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12/12/2008

Je recouds et elle sort ?

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Les tentatives de suicides à l’adolescence sont un véritable problème de santé publique : deuxième cause de décès chez les 15-24 ans (juste après les accidents de la route). C’est donc avec beaucoup d’attention que je les accueille aux urgences et que j’essaie de mettre en place une aide…
Mais voilà… A l’hôpital, le psychologue est un peu seul contre tout le monde… Chacun y va de son argument, de son bon sens…
« Non mais regarde l’autre qui prend deux cachetons et qui se la joue mourante là… J’ai autre chose à f… moi, j’ai des VRAIES urgences à côté ! »
« Moi ca fait me fait rigoler, quand on veut se buter, on se rate pas…C’est pas avec ce qu’elle a pris qu’elle avait vraiment envie de mourir »
« Non mais…Prendre des médocs parcequ'elle est punie de sortie, c’est n’importe quoi »…

Et voilà, la jeune fille, le jeune ado condamné, jugé déjà !
D’un coté, je comprends, quand les infirmières ont passé la nuit à gérer un grand brulé, un polytraumatisé suite à un accident, une méningite…. Et quand arrive au beau milieu de la nuit une ado qui a pris trois comprimés de Doliprane pour en finir parce que son copain sort avec sa meilleure amie…Oui, c’est vrai, on peut être moyennement compréhensif…Peut être…

Alors on peut peut-être rappeler quelques vérités sur les tentatives de suicide, pour commencer hein ?

Tout d’abord, le motif… Souvent dérisoire.. C’est ce qui fait sourire nos internes de garde.
Mais le motif, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Jamais il ne faut s’arrêter à lui.
Une ado qui se suicide parce que ses parents lui ont confisqué son portable, il faut se dire qu’il y a autre chose, c’est clair. Des milliers d’ados tous les jours se font confisquer leur téléphone et ne prennent pas le contenu de l’armoire à pharmacie pour autant…
Alors celle là, celle qui est devant moi aux urgences, peut être que d’autres évenements l’ont fragilisé. Peut etre est ce ce divorce de ses parents il y a deux ans, peut etre ce conflit avec ses professeurs cette année…
Quoi qu’il en soit, il faut voir le suicide comme un processus, dans lequel le motif et le passage à l’acte arrivent en dernier ressort. Depuis des mois, des années, cette ado s’est fragilisée pour d’autres raisons, surement plus profondes..ss
Et ce portable confisqué, c’est la goutte d’eau, le truc qui fait que ce soir là, ça déborde.

Alors quand l’infirmière commence à dire « Ouais ben moi aussi j’en ai eu des mauvais bulletins de notes et j’ai pas embêté mon monde pour autant », le psychologue dit « attends je t’explique… »…
Et d’une. Ouf.

Autre chose, ce sont les récidives. Fréquentes tout de même. On les estime à 30%. Et dans les études, on sait que les méthodes employées au fur et à mesure des récidives deviennent souvent plus violentes, plus dangereuses…
Ce qui veut dire qu’il faut à tout prix éviter la récidive ! Ne jamais minimiser !

Combien de fois j’ai entendu « bon c’est bon, elle a pris trois cachets, elle peut sortir ! »…
Eh non ! Ok, aujourd’hui c’est pas « grave » médicalement parlant, mais demain ?  Qui peut prédire que cette même ado ne va pas se descendre la boite complète la semaine prochaine ?
Et pas grave médicalement ne rime pas avec pas grave psychologiquement…
Alors on la garde hospitalisée cette ado, on lui parle, elle voit le psy, on voit la famille, on discute, on avance, on cherche, on propose des aides…
Mais on ne dit pas « deux cachetons, allez c’est bon, dehors ».

Ne pas oublier que le facteur de mortalité le plus important dans les suicides, c'est l'existence d'une tentative précédente...(risque de mort multiplié par 17  par rapport à la population génrale, selon certaines études !!!)


Le pompon revient à une interne qui m’a dit un jour pour une jeune qui avait voulu se couper les veines (ok, légerement là, mais le courage a peut être manqué au dernier moment) : « Bon, écoute j’ai du monde, je recouds et elle sort »…
Ben voilà. Je vois déjà la tête du compte rendu :
« Adolescente accueillie pour tentative de suicide. Quatre points de suture. A pu sortir chez elle car la plaie n’est pas inquétante ».
Mais les autres, les autres plaies, qui les verra ?

Alors voilà, le message c’est : ne jamais banaliser.
Quelque soit le motif évoqué, se dire qu’on ne fait pas ça par hasard et chercher les zones de souffrances.
Quelque soit le mode de suicide employé, même si ca semble terriblement anodin, ne jamais banaliser. Le risque de récidive, plus dangereuse alors, existe bel et bien !

Les recommandations de la Haute Autorité de la Santé


Epidémiologie sur le site du ministère de la santé