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09/05/2010

Quelques années plus tard

Ca m'a fait tout drole samedi... Je n'aime pas voir les gens mal à l'aise et encore moins les mettre mal à l'aise...
Samedi donc,je me rends dans un magasin où je ne vais quasimment jamais. Et en entrant, je vois la caissière effondrée, en larmes, soutenue par des collègues.
Brrr... J'essaie au maximum de ne pas la gêner plus par des regards trop insistants... Je fais un grand détour pour ne pas trop m'approcher de la caisse et laisser la jeune femme se reprendre, loin de mes regards lourds et curieux.

Bref je fais mon tour dans le magasin et de loin, quelques instants après, je vois cette caissière. Et je la reconnais.
C'est une ancienne stagiaire qui a travaillé avez moi il y a plusieurs années. Ouch....
Ca me fout un coup.
Cette fille avait fait des études de psy , avait donc déjà un Bac+4 quand elle bossait avec moi....Et la voilà caissière...

Alors attention. Je ne veux pas dire que le métier de caissière soit honteux. Je tire mon chapeau moi aux caissières ou caissiers, car c'est dur physiquement et moralement. Et des fois, voilà, on a pas le choix, on prend le boulot qu'on trouve.
J'ai plusieurs amies qui l'ont fait à un moment (et moi aussi pour un lointain job d'été), loin de moi l'idée de porter un jugement de valeur sur ce métier.
Mais pour elle, là... Je trouve ça triste. 4 années d'études post bac, un stage de psychologue avec moi, et la suite ? Normalement, ça aurait du être diplome, boulot de psy... Que s'est il passé  pour être caissière ici ?... Ce n'est pas tant qu'elle soit caissière, mais le pourquoi qui m'intrigue et m'attriste un peu.
Et en plus, je la vois pile le jour où elle est en larmes au boulot...Brrr... C'est glauque quand meme tout ça.
Elle avait fait un stage long à l'hopital, on avait finit par sympathiser un peu, se tutoyer, donc ça me fait quelque chose quand même..

Je finis mon tour dans le magasin. Je chercher ce que je peux bien lui dire....

"Alors quoi de neuf ?" "Je suis caissière, ça se voit pas CON..ARD !!!"
Non, pas très adroit.
"Ah tiens, bonjour, ça faisait longtemps, ça va ? " "Ouais, je chiale, tout va bien. T'es psy toi ???"
Grrr, toujours pas...
"Ah mais on se connait ? " "Ben oui, ca serait malheureux, après dix mois de stage..."
Pas terrible non plus.

Bref pas facile. Que dire... Rien de négatif surtout quand à son boulot actuel... Mais quoi ???
J'arrive en caisse.

Je lui fait un grand sourire et dis un grand "bonjour" de la facon la plus amicale que je peux, tout en faisant gaffe de ne pas y mettre de pitié non plus (elle a les yeux encore un peu rouges)... L'exercice est délicat.

Elle me regarde, de facon appuyée, très appuyée même, droit dans les yeux. Et me dit d'un ton sec :
"Vous payez par chèque ou par carte ?".

"Vous" ?

Ok.
Je comprends.
Je comprends le regard.
On fait comme si on se connait pas.
Pour éviter de parler de là où elle en est. Pour éviter de parler des larmes que j'ai vu en arrivant.
On fait comme si...
Ok.

Je respecte sa pudeur.
Mais pourquoi je me sens si mal en sortant de ce magasin ?....

19:13 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (22) | |  Facebook

04/05/2010

histoires de rendez vous

Prenons deux mères de petits patients, Mme A. et Mme B., qui ont toutes deux rendez-vous ce mercredi après midi.
Mme A. a rendez vous à 14h et Mme B à 15h.

Mardi apres midi, Mme B. appelle, inquiète, ma secrétaire : elle a un contretemps et ne pourra pas être présente à 15h. Elle demande si elle pourrait venir à 14h car elle tient à ce que son enfant me voit.
Serviable, ma secretaire propose d'appeler Mme A. et lui demander si elle veut bien intervertir son rendez vous.
Mme A. est désolé, mais elle ne peut vraiment pas. Mais alors, vraiment pas de chez vraiment-pas. La secretaire dit donc à Mme B. qu'elle n'a plus qu'à reporter son rendez vous.

En fin d'apres-midi, Mme B. rappelle : elle a fait des pieds et des mains et passer a priori moult coups de fils, mais elle s'est arrangée à l'arrache : puisque rien n'était possible autrement, elle pourra être présente finalement à 15h.

Et bien, cet après midi, que croyez vous qu'il arriva ?
A 14h, Mme A. qui ne pouvait vraiment pas de chez vraiment-pas intervertir son rendez-vous....N'est pas venue. Du tout. Sans appeler. Sans prévenir.

Alors chère Mme A., je tiens à vous expliquer deux-trois petites choses : ça va être difficile de jouer celle qui a oublié. On va a eu au téléphone hier, alors, à moins que vous ne m'ameniez un certificat de votre neurologue certifiant un Alzheimer précoce et fulgurant (oui, vous n'aviez aucun signe il y a trois semaines, donc c'est très très évolutif votre pathologie...), à moins de cela donc, je vous note, et avec grand plaisir, sur ma petite liste rouge.
D'une part vous m'avez planté un rendez vous, mais ça, finalement, ça m'a permis de faire des courriers, alors bon, je m'en remets.
Mais d'autre part, Mme B., elle, est venue, alors que ce creneau horaire ne l'arrangeait pas du tout, qu'elle s'est apparemment démenée pour le conserver et venir quand même. Alors que votre place est restée désesperemment vide.

La petite liste rouge sert à une chose (hormis me défouler et me servir d'exutoire) : vous n'aurez droit à aucun passe-droit ni rendez vous urgent. Hop, comme tout le monde, à la queue.
Parce qu'il y a les creneaux de RDV "normaux", sur l'ordinateur, à la disposition des secretaires, mais qui n'offrent souvent pas de disponibilités immédiates.
Et puis il y a les créneaux d'urgences : ceux là sont notés nulle part, puisqu'ils sont dans mon calepin, dans ma poche,  rajoutée dans les trous qu'ils restent sur le planning, ou en fin de journée apres les consultations standards.

D'ailleurs en ce qui concerne les rendez vous "urgents", j'ai souvent des appels qui ressemblent à ceux ci (très très régulièrement)

Secretaire : "Je vous passe Mme Bidule. Je lui ai proposé un rdv mais elle trouve que c'est "boooooocoup trop loin" et elle veut quelque chose d'urgent..."

Psychologue : "Mfff....."

Mme Bidule : "Allooooooo..... Oui je voulais vous voir pour ma fille qui ne va paaaaas du tout bien, mais alors paaaaaaaaas du tout. Votre secretaire me propose dans un mois mais c'est n'iiiiiiiiiiimpoooooorte quoi... Il me faut quelque chose d'urgent

Psychologue : "Que se passe-t-il pour votre fille dites moi ?"

Mme Bidule : (longues explications, convaincaintes ou pas, ça dépend des fois, pour justifier de l'urgence du rendez vous)

Psychologue (en fouillant dans son calepin secret, à la recherche d'un rendez vous) : "Bon, d'accord, un mois ca parait long...Alors je peux vous proposer en urgence...Euh...Disons demain à 9h00, ça irait ?"

Mme Bidule : "Ah mais non...Mais ENFIN : demain, elle a école !"

Psychologue "Mmfffff... (on se détend, on souffle). Oui, je me doute MMe Bidule que votre fille a école le jeudi....Mais vous m'avez demandé un créneau URGENT : demain 9h00

Mme Bidule : "Ah oui mais non. (explications embrouillées) Ecole....Devoirs...Maitresse...Mot d'excuse.... Rattrapage...Peut pas... Me faut un mercredi...QUE LES MERCREDIS.

Psychologue (dans calepin secret toujours) : " Bon ben là, je n'ai que mercredi dans 15 jours, 17h"

Mme Bidule : "Oui, mais non, je vous ai dit que c'était URGENT !! Pas dans 15 jours !!!!"

Psychologue : "MMMMMMFFFFFFFFF !!!! (prends sur toi....)....Mme Bidule, c'est soit tres tres urgent, donc c'est demain 9h. Soit ça peut attendre et à ce moment là, je vous repasse ma secretaire"

S'en suivent des remarques diverses et variées genre "Ah mais vous êtes pas serviable", "Vous avez des enfants vous ???", "Et je vais dire quoi à sa maitresse ?" ou le délicieux "Ah mais oui, vous êtes fonctionnaire, pas d'heure supp' hein"....

Je plains la secretaire. Parce que moi, j'ai horreur de ces histoires de RDV !!!

 

29/04/2010

Les psys qui ne disent rien aux parents

 

Suite à une discussion avec un ami à ce propos, je crois que ça valait le coup de faire un post là dessus.
Beaucoup de parents, et quand je dis « beaucoup », c’est réellement un nombre impressionnant, me disent que lorsqu’ils vont voir un psy pour leur enfant, celui-ci ne leur dit rien des entretiens. Mais rien de rien de rien. Il prend l’enfant dans son bureau, le rend aux parents ensuite et pas de restitution de rien du tout de l’entretien.

Bon ok, je comprends, par dessus tout, il y a la confidentialité des entretiens. Confidentiels même pour l’enfant.
Ca, on est d’accord. C’est fondamental.
Je vois mal comment l’enfant ou l’ado pourrait être en confiance, faire sien un lieu de parole, s’il savait que la moindre chose peut être reprise et répétée à papa et maman.

« Mon père est un vieux C…. Euh vous allez lui dire ? Ah ben non je l’adore, il est génial »
Et hop, on ne parle plus des conflits à la maison.

« Ma mère boit en cachette, c’est vraiment dur…Vous allez lui dire ?….AH ? En fait, elle boit de l’eau, de l’eau ok ? »
Et hop, on ne parle plus des secrets familiaux non plus

« J’ai un petit copain, on commence à avoir des rapports mais si ma mère le sait, elle me tue…Vous allez lui dire ?….Naaan, je déconnais hein ».
Et hop, plus rien sur les relations amoureuses

"J'ai peur que mes parents se séparent, ils se disputent, mais j'ose pas leur en parler...Vous leur dites pas ? Si ? En fait, je pense que c'est pas si grave finalement"
Et hop, on parle plus de ses peurs.

Etc, etc, etc…

Alors d’accord, la confidentialité des entretiens, on ne peut pas revenir dessus. Si elle n’est pas là, il n’y a plus aucune raison que l’enfant me dise autre chose qu à ses proches.

Mais pour autant, confidentialité, est ce que ça veut dire qu’on ne doit pas rencontrer les parents, qu’on ne doit RIEN leur dire ?
Moi je trouve ça très lourd. Ne RIEN dire aux parents. Et pourtant, encore une fois, j’entends plein de psys qui pratiquent comme ça.
Je trouve ça lourd car ces parents sont venus me voir, ils ont des questions, ils sont inquiets, ils vivent au quotidien les soucis de leur enfant. Et moi je me retrancherai dans ma tour d’ivoire en disant « je gère, je vous dirai quand ça aura suffisamment avancé, en attendant amenez moi votre enfant et un chèque toutes les semaines »


Moi ça me va pas…
Donc je vois les parents.
Pas forcément à chaque fois mais je les vois.
Et en tout cas, à chaque fois, lors des premiers rendez vous, je discute avec eux du « protocole » qu’on va mettre en place : est ce qu’on fera un point après chaque consultation, est ce qu’on fera un point seulement tous les mois ou les deux mois après plusieurs consultations.
Je rappellerai que mes entretiens sont confidentiels mais pas top secret : que je pourrai leur dire des choses « globales », mais pas de détails des paroles de l’enfant. Sauf si celui-ci le souhaite. Et qu’en tout cas, avant chaque rencontre avec eux, je ferai le point seul avec leur enfant pour voir avec lui ce qu’il souhaite que je dise ou pas.
Je pourrai aussi leur donner quelques conseils, quelques pistes au fur et à mesure que je pourrai comprendre les soucis de leur enfant.

Ca me semble fondamental quand même, de les soutenir, ces parents !

Leur rôle n’est pas juste de tourner les pages des Femmes Actuelles de la salle d’attente (Oohhh Eh, ça va, c’est pas moi qui choisit les magazines de la salle d’attente !).
Ce qui me fait le plus drôle, c’est que des fois, je vais chercher dans la salle d’attente un patient que je ne connais pas encore. Jamais vu.
Et si la famille a déjà consulté un autre psy pour cet enfant, souvent, quand j’arrive, l’enfant se lève et les parents eux restent assis en me disant « on vous le laisse ».
A chaque fois, je suis étonné : « Mais on ne se connaît pas ! J’ai besoin de vous voir un peu pour que vous m’expliquiez les choses ! »
Et beaucoup de parents me répondent, étonnés, que chez le psy précédents, on ne leur parlait jamais…

Bon c’est ma pratique-personnelle-rien-qu’à-moi qui ne s’appuie sur rien de validé, juste sur mon expérience, mon feeling, ma façon de faire.
Confidentialité n’implique pas ne pas parler à la famille. On peut discuter avec la famille sans rien trahir du discours de l’enfant.

Et je ne parle pas des psys qui applique la confidentialité jusqu’au bout en refusant de me donner un seul élément sur leur suivi parce que c’est « confidentiel vous comprenez ».
Oui mais, patate, moi j’ai en service là, hospitalisé, un gamin que toi tu suis depuis deux ans !! Je suis d’accord de ne pas trahir les secrets, mais tu pourrais me donner quelques pistes sur ce gamin, zut-euhhhh !

Je sais pas, des grandes lignes, sans trahir des secrets ça peut être un truc du genre « traits dépressifs, suite à une séparation parentale conflictuelle et un enfant qui n’arrive pas à trouver sa place ». Voilà, ça me donne déjà des indications moi, et je ne pense pas qu’on ai trahi la parole de l’enfant en donnant des infos globales… !

Après, chacun a sa conception fort personnelle du secret professionnel…

08:51 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook

28/04/2010

Dites je le jure (2)

Ca y est, j'y suis allé au tribunal... (enfin ça commence à dater maintenant)

Pour rappel, convoqué en tant qu'expert pour un enfant que j'avais vu il y a cinq ans. Ma mémoire n'est pas assez bonne pour que je me souvienne d'un enfant vu une fois il y a cinq ans au milieu de tous ceux que je vois chaque année. Mais bon, puisqu'il fallait y aller...

Je disais que je n'aimais pas le tribunal, ce fut le feu d'artifice ce jour là !

Attaqué sur mon jeune âge (plus si jeune que ça pourtant, faut arrêter eh, ça fait plus de dix ans que je bosse !), attaqué sur le fait que je ne pouvais garantir à 100% que l'enfant disait la vérité (mais personne ne détient la vérité absolue en justice ! même l'analyse ADN n'est pas fiable à 100%...), attaqué sur le fait que j'avais peut être influencé la victime (fort heureusement, même si je n'avais plus l'entretien en mémoire, je sais parfaitement ce que je fais et ne fais pas en entretien, justement pour ne pas influer sur le discours)....
Bref, ce fut chaud ! Très malmené par la défense.
Le président qui, sans être agressif, me reserve des coups de théatre...."Vous affirmez ceci sur la victime. D'accord. Mais que dites vous de cette lettre que nous avons en notre possession où elle avoue à une amie dire des mensonges à ses parents  ?"

Plus de 40mn à la barre, croyez moi, c'est long. Très long.
Moi qui ai horreur de cet exercice, j'ai été servi !
Mais au final, je m'en suis bien sorti. Je suis arrivé à ne pas m'emmeler les pinceaux, défendre la victime (que je croyais,moi, depuis le départ), rester cohérent, trouver des contre arguments.

C'était très chaud en tout cas.
Je ne suis pas formé à la réthorique, à la répartie, aux effets de manche des avocats. Je sens bien à certains moments que les questions sont "bizarres" , que l'avocat veut me mener quelque part, mais je n'arrive pas à deviner par avance sa stratégie et où il veut me mener.
Encore un peu d'expérience à acquérir.

En tout cas, le truc le plus stressant, c'est de se lever, de commencer à prêter serment devant la salle silencieuse qui n'a d'yeux que pour vous.... Gloups.... Après ça va, les questions s'enchaînent et c'est parti. Mais pffff, pas facile de démarrer !

 

21:22 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook

07/04/2010

Souris parce que c'est grave

Ils avancent.
Serrés l'un contre l'autre, comme pour se donner plus de courage, ils remontent doucement le long couloir de l'hôpital.
Et moi qui les suis cet après-midi, je sais où ils vont. Je sais où ils vont apporter tous leurs paquets colorés qu'ils tiennent dans leurs bras. Je le sais parce qu'au bout du long couloir, tout au bout, il y a le service de cancérologie pédiatrique.
Ils ont l'air épuisés. Peut être que les nuits sont difficiles ces derniers temps. Peut etre qu'ils pensent à leur enfant, seul dans ce service inconnu, qui peut etre pleure dans sa chambre en se cachant sous l'oreiller et qui peut etre les appelle aussi. Peut etre que cela fait des mois qu'ils ne dorment plus.
La femme tient son mari par le bras, comme si il devait la pousser pour avancer. Elle le serre, il la serre. Je vois leurs yeux un peu rougis.
Et je sais. Je sais la force qu'il va leur falloir d'ici cinq minutes en rentrant dans la chambre. La force de sourire, de faire comme si tout était comme avant. La force de le faire rire.
Ils lui donneront leurs gros paquets emballés de papier rouge et or en prenant des airs réjouis. Ils joueront avec lui parce que jouer, c'est encore rester un peu en vie. Ils feront attention de ne pas croiser le regard de l'autre, pour ne pas sentir les larmes monter et ne pas pouvoir les retenir.
Il faudra sourire et discuter avec les infirmières comme si on parlait d'un simple rhume. Tout faire pour qu'il n'ai pas peur.

Je les vois avancer et je sens que leurs pas se font moins rapides. C'est comme si leurs forces étaient prêtes à les trahir. Des mois à faire semblant, à sourire, à trouver la force d'être positifs, à se retenir devant lui.
Je sais que dans cinq minutes, un grand sourire viendra illuminer leur visage et ils tendront leurs cadeaux avec un grand éclat de rire. Comme si ils avaient déposés leurs soucis et leurs peurs dans un grand carton à l'entrée de la chambre.

Mais tout à l'heure, sitôt la porte refermée, le grand carton les attendra. Et il faudra le reprendre et le porter. Encore et encore. Et chaque jour encore, où il deviendra plus lourd.

Je les suis et putain, ça me fait chier d'être psychologue quelques fois. Pour être passé là où ils sont passés, pour avoir vécu en partie ce qu'ils ont vécu, je sais ce qu'ils éprouvent, je sais la boule à l'estomac et l'énergie dépensée à l'oublier. Je sais l'angoisse qui monte lorsque la nuit commence à tomber et les questions à arriver.
Je pourrais poser ma main sur leurs épaules et leur dire que je comprends. Je pourrais leur dire que c'est trop lourd de faire semblant, qu'ils ont le droit de craquer un moment, de tout lâcher parce que ça fait trop mal de contenir tout et tout le temps.

Je pourrais leur dire que on va prendre un quart d'heure et aller se boire un café pour se donner des forces. Que c'est trop dur de sourire toute la journée, de voir des infirmières sourire toute la journée, de voir ces putains de visiteurs et de gens autour de nous sourire toute la journée, parce qu'il faut être aimable, que c'est bien, que toute monde veut être gentil avec nous, mais que quand au fond, ça nous bouffe de l'intérieur, et qu'une voix hurle que son gamin est en train de mourir, le sourire des autres, ça nous met en rage et ça nous donne envie de tout casser.
Et puis qu'il y a un stade où trop de gentillesse ça ressemble à de la pitié et la pitié, y'a rien de pire à éprouver dans ces moments là.

Je pourrais leur dire que je comprends, qu'ils ont raison d'être en colère. Parce que la maladie c'est pas juste. Parce que leur gamin a rien fait pour ça. Parce qu'eux non plus n'ont pas mérité ça. Mais, de toute façon, on peut être en colère autant qu'on veut, en vouloir au ciel autant qu'en veut, se dire que c'est pas juste et pas mérité, de toute façon là haut, Dieu ou pas Dieu, ça marche pas comme ça. C'est ton gamin qui trinque, point, mérité, pas mérité, content ou pas content. Et tu dois faire avec.

Et alors que tout le monde se focalise sur leur enfant qui souffre, j'ai envie de m'intéresser à eux, qui souffrent tout autant, mais pour qui tout le monde considère que c'est leur job de parent d'être là et de morfler.
Et alors que l'angoisse au fond d'eux les prend, qu'ils ont peur de la suite à en crever, j'ai envie de leur dire "allez, vous allez y arriver. Tenez bon. Il a besoin de vous. Soyez forts".
J'ai toujours cru entendre dans le "soyez fort" une sorte de phrase qui coupe court à tout, et nous dit de nous la fermer sur nos craintes, peines, peurs, de souffler un bon coup et d'arreter de se plaindre.
Mais, pour avoir été dans ce grand couloir aussi, j'aurai eu besoin, je crois, que quelqu'un s'intéresse à moi en tant que parent et me dise "allez, sois fort, tu peux y arriver". Parce qu'on s'écroule, parce qu'on a l'impression qu'on arrivera jamais à aider notre gamin, parce qu'on a peur de ne pas avoir la force d'affronter la suite. Et qu'on aurait bien besoin que quelqu'un nous dise, quand on y croit plus : oui, je sais que tu peux y arriver.

Mais si je vais vers eux, que je leur mets la main sur l'épaule, que je les invite à prendre un café et souffler, que je leur dis que je suis passé par là aussi, que l'on partage nos craintes, nos peurs, nos doutes, nos joies, peut être que je les aide. Mais je ne suis plus professionnel. Je franchis le cap.
Et je sais que je si franchis le cap, c'est du mensonge, de l'illusion que je leur donne. Je ne vais leur faire croire que je suis leur ami et que je peux tout comprendre, quand dans quelques mois, ils auront quittés l'hôpital. Je ne peux pas être ami avec tous les gens qui passent. Je peux jouer facilement le gentil, l'ami qui soutient, mais quoi quand ils seront partis ? Je ne les inviterai pas pour autant chez moi le dimanche.
Et si je deviens leur ami, comment je réagirai si quelque chose arrive à leur enfant ? Ai je envie d'être l'ami de tous et pleurer à chaque décès ? Quel soignant peut tenir le coup comme ça ?

Je les dépasse et dépasse les gros cadeaux aux papiers colorés.
Alors, je remballe mes sentiments  que je croyais être en écho avec les leurs.
Je remets mon masque de psychologue sur mon visage.
J'ouvre la porte du service pour eux et leur dit bonjour avec un grand sourire.

11:29 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (39) | |  Facebook

31/03/2010

Psychologie sauvage

Je déteste les psys qui voient du sens partout, tout le temps, avec tout le monde.
Je sais bien que Freud, dans Psychopathologie de la vie quotidienne, s’est ingénié à nous démontrer qu’on peut trouver du sens au moindre de nos actes quotidiens, mais quand même.

Certains psys avec qui je travaille ont cette détestable habitude de vouloir coller du sens partout. Alors, que ce soit au sein de leur consultation, avec un patient qui est venu les voir pour ça, qui est demandeur, franchement, rien de choquant.
Mais que ce soit en réunion, au détour d’un couloir ou au cours du repas, ca m’agace sérieusement qu’on veuille à tout prix coller du sens au moindre de mes mots, de mes actes ou de mes pensées. Je suis psy, ok, mais je suis pas psy 24h/24 en train de dire à ma femme « chérie, tu as fait brûler le gigot, est ce pour me signifier que notre amour s’est consumé ? ». Ou dire à mon fils qui me supplie « Papa j’ai envie de pipi » : « Ah mon chéri, tu appeles papa. Comme c’est intéressant. Et pourquoi pas maman ? »… « Papa je te dis que j’ai envie de pipi, là maintenant ! ». « Ah, d’accord. Mais je te sens stressé. Cette inquiétude est elle en lien avec quelque chose que j'ai fait dans le passé ? ».

Enfin bref, vous avez compris le principe.
Je déteste quand je discute avec une collègue psy, que celle-ci reprenne un mot dans chacune de mes phrases, qu’elle va répêter d’un air profond et pénétré, comme si j’avais dit une énormité.
Genre « Il fait beau aujourd’hui, ça fait du bien »

« Oui…Ca fait du bien tu as dis ? Tiens donc….Ca fait du bien ?…hmm hlmm  » (pour être un bon psy, finissez vos phrases par un hmm-hmm lourd de sens. Ca fait flipper les gens en face qui ont l'impression que vous savez tout sur eux. Ca marche à tout les coups)
Le tout en mettant le menton sur la main, en hochant la tête, et en répétant la phrase sur un ton mystérieux, lourd de sens, que moi, bien sur,  je n’ai pas capté.

Parce que, ou bien c’est une technique de certains psys, de repéter en écho les phrases des gens, juste pour les forcer à réfléchir et à trouver du sens (alors qu’eux n’ont aucune idée de ce que la personne a bien pu vouloir cacher).
Ou bien, ils sont véritablement clairvoyants, incroyablement doués, et saisissent instantanément le sens caché de chacun de nos mots et gestes. Alors que moi, je galère à parler longuement en entretien avec les gens pour bien comprendre leur demande et leurs souffrances, et que je capte rien instantanément des pensées cachées des gens, et même que j’ai du louper le cours sur la télépathie à la fac de psycho, franchement, c’est balot, ça aurait été vachement plus vite en consult.

J’aurai une petite préférence pour l’hypothèse numéro 1 (qui flatte un peu plus mon ego) .
Et je deteste toujours autant cette collègue à qui, quelque soit le sujet dont je parle, va toujours me renvoyer des choses personnelles, complètement hermétiques mais qui ont l’air d’être pleines de sens et de gravité pour elle.
Extraits :

« Oui, je voulais te parler de l’enfant Machin, je suis préoccupé par son cas parce que…

« Ah…Comme ça tu es préocuppé….Préoccupé….hmm hmmm….(air profond et pénétré. Hochement du menton)
« Euh…oui…Parce que…. Alors voilà, elle présente des troubles alimentaires avec refus, et donc j’ai essayé de la faire verbaliser par le jeu et..

« Essayé ? (rire qui semble être empreint d’une profonde pitié pour le benêt en face)… Tu as essayé ?…

« Euh…oui (là je perds mes moyens parce que je n’ai pas accès au sens profond, caché, mystérieux et profondément important de chacun de mes mots – je vous rappelle que j’ai raté aussi le cours à la fac sur « La profondité des mots qu’on dit et le sens caché de ce qu’on dit pas «  )

Enfin voilà, je suis son collègue pas son patient. Mais je vois que certains psys se comportent comme ça avec tout le monde, croyant que chacun d’entre nous, pauvres mortels, ne faisons qu’attendre anxieusement que le psy nous délivre la vérité sur nous-que-même-on-l’aurait-pas-comprise-tout-seuls.

C’est juste un chti peu prétentieux et ça m’agace prodigieusement.
Et franchement, je trouve que ça dessert complètement notre profession. Après tout, si je dîne avec un comptable, il va pas me demander de lui montrer ma feuille d’imposition. Si je discute avec un médecin, il me demande pas de relever mon Tshirt pour un coup de stétho.
Alors pourquoi le psy, hors de son cabinet, veut analyser tout le monde ? Non mais des fois ?

Sinon, je vous rappelle que j’ai aussi raté le cours à la fac sur « Je détiens la vérité sur les gens et je me dois de leur dire parce qu’ils sont trop bêtes pour comprendre tout seuls. Même s’ils ne m’ont rien demandé. Et SURTOUT s’ils ne m’ont rien demandé. »

Mais des fois, je suis bien content d'en avoir raté des cours à la fac...

 

15:13 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (43) | |  Facebook

30/03/2010

Faites appeler l'externe

Aujourd'hui l'interne du service est un peu débordé. Aussi,il fait passer ses coups de fils et ses demandes par l'externe.
Mais probablement sans rien lui avoir transmis comme info. Pas le temps. Mais du coup l'externe ne prend pas le temps de se renseigner. On lui dit, il fait...

Donc....Mon téléphone sonne.

"Oui alloooo ? (voix chaleureuse et empathique du psy prêt 24h/24 à l'écoute)

"Bonjour, c'est le service d'hospitalisation. Vous êtes le pédopsychiatre ?

"Ah non, désolé, moi je suis psychologue"

"Ah...ok.... Bon.... Ben c'est pareil.... Il faut que vous passiez pour...

"Attendez, attendez...Non, c'est pas pareil. Vous voulez le psychologue ? Ou le pédopsychiatre ?

"Euh....Je me renseigne...Attendez...(deux minutes)...Allo ? Oui, bon, vous êtes le psychologue alors ? Oui bon, ben ça ira quand même. (j'adore....Genre : si on a que ça sous la main....)

"Et vous m'appelez pour ?.....

"Pour voir un patient chez nous.
(Noooooon ??? C'était pas pour un tarot cet apres midi ? Ah ben zut alors)

"Oui je me doute...Mais c'est pour quel souci

"Euh...Une maman épuisée. Elle a des soucis d'allaitement. Ca ne marche pas. Son enfant se réveille souvent. Elle est épuisée

"ah ?...(le psy cherche...Mais qu'est ce que je viens faire dans cette histoire moi....)....Epuisée...Vous voulez dire peut être : un peu dépressive ?

"Non épuisée

"Ecoutez...Je ne vois pas très bien ce que je peux faire alors...Elle a plutôt besoin de conseils sur l'allaitement ou le passage aux biberons plus que de ...

"Non mais aussi, elle n'arrête pas de s'excuser quand elle demande quelque chose aux infirmières...Elle va pas bien vous voyez...

"Ah...(oui c'est plus clair tout à coup jeune homme, elle a le fameux syndrome d'épuisement excuso-maternel, suis je bête)...Mais je continue à ne pas bien voir ce que je peux faire dans ce cas ?

"Attendez...Je me renseigne...(deux minutes....Le garçon connait bien ses dossiers...J'aime....).... Oui ben, l'interne dit qu'il faut que vous passiez.

A court d'arguments, et un peu dépité, je finis par lâcher "ok, je passerai voir de quoi il en retourne alors"

Pour me retrouver quelques heures plus tard devant une maman qui ne sait pas quoi me dire.

"Mais madame, personne ne vous a dit que le psychologue allait passer ?

"Ben non.... Mais, remarquez, je veux bien vous parler moi si vous êtes là...Mais surtout, j'aimerai avoir des conseils sur l'allaitement, je n'en peux plus..."

Ainsi donc, une maman épuisée par un allaitement qui se passe mal aurait besoin....De conseils en allaitement ?
Il a fallu mobiliiser un interne, un externe et un psychologue pour aboutir à cette jolie conclusion que j'ai écrite sur le dossier "Pas de demande concernant une prise en charge psy. Souhaite être conseillée et soutenue dans son allaitement".

Magnfique. J'aime quand l'hôpital est efficace comme ça...!

28/03/2010

faux souvenirs

On a tendance à croire en notre mémoire et à être persuadé que nos souvenirs sont des faits gravés dans le marbre et indélébiles.
En gros, on compare notre mémoire à un magnétoscope : ce souvenir de vacances dont je me souviens, c'est parce qu'il est enregistré tel quel dans ma mémoire, comme un camescope l'aurait filmé et que je me le repasse en mémoire, exactement comme il a existé.
Mais c'est une erreur monumentale. Les souvenirs ne sont pas des enregistrements, mais des reconstructions.

Si je peux vous raconter le mariage à l'église de cousine Charlotte, c'est parce que je me souviens (un peu) de ce qu'il s'y est passé, mais aussi parce que dans ma mémoire, j'ai le visage de cousine Charlotte, parce que je sais ce qu'est une église et à quoi ca ressemble, parce que je sais qu'un mariage ca veut dire robe et costume, qu'à l'église il y a un prêtre.... Mon cerveau va mélanger ce que je sais et ce dont je me souviens, va combler les manques, les trous, pour finir par présenter un souvenir à peu près acceptable. Mais qui ne sera pas, et de loin, la vraie scène de ce jour béni pour tata Corinne qui mariait sa fille aînée.
Si je me souviens du "Oui" échangé, c'est aussi parce que je sais qu'il y en a toujours un aux mariages. Ca, c'est une connaissance. Mais est ce que je me souviens du "oui" parce que je m'en souviens, ou parce que je sais qu'il y en a toujours un (et donc, je reconstruit la scène dans ma mémoire) ? Ce n'est pas exactement la même chose...
Un souvenir c'est donc toujours un mélange entre des souvenirs et des connaissances Et toujours enclin à la reconstruction.

Et comme ce n'est pas figé et inscrit dans le marbre, un souvenir peut toujours être remodelé. Toujours.
Avec le temps d'abord. Avec aussi ce qu'on entend autour de nous, les gens qui nous en reparlent, les petits changements qui s'insinuent sans qu'on fasse attention.
A force d'entendre d'autres versions, le temps aidant, notre souvenir se déforme et ce faux souvenir devient pour nous la réalité. C'est assez terrible.
Le plus terrible étant dans les prétoirs où des témoins de bonne foi témoignent de choses fausses et complètement inexactes...

Vous vous dites, moi je suis au dessus de ça. Mes souvenirs sont réels, pas déformés, pas déformables.
Détrompez vous. N'importe qui est à la merci de faux souvenirs.

Une expérience réalisée par une psychologue, Elizabeth Loftus, à ce sujet est assez édifiante.

(Loftus, E. F., & Pickrell, K. L. (1995). The formation of false memories. Psychiatric Annals, 25(12), 720-725.)


On prenait des sujets et on leur faisait lire quatre récits sur leur vie, rédigés par un membre de leur famille.
Or, un de ces récits était faux : ils se seraients perdus étant jeunes dans un centre commercial et ramenés par une veille dame à leurs parents (on s'assurait évidemment que cela ne leur soit pas arrivé pour de vrai !).
Mais simplement, on leur présentait donc tous ces récits comme rigoureusement exacts et rapportés par un membre de leur famille.
On leur demandait alors d'essayer de s'en souvenir, d'y penser. On les obligeait donc à se faire des images mentales de ces souvenirs, et aussi  du faux souvenirs.
On les revoyait trois fois et trois fois on leur demandait de se rememorer les faits. Bien sur, aucun n'était informé que parmi les quatres récits, un était faux.
A la fin, on les questionnait afin de savoir ce dont ils souvenaient s'être réellement produit.
Et bien, 25% des participants à la fin disaient se rappeler s'être perdus dans le centre commercial.
Un quart ! C'est énorme non ? On peut implanter des faux souvenirs chez un quart d'adultes de façon très simple !
Le procédé n'était pas compliqué à comprendre : à force de se créer des images d'un faux souvenir, d'y repenser, de se projeter soi même dans ce souvenir, on finissait par ne plus savoir s'il était vrai ou faux.
D'autant qu'il était présenté comme rigoureusement confirmé par un membre de la famille.

Pour l'anecdote, on avouait aux participants à la fin la supercherie et le fait qu'ils ne s'étaient jamais perdus dans un centre commercial.
Et bien, un participant n'a jamais, jamais, jamais voulu croire que c'était un faux souvenir.
De quoi avoir un peu de modestie et d'humilité face à nos souvenirs...

Repensez à tous vos souvenirs de prime enfance. Vous en souvenez vous réellement ? Ou bien est ce des images que vous vous êtes recréer à force d'en entendre parler ? Ou bien parce que la photo est dans l'album familial ? Est ce un vrai souvenir ou une reconstruction ??

Pour finir à ce sujet, voici le récit de Jean Piaget, un célèbre psychologue, qui a toujours eu le souvenir, jusqu'à ses quinze ans, qu'il avait failli être enlevé quand il était tout petit.

« Un de mes plus anciens souvenirs daterait, s’il était vrai, de ma seconde année. Je vois encore, en effet, avec une grande précision visuelle, la scène suivante à laquelle j’ai cru jusque vers 15 ans. J’étais assis dans une voiture de bébé, poussée par une nurse, aux Champs-Elysées (près du Grand-Palais), lorsqu’un individu a voulu m’enlever. La courroie de cuir serrée à la hauteur de mes hanches m’a retenu, tandis que la nurse cherchait courageusement à s’opposer à l’homme (elle en a même reçu quelques griffures et je vois encore vaguement son front égratigné). Un attroupement s’ensuivit, et un sergent de ville à petite pèlerine et à bâton blanc, s’approcha, ce qui mit l’individu en fuite. Je vois encore toute la scène et la localise même près de la station du métro. Or, lorsque j’avais environ 15 ans, mes parents reçurent de mon ancienne nurse une lettre leur annonçant sa conversion à l’Armée du Salut, son désir d’avouer ses fautes anciennes et en particulier de restituer la montre reçue en récompense de cette histoire, entièrement inventée par elle (avec égratignures truquées). J’ai donc dû entendre comme enfant le récit des faits auxquels mes parents croyaient, et l’ai projeté dans le passé sous la forme d’un souvenir visuel, qui est donc un souvenir de souvenir, mais faux ! Beaucoup de vrais souvenirs sont sans doute du même ordre. » (Piaget, 1946).

21/03/2010

Super Nanny bis

Supernanny est disparue trop tôt, parce que croyez-moi, il reste du boulot...

Cette semaine, consultation pour un petit garçon de trois ans. Venu avec sa maman, sa mamie et sa petite soeur de 20 mois.
Les doléances pleuvent dès la première minute : il n'écoute rien, il fait des colères, il ne veut pas manger, il ne veut pas dormir, c'est épuisant.
Tout comme est rapidement épuisante l'ambiance dans le bureau puisqu'au bout de 2mn30 de temps de préchauffage, frérot et soeurette commencent à retourner le bureau, les jeux, les jouets, toucher aux interrupteurs, escalader, jeter....Le tout sous l'oeil bienveillant et attendri de maman et mamie.
Bon, me dis-je, je commence à entrevoir les limites qui sont posés pour ces bambins....Retroussons les manches et allons-y...

Je tente d'abord de comprendre ce que se joue autour du sommeil.

"A quel heure se couche-t-il habituellement ?"

"Oh...Aux alentours de 22h...22h30..."

"Mais c'est beaucoup trop tard pour un enfant de trois ans vous savez ! Il faut qu'il soit au lit de bonne heure"

"Ah...Mais en fait... Il y va. De bonne heure. Des fois. Des fois, il est couché à 20h. Pas toujours. Ca arrive quoi".

"Bon ok. Et comment s'endort il ? Il y a une histoire, un câlin ? Comment faites vous habituellement ?"

"Euh ben...Il s'endort dans mon lit en fait.

"Ah bon ? Mais il s'endort comment ? Avec vous ? Il attend que vous soyez couché ?"

"Ah non. Il s'endort dans le canapé, quand on regarde la télé"

"Mais vous me dites qu'il s'endort dans votre lit ??"

"Ah ? Des fois. Mais des fois dans le canapé. Ca dépend. Des fois dans son lit aussi. Pas tous les jours."

Ouh là...Je ne comprends plus rien. Si moi, adulte, là, dans mon bureau, je ne comprends rien au cadre posé à cet enfant, je n'ose imaginer ce que lui en comprend...
Je commence à redonner, en bon psychologue, le B.A-BA des règles d'hygiène de sommeil, heures régulieres, ambiance calme du coucher, petits rituels d'endormissement.
Je regarde la maman. Elle m'écoute sans m'écouter. Semble n'en avoir rien à faire de mes bons conseils, hoche de la tête avec l'air de dire "de toute facon, je ferai ce que je veux à la maison".

Un peu joueur, je tente le test ultime. Alors que je lui explique l'interêt des petits rituels du soir, je m'arrete en plein milieu de ma phrase, genre "et ce serait important que vous puissiez....".
J'attends.
Pas une réaction.
Rien.
Elle me regarde l'air vague. Puis finit par conclure "d'accord !", ayant réalisé que je ne parlais plus. Sans même avoir compris que ma phrase n'était pas finie.

Pendant ce temps, frérot et soeurette entreprenaient l'escalade d'une petite table dans le coin du bureau, sans aucune réaction maternelle....

Ma seule question, une fois la famille sortie : mais qu'attendait elle cette maman, puisque, tout de même, elle est venue en consultation ?
Probablement une recette "miracle" qui ne demanderait pas trop d'effort ni de remise en cause des habitudes familiales.
Que le psy peut être parle à l'enfant qui, ô miracle, se mettrait dès le soir même à aller se coucher seul à heure fixe sans faire de colère.
Mais là, je parlais de remettre des règles, changer les habitudes, se remettre en question, et j'ai senti que c'était impossible, insurmontable.

Le problème est que ce petit bonhomme évolue sans cadre strict.... Déjà qu'il se met en danger dans mon bureau, je n'ose imaginer ce que ça pourrait être à l'extérieur, dans quelques années.
J'ai refixé un rendez vous. Je n'ai pas pu faire passer beaucoup de message. La maman est déçue car je ne lui ai pas livré de recette magique. Moi embêté de n'avoir pu aider personne.
Bref, tout le monde est insatisfait.

De plus en plus souvent, j'ai l"impression d'être éducateur avant d'être psychologue. Remettre un cadre. Du bon sens. Avant de fouiller des choses plus psychologiques.
Je n'ose vous parler de cette enfant de huit ans qui regardaient des films d'horreur (Freddy, ça vous dit quelque chose ?). Et, quand je m'en étonne à la maman, celle-ci de dire "oh, oui, je sais, elle ne peut pas s'empêcher d'aller fouiller dans les DVD du salon et à chaque fois, elle regarde les films d'horreur. Pourtant, on lui dit que c'est pas de son âge".
"Mais....Il ne suffit pas de lui dire, il faut enlever ces DVD du salon !"
"Ah...Mais c'est les DVD de mon mari, il va pas être content vous savez..."

Je dois passer pour un super vieux con, moi, avec mes regles, mes limites et mon cadre à imposer.

28/02/2010

Ouverture facile

L'inventeur de la mention "ouverture facile" est un gros pervers.
Un salaud. Qui devrait être poursuivi pour crime contre l'humanité.
Je suis sur qu'il s'éclate tout seul chez lui à nous imaginer, heureux, soulagés, content de lire sur le paquet "ouverture facile", pensant déjà régler l'affaire en deux coups de cuillère à pot.
Que nenni ! L'emballage facile est un traitre !!
Il te fait croire qu'il s'offre à toi alors que tu vas y passer deux plombes en manquant d'y laisser un doigt/un oeil/une veine (rayez la mention inutile)

Suis je le seul à ouvrir mon paquet de gruyère rapé là, juste en haut, où la mention "ouverture facile" est écrite en gros, et constater que l'ouverture facile finit par se déchirer et éventrer mon paquet jusqu'au beau milieu.
Et une fois déchiré, c'est là que vous constater sur le devant du sachet, la jolie mention "sachet refermable". Ben tiens. Refermable, maintenant que le paquet est depecé de bas en haut ?
L'inventeur d'"ouverture facile" a du fonder un club avec celui de "sachet refermable". J'en suis sur. Ils doivent éprouver une jouissance extrème de nous imager dans nos cuisines.
Parce que mine de rien, c'est du boulot. Il faut que de loin, vraiment, ça ai l'air d'être une ouverture facile. Pour que des gogos en achètent plein d'espoir et d'ouverture facilitée en tête.

Et que dire de ces boîtes de conserves avec le petit anneau métallique. Ouverture facile. Sauf que le dit-anneau vous casse entre les doigts. Au beau milieu de l'ouverture de la dite boite. Et que vas-y, tiens, maintenant, à l'ouvrir ta boite à moitié ouverte/fermée, sans y laisser un tendon.
Et je ne parle pas de la brique de lait/de jus d'orange qui t'explose à la figure quand tu essaies de déchirer à la main sur le petit pointillé joliment dessiné par le même pervers.
Et les CD... Un poeme. La pochette plastique du CD, c'est un bonheur. Derrière, là, juste derrière, l'inventeur de la protection plastique t'as mis une petite languette de plastique qui depasse pour que tu tires dessus. Sauf que le dit-plastique s'arrache à mis parcours une fois sur deux.

Non, c'est clair. Tu auras mis moitié moins de temps en le faisant à l'arrache, comme d'hab, avec les dents, un ongle ou une paire de ciseau.
Mais non, toi, très scolaire, tu lis "ouverture facile", et hop, tu fonces tête baissée dans le piège....
Et tu passes deux fois plus de temps, avec deux fois plus d'enervements, et deux fois plus de risque d'y laisser une partie de ton anatomie.

C'est décidé, je n'acheterai plus que des emballages marqués "ouverture complexe". Ou bien "Casse tête chinois". Ou bien "réservé aux plus de 150 de QI".
Au moins les choses seront clairs. Je mettrais peut être deux mois à les ouvrir. Mais je me sentirai super content de moi quand j'aurai réussi.

Parce que là, pas même réussir à ouvrir une ouverture facile, franchement, ça fout les boules, ça énerve, et ça retentit sur l'estime de soi quand même !
Finalement, ce gros pervers d'inventeur, il doit être psychologue.
Parce qu'avec tout ces gens qui se sentent nuls à pas réussir à ouvrir un truc facile, ça en fait des clients potentiels au narcissisme dévasté.


Bon.Ben...Je devrais te dire merci alors ?

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