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29/12/2008

De l'usage du café comme vecteur d'informations et de lien groupal

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Franchement, il est chouette mon titre. Pour un peu, je crois qu'on pourrait en faire une étude (où je me porterai volontaire) sur l'ingurgitation de café en milieu hospitalier et ses multiples bénéfices.

Tout ça pour dire quoi ? Non pas que les fonctionnaires hospitaliers passent leur vie autour de la cafetière, ce qui serait faux, et vu les pénuries de personnel, c'est même impossible "planningment" parlant.
Mais en fait, c'était pour souligner l'importance fondamentale (et là je suis sérieux je vous assure) de la salle et de la pause café dans le fonctionnement de l'équipe !
Car il est vrai que dans la journée, on coure partout, chacun de son coté, chacun après ses tâches, médecins, infirmières, aides soignantes, psy, assistante sociale, secrétaire, etc...
Bien sur, on communique, on fait des liaisons pour l'essentiel des infos, mais ça reste tout de même très très résumé, fragmentaire.

Et la salle café, c'est quand même LE lieu de réunion. Certes, ça ne dure pas des heures. Mais c'est fou le nombre d'infos qui peuvent passer en un quart d'heure !
Chacun donne ses infos sur un patient, même les infos qu'il n'avait pas donné en transmissions (peut être considérée comme non fondamentale à ce moment), mais du coup, tout se synthétise et tout prend sens.
C'est le lieu où on se rencontre tous, alors qu'en service, on se croise, on se dit bonjour, mais on a peut le temps d'échanger.
C'est le lieu où chacun échange sur sa vie perso, où on prend des nouvelles (choses qui est difficile en service au vu de l'activité). Le sens du mot équipe prend sens aussi.

J'espère que l'obsession administrative de contrôler tout notre temps n'en viendra pas à supprimer ces pauses... A force de vouloir gratter du temps partout, peut etre que l'admistration en viendra à considérer que ces 15 mn de "perdues" sont à reconsidérer...

Moi de mon coté personnel, je ne  peux pas vous dire le nombre de connaissances médicales, infirmières, sociales et autres que j'ai apprises en salle café ! Le nombre de pathologie que j'ai connu. Le nombre de patients pour lesquels j'ai obtenu des infos importantes...
Et le nombre de décisions médicales qui se prennent à ce moment idem ! (et oui, tant que tout le monde est là, medecins, infs et autres, on en profite pour faire la synthèse et prendre les décisions)....

Bref, voilà, petite note parce que tout à l'heure, une de mes collègues m'a fait la reflexion "c'est fou tout ce qui se dit dans une salle café !".
Et elle a pas tort.

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23/12/2008

Découper le patient en petits bouts...

Et oui, les vacances étaient attendues, car le rythme au travail était bien soutenu ces dernières semaines

Quand je pense que le rôle du psychologue à l’hôpital, auprès des enfants et familles hospitalisées, est d’offrir un espace de parole, une autre écoute, un autre temps, loin des soins, diagnostic et autres…
Difficile pour le psy lui même de proposer cela lorsque le téléphone a sonné x fois pour demander à passer dans x chambres et voir x situations « urgentes »…
Difficile une fois la porte de la chambre fermée, devant le patient, de prendre sur soi, d’oublier le stress ambiant, le service rempli, les coups de fils, les demandes en attentes, et d’offrir ce vrai moment d’écoute à la personne, au calme, se donner le temps...

Je me demande si quelque fois, on ne me prend pas pour un urgentiste de l’âme. Hop une larme ici, vite le psy. Oh, un petit coup de blues là, le psy. Tiens une réaction agressive, le psy…
Il est clair que le  rôle du psy peut être important, et que les patients ont réellement besoin d’écoute et de parler, c’est on ne peut plus fondamental dans un lieu comme l’hôpital.
Mais j’ai l’impression aussi qu’on m’appelle aussi pour tout et n’importe quoi, pour tout ce qui fait partie d’une relation de soin ordinaire.
Je veux dire, quand le médecin est obligé d’annoncer un diagnostic, c’est évident que ce n’est pas un moment facile. Mais est ce que tout les patients veulent pour autant en discuter avec le psy ? Ou est ce le médecin qui, voyant quelques larmes couler, craignant de ne savoir gérer l’émotionnel, culpabilisant peut être par le diagnostic d’avoir blessé l’autre,  se déculpabilise à bon compte en appelant le psy ?
Est ce obligé que l’infirmère m’appelle dès qu’un enfant a eu peur d’un soin ? N’a t elle pas dans son rôle d’infirmière aussi une part de relationnel à travailler ? Consoler, expliquer, ca en fait partie non ?

Attention, je ne fais de généralités ! Certaines infirmières, certains médecins sont conscients qu’il leur faut prendre en charge une part relationnelle aussi avec le malade. Mais d’autres la fuient quasi systématiquement.
Je ne voudrais pas que le malade soit « découpé », en bouts à l’hôpital : le médecin annonce le diagnostic, stop les larmes c’est pour le psy, l’infirmière fait la piqure, stop la peur c’est pour le psy. Une personne, c’est un tout, le médecin doit aussi avoir une part d’écoute, l’infirmière également, et le psy est là pour toute personne qui a besoin d’un peu plus.

Peut être aussi que je rêve et qu’on en arrivera à tout découper en petits bouts pour que chaque petit bout de soin puisse étre coté, facturé. Chacun son rôle. L’infirmière ne prendra plus la main du patient, le médecin ne réconfortera plus. Chacun se renverra la balle, et le patient se trouvera morcellé, et morcellé entre tous les intervenants.
Non, là, je cauchemarde. Allez, c’est bientôt la nouvelle année, je veux croire que ça n’arrivera pas !

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17/12/2008

La consultation SuperNanny

1supernanny.jpg

Il arrive fréquemment (oserais-je dire de plus en plus fréquemment ?) que la consultation psychologique pour enfants n'est de psychologique que le nom...
J'ai l'impression que de plus en plus de parents sont en perte de repères par rapport à leur enfant, que ce qui devrait relever du bon sens ne soit plus automatique.

Alors, on voit arriver des parents dépassés, submergés, tyrannisés par leur enfant... Et la consultation se borne à leur rappeler leur role de parents, remettre déjà des règles là où il n'y en a plus. D'autres parents ne savent plus ce qui est bien ou non pour leur enfant...
Bien sur, on peut aussi s'interroger chez eux sur leur histoire, ce qui a pu les conduire là... Mais je dirai : dans un second temps. Les situations qui sont devant nous sont des fois tellement "énormes" qu'il devient urgentissime de d'abord remettre des règles !
Moi et ma collègue (pour un peu décompresser....Oui meme les psys ont le droit !), on appelle ça les consults "Super-Nanny".... Comme sur M6...Mais en vrai, là, dans le bureau. Des gens qui ne savent plus comment éduquer leur enfant
Quelques exemples en vrac, pour ceux dont je me souviens :

1 --

Ce petit garçon de six ans, atteint d'un diabète. La maman demande à me voir car elle ne s'en sort plus et décrit un enfant "infernal", qui n'écoute rien, ne veut plus se soigner non plus.
Dans le bureau, effectivement, le jeune homme fait ce qu'il veut... Repond ou ne repond pas à mes questions, se lève, touche un peu à tout, le tout sans réaction maternelle...
Tout à coup, un téléphone sonne dans le sac à main de la maman. Avant qu'elle n'ai eu le temps d'esquisser un geste, son fils plonge la main dans le sac, sort le téléphone et répond...
Je l'interroge : "Vous le laissez répondre à votre téléphone ?? " (ça y est, je sens la consult Super Nanny poindre)

- "Euh...C'est à dire que.... En fait...Eh bien... C'est SON téléphone à lui"
-  .......
(Le psy un peu désorienté essaie de trouver une question intelligente... Mais la seule qui lui vienne est une question tout bête) :
"Mais...A six ans... Il appelle qui ?"
"Ben moi... On a une grande maison...Il a peur des fois...Alors quand il est dans sa chambre, il m'appelle. Quand il est aux toilettes, il m'appelle"
"........"

Enfant roi quand tu nous tiens... En tout cas, dans ce cas, le diabète, et l'inquiétude maternelle, avait crée un lien mère/fils si fusionnel que la maman était prête à tout pour son fils... Et d'un bon sentiment, on arrivait à un enfant tyrannique..

2 --

Un papa m'amène son fils de 5/6 ans pour "cauchemars" récurrents. Papa un peu démuni, disons "gentil", qui vient chercher de l'aide face à un enfant qui le reveille en criant quasi toutes les nuits.
Je vois l'enfant seul et je me souviens , ce jour là, une stagiaire était avec moi.
Le petit bonhomme est sympa, et parle bien. Il nous fait un dessin de son cauchemar : du sang, un couteau... Brrrr je me dis, et bien, va falloir déméler toutes ces angoisses là ! Je suis même un peu inquiet de la force de celles ci.
Quant tout à coup, il lâche de façon un peu impromptue : "Le couteau, c'est le même que dans Scream"
Je sursaute : "Scream ? Tu veux dire le film d'horreur ?"
"Oui, on a le DVD. Je le regarde avec papa"
Je regarde ma stagiaire. On y croit pas. Dans une dernière réaction de défense (un père ne peut pas faire regarder un film d'horreur à son fils de six ans, Nooon), je tente la dernière question :
"Mais tu l'as pas vraiment vu le film dis ? "
"Mais si ! Y'a le monsieur qui tue la dame avec son couteau  et puis...etc etc"...
Et le gamin de nous raconter en détail les scènes les plus gores du film... Avec un mélange de plaisir/peur qu'on tout les enfants de cet âge, qui aiment bien jouer à se faire peur.

Je rappelle le père.
"Votre fils me dit que vous regardez Scream avec lui ?" (je n'y crois toujours pas, allez dites moi que c'est pas vrai !)
"Oui, oui, il aime bien, ca le fait rigoler"
"...Mais....mais...C'est un film d'horreur ! Vous me dites qu'il fait des cauchemars !"
"Oh mais non, je vous dis : il aime bien. C'est pas ça les cauchemars, j'en suis sur"
"......"
(décidemment le psy reste sans voix plus souvent qu'à son tour !)

Et le reste la consultation fut passée à essayer de faire comprendre au papa que même si fiston aimait jouer à se faire peur devant des scènes de meurtres, il devait lui, en tant que père, donner des limites et ne pas tout permettre...

Quand je vous dis que quelquefois, ce sont des consultations SuperNanny...

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15/12/2008

Secrets de Noël

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Ludivine a dix ans. Des beaux cheveux blonds bouclés, des yeux très bleus. Ludivine me regarde fixemment, mais ne me dit rien.
D'ailleurs, elle ne me dit rien depuis vingt minutes qu'elle est dans mon bureau. A part quelque oui ou non de la tête.

Ludivine s'applique tout de même à faire le dessin que je lui ai demandé. Elle a choisi Noël. Elle me dessine un grand sapin avec deux énormes cadeaux devant. Je lui demande si elle sait ce qu'il y a à l'intérieur. Elle me fait signe que oui. Mais elle ne me dira rien de plus...

Ludivine a été emmené ce matin en urgence par sa maman. Cela fait deux jours qu'elle ne veut plus manger. Qu'elle est triste. La maman m'évoque la peur d'une anorexie mentale, je n'y crois guère (Ludivine a accepté de manger quelques chocolats hier en guise de repas, ça ne ressemble guère à la logique calorique d'une anorexie débutante).
Le début brutal ne sonne guère comme une anorexie mentale non plus.

Le médecin l'a examiné, aucun arguments médicaux.
Reste le psychologue. Moi. Mais à moi, Ludivine ne dit rien et dessine en silence. Je vois qu'elle est vérouillée, défensive au possible. Mais je ne peux guère en savoir plus sur ce qu'elle cache à l'intérieur, qui doit être important pour qu'elle s'en protège autant...


Je rappelle la maman qui est un peu déçue que je n'ai pas eu de révélations de par mes talents magiques et ancestraux pour faire parler les enfants... Non Ludivine est restée secrète. Je conseille vivement à la maman de prendre rendez vous à sa sortie de l'hopital avec un psychologue... Sa fille a quelque chose  à exprimer, mais cela risque de prendre du temps car il faudra surmonter l'inhibition.

Ludivine s'en va. Je n'en sais pas beaucoup plus sur elle et sur ce qui la rend triste. On ne gagne pas à tous les coups et aujourd'hui, je n'ai pas réussi à l'aider.

Ludivine referme la porte. Je ne saurai jamais ce qu'il y a avait de caché dans les deux gros paquets au pied du sapin de son dessin, oublié et resté bien en évidence sur mon bureau.
Comme pour me montrer, tout en le cachant, qu'il y a là un secret à voir...

 

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12/12/2008

Je recouds et elle sort ?

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Les tentatives de suicides à l’adolescence sont un véritable problème de santé publique : deuxième cause de décès chez les 15-24 ans (juste après les accidents de la route). C’est donc avec beaucoup d’attention que je les accueille aux urgences et que j’essaie de mettre en place une aide…
Mais voilà… A l’hôpital, le psychologue est un peu seul contre tout le monde… Chacun y va de son argument, de son bon sens…
« Non mais regarde l’autre qui prend deux cachetons et qui se la joue mourante là… J’ai autre chose à f… moi, j’ai des VRAIES urgences à côté ! »
« Moi ca fait me fait rigoler, quand on veut se buter, on se rate pas…C’est pas avec ce qu’elle a pris qu’elle avait vraiment envie de mourir »
« Non mais…Prendre des médocs parcequ'elle est punie de sortie, c’est n’importe quoi »…

Et voilà, la jeune fille, le jeune ado condamné, jugé déjà !
D’un coté, je comprends, quand les infirmières ont passé la nuit à gérer un grand brulé, un polytraumatisé suite à un accident, une méningite…. Et quand arrive au beau milieu de la nuit une ado qui a pris trois comprimés de Doliprane pour en finir parce que son copain sort avec sa meilleure amie…Oui, c’est vrai, on peut être moyennement compréhensif…Peut être…

Alors on peut peut-être rappeler quelques vérités sur les tentatives de suicide, pour commencer hein ?

Tout d’abord, le motif… Souvent dérisoire.. C’est ce qui fait sourire nos internes de garde.
Mais le motif, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Jamais il ne faut s’arrêter à lui.
Une ado qui se suicide parce que ses parents lui ont confisqué son portable, il faut se dire qu’il y a autre chose, c’est clair. Des milliers d’ados tous les jours se font confisquer leur téléphone et ne prennent pas le contenu de l’armoire à pharmacie pour autant…
Alors celle là, celle qui est devant moi aux urgences, peut être que d’autres évenements l’ont fragilisé. Peut etre est ce ce divorce de ses parents il y a deux ans, peut etre ce conflit avec ses professeurs cette année…
Quoi qu’il en soit, il faut voir le suicide comme un processus, dans lequel le motif et le passage à l’acte arrivent en dernier ressort. Depuis des mois, des années, cette ado s’est fragilisée pour d’autres raisons, surement plus profondes..ss
Et ce portable confisqué, c’est la goutte d’eau, le truc qui fait que ce soir là, ça déborde.

Alors quand l’infirmière commence à dire « Ouais ben moi aussi j’en ai eu des mauvais bulletins de notes et j’ai pas embêté mon monde pour autant », le psychologue dit « attends je t’explique… »…
Et d’une. Ouf.

Autre chose, ce sont les récidives. Fréquentes tout de même. On les estime à 30%. Et dans les études, on sait que les méthodes employées au fur et à mesure des récidives deviennent souvent plus violentes, plus dangereuses…
Ce qui veut dire qu’il faut à tout prix éviter la récidive ! Ne jamais minimiser !

Combien de fois j’ai entendu « bon c’est bon, elle a pris trois cachets, elle peut sortir ! »…
Eh non ! Ok, aujourd’hui c’est pas « grave » médicalement parlant, mais demain ?  Qui peut prédire que cette même ado ne va pas se descendre la boite complète la semaine prochaine ?
Et pas grave médicalement ne rime pas avec pas grave psychologiquement…
Alors on la garde hospitalisée cette ado, on lui parle, elle voit le psy, on voit la famille, on discute, on avance, on cherche, on propose des aides…
Mais on ne dit pas « deux cachetons, allez c’est bon, dehors ».

Ne pas oublier que le facteur de mortalité le plus important dans les suicides, c'est l'existence d'une tentative précédente...(risque de mort multiplié par 17  par rapport à la population génrale, selon certaines études !!!)


Le pompon revient à une interne qui m’a dit un jour pour une jeune qui avait voulu se couper les veines (ok, légerement là, mais le courage a peut être manqué au dernier moment) : « Bon, écoute j’ai du monde, je recouds et elle sort »…
Ben voilà. Je vois déjà la tête du compte rendu :
« Adolescente accueillie pour tentative de suicide. Quatre points de suture. A pu sortir chez elle car la plaie n’est pas inquétante ».
Mais les autres, les autres plaies, qui les verra ?

Alors voilà, le message c’est : ne jamais banaliser.
Quelque soit le motif évoqué, se dire qu’on ne fait pas ça par hasard et chercher les zones de souffrances.
Quelque soit le mode de suicide employé, même si ca semble terriblement anodin, ne jamais banaliser. Le risque de récidive, plus dangereuse alors, existe bel et bien !

Les recommandations de la Haute Autorité de la Santé


Epidémiologie sur le site du ministère de la santé

 

11/12/2008

20 mètres à l'heure

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J'arrive à peine à la porte du service que l'infirmière me saute dessus visiblement soulagée :

"Tiens, Antoine, voilà le psy....Je te laisse...!"...

Un jeune garçon d'une dizaine d'années est devant moi devant la porte du service et visiblement, il n'a qu'une envie, sortir !!

A la vitesse de fuite de l'infirmière, je suppose que ça fait un TRES TRES long moment qu'elle essaie de parlementer, négocier et empêcher la fuite du jeune homme... Le psy arrive donc à point nommé !

Sauf que le psy, en l'occurence moi, ne sait rien d'Antoine, de ce qui l'amène et de pourquoi il veut se sauver... Bon, rassemblons mes neurones et essayons de creuser un peu pour voir.

"Alors tu veux partir Antoine?"
"Oui s'il vous plait ! Je peux pas rester là !!!! C'est impossible!"

Je vois un garçon visiblement terrorisé, hyper tendu par l'anxiété, avec un brin d'énervement derrière qui augure d'une belle crise bien explosive si on laisse son anxiété monter...

"Alors, viens, je t'emmene dans mon bureau, on sera au calme, c'est juste à côté"
"Y'aura personne d'autres que nous ?"

"Non, juste toi et moi"

"Ah.....(soulagement)...Je veux bien alors...Parce que vous savez.... J'ai la phobie des vomissements, j'ai peur que quelqu'un soit malade là..."

 

Et voilà ce jeune homme qui m'explique en chemin (visiblement rasséréné) que depuis qu'un camarade de classe a vomi devant lui, il a une peur panique qu'un enfant ou un adulte vomisse devant lui...
Cela peut prêter à sourire, mais la peur est tellement forte qu'il n'arrive plus à aller à l'école et que lorsque ses parents le "forcent", il panique, commence à s'énerver et finit dans des grandes crises de colère que ses parents n'arrivent plus à gérer.
Comme aujourd'hui où en désespoir de cause ils l'ont emmené à l'hôpital.

Sauf qu'à l'hopital, Antoine panique encore plus... Eh oui, il se sent entouré de microbe, de virus, d'enfants malades prêt à vomir, il n'arrive plus à penser à autre chose.

Mon bureau lui offre un calme relatif, il parle, il se pose, il sourit. Je crois la partie un peu gagnée. Je me trompe.
Le sentant à l'aise, je lui propose de regagner sa chambre.
Et là, l'angoisse revient... Insurmontable, massive, ingérable pour lui. C'est certain, il en est sur, il y a surement un enfant malade dans le service, un qui va vomir, là devant lui...

Et nous voilà remontant le couloir qui le ramène au service. Une heure ! Il a fallu une heure pour faire une vingtaine de mètres.
S'arrêter pour le calmer à chaque bruit bizarre. Rationnaliser ses peurs dès qu'elles l'envahissaient.
Vingt mètres à l'heure. Pire qu'une Lada de trente ans avec un moteur de tondeuse à gazon...

Antoine vient à l'hôpital soigner ses phobies mais il se sent encore plus insécurisé chez nous... Ca va pas être facile pour la suite, c'est sûr...

 

10/12/2008

Why not blogging

Un blog pourquoi pas.
A force de lire les blogs des autres, et surtout les blogs médicaux que je parcours quotidiennement , je me suis dit : et ben, pourquoi pas moi ?

Y'a pas de raison, non mais !

Le plus dur va d'être régulier, mais je passe mon temps à me dire que j'ai des histoires à raconter pour toute une vie, alors ca ne devrait pas être si difficile

19:39 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook