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11/12/2008

20 mètres à l'heure

couloir_hopital.jpg

J'arrive à peine à la porte du service que l'infirmière me saute dessus visiblement soulagée :

"Tiens, Antoine, voilà le psy....Je te laisse...!"...

Un jeune garçon d'une dizaine d'années est devant moi devant la porte du service et visiblement, il n'a qu'une envie, sortir !!

A la vitesse de fuite de l'infirmière, je suppose que ça fait un TRES TRES long moment qu'elle essaie de parlementer, négocier et empêcher la fuite du jeune homme... Le psy arrive donc à point nommé !

Sauf que le psy, en l'occurence moi, ne sait rien d'Antoine, de ce qui l'amène et de pourquoi il veut se sauver... Bon, rassemblons mes neurones et essayons de creuser un peu pour voir.

"Alors tu veux partir Antoine?"
"Oui s'il vous plait ! Je peux pas rester là !!!! C'est impossible!"

Je vois un garçon visiblement terrorisé, hyper tendu par l'anxiété, avec un brin d'énervement derrière qui augure d'une belle crise bien explosive si on laisse son anxiété monter...

"Alors, viens, je t'emmene dans mon bureau, on sera au calme, c'est juste à côté"
"Y'aura personne d'autres que nous ?"

"Non, juste toi et moi"

"Ah.....(soulagement)...Je veux bien alors...Parce que vous savez.... J'ai la phobie des vomissements, j'ai peur que quelqu'un soit malade là..."

 

Et voilà ce jeune homme qui m'explique en chemin (visiblement rasséréné) que depuis qu'un camarade de classe a vomi devant lui, il a une peur panique qu'un enfant ou un adulte vomisse devant lui...
Cela peut prêter à sourire, mais la peur est tellement forte qu'il n'arrive plus à aller à l'école et que lorsque ses parents le "forcent", il panique, commence à s'énerver et finit dans des grandes crises de colère que ses parents n'arrivent plus à gérer.
Comme aujourd'hui où en désespoir de cause ils l'ont emmené à l'hôpital.

Sauf qu'à l'hopital, Antoine panique encore plus... Eh oui, il se sent entouré de microbe, de virus, d'enfants malades prêt à vomir, il n'arrive plus à penser à autre chose.

Mon bureau lui offre un calme relatif, il parle, il se pose, il sourit. Je crois la partie un peu gagnée. Je me trompe.
Le sentant à l'aise, je lui propose de regagner sa chambre.
Et là, l'angoisse revient... Insurmontable, massive, ingérable pour lui. C'est certain, il en est sur, il y a surement un enfant malade dans le service, un qui va vomir, là devant lui...

Et nous voilà remontant le couloir qui le ramène au service. Une heure ! Il a fallu une heure pour faire une vingtaine de mètres.
S'arrêter pour le calmer à chaque bruit bizarre. Rationnaliser ses peurs dès qu'elles l'envahissaient.
Vingt mètres à l'heure. Pire qu'une Lada de trente ans avec un moteur de tondeuse à gazon...

Antoine vient à l'hôpital soigner ses phobies mais il se sent encore plus insécurisé chez nous... Ca va pas être facile pour la suite, c'est sûr...