nous asseyons dans mon bureau et je le regarde s'asseoir et continuer à jouer. Ca n'a pas l'air d'émouvoir grand monde. Je pose quelques questions, dont certaines à l'ado.
Maman se fend d'un "dis, tu pourrais éteindre ta console quand le monsieur te parle". Mais pour autant elle ne bouge pas. (règle number tou de la consultation Super Nanny : être persuadé que ses ordres ne seront suivi d'aucun effet, les dire sur un ton pas du tout persuasif et ne pas s'inquiéter s'ils ne sont pas suivis d'effet).

Je décide d'attendre. La maman commence à m'expliquer la situation. Je lui non, que j'attends, qu'on puisse discuter tous les quatre de ce qui les amène ici. Et je me tourne vers l'ado en lui disant que j'attends qu'il soit prêt.
20 secondes de silence.
(c'est long 20 secondes quand même dans cette situation... ). Et papa, enfin, comprend que, tiens, peut être, il pourrait donner un....Ah zut comment ça s'appelle déjà ?...Un...Ah oui. Un ordre.

Ouf. Alors c'est sur que lorsque la consultation commence comme ça, et que les parents m'expliquent ensuite qu'ils ont des soucis avec leur ado malade "parce qu'il refuse de prendre ses traitements", je me dis que j'ai peut être un bout de l'explication.

Ceci dit, cet ado s'est révélé plutôt bavard une fois seul et avait plein de choses à expliquer sur son vécu de la maladie, l'impression que les adultes avaient tellement tout décidé pour lui étant petit (traitement, hospitalisations,...), que refuser, c'était pour lui la seule façon maintenant de s'affirmer et de récupérer un peu de pouvoir.


Et le pompon revient à cette dame.

Elle avait rendez vous un mercredi à 10h00. Je l'attend. 10h15 personne. La secretaire m'appelle à ce moment :
"La maman de la petite Bidule vient d'appeler. Elle ne viendra pas. Elle dit que sa petite dort encore, elle n'a pas osé la réveiller".

Gloups... Je manque de m'étrangler... Elle n'a pas osé la réveiller ????
Et juste ensuite, la cerise sur le gâteau
"Et puis, elle dit que comme elle n'a pas pu venir aujourd'hui, il lui faut un autre rendez vous. En urgence.".

Je crois que finalement, j'aurai du m'inscrire à la fac des Super Nanny, ça aurait été vachement plus aidant pour certains patients.


Et puis, l'habituel, celui qu'on a plusieurs fois dans la semaine et dont on ne se lasse pas, l'autorité à son plus beau niveau...
Dans mon bureau, j'ai bien sur pas mal de jouets, feuilles, feutres à disposition des enfants.
Et bien entendu, les petits font souvent un peu le chantier, c'est normal, ça ne me choque pas outre mesure.
Par contre, ce qui me choque un peu plus, c'est quand, en fin de consultation, que mon bureau ressemble à un champ de bataille avec des jouets dans chaque coin. Que la maman (ou le papa) se lève et dit (et ça c'est une phrase que j'entends tres tres souvent !) :

"Oh...Il a fait du chantier.... Désolé ! Et bien, au revoir et à la prochaine fois".

Et hop. Pas de rangement. Déjà c'est pas sympa pour moi, mais ça, je vais pas en mourir.
Mais par rapport à l'enfant, je trouve ça assez extraordinaire de lui inculquer comme règle "tu as le droit de faire du chantier chez les autres et de ne pas ranger".
Ou alors je suis un vieux C..., je ne sais pas, mais quand mes enfants retournent la caisse de jouets dans le bureau de mon généraliste, je leur demande toujours de tout ranger en partant. Chai pas. Doit être bizarre moi.

Dis, Super Nanny, tu fais pas des massages aux psy un peu fatigués en fin de journée, quand il fait beau dehors et qu'ils consultent, et qu'ils sont un peu énervés, et qu'ils en ont marre des parents qui veulent pas donner de règle.
Hein ? Pas moyen ?
Des fois, c'est trop pas juste la vie de psy.




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