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26/02/2009

Pater

Je n'ai pas envie de voir mon père... Personnage tyrannique de mon enfance, parti à mes sept ans, père qui n'a jamais donné ni affection, ni temps, ni paroles chaleureuses...
Et pourtant, je vais être obligé. Obsèques familiales, il y sera, j'y serai. Nous ne nous sommes pas vu depuis des années.
Je n'ai  plus la force de le voir, lui, il n'en a pas l'envie.

On ne fait pas psy par hasard, et sans doute cela y a-t-il contribué. Pourquoi ai je continué des années à attendre ou espèrer quelque chose qui n'est jamais venu.
Ca doit être là, quelque part, dans les gènes, c'est atavique, on est programmé pour aimer ses parents, fatalement, désespèrement.
C'est Aldo Naouri qui disait, aux parents qui avaient peur de trop gronder leur enfant de peur qu'il ne les aime plus : ne vous en faites pas, n'ayez pas peur, vous etes leurs parents, ils sont de toute façon condamnés à vous aimer.
Comme il avait raison finalement. Condamné à aimer et courir après l'amour d'un type qui est tout sauf "aimable".
Mais qui est mon père.

Voilà pourquoi je crains de devoir aller à ces funérailles car encore une fois, je vais me surprendre à espèrer quelque chose qui ne viendra pas. Et encore une fois, la réalité viendra me rattraper et me heurter de front.

Le jour où je me suis senti mieux, c'est quand paradoxalement j'ai pu en arriver à me dire que je devrai le remercier. J'ai morflé, j'ai attendu, j'ai souffert. Mais finalement, je suis qui je suis grâce à tout ça. S'il avait été le père parfait, je serai surement moins à l'écoute des autres, plus égoïste. Oui, c'est quand je me suis dit que finalement, grâce à tout ça, j'étais moi, c'est là que j'ai pu tourner en partie la page.

Mais même un peu tournée, elle n'est pas complètement fermée car je suis là à redouter de le croiser, moi qui vais bientot avoir 40 ans, me voilà qui craint de croiser mon père... C'est drôle ou pathétique, je ne sais pas trop quelle option choisir.


On ne fait pas psy par hasard non. Mais quand bien même on le devient, psychologue, on n'a pas toutes les réponses.

 

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18/02/2009

Lève toi et...

Marie pleure. Elle essaie tant bien que mal de retenir ses larmes, mais les défenses ont craqué, elle pleure en silence, assise sur son lit.
Depuis une bonne demi-heure, Marie s'évertue à me prouver qu'elle va très bien. Elle n'aime pas les psys, me le dit ouvertement, "ils cherchent des problèmes là où il n'y en a pas".
Donc "tout va bien". Ses parents sont en conflit ouvert au domicile. Papa a connu des périodes d'alcoolisme, il y a eu des scènes très violentes.
Maman est dépressive au long cours, plusieurs hospitalisations, une tentative de suicide même.
Mais "tout va bien". Marie fait ce qu'elle peut pour tout garder à distance. Elle parle froidement de tout cela, avec détachement, comme si elle parlait de quelqu'un d'autre.

On m'a demandé de voir Marie car elle présente depuis des semaines des troubles de la marche. Elle ne tient plus sur ses jambes et les x radios, scanners et IRM n'ont rien montré. Tous les examens restent désespérément normaux.
Alors, à court d'argument,on appelle le psy. Ce que Marie a très bien saisi d'ailleurs.
"Vous allez me dire quoi ? Que je suis folle ? Que tout ça c'est dans ma tête ?".

Mais je reste serein, j'écoute ses réserves, et petit à petit, les confidences se font plus précises.
Non, ça ne va pas si bien que ça. Oui, c'est l'image que je veux donner aux autres. Je ne veux pas qu'on me croit faible, me dit Marie.
Du coup, elle encaisse, met à distance ses émotions, et se trouve écartelée entre une situation familiale éprouvante et un rôle à jouer où "tout va bien".

C'est le moment que choisissent ses jambes pour lâcher. Hasard ?...
Marie livre quelques phrases qui me font réagir "je n'ai plus la force", "tout cela c'est trop difficile à vivre", "je n'ai plus envie". Comme si elle n'avait plus envie d'avancer.
D'ailleurs elle me dira "on me dit de me lever et de faire travailler mes jambes. Je n'ai plus envie, je n'ai plus la force"
Le symptome médical semble être la seule façon qu'a trouvé Marie pour dire qu'elle va mal, car c'était impossible de l'avouer autrement.

Marie a tout d'un syndrome de conversion. Qu'on associe souvent avec l'hystérie, mais pas toujours.
Dans le syndrome de conversion, la patiente (c'est souvent une femme) présente des troubles d'allure neurologique, ou de motricité. Les examens ne retrouve rien, les éventuelles paralysies ou douleurs ne correspondent pas aux trajets nerveux...Les symptômes sont souvent exprimés bruyamment et en complète discordance avec le tableau médical rassurant.
Mais il ne faut pas se tromper : on n'a pas affaire là à de la simulation, de la "comédie". Il s'agit d'une expression non consciente de conflits psychiques.
Tout comme on peut avoir mal au ventre à cause du trac et du stress : on ne le fait pas exprès, ça n'a rien de volontaire. Et c'est pourtant d'origine psychologique aussi.

La difficulté de la prise en charge est de permette une prise en charge psychologique sans discréditer le sujet, sans faire entendre "que ce n'est rien", ou que "c'est dans la tête" (paroles malheureuses souvent entendues...).
Faire réagir le patient, le "secouer", n'amène aucune espèce d'amélioration, sinon une détresse supplémentaire, celle de ne pas être pris au sérieux.


Je vois donc Marie, donne mes élements aux médecins du service : beaucoup d'arguments pour une conversion, il faut une prise en charge psy en externe. Et je dis qu'il vaudrait mieux mettre fin à l'hospitalisation rapidemment car Marie s'installe doucemment dans son rôle de malade et les bénéfices secondaires s'accumulent (visites de la famille, des amis, regain d'attention, cadeaux...)

Seulement voila... Un des médecins du service, assez réfractaire au coté psychologique des choses me dit qu'il est persuadé que la jeune fille simule. Il ne l'a pas vue en entretien, a juste fait un examen médical rapide à l'entrée, mais il en est certain. "Il faut juste que quelqu'un lui dise !".
J'essaie d'expliquer : ce n'est pas conscient, il va falloir tout un travail psychologique pour réduire le mal être, ce qui permettra aux troubles de disparaitre.
Mais rien n'y fait. Bille en tête, il va voir la jeune fille et trouve qu'on perd notre temps à vouloir faire à son rythme à elle.

Le lendemain, je le recroise. Il est tout fier "elle est sortie, je l'ai faite marcher moi ! De toute facon, je lui ai dit : y'a rien de médical, alors ou tu marches, ou je te garde hospitalisée tant que tu remarcheras pas".

Ben voila. Tout va mieux, hein, elle remarche... Et les souffrances qui l'ont conduite  là ? Elles ont disparues ?
C'est comme si je disais à un dépressif "maintenant je vous interdit de pleurer !" et que je fanfaronnais le lendemain en disant "vous voyez, il ne pleure plus, ca va mieux".

Autant dire que je suis hors de moi... Où est cette jeune fille à l'heure actuelle ? Comment se sent elle ?
Mais je ne devrai pas m'inquiéter. Tout va bien. Elle marche.

17:43 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook

14/02/2009

No TV

Ceci est mon journal. J'espère que quelqu'un le retrouvera un jour et lira mon témoignage.
Il faut que le monde sache. Je survis ici depuis trois semaines, je tiens. Le moral et l'espoir sont mes seuls guides.
Depuis trois semaines, sur cette île déserte qu'est cette nouvelle ville en pleine campagne où je viens de déménager, je n'ai pas la télé.
Oui, vous avez bien lu : je n'ai pas la télé. Plutôt  : je n'ai plus la télé.

Moi qui, citadin depuis toujours, était habitué à mes 100 et quelques chaînes.

Moi qui avait toujours la télé en bruit de fond le soir...

Me voilà échoué ici. Sans télé.
Enfin si, elle est là. Elle a bien sagemment suivi le déménagement et a trouvé sa place là où on voulait qu'elle soit. Mais dans notre agencement de la nouvelle maison, on tenait à avoir une vraie salle TV. Et la seule pièce idéale pour nous était aussi....Une des rares à ne pas avoir de prise TV.

Alors elle trône bien sagemment, mais pour l'heure, elle n'est reliée qu'au lecteur DVD et à la console de jeu des enfants. Et il est prévu de raccorder un cable pour la TV et d'avoir enfin une prise, mais pour l'heure, on découvre ce que c'est de vivre sans TV.
Et sans etre extremiste de l'anti TV, je dois dire que débrancher tout ça, ma foi, ca fait du bien. Je redecouvre le calme, la lecture, mettre un CD en bruit de fond. Plutot relaxant tout ça.
Bon ok, je ne vais pas tenir des mois comme ça.
Mais pour l'heure, en naufragé volontaire aux fins fonds  de ma campagne sans TV, je survis bien.

Ceci était mon témoignage. Je le poste dans une bouteille en espèrant que quelqu'un le lira. Pitié, enregistrez moi des programmes !!!

22:15 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

13/02/2009

Zéro info

On m'appelle aux urgences pour un jeune homme qui vient d'être adressé à l'hôpital par son psychiatre habituel.
J'arrive dans le bureau des infirmières et là, je vois les internes et les infirmières en train de rigoler au dessus du dossier.
Je demande ce qui se passe.
"Regarde le courrier du psychiatre, me dit l'infirmière.

Pour info, on a l'habitude que nos amis psychiatres soient très très peu informatifs dans leurs courriers. Sous couvert de la confidentialité des entretiens, les courriers sont le plus souvent laconiques...
Confidentialité des propos en entretiens, je suis tout à fait d'accord, et heureusement qu'elle est là ! Mais ne distiller les infos qu'au compte goutte, là, non. On peut au moins évoquer à son correspondant une pathologie, lister des troubles, parler de l'évolution du patient... Un minimum d'infos globales, utiles pour la prise en charge et qui ne trahissent pas le secret des entretiens.

Bref, je jette un coup d'oeil au courrier du-dit psychiatre...Qui gagne le pompon du courrier le plus baclé :(haut la main !) :

"Cher confrère,
Je vous adresse pour hospitalisation le jeune X.
Bien confraternellement
Dr Y."

Voila. C'est tout.
Motif de l'hospitalisation ? Nada
Quel pathologie présente le patient ? Pas d'info.
Qu'attend le psychiatre de nous ? On sait pas.

Waouh...Avec un courrier comme ça, c'est clair qu'on va être efficaces. Genre le psy suit le gamin depuis deux ans, connait tout de ses difficultés, mais nous, champions du monde de la psy, pas la peine de nous donner UNE info, on va tout débrouiller aux urgences hein.
(et il est bien connu qu'un service des urgences est l'endroit rêvé et idéal pour prendre son temps, se poser, discuter trois heures avec la famille pour tout saisir des difficultés ).

Bref. Moi aussi, ça m'a fait rigoler...
L'interne me dit que ça serait vraiment réjouissant de répondre :

"Cher confrère,
Vous nous avez adressé l'enfant X pour hospitalisation.
Nous l'avons bien hospitalisé.
Confraternellement"

Enfin, le moins rigolo dans tout ça, c'est que le pauvre gamin et sa maman ont été obligé de reprendre avec nous toute leur histoire, de tout répêter pour qu'on se fasse une idée des difficultés et surtout de ce qu'on pouvait faire. Je trouve pas ça très sympa tout de même...Surtout que leur histoire était fort lourde et pas évidente à redire à des inconnus.

09:14 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

12/02/2009

Opposition

La maman m'amène son fils de 10 ans pour qui on vient de découvrir un diabète il y a quelques semaines.
"Déjà qu'il était pas bavard, renfermé...Mais depuis la maladie, c'est pire. Il me parle plus, il se fache dès qu'on essaie de lui poser des questions pour savoir comment il va.... Ce n'est plus possible de communiquer"

Je regarde le petit Kevin sur son siège. Il me tourne ostensiblement le dos pour bien me faire comprendre qu'il n'a pas voulu être là. Je lui lance quelques questions....sans réponse.... Du coup, je continue avec sa maman.
Au fur et à mesure des paroles de sa mère, au fur et à mesure qu'elle précise le mal être qu'elle ressent chez son grand, celui ci se cache de plus en plus, penche la tête entre ses épaules, pour finir par mettre la capuche de son sweat...
Entendre qu'il peut aller mal semble insupportable.

Je demande à voir l'enfant seul.
"Oh mais il ne voudra jamais vous parler !!!"

J'adore ce genre de prédictions....C'est typiquement le genre de prédiction qui s'auto-réalise. L'enfant entend, hop, du coup c'est bel et bien ce qui se passe.
C'est comme pour les infirmières qui commencent la prise de sang, la maman qui lâche "oh mais il a horreur de ça, vous n'allez pas y arriver". Et hop, aussitôt le bambin se met à pleurer et à se débattre.

Bon en tout cas, pour mon grand diabétique, je tente le coup. Maman a du mal à le laisser, mais elle finit par accepter.
Nous voilà seul à seul mais le psy se creuse la tête. Par où commencer, comment nouer le dialogue...
Je tente ses passions (le foot, les jeux videos...). Pas de réponse.
Je propose un dessin. Niet.

Hmmm... C'est pas gagné on dirait.

Je laisse un peu le silence s'installer mais cela ne change pas grand chose.

Finalement, je sors de ma manche un questionnaire pour enfant que j'avais dans mon bureau, qui sert à mesurer sur différentes échelles les aspects dépressifs, anxieux, etc
Je lui explique qu'il n'y a qu'à cocher, et qu'avec cela, il n'aura pas besoin de me parler puisqu'il ne le souhaite pas.
Il fait "oui" de la tête et noircit consciencieusement les cases.

Ce n'est pas la première fois que cela fonctionne face à un enfant ou ado opposant. Le questionnaire aiguise leur curiosité, cela semble moins impliquant, moins angoissant que parler et il est assez facilement accepté.

Du coup, j'apprends qu'il n'y a pas de dépression majeure sous jacente, pas d'anxiété majeure non plus, plutôt des traits de pessismisme marqués.
Un petit pas...Il a bien voulu s'ouvrir un peu...Ouf... Mais ce n'est pas gagné, et je crois qu'il va falloir se revoir pour fouiller un peu ses réponses et qu'il arrive à les commenter. En tout cas, je suis content, on a une base de travail pour les fois suivantes....!

Mais c'est assez marrant, il y a pas mal de consultations où pour la première, j'ai un peu l'impression d'etre un VRP de la psychologie. Je dois me vendre. Montrer que je ne mords pas, que je ne suis pas là pour les fous, que je ne juge pas, que je ne vais pas tout savoir des secrets grâce à mes pouvoirs magiques ancestraux...
Face aux enfants ou ados opposants, la première consultation c'est un peu "poser le cadre" : voila le psy c'est quelqu'un de normal (enfin je crois...!), on peut discuter normalement, dire ce qu'on veut....
Et là c'était un peu ça aujourd'hui. Je ne sais pas ce qui lui faisait peur, mais il semble s'être départi d'une partie de ses préjugés.
Et Kevin a même fait oui de la tête quand je lui ai demandé s'il voulait bien revenir une seconde fois.

Test MDI-C - Echelle composite de dépression pour enfant

16:58 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

06/02/2009

Courir encore

Nadir est myopathe.
Un petit bonhomme d'environ cinq ans. Venu à l'hôpital cette semaine pour la première fois.
Là, dans sa chambre, il reçoit depuis quelques jours la visite de plein de professionnels différents. Nadir ne comprends pas tout à ce qui se passe.
Papa et Maman font une drôle de tête, c'est sur. Mais il a du mal à comprendre pourquoi.

C'est sur aussi que Papa et Maman n'arrivent pas à lui dire grand chose. Ils étaient venus ici pour quelques inquiétudes "musculaires", mais rien de grave dans leur tête.
Nadir court moins vite que ses amis, Nadir tombe souvent. Nadir met du temps à se relever lorsqu'il est à terre. Ok, c'est embêtant, ils espéraient une petite aide médicale, mais jamais ils n'avaient pensé à une maladie comme une myopathie.
Surtout celle qu'on leur annonce. Celle où on peut déjà avec plus ou moins de certitude prédire une perte de la marche d'ici quelques années et une dégradation progressive. La myopathie de Duchenne.

Papa et Maman sont sonnés. Mais dans un dernier sursaut, ils veulent garder la tête haute et croire. Croire à tout prix.
Aussi, Papa m'explique que Nadir va faire du football comme prévu l'an prochain. Il passe la main dans les cheveux de son fils en disant "hein, on va pas se laisser abattre ! On va faire du foot tous les deux, avec un peu de volonté on va y arriver !".
Nadir regarde Papa avec des grands yeux. C'est le seul qui depuis quelques jours lui apporte un discours d'espoir. Aussi il l'écoute de toutes ses forces.

Moi je reste gêné. Je connais l'évolution de la maladie, je sais ce que le médecin a dit aux parents. Je sais qu'ils savent. Je sais aussi qu'ils ne veulent pas, qu'ils ne peuvent pas le réaliser pour le moment. Et leur discours reste douloureusement positif et rempli d'espoir.
"De toute façon, me dit la maman, on va trouver un traitement. C'est ce que je lui dit moi. Il va continuer à marcher, n'est ce pas ? Avec les progrès de la médecine, c'est possible !".

Je suis mal à l'aise... Il faut de l'espoir, c'est sur, sinon on ne fait plus rien, plus de recherches, plus d'études, plus de nouveaux traitements.
Mais en même temps, ce petit bonhomme n'arrive pas à réaliser ce qui se passe. Des médecins qui donnent des nouvelles sombres et ses parents qui, dans une bonne humeur artificielle, lui disent que tout va bien se passer...

Je sais que derrière la carapace, Papa et Maman souffrent et que leur seule façon de tenir, pour le moment, c'est de ne pas vouloir réaliser. De mettre à distance la vérité.
Je voudrai pouvoir respecter ça... Mais Nadir va bien voir d'ici quelques temps qu'il ne peut plus jouer au football. Nadir va continuer à courir moins vite que ses copains, à tomber plus souvent... Comment peux t il comprendre ce qui lui arrive si on ne dit rien...

Je comprends le mensonge. C'est tellement douloureux pour ses parents qu'ils ne veulent pas faire souffrir leur enfant, alors ils mentent...Ils mentent avec amour, avec tristesse surement, ils mentent pour protéger leur enfant.
Mais au final, dans tout ça, qui cherche vraiment à se protéger ? Il me semble que quelque fois, l'adulte a tellement peur de la tristesse de l'enfant, tellement peur de ce qu'il va provoquer en révélant les choses, tellement peur de ne pas pouvoir consoler ensuite, que l'adulte ment pour se protéger lui même en définitive...

J'essaie de tendre des perches, de faire réfléchir les parents : qu'a dit le médecin ? Qu'en a compris Nadir ? Comment lui faire comprendre ? Que sait il de sa maladie ?

Mais pour l'heure, rien ne passe.
La maman me dit qu'elle ne parlera pas de la maladie à l'école : "il va faire des efforts pour courir comme ses copains, ca se verra pas pour ses muscles... Je préfére pas en parler. Et puis ça peut aller mieux après non ?"


La myopathie de Duchenne

Site de l'AFM


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04/02/2009

Carences

Le besoin d'attachement de l'enfant, décrit par cohortes de psy depuis Bowlby est quelque chose que l'on constate régulièrement en service.
Pour rappel, dans la théorie de l'attachement, on décrit le besoin d'attachement de l'enfant à sa mère comme un besoin primaire, vital (la mère donnant nourriture, protection, assurant la découverte du monde, des autres...).
Besoin primaire veut dire que s'il n'est pas satisfait, l'enfant ne peut pas se développer : c'est ce qu'on constatait dans les orphelinats d'avant guerre, où les enfants nourris, soignés, lavés dépérissaient quand même, car nourris et pris en charge à la chaîne.
Dans une langue plus grand public, on pourrait dire que le besoin d'Amour est vital... !

On ne rencontre plus en service ce qu'on nomme hospitalisme : ces enfants qui, séparés de leurs parents, hospitalisés des mois, finissaient par se renfermer, se balancer, régresser, dépérir... Fort heureusement, maintenant, on sait l'importance du contact avec l'enfant !

Je me souviens d'une petite fille, que l'on va nommer Amélie pour les besoin du billet.
Amélie était une petite fille d'environ trois ans. Récupérée par les services sociaux chez elle, suite à des appels des voisins qui s'inquiétaient.
Arrivée chez nous, elle était impressionnante : prostrée dans un fond de son lit, dans un état de sidération complet, nous fixant avec des grand yeux qu'on devinait méfiants envers l'adulte.
D'un calme stupéfiant, avec une absence d'expression tellement inhabituelle chez l'enfant qu'elle en était douloureuse pour nous les soignants.

Mais cependant ces yeux qui nous fixaient lorsqu'on rentrait dans la chambre nous faisait dire qu'on n'était pas dans l'autisme ou dans un trouble de la relation.
Non, on était dans la carence. La grande, la profonde carence d'affection.
Une enfant qui, si les assistantes sociales l'ont bien compris, était complètement livrée à elle même. Quelque fois attachée dans son lit chez elle. Sans soin, sans paroles. Avec un minimum de nourriture.

A trois ans, Amélie ne marchait pas, ou très mal.
A trois ans, Amélie ne savait dire que quelques mots, mais il a fallu des jours et des jours avant qu'elle n'ose faire entendre sa voix.
A trois ans, Amélie ne jouait pas, ne bougeait pas et passait ses journées au fond de son lit d'hôpital.

Lorque je dis que le besoin d'attachement est vital, c'est flagrant lorsqu'on a vu les progrès de cette petite en service.
Malgré la charge de travail des infirmières et le peu de temps donc qu'elles pouvaient consacrer pour jouer, parler, faire un calin à l'enfant, ces quelques minutes de chaleur humaines glanées par ci, par là ont suffis pour qu'en quinze jours, cette petite fille change du tout au tout.
Se mettant à parler, à exprimer des émotions. Se mettant à marcher dans le service, peut être pour la première fois de sa vie. Se mettant à rire.
Comme si, quelque part, son psychisme, son organisme n'attendait qu'un peu de chaleur, qu'un peu d'affection pour reprendre son développement.
Elle nous a quitté au bout d'un mois, pour une famille d'accueil où cette petite fille s'épanouit et a retrouvé un développement standard pour son âge...

Théorie de l'attachement

Les carences affectives


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