09.04.2009

Crédibilité

On pense d'abord à Outreau et à tous ces enfants qui en sont venus à dire des choses abominables, qui ne leurs étaient pas arrivées.
Jugés crédibles par les experts psychologues, ces enfants ne disaient pas cependant la vérité. Alors. C'est quoi la crédibilité ?

La crédibilité, en psychologie, ce n'est pas la vérité. La distinction est de taille !
Un enfant crédible sera un enfant qui ne présente pas de troubles psychologiques altérant son rapport à la réalité (mythomanie, psychose,  etc...). Un enfant crédible sera un enfant dont le discours semble adapté à son âge, avec des termes et une construction enfantine (le contraire pouvant faire penser à un discours induit par l'adulte). Un enfant crédible aura des réactions psychologiques et comportementales attendues après une agression sexuelle.
Mais pour compliquer un peu la chose, je vais vous donner deux exemples.

Prenons une dame un peu hystérique, facilement séductrice, un peu mythomane. Qui va venir raconter qu'elle s'est faite agressée dans la rue. Le tout noyé au milieu du récit de ses x amants et conquêtes amoureuses, le tout avec des détails surabondants pour en rajouter sur le coté dramatique de ce qui lui est arrivé.
Si je vois cette dame, je suis obligé de conclure "non crédible". Parce qu'elle a un comportement et une personnalité qui altère sa façon de construire un récit et de relater la réalité. C'est une constante chez elle, c'est sa personnalité.
Cependant, elle peut s'être fait réellement agressée et pourtant je ne pourrai pas conclure qu'elle ai une personnalité "crédible".

Deuxième exemple. Moi même. Mon voisin m'embête, pour x raisons. J'en peux plus. Plein de procédures, rien n'aboutit. A cours d'arguments, j'en viens à inventer qu'il m'a agressé physiquement et aller déposer plainte à la gendarmerie.
Si je suis expertisé, j'ose espèrer qu'on me trouvera une personnalité standard. Je ferai bien attention à mon comportement, mes mots, je choisirai des émotions adaptées.
A 99%, je pense qu'on me jugera "crédible" alors même que je suis en train d'inventer quelque chose.

Voilà toute la difficulté. En psychologie, crédibilité c'est plutot une constante de la personne, c'est son rapport à la réalité.
Mais sur le fait précis qu'elle rapporte là, aujourd'hui, sur l'événement en particulier qu'elle relate, parler de crédibilité c'est un peu employer une boule de cristal.
(il y a des psychologues qui expérimentent des grilles de validation du discours, mais c'est encore sujet à caution)

Donc d'une part crédibilité n'est pas vérité.

D'autre part, il y a ce qu'on appelle le "syndrome des faux souvenirs".
Notre mémoire n'est pas un magnétoscope, ce n'est pas un enregistrement fidèle de la réalité. On aimerait le croire, on essaie d'y croire mais c'est faux.
La mémoire peut être influencée, déformée, et ceci d'autant plus facilement chez des enfants dont l'intellect et la mémoire sont moins développés et plus sensibles à la suggestion.
Si des enfants sont interrogés des dizaines de fois, si des questions "orientées", tendancieuses leur sont posées, l'enfant petit à petit peut incorporer ce récit dans sa tête et finalement, y croire après coup.
Si cet enfant arrive chez moi, je ne saurai plus quel souvenir est réel et quel souvenir est suggéré. Car pour l'enfant, les deux seront vrais, il sera intimement persuadé de les avoir vécu.
Alors encore une fois, crédibilité ? Si l'enfant ne ment pas en me disant "sa" vérité qu'il croit réelle (mais qui lui a été suggérée), comment puis je savoir s'il est crédible ou pas ?....

Et quand je dis que la mémoire n'est pas un magnétoscope, ne vous croyez pas au dessus de ça !
Une psychologue américaine Elizabeth Loftus a fait une expérience avec des adultes.
Après s'être assuré auprès de leurs proches que cela ne s'était jamais produit, on a fait lire à ces adultes des textes écrits par leurs proches relatant des choses qui leurs étaient arrivées petits. L'un des textes (faux) relatait qu'ils s'étaient perdus dans un centre commercial.On leur assurait que si, si, tout était vrai dans ce que racontait leur famille.  Et on leur demandait d'essayer de s'en rappeler.
Ceci à plusieurs reprises.
Et bien, 25% (c'est énorme !!), 25% de ces adultes ont finalement répondus que si, si, maintenant,ils se souvenaient effectivement de cet épisode,  ils en étaient surs.
Comme quoi, ce n'est pas si difficile de jouer avec notre mémoire. Alors imaginer avec un enfant de trois ans par exemple !

Une autre fois, je vous expliquerai l'entretien avec l'enfant suspecté d'abus ou de maltraitance. Car il y a pas mal de pièges à éviter pour ne pas aller dans le sens de cette suggestion.

08.04.2009

Nos amis les Chirs

Après avoir lu l'excellent billet de Med'Celine au sujet des chirurgiens, je peux aussi en rajouter une louche de mon côté.
Parce qu'il faut le savoir, au cas où vous l'ignoreriez, le chirurgien à l'hôpital est un demi-dieu. Pas moins.
Ayant l'insigne honneur d'opérer et donc d'avoir la vie des patients entre les mains, il faut le préserver de tout stress, toute contrarieté, courber l'échine, apporter le café les petits gâteaux et supporter les sautes d'humeur.
Bon, s'il y a des chirs qui me lisent, SVP, si vous n'êtes pas comme ça, dites le moi ! Je suis prêt à réviser mon jugement, mais pour l'heure, euh... Je n'ai pas rencontré de spécimen de chirurgien qui déroge encore à cela.

Bref chez moi, à l'hôpital où je suis, c'est pareil. Tout le monde doit faire place nette pour le chirurgien.
Par exemple, je me souviens très bien qu'un jour, à la demande du chirurgien lui même, je suis allé voir un patient en entretien.
Mais, inconscient que je suis, que n'ai je donc pas fait, je suis venu le voir à l'heure de La Visite (mettez svp des majuscules lorsque vous parlez de quelque chose en référence au Chirurgien).
Or, la Visite, vous voyez bien ce que c'est: le demi-dieu, suivi d'un aéropage d'internes, externes, infirmières qui disent "oui, monsieur" et qui écoutent d'un air pénétré les Saintes Paroles proférées lors de la dite Visite.

Bref, je voyais mon patient dans sa chambre lorsque je me suis fait éjecté en beauté par le chir et sa clique.
Car voyez vous, chez nous, il y a des règles immuables. Lors de la visite, le chirurgien fait les chambres une par une, DANS L'ORDRE. Et pas autremment.
Qu'importe que le psychologue y soit en entretien ou pas. Non, non, il n'est pas possible de sauter la chambre 3 et passer à la 4. On aurait pu y revenir en fin de visite et laisser le temps au psy de finir. Non vous dis-je, c'est impossible.
C'est écrit quelque part, dans Les Tables de La Loi des Chirurgiens : la visite se fait dans l'ordre des chambres pour ne pas perturber les habitudes de notre bien aimé médecin.
Donc bref, je me suis fait éjecté alors même que c'est le chir qui m'avait demandé de passer...Quant au respect pour mon travail... Bah...Une autre histoire ça.

Et je vous passe ce qu'endurent les infirmières quelques fois, et que je ne sais qu'à moitié probablement. C'est clair qu'opérer est quelque chose d'infinimment stressant pour le chir, je le reconnais. Il a une énorme responsabilité entre les mains, pas de doute.
Mais pour autant, la règle tacite qui veut que l'infirmière se doit de tout supporter des humeurs du chirurgien à cause "du-grand-stress-qu'il-a", ça me semble un peu exagéré... On fait comprendre aux filles qu'elles doivent, en intervertion, rester calmes et supporter les humeurs du grand chef, les noms d'oiseaux, les colères, parce qu'il a beaucoup de stress et que c'est-pas-de-sa-faute-le-pauvre.
Qu'il y a une règle tacite bien claire : "ce qui se passe au bloc doit rester au bloc". Silence. N'allez pas vous plaindre ensuite mesdames, c'est comme ça. Le chir doit évacuer son stress, ça tombe sur vous, ça fait partie du job. Point barre.

Bon je reconnais à leur décharge qu'ils font un métier de barge, des horaires pas possible et une pression constante. Que c'est clair, je n'aimerai pas être à leur place.
Mais ça serait bien d'améliorer les choses tout de même ?


01.04.2009

Et l'autorité bordel ?!??

Par cette belle journée ensoleillée, j'ai envie de râler.
Pourquoi ? Légère pointe d'amertume ! Je vois depuis ce matin par la fenêtre de mon bureau le beau ciel bleu et le soleil éclatant. J'entends le rire des enfants dans les jardins de l'hôpital. Et je suis là assis sous les néons à consulter. On a beau être psychologue et apprendre à gérer et mettre à distance ses émotions, non franchement, il y a des choses où ça n'est pas possible.
Comme le disait cet auteur classique du XXème siècle bien connu, "le lundi au soleil (...), c'est quand on est derrière les carreaux, que l'on travaille que le ciel est beau". Méditez là dessus, vous avez deux heures, une copie-double minimum.
Bon ok, on est mercredi je sais , mais ça ne change pas fondamentalement le message qu'on soit lundi ou mercredi, et puis n'embêter pas, puisque je vous dis que j'ai envie de râler. Bon sang, vous écoutez ce qu'on vous dit des fois ?

Bref, disais-je, j'ai envie de râler. De faire mon vieux ronchon passéiste, le coup du "c'était mieux avant" et de "ma bonne dame, de mon temps c'était autre chose, ah si mon père avait vu ça".

Je vous avais déjà parlé de la consultation Super Nanny , celle où le rôle du psychologue (un peu dépité) se borne à rappeler aux parents que "si, si, je vous jure, vous avez le droit de dire "Non" à votre enfant et de lui donner des limites".

Alors petit florilège des derniers semaines de consultations Super Nanny :

- Pré ado d'environ 12 ans que je viens chercher dans la salle d'attente entouré de ses parents. Il jouait à sa console dans la salle d'attente. Voyant que ses parents se lèvent, il se lève aussi mais tout en continuant d'avoir l'oeil rivé sur la console, et il marche tout en jouant. Pas de "bonjour" non plus en réponse au mien, ça c'est optionnel (règle number ouane : papa et maman ne s'émeuvent pas de l'absence de réponse à mon bonjour, c'est la condition sine qua non de la consultation Super Nanny : pas de réaction, surtout pas, lorsque l'enfant sort des règles ou du cadre).
Bref, nous nous asseyons dans mon bureau et je le regarde s'asseoir et continuer à jouer. Ca n'a pas l'air d'émouvoir grand monde. Je pose quelques questions, dont certaines à l'ado.
Maman se fend d'un "dis, tu pourrais éteindre ta console quand le monsieur te parle". Mais pour autant elle ne bouge pas. (règle number tou de la consultation Super Nanny : être persuadé que ses ordres ne seront suivi d'aucun effet, les dire sur un ton pas du tout persuasif et ne pas s'inquiéter s'ils ne sont pas suivis d'effet).

Je décide d'attendre. La maman commence à m'expliquer la situation. Je lui non, que j'attends, qu'on puisse discuter tous les quatre de ce qui les amène ici. Et je me tourne vers l'ado en lui disant que j'attends qu'il soit prêt.
20 secondes de silence.
(c'est long 20 secondes quand même dans cette situation... ). Et papa, enfin, comprend que, tiens, peut être, il pourrait donner un....Ah zut comment ça s'appelle déjà ?...Un...Ah oui. Un ordre.

Ouf. Alors c'est sur que lorsque la consultation commence comme ça, et que les parents m'expliquent ensuite qu'ils ont des soucis avec leur ado malade "parce qu'il refuse de prendre ses traitements", je me dis que j'ai peut être un bout de l'explication.

Ceci dit, cet ado s'est révélé plutôt bavard une fois seul et avait plein de choses à expliquer sur son vécu de la maladie, l'impression que les adultes avaient tellement tout décidé pour lui étant petit (traitement, hospitalisations,...), que refuser, c'était pour lui la seule façon maintenant de s'affirmer et de récupérer un peu de pouvoir.


Et le pompon revient à cette dame.

Elle avait rendez vous un mercredi à 10h00. Je l'attend. 10h15 personne. La secretaire m'appelle à ce moment :
"La maman de la petite Bidule vient d'appeler. Elle ne viendra pas. Elle dit que sa petite dort encore, elle n'a pas osé la réveiller".

Gloups... Je manque de m'étrangler... Elle n'a pas osé la réveiller ????
Et juste ensuite, la cerise sur le gâteau
"Et puis, elle dit que comme elle n'a pas pu venir aujourd'hui, il lui faut un autre rendez vous. En urgence.".

Je crois que finalement, j'aurai du m'inscrire à la fac des Super Nanny, ça aurait été vachement plus aidant pour certains patients.


Et puis, l'habituel, celui qu'on a plusieurs fois dans la semaine et dont on ne se lasse pas, l'autorité à son plus beau niveau...
Dans mon bureau, j'ai bien sur pas mal de jouets, feuilles, feutres à disposition des enfants.
Et bien entendu, les petits font souvent un peu le chantier, c'est normal, ça ne me choque pas outre mesure.
Par contre, ce qui me choque un peu plus, c'est quand, en fin de consultation, que mon bureau ressemble à un champ de bataille avec des jouets dans chaque coin. Que la maman (ou le papa) se lève et dit (et ça c'est une phrase que j'entends tres tres souvent !) :

"Oh...Il a fait du chantier.... Désolé ! Et bien, au revoir et à la prochaine fois".

Et hop. Pas de rangement. Déjà c'est pas sympa pour moi, mais ça, je vais pas en mourir.
Mais par rapport à l'enfant, je trouve ça assez extraordinaire de lui inculquer comme règle "tu as le droit de faire du chantier chez les autres et de ne pas ranger".
Ou alors je suis un vieux C..., je ne sais pas, mais quand mes enfants retournent la caisse de jouets dans le bureau de mon généraliste, je leur demande toujours de tout ranger en partant. Chai pas. Doit être bizarre moi.

Dis, Super Nanny, tu fais pas des massages aux psy un peu fatigués en fin de journée, quand il fait beau dehors et qu'ils consultent, et qu'ils sont un peu énervés, et qu'ils en ont marre des parents qui veulent pas donner de règle.
Hein ? Pas moyen ?
Des fois, c'est trop pas juste la vie de psy.




26.03.2009

Maman est folle

Victorine a deux ans. Elle me regarde avec ses deux grands yeux bleus, son teint pâle, et son petit sourire discret. On dirait une poupée de porcelaine asssise sur les genoux de sa mère.
Aussi fragile que la poupée de porcelaine d'ailleurs. Frêle, l'air un peu appeurée.

Victorine se développe mal. Le poids, le taille, le développement psychomoteur, il y a un décalage un peu global.
Victorine regarde sa maman avec ses grands yeux bleus. Mais maman regarde ailleurs. Enfin non. Enfin si. Disons que maman regarde Victorine mais sans vraiment la regarder.
Tout à coup elle revient, et avec un petit sourire triste, la maman me dit "je suis très fatiguée, vous savez".
Victorine la regarde encore de toutes ses forces, pour capter son attention mais sa maman ne voit pas. Elle la serre contre elle, mais c'est comme si elles étaient l'une et l'autre à dix lieues de distance.

Par instant, la maman se rend compte de son état et fait comprendre qu'elle a peur de se retrouver seule avec sa fille. Elle sent, elle sait qu'elle n'est plus capable de lui donner ce qu'il faut. Et puis l'instant d'après, elle reprend son petit sourire plaqué et semble loin à nouveau.

Pas facile pour moi d'arriver à quelque chose. Il est évident que le lien mère/enfant, ce qu'on nomme l'Attachement,  n'est pas satisfaisant.
La maman de Victorine malgré son amour pour sa fille n'arrive pas à répondre à ses demandes, à adapter ses émotions. Il y a des coupures de relation lorsque la maman repart dans ses pensées, il y a une petite fille qui n'arrive plus à faire de sa mère sa "base de sécurité", comme le décrit la théorie de l'Attachement.
Ces micro-carences, tous les jours, depuis des mois, aboutissent à une véritable carence affective chez la petite, entrainant du coup, le retard psycho moteur, le retard de developpement (on décrit des nanismes psychogènes chez l'enfant lorsque les relations mere/enfant sont perturbées).

 

Je suis là en spectateur. Mes messages semblent glisser sur la maman de Victorine. Elle promet de revoir son psychiatre. Elle redit qu'elle se sent tellement fatiguée, mot qui doit être le seul qu'elle arrive à utiliser pour dire "pas bien" ou "dépressive".
Je me sens mal car Victorine aime sa mère, sa mère aime Victorine, mais la pathologie de la maman (shizophrénie évoquée par son médecin traitant ?) fait que la relation n'est pas satisfaisante avec sa fille au final. Avec de lourdes conséquences.
Que faire ? C'est la question que tout le monde se pose. Placer l'enfant ? Et détruire ce lien d'amour qui est là pourtant ? La laisser avec sa maman et l'aider un maximum. Comment ?

Je n'arrêtais pas en consultation de penser à cette chanson de William Sheller. Maman est folle

 

25.03.2009

Pré Burn-out

Oui c'est clair que j'aurai être du être plus calme. Plus professionnel.
C'est vrai, on attend quoi d'un vrai psy hein ? Qu'en toutes circonstances, il reste imperturbable et fasse "hmm hmm" en hochant la tête, quoi que vous fassiez/disez, comme s'il saisissait tout le sens caché de vos faits et gestes.
Ouais, j'aurai du dire "hmm hmmm" d'un air pénétré, ça aurait été vachement plus professionnel.
Mais bon, je suis pas très bon pour les "hmm hmm" de toute façon et j'ai du rater le cours à la fac sur les hochements de tête d'un air pénétré, zut, c'est balot quand même.

C'est clair que j'aurai pu me dire aussi que sa colère n'était pas dirigée spécialement contre moi. Elle vit une situation compliquée, cette mère de patiente, elle a une anxiété importante, et si on ne répond pas tout de suite à son anxiété, elle a tôt fait de se transformer en colère. Contre moi, ce jour là. Mais ça aurait pu êre un autre.
Alors comme tout bon psy, j'aurai du lui demander ce qui lui faisait peur à ce point, car derrière toute colère, se cache une peur qui s'ignore.
Mais non zut, j'ai pris sa colère au premier degré et je l'ai envoyer balader.
J'ai même été franchement sec.

Faut dire, elle est mal tombée, sa colère.
Après une journée passée à courir partout dans les services (pour cause de collègue en arrêt non remplacée), après que le chef de service vienne me demander d'ouvrir une nouvelle consultation alors que je n'arrive déjà plus à répondre aux demandes actuelles, après une réunion houleuse où il a fallu préciser à l'étonnement général que non, le psy, il était pas là pour jouer, dessiner ou chanter avec les enfants du service, non madame le medecin, je vous jure, y'a des animateurs pour ça (si si il a fallu que je précise ça !!) , ...Bref, après une journée merdique au possible à ne pas m'en sortir de tout ce que j'avais à faire, ce n'était pas le bon moment, vraiment pas, pour venir m'attendre et m'agresser verbalement à la sortie de mon bureau.

Me dire que j'avais promis de la rappeler et que je ne l'avais toujours pas fait, que c'était inadmissible et non professionnel (j'avait eu le droit à 15mn de pause le midi, juste de quoi m'enfiler un sandwich et basta...Alors rappeller les patients, c'était mission-pas-possible)
Me dire que ca démontrait que je ne la prenais pas au sérieux, que je n'en avais rien à faire. Me menacer de porter plainte (pour délit de non coup de fil ???) parce que je l'ai laissé sans aide (euh...Je vous ai vue en rdv il y a 48H, je vous ai rappelé encore chez vous ensuite.. J'ai tenté deux fois déjà de vous dire que ce qui vous faisait peur pour votre fille n'était pas si grave que vous le craigniez...Mais non j'avoue, j'ai pas rappelé aujourd'hui...)
Non, me dire tout ça après une journée de merde, même le psy, il craque. Et il dit stop.
Il dit qu'il est désolé, mais qu'il a eu UN PEU de travail,  il dit qu'elle peut porter plainte si ça peut lui faire plaisir, que ça fait plusieurs fois qu'il lui explique les choses mais que décidemment, elle n'arrive pas à l'entendre, qu'il dit au revoir parce qu'il n'aime pas tellement se faire crier dessus et qu'il préfère en rester là.

Une patiente de moins. Ben ouais, mais en meme temps, mon reste de conscience professionelle me dit que j'ai merdé. Là j'étais tellement au taquet que je n'ai eu qu'une envie, me protéger, me blinder face à sa colère et l'envoyer paître.
Et mon coté raleur me dit que merde,l'hopital à me faire travailler comme un dingue, tout seul là où il y avait deux psy auparavant, me met sur les nerfs et que c'est pas totalement de ma faute, hein m'ssieur le juge ?

Pis de toute façon, j'avais même pas eu le temps d'avoir une pause café de toute la journée. Mais moi j'suis désolé, sans café, je suis de mauvaise humeur. Voilà.

Seulement j'en suis à me demander maintenant : je la rappelle ou je la rappelle pas ?
J'estime que j'ai été patient et qu'elle n'avait pas à m'agresser et que basta.
Ou j'estime que c'est mon rôle d'etre aidant et accompagnant, que sa colère fait partie du processus,  et je la rappelle.
Ouais, et ben à cette heure, je sais toujours pas.

NB : ca sent mauvais quand on commence à rapporter à la maison les situations du boulot et à y réfléchir encore...

19.03.2009

Soirée Psy (bis)

Après ma note d'hier "Soirée Psy", je vois que la plupart des soignants partagent les mêmes désagréments.

Ceci dit, je voulais tout de même préciser que ce n'est pas le fait qu'on me parle de psy qui me gêne. J'aime ce domaine, c'est mon métier, ça me plait d'en parler. Ça ne me dérangerait pas si au détour d'une soirée, quelqu'un vienne me parler de tel ou tel thème en psychologie. Ou me demande comment je fais à l'hôpital face à tel problème.
Je veux dire, c'est ma spécialité, c'est normal qu'on m'en parle, que je puisse aider ou aiguiller. Pas de souci. Je suis un psy, je peux répondre.

Non ce que je voulais ajouter surtout , c'est apporter une nuance de taille à ces personnes qui viennent me voir dans les soirées: oui je suis UN psy, mais je ne suis pas VOTRE psy.
Je trouve cela d'une indécence incroyable que de m'exposer votre vie privée. Ca me gêne. Je ne sais pas quoi en faire, moi, de toutes ces révélations. Ca m'ennuie, car c'est une avalanche de douleurs, de plaintes, de secrets qu'on me renvoie alors que j'aspirais à un peu de quiétude, de rigolade avec des amis.
Je ne VEUX PAS connaître les secrets de tout le monde désolé.
Et je dirai même pire, et tant pis si ca passe comme très égoiste : je ne VEUX PAS aider tout le monde. Non. Je refuse d'etre considéré comme celui qui peut aider tout le monde tout le temps. J'aide les gens avec tout le sérieux et le professionnalisme possible, mais c'est dans mes heures de consultations. Point. En dehors, je redeviens Monsieur tout-le-monde et j'ai aussi le droit d'être léger, de penser à moi, ma famille, mes amis.
J'ai comme l'impression que pour certains, être psy (ou soignant, médecins, infirmières ou autre), c'est un sacerdoce : on est psy tout le temps, on se doit de répondre tout le temps. Mais non, zut, si j'avais eu envie d'aider tout le monde tout le temps, alors je me serai inscrit dans une association humanitaire et j'aurai donné tout mon temps et toute mon énergie aux autres.
Mais seulement moi, je ne peux donner et aider que si j'ai à côté des bases solides. Ma famille est la première. Avoir du temps pour moi aussi. Voir mes amis.
Je ne m'imagine pas me sacrifier corps et âme à l'aide des autres tout simplement parce que je ne tiendrai pas longtemps comme ça. J'ai besoin d'un équilibre fort  à côté.

Voilà pourquoi cela m'agace de me sentir comme ça presque pressuré, harcelé par les demandeurs... Mais c'est la même chose au boulot...
Je vais dans la salle café me détendre entre deux patients (et être psy à l'hôpital, je vous laisse imaginer comme c'est drole et léger), et là, il n'est pas rare qu'une infirmière, une auxiliaire, etc...me tombe dessus et commence par : "toi qui est psy, dis moi..."... Et là j'ai le droit à tout de sa vie privée, problèmes de couple, d'enfants...
Stooop ! Est ce que je pourrai conserver un tant soit peu de relations normales avec les gens ? Est ce que j'ai le droit de ne pas tout savoir des problèmes intimes de chacun ? Est ce qu'on ne pourrait pas discuter des actualités, du dernier film ou de la dernière anecdote rigolote du service ??

Il n'y a pas longtemps, je prenais 15mn pour manger un sandwich en vitesse quand une secretaire m'apercoit, vient discuter...Et en cinq minutes, alors que je la connais à peine, elle m'avait tout expliqué de son cancer du sein d'il y a 5 ans, le décès de sa fille d'une mort subite, sa dépression, ses soucis avec son fils ainé... Finissant par "ah ca m'a fait du bien de t'en parler", et me laissant ensuite là comme un imbécile, avec mon sandwich entamé, ma pause bousillée, et ma colère réfrénée parce que je n'ai pas su  dire non et me protéger un peu.

Heureusement qu'avec ma famille et mes amis, on peut avoir des relations normales ! Sinon je crois bien que c'est moi qui finirai par devenir fou... Je vais finir par croire que c'est normal de parler de problèmes conjugaux, sexualité, deuils avec quelqu'un que je viens à peine de rencontrer.

"Bonjour Spyko je te présente mon amie Caroline
"Ah bonjour Caroline. Le moral ça va ? Votre mari ne vous trompe pas ? Pas de maltraitance dans l'enfance ? Sure ? Sinon on en parle, là, tout de suite, pas de souci hein"


Voilà, c'était mon coup de gueule de ce soir. Et ça fait sacrement du bien.
Comment ça,  je ferai mieux de râler en vrai plutôt que sur un blog ? Mais c'est thérapeutique aussi, un blog, môssieur. Et là, je me sens super mieux. Si, si. Juré. Merci de m'avoir écouté.

(La prochaine fois, un thème plus sérieux et plus calme, promis)

18.03.2009

Soirée Psy

Si il y a bien un truc qui m'ennuie, c'est lorsqu'on me demande ma profession dans une soirée où je ne connais pas grand monde.
9 fois sur 10, au mot de "psychologue", quelqu'un s'approche vers moi et me dit "Psychologue ! Ah j'adore la psychologie !".

Ca pourrait être bien, remarquez, quelqu'un qui adore la psychologie et avec qui je puisse en discuter. Je n'aurai rien contre. Non le souci, c'est lorsqu'on me dit qu'on aime la psycho, c'est plus souvent que la personne veut me parler de SES soucis à elle.
Ca, je le sens venir gros comme une maison... Et souvent ça finit en :
"Ah ben je suis contente qu'on se soit rencontré alors, je me pose plein de questions sur moi, je pensais consulter d'ailleurs. Ca t'ennuie pas si je m'assois à côté de toi pour le repas ?".

Gloups. Et voila. Bing. Une soirée complète à écouter les malheurs d'une ou un quasi inconnu.

Ce n'est pas que je sois anti social, loin de la. Ce n'est pas que je refuse d'écouter les soucis : si mes amis ont des soucis, je serai le premier à les appeler et à vouloir les soutenir. Mais je parle de mes Amis, pas d'inconnus ou de vagues connaissances qui, d'un coup, en entendant "psychologue", vont mettre leur pudeur et la décence au placard et vont me débiter leurs malheurs, leurs secrets pendant une soirée où je venais plutôt me détendre...
Je ne suis pas l'abbé Pierre de la psychologie ! Ce n'est pas inscrit sur mon front "24h/24 et 7j/7" !!
Je pense que je donne assez toute la semaine pour avoir le droit à une soirée normale, avec des discussions normales et un minimum de détente.
Mais non, pour certains pris dans leurs soucis, je peux tout entendre, tout le temps...

Et si je dis ça, croyez moi, c'est loin d'être anecdotique. C'est souvent dans les soirées où je suis accaparé, où je vois le petit sourire que me fait ma femme dans un coin dans la pièce, genre "aie, je suis désolée pour toi...!". Et j'ai le douloureux sentiment de me trouver pris au piège...

Alors j'ai quelques petits pirouettes pour m'en sortir genre : "Ah tu sais, moi, c'est plutôt la psychologie de l'enfant ma spécialité".
Ou quand la personne pousse le bouchon un peu loin, je fais un peu dans la provoc en racontant ce que je fais à l'hopital, que je gère des enfants malades, ou en fin de vie, des enfants maltraités, des familles éplorées... Alors, ça fait des "Ah" et des "Oh" et du coup, les plaintes de ma voisine ou voisin deviennent un peu incongrues par rapport à cela...

Mais j'avoue ne pas comprendre ce manque de pudeur de gens qui ne me connaissent pas et sont prêts à tout me raconter comme ça de leur vie, de leur couple...
Une collègue à moi, psy aussi, avait eu dans une soirée une superbe répartie qu'elle m'a racontée :
une voisine de table apprenant qu'elle était psy lui dit que ça tombait bien et qu'elle aurait plein de choses à lui raconter sur ses soucis pour avoir son avis. Et ma collègue lui a répondu :"Et si j'étais gynéco, tu me demanderai un examen là tout de suite sur un coin de la table ?"

Eh eh... (Désolé Thétys, mais ca me fait rire quand même).

Bref vous l'aurez compris, j'adore mon métier, mais je suis psy à temps partiel, pas 24h/24.
Quant à mes amis, je suis heureux de les écouter et sincèrement là pour eux. Mais d'une oreille amicale et chaleureuse, et pas neutre et professionnelle.


17.03.2009

T2A mon amie

Pour ceux qui l'ignorent encore, l'hôpital est en pleine restructuration.
En deux mots, autrefois, les services disposaient de budgets votés une fois pour toutes .
Maintenant, c'est différent : toute l'activité auprès des patients doit être "cotée" et l'hopital ne sera payé qu'en fonction de son activité.
Seulement, il y a des patients, des pathologies plus "lucratives", mieux remboursées par l'état que d'autres.
D'où des débats sans fin au sein de l'hôpital autour de cela. Savoir au final s'il faut favoriser telle ou telle hospitalisation. Porter tel ou tel diagnostic...

Dernièrement j'ai assisté à une réunion d'harmonisation (quel joli et doux nom, n'est ce pas), pour toute la tarification des problèmes psychologiques, au sens large.
Je ne sais pas comment j'ai fait pour ne pas vomir... En effet, les discussions ont portés sur les différents troubles et leur remboursement.
S'apercevant que les troubles alimentaires dont l'anorexie étaient très bien remboursés, certains médecins en ont conclu qu'il faudrait activement rechercher tout trouble alimentaire auprès des patients "psy" pour pouvoir coter "anorexique" et non pas "anxiété" par ex., beaucoup moins bien remboursée. Et bling (bruit des pièces qui tombent dans la machine à sous).
Je vois d'ici la tête des mes entretiens. "Oui, je comprends votre anxiété. Mais vous n'avez pas du mal à manger ces derniers temps ? Vous êtes sur ??? Allez, il y a au moins un repas que vous avez eu du mal à avaler non ? "

De même, on m'a fait comprendre que certains patients que je voyais étaient fort peu rentables, à moins que, ô magie, je ne me décide à leur trouver un trouble alimentaire, une dépression ou une maltraitance qui justifierait alors d'un remboursement de l'Etat beaucoup plus avantageux (bling, bling)
Mais il y a pire, toujours pire dans l'ignoble : dans les maltraitances, la maltraitance "psychologique" est beaucoup mieux remboursée que la maltraitance physique. Mystère des cotations. En tout cas, il serait bon que le psychologue que je suis puisse diagnostiquer un peu plus de maltraitance psy,voila les conclusions. Et qu'on m'envoit aussi les maltraités physiques pour que j'y trouve des traces de  séquelles de maltraitance bien mieux remboursées...Comme ça, on pourrait cocher la bonne case.
(bling bling bling)

Certaines activités que je propose auprès des patients deviennent indéfendables car peu rentables. Au revoir les enfants, allez pleurer ailleurs, désolé, ça ne rapporte pas assez... En libéral, vous trouverez bien un psy pour vous accueillir. Comment ça c'est cher ? Ah mais ma brave dame, il faut savoir ce qu'on veut...
On me demande "d'ajuster" mes diagnostics pour faire ressortir sur le dossier du patient des critères et des pathos plus rentables. Si je pouvais trouver celui là un tant soit peu anorexique, et celui-ci un tout petit peu plus maltraité, sur, ca ferait mieux sur le bilan de fin d'année. (bling bling bling)

Bientôt, et ça j'en suis à peu près certain, nos chers administratifs vont calculer que vu le remboursement  d'une dépression par ex., le patient aura le droit à trois entretiens de 32 mn 43 sec et pas davantage. Bientôt on va m'engueuler car j'aurai pris deux heures avec une famille éprouvée et que la consultation n'est remboursée à l'hôpital que sur une base de 45mn.
Je ne rigole pas hein. Il y a quelques temps, j'ai eu une vision très surréaliste en arrivant dans un de nos services : quelques infirmières portaient autour du cou un chronomètre.
Je m'étonne et leur demande le pourquoi : on leur avait demandé de noter pendant plusieurs jours le temps passé à faire tel ou tel acte infirmier. Afin de calculer un "temps moyen" pour une prise de sang par ex ou un changement de perfusion.
Magnifique non ? A terme, cela voudra dire que l'on va calculer que l'infirmiere met par ex. 5 mn 30 pour une prise de sang. Qu'elle se fera engueuler si elle ne fait pas tant de prise de sang par jour.
Que le gamin pleure, ai besoin d'être un peu rassuré, que la famille pose des questions sur les examens, on s'en tappe. 5mn 30 et basta. Allez pleurer ailleurs, ce n'est plus remboursé chez nous.

Bientôt vous verrez, je dirai à mes patients "bonjour vous avez 32 mn pour me parler. Pas une de plus. Vous êtes prêt ? A vous.". Et je pourrai conclure l'entretien par "c'est fini. S'il vous plait. Arrêtez de pleurer maintenant...Non je ne vous écoute plus, ce n'est plus remboursé. Sortez, je vous dis".

J'aime quand l'Etat m'aide à être plus efficace et plus rentable...
Tiens, je crois que je vais aller revomir un coup là.


11.03.2009

Dire les choses

C'est parce que je viens de lire cette note chez Blog de Psy que je me suis fait quelques réflexions.


Réflexions que je me fais souvent autour de la mort et du tabou qui s'instaure autour de cela.
Qu'est ce que je peux voir en consultations comme familles qui n'osent pas parler de la mort à leur enfant, qui cachent, qui parlent à demi mots, par métaphore, à peine...
"Il ne peux pas comprendre", "je ne peux pas lui dire ça quand même !", "je ne veux pas lui faire de la peine".

Les situations sont quelques fois terriblement extrêmes.
Telle cette petite fille de cinq ans que je vois en consultation. Qui me parle de "Papi" qui lui manque. "Il est en voyage. Depuis longtemps. Maman elle dit qu'il ne reviendra peut être pas".
Et elle était malheureuse cette petite fille. Quoi, son grand père qui l'aimait était en voyage, mais ne l'appelait pas ? Ne lui donnait aucune nouvelle. Ne reviendrait peut être même pas ? Quelle tristesse au fond d'elle, ainsi ce grand père ne l'aimait pas vraiment alors pour si peu se manifester.
Moi cette histoire m'avait fait tilt quand meme. J'en parle à la maman. Elle change de couleur.
"Euh...Son grand père en fait.... Il....Il n'est pas là parce que...Enfin....

Je devine. Mais ce qui est terrible c'est qu'à aucun moment, la maman n'arrive à dire LE mot. Elle tournera autour, longtemps mais jamais elle ne le dira : il est mort.

Mais quelles sont ces peurs... Nous vivons dans un univers tellement protégé, aseptisé, nous essayons de protéger nos enfants de tout, à tel point que nous n'arrivons plus à leur dire que la mort fait partie de la vie ?
Autrefois, pas de mystère, à la ferme, les animaux mourraient, naissaient sous les yeux des enfants. Quand le grand père décédait, on faisait une veillée dans la maison.
Attention, je ne dis pas que c'était super rigolo et qu'il faut refaire pareil. Mais simplement, la mort n'était pas tabou.

Alors que maintenant. Il ne faut pas dire aux enfants que grand père est mort. Vite on envoit le mourrant agoniser à l'hopital loin des yeux de tous. On en parle pas aux enfants.

"Il va être trop triste". Mais oui, mais la vie est aussi faite de moments tristes. C'est tout, on ne peut pas faire autrement. Et ce n'est pas en se mettant des oeillères que ça ira mieux. Oui la mort est triste, mais oui aussi, ce sera beaucoup plus facile de la vivre en parlant, en vivant cela ensemble, en famille...

"Il ne va pas comprendre". Ah bon ? Parce que nous adultes, on y comprend quelque chose à la mort ? Laissez moi rire. Devant la mort, on est comme tout le monde, on a peur, on ne sait pas, on se demande...

Encore une fois, je  l'ai déjà écrit ailleurs, l'adulte qui ne veut pas parler de la mort à son enfant cherche surtout à se protéger lui. Voir son enfant triste serait insupportable. Lui dire la mort de l'être aimé, c'est comme si on devenait le responsable de sa tristesse, alors on recule, on hésite, on temporise.

Mais comme je le dit souvent aux familles : que va comprendre l'enfant si on se tait ? Maman a changé de tête, elle pleure, papa ne parle pas, les adultes se font des confidences tout bas à table, on ferme la porte quand le téléphone sonne. Mais que se passe-t-il dans cette maison ? Ce n'est pas angoissant ça peut être ?? De voir tout ceux autour de nous devenir sombres et mutiques ? Sans rien y comprendre ?

Alors je dis toujours aux familles qui me demandent comment annoncer la mort d'un proche et s'il faut le faire : oui, il faut le faire. Le plus tôt sera le mieux. Ca ne sera pas moins difficile demain ou après demain.

L'enfant a compris que quelque chose se passait et plus on lui dit vite, plus vite il comprendra. Bien sur il sera triste, on n'a pas de moyen de rendre heureuse une mauvaise nouvelle.
Mais si il sait, alors à partir de ce moment, il pourra poser des questions, demander de l'aide, un calin, un réconfort, alors il pourra lutter.
On ne peut pas lutter contre un ennemi sans visage, latent, invisible.
Et je dis toujours aux familles "employez les bons mots : il faut à un moment dire le mot "mort", il n'ya que comme ça que l'enfant pourra poser des questions si il le désire". On ne peut pas rester sur des métaphores comme "il est monté au ciel", "il s'est endormi pour toujours" que l'enfant risque de prendre au pied de la lettre.

Pour moi, je ne parle pas de la mort sans cesse à la maison. Mais quand le père de ma femme est décédé, nous l'avons tout de suite dit aux enfants. Nous leur avons demandé de penser à tous les bons moments qu'ils avaient partagés avec leur papi, nous leur avons dit que nous étions tristes.

Quelques fois, ils viennent nous en reparler. Gaiement. Quelque fois plus tristement. Mais au moins, la parole circule.

La semaine passée, ma fille a voulu mettre des fleurs sur la tombe de son grand père (elle entendait sa grand mère en parler). Elle l'a fait, sans tristesse de sa part, comme une façon de faire un coucou à son grand père.Et je suis assez content finalement que les choses se passent ainsi pour elle...

 

09.03.2009

Y'a des jours

Y'a des jours où j'ai envie de râler, j'y peux rien, ça fait du bien. De toute façon, mieux vaut que ça sorte non ? Plutôt que je n'assassine un patient par exaspération dans les prochains jours...

Bref, la semaine passée, tranquillement en consultation avec un petit patient. On frappe. Le chef de service entre dans mon bureau.
Généralement, quand même, les gens, lorqu'ils voient que je suis en entretien, s'excusent et reviennent ensuite.
Mais là, non. Il entre. Déjà ca m'agace passablement.

Pour me parler d'un patient, le tout devant mon patient à moi qui n'en perdait pas une miette (le secret médical ? Mais c'est quoi c'te chose ???)
Gentiment (c'est le chef de service quand même !), je lui propose de passer le voir en fin d'apres midi pour reparler de tout cela "au calme". Mais non, le bougre continue sur sa lancée... Je me contiens....
Pour finalement me demander pour son patient un RDV urgent. Mais vraiment urgent me dit-il.

Alors "vraiment urgent," ça veut dire que, depuis quelques mois, comme ma collègue est en arrêt, je gère le service, pour les soucis psy, tout seul alors qu'on était deux auparavant. Ce qui veut dire que ma disponibilité s'est envolée et mes RDV disponibles repoussés aux calendes grecques.
Donc voilà, le chef de service m'explique donc que c'est une vraie urgence (sous entendu : ca valait bien la peine que je te flingue un entretien non ?).
Désespéré de me faire entendre, je lui file le premier créneau que je trouve sur mon agenda pour qu'il me fiche la paix, moi et mon patient.
Ouf.

Et le rendez vous "urgentissime" était cet apres midi. Une ado. Sympa, la jeune fille, je ne lui en veut pas : polie, réflechie, beaucoup d'introspection, consultation intéressante..Mais..Mais...Mais...
L'urgentissime raison qui fait que Môssieur le chef de service entre dans mon bureau, réclame un rdv de suite pour SON patient c'est que...La demoiselle est en conflit avec son petit ami.... Peine de coeur. Elle voudrait rompre, elle n'ose pas, elle est perdue...

Arghhh...
Waouh, quelle urgence...


Quand je pense qu'à coté de ça aujourd'hui, j'ai géré une tentative de suicide, une suspicion de maltraitance, une ado en refus de soin...Je me dis que l'urgence est décidemment toute relative... Bousculer mon planning pour une peine de coeur, tout de même... Bon ok, je l'ai un peu aidée quand même, cette ado (allez,  du positif quoi !!!)


Quant au respect par le médecin de ma consultation, n'en parlons pas.... On s'imagine qu'on peut interrompre un entretien sans souci et que je reprendrai surement avec l'enfant EXACTEMENT là où j'en étais avant. Pas de souci.
Mais c'est impossible...On perd tout de l'émotionnel, de l'intensité qui s'est crée. Plein de choses ne sont plus "reprenables" ensuite.
Vous m'imaginez dire au patient "alors on en était où ? Ah oui, vous pleuriez en me disant que vous alliez me parler du décès de votre mère. On peut reprendre là ? Ok ? Allez y, repleurez...On y va , à vous maintenant.".
Sans commentaire.

Bref, maintenant, vous le savez, SOS peines de coeur, c'est moi. N'hésitez pas, je bousculerai mon agenda pour cela...
Si je me mets à recevoir en urgence tous les ados qui se sont fait plaquer par le petit copain ou la petite copine, je vais pas chômer moi...!