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24/12/2009

Sad Christmas

Cela fait quelques temps que Noël résonne bizarrement pour moi. Un fond de nostalgie, de tristesse. Ajouté à un gros poids de culpabilité.

Il a plusieurs années, ma grand mère tombe malade en plein été. Jaunisse "brutale". Son généraliste l'envoie à l'hôpital pour bilan. Ma grand mère est veuve depuis quelques années. J'habite pas tout près, on se voit peu mais on se téléphone régulièrement. Quant à mon père, son fils unique, il ne lui donne des nouvelles qu'épisodiquement, et ne m'en donne à moi qu'encore plus épisodiquement. Bref, voilà pour planter le tableau.
Je vais la voir plusieurs fois à l'hôpital, ma grand mère va mieux au fil des semaines, elle réclame la sortie... La voyant mieux aussi, j'ai du mal à comprendre ce qui se passe et pourquoi on la garde.
Un jour, ma soeur, mon beau frere, et moi sommes en visite dans sa chambre. Je décide de faire le tour du service voir si je peux rencontrer le médecin et savoir ce qu'il en retourne.
Je tombe sur un médecin. Pressé visiblement. Je me présente. Le petit-fils de madame X.
"Ah ok. Je préfererai donner des nouvelles à son fils directement."
"Oui... Je comprends... Mais ils sont...En froid... Je doute qu'il passe la voir vous savez...."

Le médecin semble réfléchir, peser le pour et le contre et finalement, me prends dans un coin. Et me balance tout ce qui suit hyper rapidement..

"Bon...Et bien... C'est un cancer du pancréas. Voilà. Non, il n'y aura pas de chimio car il est avancé. Non, elle ne pourra pas rentrer chez elle. Il faut trouver une place en long séjour quelque part. Rapidement, car nous n'avons plus de place ici. Voilà".

Je me prends tout dans la tête. Le médecin s'en va. Je suis tout seul dans le couloir, sonné. Cancer...Pas de traitement... Je dois rentrer dans la chambre où m'attendent ma grand mère, ma soeur, mon beau frère. Faire semblant. Sourire. Mentir, non je n'ai pas vu le médecin. On verra une autre fois hein.
Je ne sais pas comment je fais pour donner le change. Je le donne pourtant.

Je finis par tout balancer à ma soeur à la sortie de l'hôpital... Nous convenons que mon père, qui ne s'est jamais occupé de sa maman, doit faire quelque chose là, s'investir, bouger. On donne la consigne à l'hôpital de le prévenir s'il faut changer sa mère de service et lui trouver une place quelque part.

Les semaines passent... Mon père annonce (pas à moi, il ne m'appelle pratiquement pas) qu'il va venir sur la région "tout régler" mais qu'il a peu de temps.
Il passe un jour à l'hôpital sans prévenir personne. Réalise qu'on ne trouve pas comme ça en un claquement de doigts une place en long séjour. Rien dans la ville. Rien dans la région. Il faut patienter. Lui ne veut pas. Il a d'autres choses plus primordiales à faire sans doute.
Trouve une place en long séjour à 100 km de là. Une petite ville, loin de toute la famille, où personne ne pourra rendre visite à la grand mère facilement. Mais peu importe. Il a trouvé une place. Il doit être content, il s'en va et rentre chez lui. Je ne l'ai même pas aperçu durant ses quelques jours de présence dans la région.

Je rends visite un jour à ma grand mère dans cette toute petite ville, un tout petit hôpital rabougri, lugubre, veillot.
Ma grand mère, à qui personne n'a annoncé le diagnostic, est contente de me montrer qu'elle marche sans trop d'efforts "je vais pouvoir bientot rentrer tu vois !!". J'ai mal. Je ne dis rien. Je suis con, je m'en veux. En même temps, j'ai peur de tout balancer.
Sa chambre est une horreur de chambre des années 70, à la déco et aux lits sordides, qu'elle partage avec deux autres vieilles dames.
J'ai honte pour mon père. C'est cet endroit qu'il a choisi pour les derniers jours de sa mère ?

Je repars. Les fêtes de fin d'années approchent. La veille de Noël, coup de fil d'une tante "ta grand mère est au plus mal.... Je te tiens au courant... Ce n'est pas la peine de venir pour le moment, elle n'est plus consciente...".
Le lendemain, Noël chez mes parents, avec mes enfants. Ma femme et moi savons qu'un coup de fil peut arriver d'un moment à l'autre. On donne le change encore, pour les enfants... Leurs rires et leur joie me semblent tellement déplacées... Mais ils n'y peuvent rien, alors on fête Noël avec eux.... Et le téléphone finit par sonner en fin d'apres midi. Tout est fini...

Depuis ces annnées, j'ai honte. Je me sens mal.
Honte d'avoir participer au mensonge familial, d'avoir tout caché de son état à ma grand mère. Peut être aurait elle préféré savoir ce qui lui arrivait. L'issue de tout cela. Se préparer. Au lieu de cela, je la revois avec le fol espoir de rentrer chez elle, se forçant à marcher dans les couloirs de l'hôpital pour montrer à tout le monde que oui, elle était valide et pouvait rentrer !

Honte pour mon père... Lui dort sans doute bien, la culpabilité c'est plus ma spécialité que la sienne. Honte qu'il ai exilé sa mère loin lors de ses dernières semaines, en toute connaissance de cause, pour être débarassé du fardeau de cette vieille qui agonisait. Sordide.
Par contre, au moment de l'héritage, ça n'a pas fait long feu avant qu'il ne soit là pour régler tous les papiers.... Sordide, je dis.

Toujours cette étrange sensation maintenant de Noël. La vision de ma grand mère toute seule, finalement presque abandonnée. A laquelle on a menti. Et moi dans tout ça qui est participé à ça. Qui n'a pas réalisé à ce moment, pas voulu voir peut être... Qui me suis laissé entraîner dans tout ça. J'ai honte pour moi parce que je suis doute autant responsable que les autres. Faiblesse, couardise. Lâcheté sans doute.

On apprend toujours de ses erreurs. Je sais en tout cas que je ne voudrais plus jamais qu'on mente à quelqu'un en fin de vie.
Et chaque nouveau Noël qui passe, je ne peux m'empêcher de penser à ma grand mère.

 

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21/12/2009

Votre avis...

Je suis confronté à une situation compliquée à l'hôpital et j'aurai aimé avoir votre avis sur la question.

J'ai suivi un petit garçon, issu d'un couple séparé. Nous avons été alerté en début d'année par son papa, qui taxait la maman de "maltraitante" et demandait la suspension de son droit de garde. En fait de maltraitance, nous découvrons qu'il s'agit d'un moment d'enervement de la mère en pleine rue un jour, qui a donné une tape sur l'arrière du crane de l'enfant dans un accès de colère. Enervée, la mere a tourné les talons, et la voyant s'éloigner, le petit garcon de 7 ans a vécu cela comme un abandon.
Du coup il a rapporté à papa "maman m'a tappé... J'ai eu peur je croyais qu'elle allait m'abandonner dans la rue"....
Bon ok, pas tres adroit de la part de la maman, ca mérite surement d'etre rediscuté, mais de là à parler de maltraitance et suspension de garde...
Bref, je vois quand meme cet enfant seul : qui redit avoir eu peur que sa maman soit enervée et le laisse en pleine rue. Mais qui a coté de ca, reste positif sur elle, veut continuer à la voir, et relate aussi pas mal de souvenirs agréables avec elle.
Conclusion : nous disons au papa que nous n'avons vraiment pas matière à signaler quoi que ce soit et que nous aimerions revoir son enfant, mais avec la maman pour discuter de tout cela. (Visiblement, il n'a pas aimé).
Nous voyons la maman quelques semaines plus tard : qui nous fait bonne impression. Qui ne s'est pas rendu compte de l'impact de sa colère sur son petit garçon, qui réalise qu'il a vécu une grosse angoisse. Qui semble prendre ça au sérieux, se remet en question.
Bref, nous en restons là.

Il y a deux mois, nouvel appel du papa, veut un rendez vous en "urgence".
En fait d'urgence, il me dit que "mon ex femme monte mon fils contre moi. Il est agressif envers moi, c'est à cause de ce qu'elle lui dit. Je demande la garde complète !".
Je vois l'enfant seul : effectivement, il a des griefs contre sa maman qui critiquerai souvent le père...Mais surprise, aussi des griefs contre papa qui critique aussi maman.... Il veut que le conflit se calme. Il en a marre. Et il en veut beaucoup à son père de demander la garde complète car lui, veut voir ses deux parents autant l'un et l'autre....
Je retranscris au pere ce que je peux dire sans trahir l'enfant : il est perdu dans le conflit. Il a certes des griefs contre maman, mais aussi contre papa, tout comme il aime maman et qu'il aime aussi papa...Bref, du normal quoi ! Qui n'a pas de grief contre ses parents, hein ?
Il veut surtout sortir du conflit, il faut l'aider à aplanir les différents, trouver un compromis et du calme avec la maman.

Plus de nouvelles ensuite...Et là, appel affolé d'un professionnel "le papa me demande de faire un signalement contre la mère pour maltraitance, vous en pensez quoi ???". Ben j'en pense qu'il a toujours rien compris et qu'à force, c'est lui qui maltraite son gamin. A ne pas l'écouter, à vouloir l'embarquer dans ses rancoeurs à lui....
Et j'apprends ce matin que le père a demandé l'accès au dossier médical de son fils et à toutes mes notes d'entretien !!!

Ouh là ! Là je trouve ça grave ! Ce gamin n'a donc droit à aucune intimité alors ? Il faut que son père sache tout de ce qu'il a dit, pour que ce puisse être utilisé contre la mère ???
J'appelle une collègue qui me dit "l'accès au dossier médical, dans la loi, c'est l'accès aux "documents finalisés" du dossier : les courriers, les syntheses. Tes notes, ce sont des notes de travail, des ébauches, tu n'as pas à les fournir". Ouf. Du coup, j'enleve mes notes, je gribouille une synthese vite fait des entretiens : en fait, tout ce que j'ai déjà dit au père, je ne lui avais rien caché d'important.

Je veux juste pas qu'il voit mes notes car il risquerait de les reprendre, sorties de leur contexte. Quand j'écris que le gamin dit que "maman dit que papa est un c....", il pourrait brandir ça au tribunal. Alors que plus loin, le gamin dit aussi "Papa j'en ai marre qu'il insulte ma mère"...

Voila, il aura accès qu'à des bribes, mais je reste avec une drole d'impression. Ce père pour moi, réalise là un véritable viol psychologique : réclamer l'accès à l'intimité de son fils, à des entretiens confidentiels. Et légalement, je ne peux pas dire "non". Bon ok , il n'y a rien de compromettant dans le dossier, mais j'aurai eu envie de dire "non" symboliquement, pour signifier que là, pas touche, même en étant père, on a pas tous les droits.

Du coup, ce que j'envisage : faire un courrier au père. Lui dire que je m'étonne de sa demande alors que j'ai toujours fait une synthese avec lui des entretiens, que rien d'important n'a été caché. Lui dire que dans le cadre d'une séparation conflictuelle, l'enfant a besoin d'un lieu de parole neutre, pour pouvoir dire ce qu'il souhaite, sans tabou, sans peurs.... Que demander l'accès à ses entretiens, c'est une intrusion grave dans son intimité, c'est signifier qu'il n'a pas le droit à un lieu de parole à lui, que tout se doit d'être su, utilisé et repris dans le conflit...
Et dire que même si je ne peux m'opposer à cela, c'est mon devoir de lui signifier la gravité symbolique de sa demande.
Et je souhaiterai envoyer un double de mon courrier à la mère, voire même au Juge des Affaires Familiales, afin que tout le monde puisse voir jusqu'au ce père est prêt à aller pour emmerder son ex femme.


Voilà, vous en pensez quoi vous ? Est ce la bonne solution ? Avez vous d'autres idées ?

13:40 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (21) | |  Facebook

16/12/2009

Derrick au ralenti...

Dernièrement, une collègue pédiatre et moi recevions une maman en consultation.
Dame intelligente, d'une cinquantaine d'année. Mais incroyablement ralentie. 
Débit de parole lent, lent...Débit de pensée lent lui aussi... Chaque mot semble recherché, réflechi, les temps de latence entre deux phrases sont interminables... 
Ma collègue, qui est plutôt du genre speed, s'agace à un moment, je la sens se tourner, se retourner sur sa chaise, bouger les jambes.... Les informations n'arrivent qu'au compte-goutte.
Elle tente quelquefois de faire aller cette dame plus vite dans son discours en la devançant, en terminant ses phrases, ou en supposant la suite de ce qu'elle allait dire.
Mais cela fait l'effet contraire : au lieu d'aider la dame à dire son récit, ça la déstabilise... Du coup, coupée au milieu de son discours, elle s'arrête, réfléchît, évalue ce qu'on vient de lui dire... Ça dure... Puis, elle ne  sait plus trop où elle en était. Recommence son récit deux chapitres avant ce qu'elle venait de dire pour être sur de ne rien oublier.
Le reste est à l'avenant : mouvements emprunt d'une grande lenteur, mimiques peu expressives voire inexistantes... Ajouté à cela, une timidité certaine qui ne doit pas aider la dame en question à élaborer son discours. Elle se reprend, se corrige, revient en arrière...Retrouve des précisions sur ce qu'elle venait de dire cinq minutes avant....

Même moi qui suis très patient habituellement je trouve ça long...Lourd.... J'essaie de voir des signes d'une éventuelle dépression : mais rien dans le discours qui ai une tonalité dépressive, rien dans les mimiques. Non, juste ce ralentissement de parole et de pensée, cette économie de mouvement.
L'impression c'est que c'était juste le mode de fonctionnement habituel de cette dame. 
Pour reprendre un diagnostic de Lawrence qui m'a fait sourire, c'est le genre de dame à se passer un épisode de Derrick au ralenti, parce que c'est allé trop vite pour elle. Bref.

Qu'elle ne fut pas notre surprise, ma collègue et moi, lorsque cette dame se met à aborder son couple. On a beau être à l'écoute, avoir l'habitude, on est quelquefois surpris par ce qu'on entend et à deux doigts d'exploser de rire (fort heureusement on s'est retenu).
Cette dame nous fait part de tensions dans son couple, de disputes. Toujours avec le même ralentissement, le même ton monocorde.
Puis, elle finit par lâcher :

- En fait, le problème, c'est que nous ne nous entendons pas sur....le plan...Sexuel...

- Ah ? fais-je (et j'ai la vision du mari attendant des heures avec agacement que madame soit "prête"...)

- Oui...En fait.... Sur ce plan là...Je suis...Très demandeuse...Et lui pas du tout...

- Ahhhhh ??

- Je l'ai même fait rencontré le médecin pour qu'il ai du Viagra. Mais il ne veut pas le prendre.... Moi j'insiste. Lui il dit non...Alors on se dispute...

Vision de la scène. Madame en nuisette vaporeuse, émoustillée, veut à toutes fins que monsieur prenne sa petite pilule bleue... Et lui, avachi sur son canapé en train de regarder le foot lui fait comprendre que non, pas ce soir, chérie...
Et en face de moi, la même dame ralentie, ralentie, ralentie...
Drôle de contraste !

Comme quoi, méfiez vous des des préjugés et des jugements hâtifs ;-)

12:32 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook

29/11/2009

Stagiaires

J'en ai vu des stagiaires psychologues depuis que je suis à l'hôpital.
Des très très biens aux très très nulles. Des qui vous motivent par leur enthousiasme, aux boulets qu'on se traîne toute la journée.

Il faut dire que les stages de psycho sont longs : quatre à six mois, en fonction de l'année où en est l'étudiante (je mets au féminin car depuis que je suis à l'hôpital, je n'ai eu qu'une seule demande d'un garçon).

Il y a la super motivée qui sait tous ses cours sur le bout des doigts et qui vous pousse à être précis, et ne rien oublier. Qui vous pose douze mille questions à la fin de l'entretien, dont la plupart que vous ne vous étiez même pas posées vous même.
Il a la super-pas-motivée qui a du mal à arriver à l'heure, qui passe l'entretien à fixer l'enfant d'un regard bovin et qui, au départ de la famille, lorsque vous lui demandez son avis et une petite analyse, vous dit  "euh...C'était bien".
Je précise que les étudiantes lorsqu'elles arrivent en sont la plupart du temps à la quatrieme année de psychologie, première année de master. Ne rien pouvoir dire sur un entretien à ce stade...C'est euh.... Ennuyeux, c'est le moins qu'on puisse dire.

Il y a la stagiaire qui vous demande quasi tous les jours quand elle pourra mener un entretien toute seule, parce qu'elle se sent prête. Il y a l'inquiète qui au bout de deux mois de stage, rougit, tremble lorsqu'on évoque le début de la possibilité d'un peut-être début conditionnel d'un entretien qu'elle menerait seule.
Il a celle qui a omis d'éteindre son portable, ne coupe pas la sonnerie lorsqu'il retentit en plein milieu d'un entretien et pis, se lève et quitte le bureau pour aller répondre (je vous en prie mademoiselle, faites ce qui est important pour vous).
Il a celle qui est là pour faire son mémoire de recherche et qui, lorsqu'on s'étonne au bout de trois mois, de n'avoir vu arriver encore aucune ébauche, synthèse, rien, fond en pleurs en disant qu'elle n'y arrivera jamais...
Il a celle qui a trop bien retenu son cours de psychopathogie et qui a envie de donner des diagnostics psychiatriques à toute personne qui sort du bureau.
Il a celle qui passe plus de temps avec les médecins ou le chef de service qu'avec vous. Elle ira loin la petite...
Il y a celle (là vous n'avez rien vu venir...) qui vous dit en fin de stage qu'elle est desperemment amoureuse de vous. Qu'elle n'attend qu'un seul mot. (oh ben zut, alors, mon charme fou ? ... Ou une façon éhontée d'avoir un avis de stage favorable ? Oh non, ca ne peut pas être ça, c'est surement mon charme..Dites moi que c'est mon charme !)

Il a celle qui mène l'entretien avec l'enfant et s'arrête en plein milieu d'une phrase, vous jette des regards desespérés parce que là, dans sa tête, d'un coup, c'est le vide, elle ne sait plus quoi lui dire à cet enfant. Ok, Zorro arrive.
Il a celle qui vous demande de partir à 17h02, alors que vous êtes en entretien "pas prévu" pour une urgence, mais c'était écrit dans la convention de stage qu'on quittait à 17h, alors comme il est 17h, vous comprenez (mais oui mademoiselle, je suis sur que la maman en pleurs devant vous comprend très bien aussi que vous ne puissiez lui accorder quelques minutes de plus).

Il y a celle qui réalise au bout de quinze jours, que non, décidemment, elle ne pourra pas affronter le malheur des gens comme ça, que c'est trop dur, qu'elle va peut être arréter.
Il y a celle qui arrive en retard parce que son chat était malade. Ou celle qui était souffrante mais que votre collègue croise en centre ville l'apres midi. Pas de bol.

Mais aussi de très bonnes surprises :

Il a celle qui, une journée où je n"étais pas là, a tenu à faire un entretien seule tout de meme avec un enfant qu'on connaissait déjà tous deux. Qui a eu des révélations de maltraitance au décours de l'entretien, a su réagir, passer les coups de fils, alerter les médecins et gérer ça comme une chef, en protégeant cet enfant au final.
Il a celle que vous recroisez quelques années plus tard et qui vous remercie de ce que vous lui avez transmis (désolé mais ça me fait toujours un petit quelque chose quand même !).
Il a celles qui vous ont scotchées par leur maturité et que vous avez chaudemment recommandées à vos connaissances pour une éventuelle embauche. Qui sont devenues professionnelles maintenant, ce dont vous vous félicitez pour travailler avec elles quasi quotidiennement.
Il a celles dont vous avez appris, parce qu'on ne sait jamais tout : de nouvelles connaissances, une lecture, une façon d'être, ....

Pour les stagiaires boulets, j'espère avoir réussi tout de même à les faire grandir un peu.
Et pour les autres, je crois que moi aussi j'ai beaucoup appris, parce que c'est formateur de se remettre en question, d'essayer de synthétiser et expliquer ce qu'on fait naturellemment, prendre de la distance et réfléchir sur son travail.
Alors...Merci !

 

19:43 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook

25/11/2009

des mots d'enfants

J'ai bien compris que j'allais mourir. 
C'est pas difficile à deviner quand je vois maman arriver le matin avec des gros yeux rouges qui se force à sourire et à rigoler dès qu'elle entre dans la chambre. Elle est toujours à me demander ce que je voudrais, si j'ai besoin de quelque chose. D'ailleurs, les infirmières font pareil. La semaine dernière, c'était pas comme ça. On me disputait quand je voulais pas de la perfusion ou que je jouais dans ma chambre au lieu d'aller à la radio. Mais cette semaine, ben non, plus personne ne me dispute. Je suis pas complètement idiot non plus. Mais bon, je vais leur faire croire que je n'ai rien vu, sinon après, ils vont être gênés et encore plus gentils s'ils s'aperçoivent que je sais. Déjà là, que j'en ai marre qu'on me demande vingt fois dans la journée si je vais bien, qu'est ce que je veux,....

J'ai demandé il y a deux jours à maman ce que c'était de mourir. C'est vrai, personne ne m'a jamais expliqué à moi. J'ai bien vu que elle se retenait de pleurer. Peut être que ma question était bête alors. Mais elle a quand même répondu. C'est quand on peut plus bouger et plus respirer qu'elle a dit. Et ça dure tout le temps.
Moi je me dis, plus respirer, ça va, ça m'embête pas trop. De toute façon, ça m'amuse pas tellement de respirer en ce moment parce que j'ai mal dans mes poumons et que certains soirs, ça brûle un peu fort. Alors plus respirer pour tout le temps, moi je dis pas non, si ça me fait moins mal.
Mais c'est plus bouger qui m'embête ! Parce que ça fait quand même des mois que j’ai pas fait de foot et que j’ai pas le droit d’aller dehors. Alors c’est sur que ça m’embête un peu si j’ai plus le droit de bouger. Et puis pour tout le temps, ça fait quand même super long. Faudra que je demande à maman si c’est vraiment pour tout le temps. Parce que normalement, je dois aller en CE1 à la rentrée moi, alors ça va être embêtant.

Ce qui m’embête aussi, c’est qu’ils sont tous gentils. Mais vraiment trop gentils depuis qu’ils ont dit que j’allais mourir. Attention, hein, il faut pas leur dire que je sais, sinon ça va être pire. Déjà là, que l’infirmière me demande si je veux qu’elle remonte l’oreiller, qu’elle allume la télé, si j’ai soif, si j’ai faim. Ca fait un peu bizarre à force !
C’était un jour la semaine dernière. Un docteur il a pris mon dossier et ils se sont tous enfermés dans une salle, les docteurs, les infirmières, avec mon dossier. Quand ils sont ressortis, ils faisaient une drôle de tête et même qu’après, ils ont parlé à papa et maman, et qu’ils faisaient une drôle de tête aussi juste après. Alors j’ai un peu compris quand même.
Je crois même que les docteurs ils l’ont dit un peu à tout le monde à l’hôpital. Quand j’ai fait ma radio la semaine dernière, la dame de la radio, elle aussi, elle était devenue super gentille. A chaque fois que j’allais la voir, je lui disais que son chien en peluche, dans sa salle, il était trop beau et trop joli. Et ben la semaine dernière, je l’ai pas dit, pour son chien, et vous savez quoi, elle me l’a donné le chien. Moi j’avais rien demandé. Mais je suis sur que les docteurs ils lui ont dit aussi que j’allais mourir. Les gens ça doit les embêter que je bouge plus après, alors ils sont gentils.

Maintenant ce qui est embêtant, c’est que maman elle a toujours envie de pleurer. Alors j’essaie d’être rigolo, et puis pas trop embêtant. Comme ça, ça l’aide un peu, parce que ça lui fait beaucoup de soucis l’hôpital. Je lui dis pas trop si j’ai mal, j’attends qu’elle soit parti pour le dire à l’infirmière. C’est sur que maman, ça doit l’embêter si je peux plus bouger et respirer après que je sois mort.
Mais moi, je me dis que c’est un peu ma faute si elle pleure quand même. J’aurai du essayé un peu plus de guérir. J’ai fait des efforts quand même, j’ai pris les cachets, j’ai fait les examens qu’ils me disaient les docteurs. Mais je sais qu’il y a des soirs, j’ai oublié des cachets. Et puis même une fois, j’ai pleuré, j’ai dit non, et l’infirmière elle a pas pu me faire la perfusion. Alors c’est peut être un peu ma faute ? Si j’avais vraiment essayé de guérir, maman elle serait moins triste.
C’est pareil pour le docteur. Il doit être un peu déçu. Au début, quand je suis arrivé, il m’a tout bien expliqué de ma maladie et il m’a dit qu’on allait me guérir. Et au début, il venait presque tous les jours me voir avec une infirmière, et même qu’ils disaient des mots super compliqués pour parler de ma maladie. Mais maintenant qu’ils ont dit que je serai mort, et ben, il vient plus.
Je suis sur qu’il est un peu en colère. Peut être que l’infirmière elle lui a dit que j’avais refusé la perfusion un soir ? Il doit en avoir marre des enfants qui veulent pas se soigner. De toute façon, si il est en colère, je crois que je préfère qu’il vienne pas me voir. J’ai pas envie de me faire disputer.

J’ai fait ma liste de Noël et je l’ai donné à maman. Mais j’ai pas bien compris parce que ça l’a fait pleurer. D’habitude, je suis en retard pour faire la liste et maman elle râle ! Là, à l’hôpital, j’avais le temps, alors j’étais fier moi, la liste, je l’avais faite deux mois avant Noël ! Mais quand je l’ai donné à maman, je lui ai dit que c’était les cadeaux que je voudrai à Noël, elle m’a regardé, elle a rien dit et puis, elle a commencé à pleurer. C’est la première fois que je vois quelqu’un pleurer pour Noël. Ils sont un peu bizarre des fois les adultes.
Sinon, je me demande si je serai mort quand j’aurai les cadeaux ou si je serai pas mort. Parce que si on peut plus bouger, je pourrai pas trop jouer avec. J’aurai du demander à maman si je serai mort à Noël. Peut être que j’aurai du demander des jouets où il faut pas trop bouger, que je puisse m'en servir quand même.
Je lui demanderai demain. Parce que là, il est neuf heures du soir, et l'infirmière elle va venir me chercher dans un fauteuil avec des roulettes pour m'amener dans la salle des infirmières. Elles m'ont dit qu'il y avait un match de foot et que j'avais le droit de le regarder avec les docteurs et les infirmières, mais qu'il fallait pas le dire aux autres enfants, parce qu'eux, ils doivent dormir. Avant j'avais pas le droit de sortir de ma chambre la nuit. Mais cette semaine, j'ai le droit. Ils sont vraiment tous gentils maintenant. 

 

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15/11/2009

Et pan, dans la G....

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La nouvelle mode dans les cours de récré cette année (et je parle de la primaire) c'est les cartes de Catch. Le cacth étant un sport bien entendu idéalement doux et fondé sur de saines valeurs, il peut être érigé en modèle pour nos chers bambins sans que cela ne pose aucun question...
Je ne veux pas jouer le père la pudeur, c'est sur que dans toutes les cours de récréation du monde, on joue à la guerre, aux soldats, au "boum t'es mort" et "paf on disait que je t'explosais la tronche avec ma grenade"... Ouais, j'ai été jeune, dans un lointain temps, et bon, les choses n'ont fondamentalement pas changées...

Mais tout de même.... Je n'ai rien contre le catch, mais est ce vraiment là un jeu adapté à des enfants de six ans ?
(quelques exemples de ces fameuses cartes)

 

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Bref, vous comprendrez le principe : c'est soit très légèrement un hymne à la violence, soit très subtilement sexuel... Toujours pareil, est ce vraiment le jeu idéal pour des gamins de primaire ?
Bref, dès le départ, quand mes enfants m'en ont parlé, quand j'ai vu les cartes chez le buraliste, puis les T-Shirts, etc...j'ai tout de suite très peu apprécié que la cible de cela soit les gamins.
D'autant plus que, ce qui devant arriver arriva forcement, des gamins fans des cartes, commencèrent à regarder à la télé des matchs de catch.

Et devinez quoi dans les cours de récréation ? Et bien on joue au catch... Oh ben oui tiens, ça c'est rigolo. A la télévision, ils se sautent dessus, ils se sautent sur l'estomac, ils s'étranglent, ils se coincent la tête entre les cuisses, et ça fait rigoler papa et maman devant le poste... Alors ca serait bête de pas y jouer à la récré non?
Mais y'aurait il un parent pour prévenir son môme que ce qu'il voit c'est de la comédie ? Du spectacle ? Ou bien, rêvons un peu, y aurait il même un parent qui aurait la décence de dire à son gamin de six ans "désolé mon bonhomme mais t'es encore trop petit pour voir un match de catch ?"
Parce que le môme, lui, il comprend pas que c'est du spectacle. Il voit des messieurs qui se font les pires tortures et qui en réchappent toujours sans une égratignure. Alors, pourquoi on pourrait pas faire pareil avec les copains ? Puisque c'est "pour de rire" ? Puisque ça fait "même pas mal" ?
Et voilà comment on se retrouve avec des mômes qui se sautent dessus (au sens propre du terme) dans la cour, qui jouent à s'étrangler, à se plier les membres dans tous les sens...
Parce qu'on leur a donné ça comme modèle, parce que personne ne s'est dit que si nous adultes, on saisissait le second degré du catch et son côté spectacle, les gosses eux, sont trop petits pour ça et restent au premier degré du "boum, prends ça dans les dents"....

Tant et si bien que dans l'école de mes enfants, les fameuses cartes de catch ont été interdites afin : un - d'éviter les combats aux heures de récré, et deux - de faire passer le message aux parents que les cartes ne sont peut être pas adaptées pour des gamins de six ans...

 

Alors quite à passer pour un vieux con, si des parents me lisent et ont acheté maintes et maintes cartes de cet accabit à leurs rejettons, je maintiens, je signe et je persiste, en tant que père mais aussi en tant que psy pour enfants : certes la violence fait partie des jeux des enfants, mais c'est diffèrent de faire appel à son imaginaire et de jouer aux chevaliers, aux pirates, etc....  que de "subir" de la violence amenée par le catch et les cartes inhérentes.
Certes le catch ce n'est pas de la vraie violence, certes personne ne s'y fait mal et c'est du spectacle. Vous le savez et c'est pour ça que le catch peut vous faire sourire, comme moi, si je croise un match à la télé, je peux sourire aussi. Mais, vos gamins n'ont pas cette distance, ils prennent ça au pied de la lettre et vous rejouer les mêmes choses avec leurs copains. Pire, ils vont se construire dans un monde où la violence est la règle, où il faut écraser l'autre.
La violence n'est jamais un modèle que l'on doit cautionner en tant que parents. Si vos enfants veulent ces cartes pour faire comme les copains, expliquez leur pourquoi vous pensez que ce n'est pas adapté, parlez leur de la violence que vous vous refusez de cautionner, bref, mettez des limites !!
L'enfant vit dans la toute puisssance, l'agressivité en réponse aux frustrations....C'est à nous parents de lui poser des limites claires, précises, et fermes. Comment imaginez vous être crédibles en disant à votre enfant : "ne frappe pas sur ta soeur" et en faisant visionner des combats de catch au même gamin ?? Quelle logique dans tout ça ?

Alors non, je ne rêve pas de faire encore regarder Babar ou Oui-Oui à mes grands de primaire. Fini l'époque des contes de fées et compagnie, c'est sur. Mais quand même...Ne brûlons pas les étapes ! C'est quoi la suite sinon ? Leur faire regarder Terminator et  Massacre à la tronçonneuse pour leur CE2 ? Parce que putain, qu'est ce que c'est drôle de voir le sang qui gicle quand même hein ?

Voilà, allez, c'était mon coup de gueule du Week-End !

Bonne reprise à tous

21:39 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (23) | |  Facebook

06/11/2009

Pas un vrai homme

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Jérémy est assis en face de moi, et depuis cinq minutes qu'il est entré dans le bureau, il se tortille les mains, et visiblement, n'arrive pas à entrer dans le vif du sujet.
C'est un ado de seize ans, plutôt mature a priori, venu seul en entretien sans ses parents car "il avait besoin de parler".
Ca, c'est ce qu'il me dit d'emblée.
Ensuite, c'est plus compliqué. J'ai, moi, son dossier sous les yeux et je me doute de ce pourquoi il est là.

Jérémy souffre d'une insuffisance hormonale depuis sa naissance. Pour qu'il se développe normalement, qu'il fasse sa puberté et devienne un homme, il a fallu le supplémenter en hormones, injections, etc...  Pas évident. De plus, le médecin qui le suit (je vois le compte rendu dans le dossier) s'intéresse de très près à sa puberté, normal, mais du coup, la surveillance est particulière et surement douloureuse pour ce jeune homme : on surveille l'évolution de ses poils pubiens, de la taille de ses testicules, de sa verge, afin de voir si tout avance correctement. Plutôt lourd pour un ado..

Bref, face à moi, j'ai un garçon qui parait un peu moins que ses seize ans. Cependant au niveau des caractères sexuels, pas de doute, c'est indubitablement un garçon, il n'a pas du tout un aspect androgyne.

Jérémy ne sait pas comment commencer... Il veut parler de choses...Personnelles... En rapport avec son corps me dit il ... Mais il n'arrive pas à me le dire clairement.

Je mets vite fin à son supplice. Je ne voulais pas le torturer, du tout, mais j'attendais, voir si il arrivait à m'exprimer tout seul sa demande, ce qu'il attendait de moi... Et c'est très douloureux pour lui. Donc je lui dit que j'ai son dossier sous les yeux, que je sais pour quel souci il est suivi ici. Je lui demande si c'est de ça dont il souhaitait parler. Il me dit que oui.

Et s'en suit un très bel entretien. Très touchant.
Parler de soi, des fondements même de soi, c'est à dire son identité de genre, ce qui fait de nous un homme ou une femme, c'est très difficile, très douloureux... Pour la plupart des gens, ça ne pose aucun souci, on est "fille" ou "garçon", sans que jamais cela nous ai posé question.
Mais pour Jérémy, si.
Encore une fois, dans son dossier médical, aucune ambiguité sexuelle, il est bien garçon, sans aucun doute. C'est "simplement" un problème d'hormones qu'il faut supplémenter.
Mais pour lui, c'est un problème d'identité. Il le vit comme cela. Il ne sent pas un "vrai" homme. Les "vrais", ils n'ont pas besoin de piqûres, de médicaments, de testostérone pour devenir des hommes. Leur corps le fait tout seul.
Jérémy se sent un "sous-homme", un "faux". Pour lui, ce sont les médicaments qui lui ont donné son identité, comme si c'était ajouté, artificiel...

Il me parle toujours sur le fil de l'émotion, les larmes qui pointent et qui sont vite contenues. Il est impressionnant de maturité, de contrôle... Je me dis que j'aimerais bien qu'il puisse les laisser couler, ses larmes... Pour se soulager un peu. Mais il n'est pas comme ça Jérémy, il veut contrôler et dominer ses émotions. C'est d'autant plus douloureux pour moi à le voir s'escrimer à mettre à distance, à contenir, à essayer de faire bonne figure.

Ce n'est pas son identité de genre qui lui pose question, il se sent et se veut "homme", il n'y pas de confusion. Mais c'est plus le sentiment d'une fausseté, d'un coté artificiel, celui de n'être pas un "vrai homme". Ces mots reviennent tout le temps.
Alors on discute, on travaille sur ce que c'est d'être un homme pour lui. Qu'est ce que ça représente.
On réfléchit à pourquoi des injections ferait de quelqu'un un "faux" homme, de quelle manière.

C'est un garçon très intelligent et ce dialogue est passionnant, vraiment. Après tout, oui, c'est quoi être un homme ?


Est ce que c'est simplement l'aspect génétique ? Je suis un homme parce que je suis XY et pas XX

Est ce que c'est l'aspect physique ? Je suis un homme parce que j'ai des organes sexuels masculins, un corps masculin ?

Est ce que c'est l'aspect social ? Je suis un homme parce que je me comporte de telle manière, je fais telle activité, je joue tel rôle.

Selon l'aspect que l'on considère, les choses ne sont pas identiques. Difficile de donner une définition stricte !

Je peux être né XY et avoir un corps androgyne
Je peux avoir un corps masculin et me sentir profondemment féminin.

Pour Jérémy, son aspect physique ne lui fait aucun doute : les piqures ont bien fait leur boulot, son corps s'est bien transformé, et il le reconnait, c'est bien un corps d'homme qu'il voit devant sa glace, ça ne lui pose pas question.

Au niveau social, si tant est qu'il y ai des "rôles", des "attitudes" typiquement masculins, Jérémy en tout cas se conforme aux modèles et se reconnait dans ces rôles masculins.

Non, le souci serait plutôt génétique.... Pour la génétique, il n'y  pas de doute, Jérémy est bien XY, un homme. Mais pour lui, c'est là que le doute s'insinue, dans son identité profonde.
Il a un corps d'homme, il vit une vie d'homme...Mais au fond de lui, il doute... Si je n'étais pas vraiment un homme.

Car, et là, la question émergera en fin d'entretien, peut il procréer ? Enorme question. Enorme boule dans la gorge quand il en parle.
Le médecin qui le suit ne sait pas réellement. Peut être, surement que oui même. Mais la certitude n'est pas à 100%.
Et Jérémy y fonde toute son identité masculine.
"Est homme celui qui peut procréer".
Il le vit comme cela.
Alors qu'il n'a aucun projet ou désir particulier d'enfant. Mais le fait de savoir que peut être , c'est impossible, fait que cela remet en cause complètement son identité de genre...

Alors on évoque les hommes qui peuvent être stériles. Qui n'ont eu aucun problème hormonal, mais chez qui on va déceler une stérilité. Qu'en pense Jérémy ? En sont ils moins hommes pour autant ?
Il pense que non. Et revient à lui : oui mais moi, j'ai eu besoin de piqures... Pas eux... Ce n'est pas pareil...

L'injection serait alors celle qui serait venue lui ôter une part de virilité...

Très bel entretien qui me laisse un souvenir assez ému. Oui, quelque fois, on le voit pas venir, mais bing, un patient, une situation vous émeut et vous ramenez ça chez vous.
Je revois bientôt Jérémy. J'espère qu'il aura un peu avancé sur ses questions...

 

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21/10/2009

I did it

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Je l'ai fait. Ca y est. Je me suis fait vacciné contre Hachun-nin-nin (comme dirait Anne Romanoff).
Et oui, en tant que soignant hospitalier, j'ai le droit à la primeur du vaccin.  Remarquez que je n'étais pas obligé. Contrairement à ce que j'ai lu dans plusieurs journaux, il n'y a pas eu de pression particulière dans les services pour pousser à la vaccination. Il y a eu diffusion de l'information que le vaccin était disponible, mais pas plus, chacun était libre de faire ce que bon lui semble.

Donc j'y suis allé... Me voilà donc officiellement cobaye pour ce nouveau vaccin. Pourquoi l'avoir fait ? Parce qu'il y a des doudous à la maison surtout et que je n'ai pas envie de leur ramener un virus qui traîne dans les couloirs hospitaliers. Parce qu'il y a dans le lot des doudous un doudou en particulier qui cumule les facteurs de risques péjoratifs quant à la grippe. Alors voilà, c'est fait.

A lire ce que j'ai lu sur certains forums, je n'ai plus qu'à faire mon testament, vous dire adieu et attendre d'agoniser dans d'atroces souffrances. Probablement que d'horribles substances sont déjà en train de remonter le long de mes vaisseaux sanguins, me grignotter de l'intérieur et qu'on me retrouvera demain matin bavant et convulsant dans mon lit. Je serai décoré à titre posthume de la médaille d'or du cobaye. Super.

Bon, le côté rigolo du truc, c'est que quand je suis allé me faire vacciner, au service médical du personnel, y'avait pas un chat. Les soignants ne s'étaient pas déplacés en masse, c'est le moins qu'on puisse dire. Je remplis en arrivant quelques papiers et là, je vois un petit attroupement au fond du couloir. Il me semble apercevoir une caméra.
Et je vois le logo d'une chaine de TV nationale qui s'approche. Etant le seul dans le couloir, je sentais bien que ca allait être pour ma pomme.
Bingo.
"Bonjour, nous faisons un reportage sur les soignants et la vaccination H1N1, vous accepteriez de témoigner ?"
Deux secondes d'hésitation. Télé. J'imagine la suite. Ma mère folle de joie appelant ses amies ("Mon fiiiiiils à la télé, si je te jure"). Moi bredouillant devant la caméra.
Et puis surtout, pas envie d'être celui qui fait de la pub pour la vaccination ! Pas envie d'être le porte parole de quoi que ce soit.
Je me vaccine avant tout en pensant à ma famille, je n'oblige personne à faire de même, et je ne suis toujours pas rassuré à 100% sur d'éventuels effets secondaires. Donc je veux pas être celui dont l'acte va être utilisé en propagande !

Je décline l'offre avec un "non" poli.
Mais devant l'étendue déserte des sièges dans le couloir, la journaliste insiste "S'il vous plait, vous voyez, il n'y a personne d'autre, juste un mot".
Mais non, je tiens bon, je ne me vois pas en apotre du vaccin grippal. Niet.

Alors voilà chers lecteurs, j'espère à bientôt ! Je joue les cobayes pour vous, attention, puisque le vaccin pour le grand public n'arrivera pas avant quelques semaines. Je vous tiendrai au courant, promis. Même en réa, intubé et scopé, je demanderai une connection internet pour tout vous raconter. Promis.
Pour l'heure, ce soir, hormis une petite douleur au point d'injection (ca me fait la même chose tous les ans avec le vaccin de la grippe saisonnière), je survis.
On verra demain.

Jusque ici, tout va bien !

21:33 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook

18/10/2009

Le docteur a voulu que je vous vois pour son poids

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"Le docteur a voulu que je vous vois pour son poids"

Ah...Quand ça commence comme ça, c'est souvent mal parti. Pas l'ombre d'une demande parentale là dedans.
"Le docteur a voulu", sous entendu "moi j'ai rien demandé" et ce qui donne souvent en filigrane "me demandez pas de changer"
Parceque lorsqu'il y a une vraie demande parentale, ça commence par "on vient vous voir car on ne sait plus quoi faire", "on vient chercher des conseils", "on voudrait l'aider". Ca reste encore à travailler un peu (je ne suis pas un distributeur de conseils....), mais au moins il y a une demande quelque part.

Mais là, aujourd'hui, pas trop.
Le petit Simon a six ans, un surpoids important et une maman qui me dit que le docteur lui a demandé de me voir.
Parce que "voyez vous, il ne fait rien que manger, on n'y arrive plus".
Je pose quelques questions. La boulimie est rare à cet âge. On peut trouver des troubles approchants, mais ça reste du domaine de l'exceptionnel. Je pose mes questions, le quotidien, les repas...Et je suis vite éclairé.
"Il ne veut boire que que soda"
"A quatre heures, il mange plein de gâteaux"
"Il se ressert à table en plus !"

Et là j'entends une avalanche de plainte. Mais ce qui me choque, c'est plutot que j'ai l'impression que les parents assistent impuissants à tous ces comportements en simples spectateurs, sans avoir la notion qu'ils peuvent y faire quelque chose.
"Il ne veut boire que du soda" : là je me demande : s'il est suivi pour surpoids, pourquoi y a t il du soda? Quelqu'un peut il lui dire non ?

"Il se ressert à table" : ben y'a pas un papa ou une maman sur cette même table qui peut dire les trois lettres magiques : N.O.N ?

Là on voit des parents spectateurs, qui se plaignent du comportement de leur fils, que je qualifierai absolumment pas de boulimique, mais simplement d'opportuniste : il a des parents qui n'arrivent pas à donner un ordre clair, alors il aurait tort de se priver !

On dit que l'obésité infantile augmente et c'est vrai. Quelques fois il y a un facteur génétique et là c'est difficile et long.
Il a quelques fois comme je l'ai dit des vrais troubles psychologiques de type boulimie.
Il y a notre société de consommation où la surabondance de plats riches et sucrés n'aide pas.

Mais surtout, surtout, surtout, ce que je vois en consultations : des parents démissionnaires. C'est la grande majorité malheureusement.
Quand le "petit" est suivi depuis un an pour surpoids et que la maman me dit qu'il a un trouble parce qu'il va manger des gateaux en cachette dans le placard, je me demande bien ce qu'ils font encore là ces fichus gateaux dans le placard !
Non, souvent le parent attend de l'enfant qu'il "comprenne" ou que moi, je lui fasse comprendre (c'est souvent la demande).
"Moi il ne m'écoute pas, si vous pouviez lui faire comprendre".

Mais lui faire comprendre quoi ? Il a six ans, huit ans. Ce n'est qu'un gamin. C'est déjà dur pour un adulte de se restreindre au niveau alimentaire, alors n'y comptez pas pour un gamin ! Il ne le fera pas de lui meme !
Et bien au contraire, le gosse de cinq ans qui n'irai pas piocher en cachette dans le paquet de sucreries qui lui tend les bras dans le placard, là je dirai qu'il a un trouble. Un gosse normal, ben oui, il y va.
Car il n'a pas de limites en tête bien strictes, car il n'a pas les memes objectifs que nous, pas la volonté que pourrait avoir un adulte. Pas les mpemes attentes, les mêmes représentations. Lui, il vit dans le présent. Alors entre le paquet de bonbons et son surpoids dans cinq ans, le gamin il ne fait pas de détails !

Alors oui, la gestion d'un surpoids de l'enfant, c'est pas marrant, mais c'est à 95% le boulot de papa et maman.
Dire "NON", refuser d'acheter certains aliments.

Mais ...mais...La nourriture, c'est plus que de la nourriture. C'est aussi de l'Amour. C'est pas pour rien que le premier lien mère/enfant passe par la nourriture, c'est aussi un lien d'attachement et d'affection.
Donner un bonbon, demandez à toutes les grands mamies du monde, c'est aussi une façon de montrer qu'on aime ce petit bout de chou.

Et donc, refuser un bonbon, c'est aussi, dans la tete du parent, et de l'enfant à 200%, comme une façon de dire "je ne t'aime pas".
Refuser, normalement, c'est sain, ce sont les limites par lesquelles on se construit.
Mais pour certains parents, pour x raisons (enfance difficile, mauvaise estime, etc...), pouvoir imaginer frustrer son enfant, lire dans ses yeux "tu ne m'aimes pas alors ?", c'est insupportable. Terrible. Douloureux.
Mieux vaut donner le bonbon, avoir l'impression de garder l'amour de l'enfant, et le surpoids on verra après. On comptera sur le psy pour "faire comprendre" au gamin ce qui est bon pour lui. On comptera sur le médecin pour lui redire les règles.

Papas et mamans de France, aimer vos enfants, c'est aussi leur donner les règles qu'ils ne peuvent pas se donner tout seuls car ils ne les comprennent pas. C'est avoir assez d'amour pour frustrer son enfant dans un intérêt supérieur. L'amour c'est aussi avoir des objectifs à long terme et pas juste être dans le présent et éviter la colère si on dit "Non". Aimer son enfants, c'est aller jusqu'à risquer son désamour si on sait que c'est bien pour lui (et le désamour à six ans, ca ne dure jamais très longtemps).

Quant à mon petit Simon, sa maman me fait comprendre qu'elle ne peut pas ne pas acheter de gâteaux (vous comprenez, c'est pour son père,  il adore ça) , qu'elle ne peut pas arrêter d'acheter du sirop (mais il n'aime pas l'eau !), que c'est difficile de l'empêcher de se resservir (c'est colère sur colère vous comprenez).
Et elle me redemande de voir Simon seul, car forcemment, "il a un problème avec la nourriture".
Mais non madame, c'est sa maman qui a un problème avec sa conscience et son amour maternel. Mais ça, si je le dis là, tout de suite, je sais que vous partirez probablement en claquant la porte.
Vous qui faites tout pour lui !...

 

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12/10/2009

Communiqué

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Droit de Réponse du Comité français des Jacqueline
et de la plainte sans fin

 

Monsieur Spyko,

Vous avez publié sur le torchon qui vous sert de blog un article tendancieux destiné à ce que nous, Jacqueline de France, devenions la risée de vos lecteurs. Ce procédé est tout à fait répugnant et ne nous étonne guère, vu le niveau de ce blog et les commentaires crasses qui l'accompagnent la plupart du temps.
Que vous vous prétendiez psychologue et en même temps, refusiez d'écouter un être dans le besoin, la douleur, est tout simplement révoltant. Je ne sais dans quelle faculté minable de quel quartier crasseux vous avez eu votre diplôme, mais sachez que vous n'honorez pas votre profession. 
Moi qui vient d'être touché par le deuil, oui car j'ai perdu la semaine passée mon chat persan, le regretté Gémalpartou, je peux vous dire ce que c'est d'être dans le malheur. Si seulement vous aviez un brin d'humanité, je vous parlerai alors de mes varices douloureuses les jours pluvieux, et qui m'empêchent d'aller marcher jusqu'au salon de thé voisin, où m'attendent quotidiennement Renée et Simone. De pauvres femmes qui ont vécu bien des malheurs, mais Dieu les préserve, bien moins que ma pauvre vie.
Car savez vous, vous qui vous dites psychologue, ce qu'est vraiment la souffrance, celle que j'ai vécue, celle où j'ai été quand mon pauvre Henri est mort, chutant accidentellement par la fenêtre de notre appartement, alors que je lui racontais par le menu le détail de mon opération des hémorroïdes et des douleurs qui l'accompagnaient ? Un bien brave homme que cet Henri. Que dire de ce psychologue, qui aussi incompétent que vous, avait prétendu  à l'époque qu'il s'était suicidé, n'en pouvant plus de sa vie de couple ?
Encore un sans-coeur comme vous, monsieur. Un qui n'a pas vu tout ce que j'ai fait et sacrifié pour cet homme, moi qui ai souffert dès mon plus jeune âge, et qui pourtant, l'a aimé et chéri comme nulle autre ne l'aurait fait. 
Ah, vous avez surement une vie bien confortable, vous, pour oser dire que les Jacqueline se plaignent pour rien et vous brisent les oreilles... ! Qu'il est confortable quand on a pas connu la misère, le deuil, la maladie, la descente d'organe et la mise en plis ratée, de se plaindre du malheur des autres !
Vous ne savez pas la peine que vous m'avez faites, monsieur le prétendu psychologue, moi qui ai failli mourir hier. Oui, vous avez bien lu, j'ai failli mourir hier, puisque en déballant mon paté de foie Carrefour, je me suis aperçu à temps, Dieu merci, que la date de péremption était fort dépassée. Qu'ai je donc fait pour que tant de malheurs s'abattent sur moi ... Peut être est-ce  du au décès précoce de mon frère bien aimé. Je vais vous raconter cela en détail, car je pense que cela vous instruira, monsieur le sans-coeur. Donc mon frère...

(...) - - - - Cette lettre a été coupée pour éviter aux lecteurs de ce blog l'apparition concomitante d'une migraine foudroyante - - -

(...) et c'est ainsi qu'il finit dévoré par les charognards, aux fins fonds de l'Afrique.
Triste histoire, dont je ne me suis jamais remise. Mais peut être mon frère a-t-il eu cette chance de quitter de bonne heure cette vallée de larmes. Moi je dois supporter, sachez le, jour après jour, les difficultés. Heureusement que je suis forte, que je prends sur moi et ne me plaint pas !

Au nom de toutes les Jacqueline, je vous informe officiellement que plus aucune de nous ne lira votre blog et ses immondices. Soyez le psychologue des gens heureux, vous qui n'êtes pas capable d'écouter les gens qui ont vraiment besoin.  Je ne vous souhaite pas de souffrir comme je souffre - vous ai-je parler de mes genoux ? - mais la vie vous apprendra peut être l'empathie monsieur.
Je ne vous salue pas.

Jacqueline - Au nom de toutes les Jacqueline

PS : je voulais vous faire un P.S. mais mon arthrite me fait trop mal et puis sachez que je ne veux pas user pour vous ce stylo en or que mon père m'a offert sur son lit de mort, où je l'ai veillé avec ardeur pendant des nuits, bien que je souffris d'une pneumonie qui a bien failli m'emporter, mais ça c'est une autre histoire et je ne divaguerai pas sur ma vie personnelle, pour ne pas aller dans votre sens et vous donner encore matière à critique, ça jamais, moi me plaindre, vous n'y pensez pas.

17:38 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook