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30/01/2009

Démerdassek

J'aimerai quelques fois que les médecins qui me demandent de voir un enfant en service soit un tout petit peu plus explicites...
La plupart du temps, lorsque je passe dans les services, les infirmières m'accueillent en me disant "tu as un enfant à voir chez nous !". J'ouvre le dossier et je vois écris par le médecin prescripteur : "Entretien psychologique".
Ok.
Vous avouerez que c'est un peu court comme informations sur les soucis de l'enfant et ce qui a pousser le médecin à demander mon passage. Qu'a-t-il constaté, entendu ? Y a-t-il quelque chose qui contrarie la prise en charge médicale ? La souffrance est-elle à chercher du côté de l'enfant ? Des parents ?

Le plus souvent, je demande des infos aux infirmières, mais, ô joie des transmissions, personne ne sait rien (les transmissions, c'est un peu comme le téléphone arabe : au fur et à mesure des heures,  et des redites, il y a de moins en moins d'infos disponibles...).
Je demande ensuite à l'interne du service qui n'en sait pas plus.

En fait, tout le monde s'en fiche : un médecin a écrit "entretien psy", ok, c'est bon, maintenant la balle est dans le camp du psychologue, chacun considère que ce n'est plus son job... Du coup, démerdassek...

Mais alors, imaginons.... Essayez d'envoyer un enfant en radiologie en écrivant "examen radiologique" sur le bon et rien d'autre...
Allez, mon cher radiologue, tu me fais des clichés partout, je te dis pas ce que tu cherches, à toi de me dire ce que tu trouves...
Personne n'ose l'imaginer ça.

Bon je caricature, mais tout de même, je ne suis pas omniscient et j'ai besoin d'être un peu orienté.
Et de plus, ce qui contrarie le médecin demandeur, sa demande à lui précisemment, ce n'est peut être pas la meme demande que celle de la famille.
Je vais rencontrer une famille, un enfant qui vont me parler de tel ou tel thème douloureux pour eux alors que peut être, la demande du médecin portait sur tout autre chose.

Et pourtant, ce n'est pas faute de l'avoir dit : "s'il vous plait, lorsque vous demandez mon passage, explicitez votre demande !".

C'est donc une consultation psy que nous dénommons, ma collègue et moi, par le nom de code charmant de "consultation DTTS" : Démerde Toi Tout Seul.

Car comble de tout, souvent, les parents ne sont pas présents lorsque je passe. Je me retrouve donc face à un enfant dont je ne sais pas pourquoi je le vois, qui lui est trop petit pour m'expliquer pourquoi il doit être vu.
Je vous laisse imaginer le flottement, la perte de temps (pour tout le monde) et quelque fois, l'inutilité de mon passage...

Peut être, et je devrai y songer plus sérieusemment, devrai-je me lancer dans le tirage de carte, le marc de café ou la boule de cristal ?

Et là je parle des tout petits, mais ce n'est guère plus simple lorsque je peux me trouver face à un ado un brin opposant (parce que lui, normalement, il sait et a compris pourquoi je dois le voir, le médecin ayant du en discuter avec lui avant).
Mais adolescence oblige, ça peut donner ceci :

- "Bonjour, le Dr X. m'a demandé de venir te voir aujourd'hui"
- ".....Mmmmouais..." (sorti sur un ton lassé, caché derrière une frange de cheveux, pendant l'écriture d'un SMS)
- "Peut être que tu peux m'expliquer ce qui t'arrive et quel est le souci actuellement ?"
- "MMmmm....Gndddfff...Chai pas.... (remise sur les oreilles du lecteur MP3, air lassé clairement affiché)
- "Ok...Alors on peut reprendre depuis le début. Tu es hospitalisé pour une maladie X, ce n'est pas toujours facile. Il y a des choses que tu trouves difficiles pour toi en ce moment ?"
- "Gnnndddffff.... Chai pas moi....

(Là, le psychologue sort les rames, essaie de comprendre la klfjqslifj de demande du médecin qui n'a rien écrit, et donc, est obligé de poser des questions à l'ado en question tout en voyant que plus il en pose, et plus l'ado se ferme et s'oppose...ô bonheur)"

Bref... Certains médecins jouent le jeu et me laisse quelques transmissions, d'autre jamais. Mais réellement jamais.
Un jour (mais je n'ai jamais osé), j'avais dit à une infirmière puisque la seule demande que j'avais sur le dossier était "entretien psy", je noterai en face : "fait", sans plus d'infos...

15:53 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

27/01/2009

Come back

Après plusieurs jours de vie personnelle intensive, déménagement familial oblige, me revoilà aujourd'hui sur l'hôpital. Fatigué, mais finalement, content d'être là (porter des cartons, monter des meubles depuis 48h permettent de concevoir l'exercice hospitalier comme une sorte de repos... Je vous laisse imaginer l'état de fatigue pour en arriver là !).

Quoiqu'il en soit, je n'oublie pas le blog et je reviens bientôt reparler de patients ou de situations qui m'ont marqués ces derniers jours.
A tout de suite...!

11:00 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

19/01/2009

Déménagement

demenagement.jpg

Le temps passe à une vitesse ces derniers jours... Le déménagement de ma petite famille se prépare, une grande maison nous attend pas loin.
Mais en attendant, il va falloir la mériter : cartons, tri, rangement, aller-retours...

Je ne crois pas être un sentimental des objets et des souvenirs, mais je m'apercois que, tout de même, je garde au delà du raisonnable des objets qui ne me servent plus à rien... Evidemment, comme dans tout couple, cela donne de grandes discussions avec ma femme, à savoir si l'objet en question sera indispensable ou pas pour la nouvelle maison (l'autre option étant le joli sac poubelle qui attend tout près de l'objet en question).
Alors, oui, d'accord, cela fait cinq ans que je ne l'ai pas utilisé, ok...Mais, ON NE SAIT JAMAIS (argument number one), JE POURRAI EN AVOIR BESOIN.
Pour remplacer par ex. le même objet en neuf que l'on vient d'acheter, au cas où il tombe/casse/soit en panne.
Je pourrai avoir besoin de CE pantalon que, certes, je ne mets plus depuis cinq ans, mais qui POURRAIT me servir au cas où je fasse de la peinture/des travaux/rentre du fumier à la ferme (ok, je n'ai pas de ferme, ET ALORS ?).

Bref, cela donne de bien belles discussions et aussi de petits fous rires tout de même.

En attendant, on remplit les cartons, on vide l'appartement. Les enfants voient leurs jouets au fur et à mesure disparaitre dans les cartons (grande angoisse : seront ils au rendez vous dans la nouvelle maison ?... Les jouets, hein, pas les enfants...! )

Prochain article, promis, je reparle de l'hôpital, mais en ce moment, c'est vrai, c'est plutôt la maison qui est présente dans ma tête. Et, oui, j'arrive à rester empathique avec les patients, heureusement, j'arrive encore à ne pas me laisser déborder dans mes pensées... ouf !

14:26 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

12/01/2009

Trouver les mots

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Trouver les mots.
La phrase envahit ma tête depuis un bon moment et je n'arrive plus à penser à autre chose.... Est ce que je vais trouver les mots ?
Depuis que tout à l'heure, mon téléphone a sonné, me demandant de voir une famille de façon urgente en service.

Je me prépare depuis tout à l'heure, j'essaie de réflechir à ce que je vais dire en entrant dans la chambre, par quoi commencer, comment aborder les choses. En fait, j'ai peur.
J'ai peur de ne savoir aider, j'ai peur de ne pas avoir le mot qu'il faut, j'ai peur tout simplement de ne rien pouvoir faire pour eux.

Je sais qu'émotionnellement cela va être très difficile, déstabilisant même. Il est quelques fois difficile de ne pas se mettre à la place de l'autre, de ne pas se dire "et moi , à sa place, comment je ferai ?".
Mais ce n'est pas ce qui me fait le plus peur. Des situations émotionnellement dures, j'en ai déjà vécu, je sais que je peux tenir le coup, encaisser, rester professionnel. Ce qui ne veut pas dire que je ressors indemne de l'hôpital et que quelques fois, je ne ramène pas à la maison et dans la tête quelques familles ou quelques enfants...

Non ce matin j'ai simplement peur d'être désarmé face à une souffrance terrible, envahissante, écrasante. Perdre un enfant.
Et de la façon la plus brutale qui soit, la mort subite d'un nourrison.

Un bébé qui se développait bien, qui n'avait aucun souci de santé particulier, chez qui tout allait bien... Et d'un coup, sans explication, sans coup de semonce, le retrouver sans vie dans son berceau...
Pour avoir accompagné des familles dans ce cas, je crois que professionnellement, c'est la souffrance la plus intense, la plus crue, la plus brutale que je connaisse. Je recois des familles anéanties, écrasées sous le poids d'un chagrin, d'une nouvelle incompréhensible...

Il m'est déjà arrivé d'accompagner des parents dans d'autres situations de mort de leur enfant. Mais lorsqu'on est dans une maladie au long cours, les choses sont différentes. Dans une longue maladie, le sujet de la mort vient  à un moment ou à autre sur le tapis. On la craint,mais on essaye de s'y préparer. On parle avec la famille, eux même nous pose des questions. Et lorsqu'elle arrive malheureusement, le chagrin est intense, mais pas si brutal et innatendu que dans la mort subite du nourrisson.

Là, je sais que je me retrouve désarmé face à une souffrance sans mot... Oui, c'est ça en fait : une souffrance telle qu'elle est au delà des mots. Des familles incapables de dire leur souffrance tellement elle les dévore.

Et me voilà prêt à aller accueillir ces gens qui viennent dans mon service. Qui hier, ont découvert mort leur petit garçon de trois mois dans son lit. Qui reviennent ce jour à l'hopital pour les papiers, les démarches, voir le médecin. Et le psychologue. Moi.

Je ferme la porte de mon bureau, je me dirige vers le service où ils sont arrivés. Tout au long du chemin, je n'ai qu'une seule pensée : est ce que je vais pouvoir les aider....

Il arrive souvent que le psy doive se sentir humble face à la détresse des autres, et doive accepter qu'il n'est pas tout puissant, et qu'il ne peut, malheureusement pas, apaiser toutes les douleurs...








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05/01/2009

La place du psy

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Le psychologue, ce drôle d'animal, on ne sait trop quelle place lui donner en service hospitalier.
Le psy, c'est celui qui arrive les mains dans les poches, sans matériel, sans geste à faire, sans truc technique.
C'est un soignant, mais pas vraiment un soignant, il est para-médical, mais pas vraiment, ...

Du coup, quelques détails me semblent révélateurs de la difficulté pour l'équipe de me trouver une place (pourtant, zut, ca va faire douze ans que je suis dans ce service).

Pour mieux situer, on m'appelle dans les services quand un enfant hospitalisé va mal, quand ses parents vont mal... Quand un diagnostic difficile a été porté. Quand des difficultés psychologiques se révelent en cours d'hospitalisation.

Reprenons donc... Pas plus tard que cet après midi, encore. Je dis encore car ce genre de situation là est monnaie courante.
On m'appelle en service pour voir un enfant. J'arrive, prend connaissance du dossier et l'infirmière m'apprend que l'enfant est sortant. Enfin. Plus réellement sortant. Disons sorti.
Pardon ?
Ben oui, l'équipe étant un peu à la bourre, on est en train de nettoyer et désinfecter sa chambre puisqu'il s'en va.
Mais le patient ? Debout. Dans le couloir. Avec sa valise, sa maman et son air un peu agacé, car il ne peut pas rentrer chez lui car le médecin lui demande d'attendre le psy...

Notez les conditions divines et idéales qu'on prépare pour ma consultation... Plus d'endroit pour  voir l'enfant. Un enfant à qui on a dit qu'il sortait....Mais qu'il va falloir auparavant patienter pour voir le psy...
Autant dire que je dois sûrement passer pour l'embêtant de service dans l'esprit de ce petit bonhomme !

Bon d'un coté, je comprends l'équipe : service ultra rempli, les filles qui courent dans tous les sens. Ok. Mais moi, ça me met quand même dans l'embarras.
Le pompon fut d'essayer de trouver un endroit propice pour un entretien. Car vous admettrez qu'avec la meilleure volonté du monde, le couloir, la valise et la maman, c'était pas l'idéal.

Ma quête fut rude ! Après moult demandes, on me propose la salle à manger. Je proteste : la salle à manger est un haut lieu de passage du service, bruyant et envahi de monde !
L'infirmière tique... (embêtant ce psy !)...Ca n'a l'air de gêner personne que je fasse un entretien au milieu des compotes aux pommes, des miettes de gâteaux et des parents, infirmières et médecins qui passent entre deux tables...
On me propose ensuite le bureau de la surveillante : un modeste réduit envahit de dossiers et de matériel médical. Le top pour mettre un enfant à l'aise, dessiner, discuter avec lui... Je résiste (prouve que tu existes, ce monde n'est pas le tiens...Oops, pardon...Fin de journée, fatigué... l'ai pas fait exprès).

Bref, on me trouve finalement une salle.

Tout ça pour dire quoi ? Ben oui j'y reviens : ma place ! Un peu l'impression de passer pour la dernière roue du carrosse. Que comme je n'ai pas de matériel high tech, n'importe quel coin de bureau me fera l'affaire.
Qu'on attend la sortie de l'enfant pour me demander de passer (j'imagine la scène dans le bureau des infirmières  en train de clore le dossier : zuuuuuut, on a oublié le psy !)
Et que donc, l'entretien ne se fait plus dans des conditions favorables.

Et je vous épargne les multiples dérangements ! Qu'une perfusion sonne, là, ok, l'infirmière rentre et fait le nécessaire, ça me parait normal.
Mais quand je suis en train de faire un entretien, remuer des choses douloureuses, avoir un enfant, un parent qui pleure et que la porte s'ouvre brusquement  sur l'auxiliaire qui aboit : "GOUTEEEEER.... Compote aux fraises ou aux pommes ??".
Là, j'ai des éclairs qui me passent dans les yeux...Ca peut pas attendre un peu ?
Ou idem, en plein entretien, l'infirmière ouvre la porte "Juste deux secondes, hein excuse moi, je prends la température...".
Ben tiens... Ok madame, pas de souci, on attend que l'infirmière ai fini...Trente secondes.... Bon ca y est...On en était où ? Ah oui, vous pleuriez en évoquant le décès de votre père. On reprend là ?

Ben tiens, pas de souci hein ?

J'essaie pourtant d'expliquer qu'un entretien qu'on interrompt ne peut pas toujours être repris ! Qu'on perd tout de l'émotionnel qui s'y déroule, qu'on perd le fil, bref, que c'est très dérangeant.

Je crois que vu la charge de travail des infirmières, elles sont souvent la tête dans le guidon, à gérer douze mille trucs à la fois et ce n'est pas de la mauvaise volonté.
Mais je crois aussi qu'on pense qu'un entretien psy c'est une discussion, qu'on peut interrompre et reprendre, qu'on peut faire dans n'importe quel coin du service.
Mais pourtant, si on s'interroge soi même un tant soit peu : oserions nous confier des choses intimes à un inconnu dans une salle où la porte s'ouvre toutes les trente secondes ? Ou au milieu d'un réduit encombré de matériel médical ?

Allez, pour autant, ne désespérons pas : si on m'appelle, c'est quand même qu'on m'a fait une place dans ce service...A moi de continuer à la faire, et de faire comprendre mon travail...