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26/11/2012

Polémique

Les copains du web se mettant à polémiquer sur le mariage gay (Yann Frat ici, Rituximaboul  ), je me suis dit que ce blog ne pouvait pas être en reste. Non pas possible. Cette tribune lue par des milliers de lecteurs NE POUVAIT PAS passer à côté de débats de société.
Mais comme ils ont étayé leurs thèses avec des arguments beaucoup plus clairs et synthétiques que ce que j'aurais pu faire, je me suis dit que donner mon opinion sans passer pour un branquignol, ça allait être coton.
Et puis je me suis re-dit (oui je me parle beaucoup à moi même) que si je fais dans la polémique, je vais avoir plein de commentaires, il va falloir trouver des arguments et des contre-arguments...Pffff pis c'est vraiment pas le moment. Changement de saison, boulot, fatigue, nan pas possible, suis fatigué moi.
Alors je me suis re-re-dit : Spyko, trouve un sujet polémique re-po-sant.  
Evite le mariage gay, trouve une polémique bisounours. 

Alors, chers amis internautes, pour commencer, n'ayons peur de rien, je ne reculerai devant aucune pression, aucune menace, j'ose aborder ce sujet polémique entre tous : Bain ou Douche ?

Oui, n'en doutons pas, c'est un sujet tellement polémique qu'aucun autre blog ne veut en parler, mais je vous l'affirme bien fort, la tête haute : même pas peur.
Car, oui, tous les matins, la même question lancinante revient ; bain ou douche ? 
Oui cette question existentielle entre toutes (ah ah, c'est pas Y.Frat ou Rituximaboul qui vous parlerons de sujets de société aussi importants hein !) mérite d'être réfléchie, alors faisons le de ce pas. 


Douche : l'aspersion revigorante de l'eau sur le corps
Bain : l'enveloppement chaud de l'eau qui rend le corps mou

Douche : la friction vigoureuse du gant de crin qui régénère la peau, l'esprit et donne de grandes idées libertaires dès le matin, comme défendre le mariage pour t...(oooops pardon)
Bain : l'humidité moite qui empêche la connexion des neurones et vous donne le QI d'une huitre

Douche : la station debout qui permet une meilleure circulation sanguine, oxygénant mieux le cerveau et gommant la fatigue matinale
Bain : le corps couché, vautré, paresseux dans l'eau menant tout droit à la paresse, au conformisme, à l'opposition au mariage g..(ah zut !)

Douche : le massage de l'eau qui réveille l'éclat de la peau, atténue les rides, vous donne 10 ans de moins, vous fait gagner au Loto, et revenir l'affection de l'être aimé
Bain : l'eau qui ramollit, plisse la peau comme une vieille patate ratatinée, vous donnant un air aigri et mauvais, laissant filer pour vous l'amour, la chance, et qui plus est, rendant les érections moins fermes et moins nombreuses, éliminant de fait une possible deuxième chance dans le porno

Douche
 : le gel tonique qui met de bonne humeur, qui donne envie de se dépasser, arriver en avance au boulot et obtenir une promotion en fin d'année
Bain : le parfum lourd et capiteux du bain, la mousse qui appellent à y rester et à arriver en retard au travail, à se foutre de son boulot

Oui, amis, le bain est la porte ouverte à la luxure, à la paresse, le bain est l'ennemi du bien ! Camarades unissons nous et réhabilitons les vertus saines et revigorantes de la douche !!
Moi je vous le dis, ces gens qui manifestent dehors en soutane,  ils auraient eu plus de douches et moins de bains, ben on en serait pas là où on en est. (Ah zut ça m'a échappé encore)

Ce blog étant devenu un espace polémique, nous ne nous arrêterons pas là.
La semaine prochaine : Slip ou Caleçon

09:50 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (24) | |  Facebook

13/06/2012

Au revoir Dominique

 

Dominique, l’auteur de Blog d’un Psy, et d’autres blogs auparavant, a choisi de nous quitter la semaine dernière.
Je ne peux que vous dire ma profonde tristesse à cette nouvelle. J’aimais beaucoup son ton, son écriture, sa façon profondément humaine de parler de ses patients. C’est l’un des premiers avec qui j’ai échangé lors de mes débuts sur le net. Ses commentaires et nos échanges avaient été précieux dans mes débuts.
Il m’avait demandé si l’on pouvait se rencontrer, et puis cela ne s’est pas fait. Les regrets résonnent…Comme toujours dans ce genre de circonstances.

 Je ne savais rien de tes souffrances, Dominique. Je me sens presque confus d’être passé à côté. Même si je sais que  l’aide d’un anonyme parmi tant d’autres sur le net n’aurait pas suffi à  t’aider.
Bien sur, on ressentait ta profonde sensibilité. Bien sur tu avouais quelques fois tes fragilités. Mais bien sur aussi, le blog n’était pas le lieu pour t’épancher sur tes souffrances personnelles.
Alors je n’ai pas saisi la douleur qui était la tienne, comme beaucoup de tes lecteurs je crois.

Même les psys souffrent. C’est un constat d’une banalité affligeante.
Etre psy ne vaccine pas contre les malheurs de la vie. On peut aider les autres, mais il reste toujours difficile de s’aider soi même. Face à soi et à ses souffrance, on redevient un être humain comme les autres, pour lequel les techniques, les théories ne suffisent pas.

Ton choix est le tien, et je n’ai rien à en juger. Je te souhaite d’être heureux où que tu sois.

Et j’enjoins ceux qui ne connaissaient pas Psyblog de relire son blog, ses écrits. Son humanisme reste lui bien vivant aux travers de ses textes.

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22/03/2012

Chante

 

 

A celles qui ont été salies dans leurs chairs et leur cœur, à celles qui se taisent, à celles qui osent parler.
A celles qui se sentent responsables, parce qu’il faut bien que ce soit la faute de quelqu’un. A celles qui portent au fond d’elles, indélébile, la salissure qu’elles vomissent, qu’elles rejettent, par les larmes, par le sang. Par les mots quelques fois.
A celles qui haïssent, à celles qui pardonnent. A celles qui en pleurent de rage ou de désespoir. A celles qui n’ont pas les larmes, enfermées avec leur peine, tout au fond, dans l’insondable profondeur de la noirceur des souvenirs.
A celles qui portent la culpabilité qui n’est pas la leur, parce que l’autre les a si bien persuadé qu’elles y étaient pour quelque chose.
A celles qui le disent, à celles qui le hurlent. A celles qui n’ont pas la force de dire et qui trouvent ailleurs d’autres mots et d’autres façons d’expulser le mal à l’intérieur.

A toi qui timidement, a commencé à oser en parler il y a un an. A toi qui verrouille bien au fond ton ressenti, de peur d’être submergée par l’horreur et la peine accumulée. A toi qui craint d’ouvrir une brèche dans ces émotions au fond de toi.
A toi qui le crie à ta façon, en clé de sol, en chantant les mots des autres à défaut des tiens. A toi qui fait entendre ta voix, même si cachée au milieu de mille autres.
A toi à qui j’ai envie de dire chante, crie, parle, pleure, ris, pour ne plus porter ce fardeau qu’il doit  porter, lui, maintenant et plus toi.
Rend lui cette saleté qui n’appartient qu’à lui et à lui seul.
A toi qui chante pour les autres, entend aussi  cette chanson à l’intérieur qui n’appartient qu’à toi, c’est ta mélodie et ton chemin.
Pour celles qui ne peuvent pas dire, continue de chanter. Soit la voix qu’elles n’ont pas, soit les mots qui ne sortent pas, donne leur l’émotion qu’elles n’ont plus.

Et que portée par mille autre voix, la tienne se fasse entendre, claire et belle, comme elle l'a toujours été à l'intérieur de toi.

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Poèmes d'Opale


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09/09/2010

Enfin revenu

Me revoilà sur le web après une longue absence.
Je m'aperçois que j'ai fait peur à quelqu'uns (et unes) de par ce long silence, je m'en excuse, ce n'était pas le but !
J'ai enchaîné un mois de vacances bien appréciable avec une reprise sur les chapeaux de roues.
Je n'ai pas pris le temps de revenir sur le blog ni sur l'adresse mail attachée.

Bref... Me revoilà. Le temps de retrouver quelques sujets à vous faire partager et de nouveaux articles vont revenir.
Avec un peu de retard, bonne rentrée à vous !

08:56 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook

01/07/2010

Devenir psy...

Une très belle note de Philippe, psychothérapeute, qui décrit bien qu'être psy, c'est avant tout un savoir être beaucoup plus que des connaissances...
D'autant plus que lui est spécialiste des thérapies cognitives et comportementales, un champ où le savoir être et le travail sur lui du psy n'est pas fondamentalement au centre de la thérapie. Et pourtant, il souligne que c'est essentiel.
(J'en profite au passage pour lui dire qu'il a un excellent blog et qu'on ne peut pas y laisser de commentaires sans être enregistré chez Google, dommage !)

Cela m'a rappelé et ramené à mes début de psychologue.
Quand on est fraîchement sorti de la fac, rempli de connaissances, le diplôme en poche, on se dit que c'est bon, qu'on peut bosser et aider les gens.
Mais les connaissances ne sont qu'une partie de la profession de psychologue.
Car être psy, c'est aussi avoir bossé sur soi, se connaître à fond...Pour mieux aider son patient.
Qu'on se connaisse par une psychanalyse, une autre thérapie, une supervision par un psychologue plus aguéri, finalement peu importe, mais le psychologue ne peut pas faire l'impasse sur cela.

Car l'outil de travail du psychologue, au final, c'est lui même.
Et si on ne connait pas son outil de travail, si on ne sait pas bien "l'utiliser", on se plante. C'est soi dommage pour le patient. Soi dommage pour le psy lui même si il se prend dans la figure toutes les souffrances des autres, sans arriver à prendre de recul.

Le psy en entretien va utiliser son ressenti, ses connaissances, son empathie pour aider l'autre.
Et si il ne comprend pas un minimum pourquoi ce patient déclenche ceci ou cela en lui, il va droit à la catastrophe.

Si ma femme m'a quitté et que je suis en pleine dépression, et que je recois à ce moment là un patient qui vient parce que sa femme est parti... Je risque de tout projetter sur lui si je n'ai pas un minimum de recul.
Si j'ai telle ou telle pensée, ou telle émotion envers mon ex femme, alors je risque de croire qu'il y a la même chose chez l'autre, alors que finalement, il ne vit peut être pas du tout les choses comme moi.
Si je ne comprends pas que ce patient m'agace car cela me renvoit à des liens anciens avec mon père, alors tout risque de se mélanger dans la relation et au final, j'aide mal ce patient.

Je me souviens de cet entretien qu'on m'a demandé de faire pour des parents qui venaient de perdre leur enfant de mort subite... Au tout début de mon arrivé à l'hôpital.

J'ai paniqué avant l'entretien comme un malade. Comment je pouvais faire ? Cette mort m'apparaissait tellement horrible, violente, injuste... J'étais submergé d'émotions en me mettant trop à leur place.
Je  me voyais dans le même cas, tellement mal, j'étais envahi par mon ressenti à moi.
Et à cause de cela, je me sentais absolumment incapable de les aider. Je me serai cassé la jambe à ce moment que j'en aurai été soulagé...Pour dire.
Et pourtant, l'entretien s'est magnifiquement passé. J'ai rencontré des gens droits, sincères, émouvants par leurs efforts de rester dignes malgré leur peine. Ils étaient tristes, évidemment, mais pas du tout débordés par leur peine comme moi je le craignais. Car c'était là mon ressenti, pas le leur.

Là j'ai compris vraiment ce qu'était le contre-transfert. Je le savais, je l'avais appris, je connaissais cette notion.
Mais là, j'ai "réalisé" vraiment ce que pouvait être ce terme. J'ai vu et compris que si je craignais cette consultation, c'était par mes répresentations et mes peurs à moi. Ce que ces gens me renvoyait, et non pas ce qu'ils pouvaient ressentir eux.
Et ces parents m'ont énormement appris...
Je crois que c'est ce jour là que j'ai vraiment fait mon premier pas pour devenir psychologue.
Les cinq années d'études auparavant à la fac...C'était du bachotage, des théories, mais je n'avais pas appris le moins du monde à ETRE psy. J'avais des connaissances, mais rien pour ETRE.

Oui, je crois qu'il faut avoir beaucoup bossé sur soi même pour se connaitre, réussir à rester neutre, à l'écoute, complètement ouvert à l'autre. C'est en réalité très difficile à faire !

Merci Philippe pour cette très belle note.

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26/06/2010

Suppression des psychologues scolaires

Apparemment, l'état entend supprimer à terme les psychologues scolaires.
Présents dans les établissements scolaires, les psychologues ont à la fois un rôle de prévention  (troubles d'apprentissage, de comportement), de diagnostic (passations de tests, observation en classe, entretiens), et de prise en charge des enfants en difficultés au sein de l'école.
Ils sont là aussi pour apporter leur expertise aux équipes enseignantes et aux parents d'élèves.

Si il n'y a plus de psychologues scolaires, le répérage et le diagnostic des difficultés seront beaucoup plus difficiles, et surement retardés dans le parcours de l'enfant.
Toutes les demandes de bilan ou de prise en charge devront alors se faire sur les CMPP ou les centres médico psychologiques des villes, qui sont déjà à l'heure actuelle surchargés et avec des listes d'attente souvent longues.
Si vous avez les moyens, vous pourrez ne pas attendre et  aller voir un psychologue en libéral (non remboursé)  pour aider votre enfant. Si vous ne les avez pas....Et bien tant pis pour vous et pour votre enfant.
C'est l'instauration d'une aide psychologique à deux vitesse.... Et cela va bien sur creuser davantage les inégalités sociales, puisque les enfants en difficultés dans les milieux les plus modestes seront condamnés à rester en difficultés...

Si vous n'étes pas d'accord avec ces projets, les psychologues scolaires ont mis en ligne une pétition.
...S'il n'est pas déjà trop tard...

 

http://www.pourlemaintiendespsychologuesdansleservicepubl...

20/06/2010

Le dernier rendez-vous

La journée se terminait. J'avais vu quinze patients, quinze patients adressés de toute la France, le bouche à oreille les ayant amené des côtes basques, du fin fond de l'Alsace ou des monts du Cantal.
J'avais dit les mots justes, panser les plaies les plus secrètes. J'avais fait repartir en riant les enfants les plus tristes, apaisé les mamans les plus anxieuses, réconcillié les pères et les fils en rupture. A peine les gens avaient ils commencés à m'expliquer leur situation, que tac, se déroulaient dans mes têtes les listes de symtômes, de mécanismes de défenses, de comportements, et tac, à côté les listes de diagnostics se déroulaient en même temps. Un geste, une phrase et hop, je comprenais tout aussitôt, d'instinct, et alors, je disais  LE mot, juste celui qu'il fallait à ce moment là, et j'appuyais, juste là où ça faisait mal, pour libérer les non-dits.

J'étais l'un des psychologues les plus courus du pays, mais il était temps ce soir de retourner à la maison, ma journée touchait à sa fin.
J'allais me préparer quand mon téléphone se mit à sonner. La secrétaire.
"Je suis désolée... Un petit patient... Il n'était pas sur la liste. Je ne comprends pas. Ils disent qu'ils ont fait 800km pour vous voir"
Je regardais ma montre...Allez bah... J'étais certain de résoudre ça en 20 minutes maximum, alors pourquoi pas un petit dernier....

La mère et l'enfant s'assirent en face de moi. Il avait une tête bizarre ce garçon. Vraiment. Il me regardait avec des yeux qui me dérangeaient. C'était très désagréable. Du coup, je n'avais pas écouté les premières paroles de sa maman...Zut...
"...Et donc ça fait des mois qu'il ne parle plus. Du tout. Pas un mot. Rien. Mon mari et moi, on n'en peut plus....
"Tres bien madame, alors nous allons commencer par.....   Zut... Euh dites, moi... Il n'arrête pas de me dévisager depuis votre entrée....C'est vraiment très gênant...Il fait toujours ça ?
"Pardon ?....Vous croyez ? ...Ah...Mais oui, vous avez raison...Chéri...Pourquoi tu regardes le psychologue comme ça dis ?

Ses yeux me transperçaient. Je sentais un mal de tête venir en moi... Il me faisait vraiment bizarre ce regard...L'espace d'un instant, je cru reconnaitre dans ses pupilles la même lueur, la même étincelle que...
Mais non ce n'était pas possible. J'avais l'impression qu'il avait le même regard que moi enfant....Souvenirs lointain de vieiilles photos, souvenirs de mon regard... Foutaises oui !

"Alors mon bonhomme, reussis-je à articuler malgré la douleur qui me vrillait le crâne. Qu'est ce qui t'arrive ? Tu sais, à moi, tu peux dire tous tes secrets... Je suis sur que quelque chose t'as fait peur pour que tu gardes le silence... Tu vois, je sais beaucoup de choses moi...Alors, tu veux m'expliquer ?

Le gamin me fixa encore plus intensemment et doucement, comme dans un film au ralenti, il ouvrit sa bouche. Avec une lenteur exaspérante...Oh ce môme ne pouvait il pas se dépêcher un peu ? Il ne pouvait pas faire comme les précedents non ! J'avais si mal au crâne !

La mère se tourna vers moi, folle de joie
"Il ouvre la bouche, regardez ! Il ouvre la bouche, il va dire quelque chose !

Je la regardais avec l'air blasé de celui qui voit le même miracle s'accomplir tous les jours...

Le petit n'en finissait pas d'ouvrir sa bouche grande, encore plus grande.
Soudain, un son strident en sortit... Une horreur de son aigü et assourdissant.... Ce petit con hurlait à m'en percer les tympans...
"Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !
La mère se tourna vers moi en se bouchant les oreilles.
"Faites quelque chose, criait-elle, c'est horrible...Mais faites quelque chose je vous dis  !

"Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

Le gamin n'en finissait pas de hurler.... J'avais si mal à la tête...
Il hurlait tout en restant parfaitement immobile sur sa chaise. Il hurlait en me regardant de ses grands yeux bleus qui ne cillaient pas.
Son cri me torturait, ses yeux fixes me brulaient...Il était tard, j'étais si fatigué....Mais pourquoi criait-il encore ?
Je posais ma tête entre mes bras sur le bureau. Je ne savais plus quoi faire. Je ne voulais pas croiser le regard de la mère pour qu'elle voit mon impuissance. Je ne voulais plus croiser le regard de ce mome... Je voulais juste qu'il s'arrête de crier...

Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !...........Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiippp !

BBBBBBIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIPPPPPPPPPPPPPPPPPPPPPPPP !

J'écrasais le radio réveil d'une main.

Quel rêve imbécile...!
En me levant, je sentis aussitôt que la journée démarrait bien : j'avais un putain de mal de crâne.

 

 

12/05/2010

Petit cours entre ami(e)s

Mardi matin, je devais faire cours aux élèves infirmières, à la demande de leur école.
Amphi d’environ une grosse centaine de personnes.
Je viens en compagnie du pédiatre avec qui je travaille souvent pour parler des violences intra familiales, de leur diagnostic et des conduites à tenir.
C’est moi qui ouvre le feu et qui fait la première partie.
Dès les premières phrases, grosse agitation dans l’amphi.
Une main se lève.

« Eh m’ssieur. On aura ça aux examens ? »

Je m’arrête. Qu’est ce que j’en sais… Je ne fais pas partie de l’école d’infirmières. On m’a demandé de faire une intervention auprès des élèves, mais je ne sais pas ce qui est prévu pour leur examen, moi…Et quand bien même je le saurai, je ne vois pas trop l'utilité de cette question.

« Oui, m’ssieur, il faut qu’on note ou pas ? Ca tombera à l’examen ? »

Ouh là ! Toi ma gamine, va falloir apprendre deux ou trois trucs de psychologie et/ou de politesse. Me faire comprendre que si mon cours n’est pas à l’examen, ça ne sert à rien de se faire ch… à noter et à m’écouter, c’est mal barré.
Et puis en tant que future professionnelle, je me demande ce que tu vas faire le jour où tu seras face à un enfant maltraité…
« Euh, oui...Ben...en fait, je ne sais pas ce qu'il faut faire... Le jour où y’avait le cours, j’avais rien noté parce que c’était pas pour l’examen ».
Ben tiens. Je suis sur que les médecins du service vont comprendre ce jour là.
Et le gamin violenté que tu auras en soins, devant toi,  il serait bien content lui, tiens, qu'il soit pas tombé à l'examen
Bref.
Reprenons le cours.

Je passe une diapo (j’avais fait un maaaaaagnifique powerpoint) où s’étale une belle définition écrite en toute lettres.
Je la lis rapidement (vu qu’elle est écrite en toute lettres hein, pas la peine non plus de s’étendre)
Une autre voix s’élève dans la salle

« Eh m’ssieur, moins vite, j’arrive pas à noter »
Une autre voix reprend derrière, très agacée : « Ouais c’est vrai, vous allez troooop vite quoi !! »

Ouh là…..
Je me calme.
Ok, il est possible quelque fois qu’on puisse parler trop vite devant un auditoire. Mais je me connais, à force de faire des interventions orales : c’est un truc auquel je fais très attention. Je suis sur de ne pas parler trop vite. Et de plus, la défintion est là, sur l'écran, projettée et étalée en lettres de un mètre de haut, ,...

Donc, je dis aux demoiselles en question qu’étant étudiantes, en post-bac, il faut aussi qu’elles apprennent à prendre des notes et que non, par contre, une chose est sure, je ne vais pas dicter mon exposé…

(ça râle dans la salle… Quelle maturité, diantre ! faut-il que je dicte aussi les points et les virgules ?…. Ok on y va « alors, aujourd’hui : la maltraitance. La, Mal, Trai, Tan, Ceu. Point. Soulignez le titre en rouge. Passez deux lignes. Voilàaaaa »…)
Merde, elles ont vingt ans les filles ; il serait temps de grandir… !

C’est au tour du pédiatre d’intervenir sur les conduites à tenir en cas de violences à enfant : juge, assistante sociale, signalement, que faire, que dire, à qui…
Ma collègue illustre avec des exemples de situations réelles d’enfant et explique ce que l’hôpital a pu faire dans ces cas.

Une autre voix s’élève au fond:

« Mais…JE NE SUIS PAS D’ACCORD AVEC CE QUE VOUS FAITES ! C’est n’importe quoi !!! »

Ma collègue reste calme, explique pourquoi il faut agir comme elle l’a dit précédemment, les lois, les procédures, etc.…
L’ élève infirmière de reprendre :

« Et bien c’est n’importe quoi, je ne suis pas d’accord avec ce que vous faites ! Moi à votre place …» Et de nous expliquer ce que nous aurions du faire
(en gros : pourquoi vous faites pas placer tous les enfants dès qu'il y a un soupçon, parce que  avec tout ce qu'on voit dans les journaux, les gens violents qui récidivent et tout , personne ne fait rien, la police, la justice,  et vous non plus, le monde est mal fait, y'en a marre-euhhhh)

Ouch !

Je ne prétends pas qu’on détienne toutes les vérités, mais dis, ma gamine, ça fait quinze ans qu’on bosse dans ce genre de situation, toi tu n’en as vu encore aucune de ta carrière, alors un peu d’humilité non, laisse nous expliquer pourquoi après toutes ces années, on pense que c'est comme ça qu'il faut faire. Et que, zut, il y a des lois aussi, qu'on ne peut pas faire n'importe comment, et que c'est ce qu'on essaie de t'apprendre, tu vois ?
Reconnaitre les symptômes de violences (physiques, psychologiques...)  pour ne pas se tromper.
Connaitre les conduites à tenir dans ce cas là, la loi et les interlocuteurs.
Ne pas se laisser envahir par l'émotionnel pour aider au mieux l'enfant.
Donc tu vois, jeune demoiselle, sans prétention aucune, on a quelques messages à faire passer quand même...

On se retient, on passe à autre chose et on tente de terminer le cours.
En parlant pas-trop-vi-te-pour-que-tout-le-mon-de-y-puisse-pren-dre-en-note.

Constat après deux heures de cours à ces élèves infirmières :

Une immaturité marquée.
Un sans gêne et une impolitesse constants.
Elles sont sensées être étudiantes mais on se serait cru au collège : bruit dans la salle, bavardages très peu discrets, ne savent pas prendre en note, contestent, râlent ouvertement, agressivité dans les propos.

Alors… C’est moi qui ai vieilli et ne supporte plus les étudiants ? Ce sont les nouvelles générations d’étudiants qui ont changé ?

Ou….C’est mon cours qui était d’une nullité affligeante ?

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09/05/2010

Quelques années plus tard

Ca m'a fait tout drole samedi... Je n'aime pas voir les gens mal à l'aise et encore moins les mettre mal à l'aise...
Samedi donc,je me rends dans un magasin où je ne vais quasimment jamais. Et en entrant, je vois la caissière effondrée, en larmes, soutenue par des collègues.
Brrr... J'essaie au maximum de ne pas la gêner plus par des regards trop insistants... Je fais un grand détour pour ne pas trop m'approcher de la caisse et laisser la jeune femme se reprendre, loin de mes regards lourds et curieux.

Bref je fais mon tour dans le magasin et de loin, quelques instants après, je vois cette caissière. Et je la reconnais.
C'est une ancienne stagiaire qui a travaillé avez moi il y a plusieurs années. Ouch....
Ca me fout un coup.
Cette fille avait fait des études de psy , avait donc déjà un Bac+4 quand elle bossait avec moi....Et la voilà caissière...

Alors attention. Je ne veux pas dire que le métier de caissière soit honteux. Je tire mon chapeau moi aux caissières ou caissiers, car c'est dur physiquement et moralement. Et des fois, voilà, on a pas le choix, on prend le boulot qu'on trouve.
J'ai plusieurs amies qui l'ont fait à un moment (et moi aussi pour un lointain job d'été), loin de moi l'idée de porter un jugement de valeur sur ce métier.
Mais pour elle, là... Je trouve ça triste. 4 années d'études post bac, un stage de psychologue avec moi, et la suite ? Normalement, ça aurait du être diplome, boulot de psy... Que s'est il passé  pour être caissière ici ?... Ce n'est pas tant qu'elle soit caissière, mais le pourquoi qui m'intrigue et m'attriste un peu.
Et en plus, je la vois pile le jour où elle est en larmes au boulot...Brrr... C'est glauque quand meme tout ça.
Elle avait fait un stage long à l'hopital, on avait finit par sympathiser un peu, se tutoyer, donc ça me fait quelque chose quand même..

Je finis mon tour dans le magasin. Je chercher ce que je peux bien lui dire....

"Alors quoi de neuf ?" "Je suis caissière, ça se voit pas CON..ARD !!!"
Non, pas très adroit.
"Ah tiens, bonjour, ça faisait longtemps, ça va ? " "Ouais, je chiale, tout va bien. T'es psy toi ???"
Grrr, toujours pas...
"Ah mais on se connait ? " "Ben oui, ca serait malheureux, après dix mois de stage..."
Pas terrible non plus.

Bref pas facile. Que dire... Rien de négatif surtout quand à son boulot actuel... Mais quoi ???
J'arrive en caisse.

Je lui fait un grand sourire et dis un grand "bonjour" de la facon la plus amicale que je peux, tout en faisant gaffe de ne pas y mettre de pitié non plus (elle a les yeux encore un peu rouges)... L'exercice est délicat.

Elle me regarde, de facon appuyée, très appuyée même, droit dans les yeux. Et me dit d'un ton sec :
"Vous payez par chèque ou par carte ?".

"Vous" ?

Ok.
Je comprends.
Je comprends le regard.
On fait comme si on se connait pas.
Pour éviter de parler de là où elle en est. Pour éviter de parler des larmes que j'ai vu en arrivant.
On fait comme si...
Ok.

Je respecte sa pudeur.
Mais pourquoi je me sens si mal en sortant de ce magasin ?....

19:13 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (22) | |  Facebook

31/03/2010

Psychologie sauvage

Je déteste les psys qui voient du sens partout, tout le temps, avec tout le monde.
Je sais bien que Freud, dans Psychopathologie de la vie quotidienne, s’est ingénié à nous démontrer qu’on peut trouver du sens au moindre de nos actes quotidiens, mais quand même.

Certains psys avec qui je travaille ont cette détestable habitude de vouloir coller du sens partout. Alors, que ce soit au sein de leur consultation, avec un patient qui est venu les voir pour ça, qui est demandeur, franchement, rien de choquant.
Mais que ce soit en réunion, au détour d’un couloir ou au cours du repas, ca m’agace sérieusement qu’on veuille à tout prix coller du sens au moindre de mes mots, de mes actes ou de mes pensées. Je suis psy, ok, mais je suis pas psy 24h/24 en train de dire à ma femme « chérie, tu as fait brûler le gigot, est ce pour me signifier que notre amour s’est consumé ? ». Ou dire à mon fils qui me supplie « Papa j’ai envie de pipi » : « Ah mon chéri, tu appeles papa. Comme c’est intéressant. Et pourquoi pas maman ? »… « Papa je te dis que j’ai envie de pipi, là maintenant ! ». « Ah, d’accord. Mais je te sens stressé. Cette inquiétude est elle en lien avec quelque chose que j'ai fait dans le passé ? ».

Enfin bref, vous avez compris le principe.
Je déteste quand je discute avec une collègue psy, que celle-ci reprenne un mot dans chacune de mes phrases, qu’elle va répêter d’un air profond et pénétré, comme si j’avais dit une énormité.
Genre « Il fait beau aujourd’hui, ça fait du bien »

« Oui…Ca fait du bien tu as dis ? Tiens donc….Ca fait du bien ?…hmm hlmm  » (pour être un bon psy, finissez vos phrases par un hmm-hmm lourd de sens. Ca fait flipper les gens en face qui ont l'impression que vous savez tout sur eux. Ca marche à tout les coups)
Le tout en mettant le menton sur la main, en hochant la tête, et en répétant la phrase sur un ton mystérieux, lourd de sens, que moi, bien sur,  je n’ai pas capté.

Parce que, ou bien c’est une technique de certains psys, de repéter en écho les phrases des gens, juste pour les forcer à réfléchir et à trouver du sens (alors qu’eux n’ont aucune idée de ce que la personne a bien pu vouloir cacher).
Ou bien, ils sont véritablement clairvoyants, incroyablement doués, et saisissent instantanément le sens caché de chacun de nos mots et gestes. Alors que moi, je galère à parler longuement en entretien avec les gens pour bien comprendre leur demande et leurs souffrances, et que je capte rien instantanément des pensées cachées des gens, et même que j’ai du louper le cours sur la télépathie à la fac de psycho, franchement, c’est balot, ça aurait été vachement plus vite en consult.

J’aurai une petite préférence pour l’hypothèse numéro 1 (qui flatte un peu plus mon ego) .
Et je deteste toujours autant cette collègue à qui, quelque soit le sujet dont je parle, va toujours me renvoyer des choses personnelles, complètement hermétiques mais qui ont l’air d’être pleines de sens et de gravité pour elle.
Extraits :

« Oui, je voulais te parler de l’enfant Machin, je suis préoccupé par son cas parce que…

« Ah…Comme ça tu es préocuppé….Préoccupé….hmm hmmm….(air profond et pénétré. Hochement du menton)
« Euh…oui…Parce que…. Alors voilà, elle présente des troubles alimentaires avec refus, et donc j’ai essayé de la faire verbaliser par le jeu et..

« Essayé ? (rire qui semble être empreint d’une profonde pitié pour le benêt en face)… Tu as essayé ?…

« Euh…oui (là je perds mes moyens parce que je n’ai pas accès au sens profond, caché, mystérieux et profondément important de chacun de mes mots – je vous rappelle que j’ai raté aussi le cours à la fac sur « La profondité des mots qu’on dit et le sens caché de ce qu’on dit pas «  )

Enfin voilà, je suis son collègue pas son patient. Mais je vois que certains psys se comportent comme ça avec tout le monde, croyant que chacun d’entre nous, pauvres mortels, ne faisons qu’attendre anxieusement que le psy nous délivre la vérité sur nous-que-même-on-l’aurait-pas-comprise-tout-seuls.

C’est juste un chti peu prétentieux et ça m’agace prodigieusement.
Et franchement, je trouve que ça dessert complètement notre profession. Après tout, si je dîne avec un comptable, il va pas me demander de lui montrer ma feuille d’imposition. Si je discute avec un médecin, il me demande pas de relever mon Tshirt pour un coup de stétho.
Alors pourquoi le psy, hors de son cabinet, veut analyser tout le monde ? Non mais des fois ?

Sinon, je vous rappelle que j’ai aussi raté le cours à la fac sur « Je détiens la vérité sur les gens et je me dois de leur dire parce qu’ils sont trop bêtes pour comprendre tout seuls. Même s’ils ne m’ont rien demandé. Et SURTOUT s’ils ne m’ont rien demandé. »

Mais des fois, je suis bien content d'en avoir raté des cours à la fac...

 

15:13 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (43) | |  Facebook