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04/11/2010

Dépistage précoce

Dans un rapport remis au gouvernement, Jean-Marie Bockel propose de dépister précocement, vers 2/3 ans, les troubles du comportement.
( ici et )
Ce ne serait pas dérangeant si ce dépistage précoce n’était pas en filigrane mis en lien avec l’idée que ces enfants sont à risque de devenir de futurs délinquants.
Ceci rejoint d’ailleurs la très critiquée étude de l’INSERM sur les troubles de conduites précoces des enfants.

J’insiste cependant, le dépistage précoce est important, voire fondamental pour ne pas se laisser développer des troubles. Il faut sensibiliser les intervenants de la petite enfance, créches, écoles, nounous, et parents, au repérage précoce de troubles psychiques. Et donner de l’information sur les aides et les professionnels qu’on peut trouver. C’est indispensable.
Par contre, là où c’est gênant et très peu éthique, c’est l’aspect PREDICTIF de ces diffèrents rapports, qui laissent sous-entendre qu’un trouble du comportement précoce est signe d’un futur délinquant, en tout cas d’un futur enfant à problème.

Le libre arbitre existe-t-il ? Sommes nous maîtres ou pas de notre destinée ?
Tout est il déjà tracé à deux ans ? La psy serait elle de la pure fumisterie si tout est joué d’avance ?
Evidemment que je ne suis pas d’accord avec cette vision des choses ! On se croirait revenu aux conceptions du XIX ème siecle, où les enfants « à problème » issus des classes modestes étaient forcément de « la mauvaise graine », qu’il fallait rééduquer, et encore, si on avait la chance d’y arriver, parce qu’avec « ces enfants là », le mal est inscrit en eux.
Au XIXème, vous ne deveniez pas délinquant à cause de la misère dans laquelle vous étiez né. Non, on considérait que pour certaines populations, le mal était atavique, ils le portaient en eux dès la naissance, comme une mauvaise graine. Et s’ils étaient misérables, c’était parce qu’ils ne voulait pas s’en sortir. Ils l’avaient bien cherché.
Or, si on nait « mauvais » et qu’on reste « mauvais », on ne considère plus la nécessité de soins psychiques. Puisque ca ne changera rien. Non, on enferme, on punit, on parque, on isole. Comme au XIXème.

Veux-t-on vraiment en revenir là ?….

Je ne sais pas en détail ce que disent ces rapports, cependant il faut toujours se méfier des messages prédictifs par rapport à une population.
Rien n’est plus compliqué que la psyché humaine, et quant à savoir comment va évoluer un individu, cela implique tellement de variables (évènements de vie, rencontres, traits de personnalités, histoire familiale), que cela me semble difficilement modélisable.

Il y a souvent dans là dedans des erreurs conceptuelles, des erreurs de raisonnements.
Quand on dit dans ces études que les troubles du comportements de l’enfant de deux ans sont à risque, susceptibles de devenir délinquants , c’est parce que probablement, on a fait une étude rétrospective : c’est à dire qu’on prend une population de délinquants adultes et on cherche, en arrière dans leur histoire, si ils ont présentés des troubles étant enfants.
Alors, avec cette façon de faire, on peut y aller : oui, on va trouver qu’une majorité de délinquants avaient des troubles étant petits. C’est presque certain. Famille recomposées, difficultés sociales et/ou éducatives, troubles psychopathologiques associés…

Mais il faut faire attention : ce n’est pas parce que des adultes délinquants ont souvent dans l’enfance présentés des troubles du comportement, que TOUS les troubles du comportement chez l’enfant donneront des délinquants.
Ca ne marche pas dans les deux sens.

Je m’explique.
Si je vous dis : la majorité des mécaniciens sont des hommes, vous me dites ok.
Si je prends le raisonnement à l’envers et que je vous dis : donc, ça veut dire que les hommes deviennent en majorité mécaniciens, vous vous dites que ça ne marche plus.
Le groupe des « hommes » impliquent d’autres sous groupes (les boulangers, les policiers, les psychologues – même s’ils sont peu nombreux en tant qu’hommes), c’est un groupe beaucoup plus large que le sous groupe « mécano ». Tous les hommes ne sont pas mécanos, même si la plupart des mécanos sont des hommes.
Ok ?

Donc lorsqu’on dit : la plupart des délinquants ont présentés des troubles du comportement étant enfant, c’est probablement vrai.
Mais si on fait le raisonnement inverse : la plupart des enfants qui présentent des troubles du comportement risquent de devenir délinquants, là c’est de la généralisation abusive.
Dans le groupe des enfants à troubles du comportements, certains s’amélioreront, d’autres pas. Parmi ceux là, certains arriveront tout de même à s’insérer correctement dans la société.
Et ce n’est qu’une petite frange des anciens enfants à trouble du comportement qui deviendront délinquants.

Donc attention aux études retrospectives…. Ce qu’elle disent dans un sens (qu’un trouble A dans le présent est corrélé à un trouble B dans le passé) ne marche pas dans l’autre sens (ce trouble B aujourd'hui  ne donnera pas toujours le trouble A demain ).
(Les bloggueurs ont tous acheté un ordinateur dans le passé – Tous ceux qui achètent un ordi deviendront bloggueurs ???)

Il faudrait pour avoir plus d’éléments faire une enquête prospective : c’est à dire dans un grand laps de temps, suivre des enfants présentant des troubles du comportement. Les suivre pendant 20 ans. Et voir au final, une fois adultes, quelle proportion est devenue « délinquants ». (d’ailleurs il faudra s’accorder sur ce qu’on fait rentrer dans la définition du déliquant, le consensus n’étant pas facile à mon avis)
Or ce genre d’étude, c’est extrêment long et plus compliqué à faire qu’une étude rétrospective où il suffit d’aller interroger une population témoin.


Enfin je terminerai en m’étonnant…. Beaucoup.

Ce gouvernement veut dépister précocement les troubles du comportement. Très bien.
Mais pourquoi dans le même temps, est-il en train de supprimer les RASED (et encore là aussi)  (Rased : les aides psycho-éducatives au sein des écoles).
Les psys scolaires, les rééducateurs scolaires sont en train de disparaître, par volonté gouvernementale.
Or, on veut dépister davantage les troubles.
Ok, mais on en fait quoi des enfants à risques qu’on a dépisté ? On les adresse où alors ?

C’était pourtant bien d’avoir des intervenants au sein de l’école, qui pouvaient eux aussi repérer précocement ET en même temps, prendre en charge précocement.
Si ils ne sont plus là, il faudra se diriger vers les CMPP ou les centre médico-psychologiques, qui sont déjà surchargés à l’heure actuelle.
Ou évidemment, si vous avez les moyens, en libéral.

Mais ceux qui n’ont pas les moyens ? D’ailleurs, l’étude de l’INSERM doit sûrement montrer que les difficultés socio économiques sont corrélées avec les difficultés de comportement…
Les populations défavorisées devraient donc être au cœur du dispositif d’aide !
Or, pour elles, il n’y aura plus rien comme aide à l’école.
Aller au CMPP ?
Mais si vous n’avez pas les moyens, pas de véhicule, aller au CMPP s’apparente à une expédition ! Pour peu que vous habitiez la campagne, il faudra aller consulter à la grande ville. Comment sans voiture ? Mystère.
Et moi même qui consulte dans une grande ville, j’entends quelques fois ces familles sans trop de moyens me dire qu’elles ont fait 45 mn de bus pour venir me voir….
Supprimer les aides à l’école, ça veut dire que ces familles vont galérer pour faire suivre leur enfant, voire ne vont plus le faire du tout s’il faut traverser toute la ville et passer la demi journée en transport pour cela…

Quand je vois certaines collègues, en manteau de marque et voiture de sport, me dire « pfff cette famille là n’a même pas fait suivre correctement son enfant ! »…Ben oui, pétasse…. Quand on est mère seule avec trois enfants, pas de véhicule, qu’on doit traverser la ville pour aller voir le psy, le tout en devant être à l’heure ensuite pour la sortie de l’école des deux autres….
Ben on finit par ne plus le faire. C’est tout.
Et si il n’y pas de psy à l’école, tant pis alors pour le gamin…

Voilà l’ambiguïté de ce dispositif : mieux dépister. Mais en supprimant petit à petit les moyens de prendre en charge….

Alors... On fait quoi ?

 

Lien vers le collectif  Pas de zéro de conduite

03/11/2010

Soutien psychologique - 2

Difficile de définir ma pratique au quotidien, au sein d’un service de pédiatrie.
Ce n’est clairement pas une pratique psychologique « orthodoxe ».

La difficulté première est, le plus souvent, de travailler sans demande du patient (ce qui arrive néanmoins fréquemment en pédiatrie, où ce sont les parents qui sont demandeurs et pas toujours l’enfant et l’ado). Mais aussi, dans mon cas, quelques fois sans demande même de la famille.
Car la plupart du temps, ce sont les soignants et les médecins qui demandent mon passage auprès d’un enfant, au vu des soucis constatés (annonce de diagnostic, refus de soins, hospitalisation lourde à vivre, questions, soucis familiaux…)
Or, il arrive que ni la famille ni l’enfant n’aient envie d’une quelconque démarche psychologique, mais disent tout de même « oui » pour ne pas contredire ouvertement le médecin.

Je vous laisse imaginer les prémisses d’une consultation où personne n’a de demande à me faire hormis « C'est le médecin qui l’a demandé. C’est parce que mon enfant est malade, le médecin s’inquiète ».
Et où la famille passera toute la première partie de consultation à essayer de me prouver que « tout va bien », c’est à dire en filigrane poli « on n’a pas besoin de vous », "on gère".

Quel est mon rôle dans ce cas ? Suis-je un commercial de la psychologie ? Dois je montrer que je suis gentil/aidant/propre sur moi et que la psychologie, c’est trop fantastique-vous devriez essayer ?
Ben non … Tout bêtement, je me présente, je présente la demande du médecin qui m’a envoyé ici. Je dis que je suis à disposition. J’explique mon rôle dans telle ou telle pathologie de façon générale. Et je laisse les choses ouvertes pour la suite.
Ne pas brusquer. Laisser la demande émerger dans la tête de la famille et du patient, qu’ils y réflechissent et reviennent alors me voir avec une demande propre, des objectifs à eux.
Mais c’est difficile, alors que quelque fois derrière, la demande médicale est pressante : « oui mais il refuse son traitement, il faut que tu le voies ! »
Mais comment puis je travailler avec quelqu’un qui ne demande rien ?
Suis-je là pour faire « admettre » les prescriptions médicales ou faire changer d’avis une personne ?

Non, bien évidemment.

Donc premier point donc de ma spécificité : la demande et la difficulté de travailler sans.

Et second point, suite à l’article de Jack Addi, comment intituler mon travail ?

Ce n’est clairement pas de la psychothérapie. Ces patients, ces familles, pour la plupart, je les verrai durant leur hospitalisation et plus ensuite.
Quelques uns, suivis ici pour une patho chronique, seront revus à distance régulière, mais encore une fois, pas dans une fréquence hebdomadaire ou sur des objectifs psychothérapeutiques.

Pour moi, je fais de l’accompagnement, très modestement. Qu'on peut qualifier très globalement de soutien psychologique.

Lorsqu’on évoque le soutien psychologique, généralement,  c'est un concept flou, un peu fourre-tout.
Comme le disait Jack, c'est un peu "par défaut", une définition de l'aide psy qui-n'est-pas-une-psychothérapie.
C’est à dire avec l’idée fort confuse et fort globale que « parler ça fait du bien ».

Bien que ce ne soit pas tout à fait faux, c’est très limitatif et pas toujours vrai non plus….

Mais il est vrai que parler fait du bien, pour plusieurs raisons :

- ne pas rester seul face à ses soucis. Et lorsqu’on s’intéresse au stress, à l’anxiété ou la dépression, on sait que le soutien social perçu par le sujet est un critère pronostic favorable.
- libérer ses émotions : c’est l’abréaction, la décharge émotionnelle. Qui peut faire du bien à court terme, certes, avec cet effet libérateur. Mais qui non accompagné d’une parole, d’une mise en mot, n’aide pas à avancer beaucoup sur le long terme.
-aider à synthétiser les choses, aider à mettre des mots et du sens: car quelques fois, noyé sous les soucis, le sujet a l’impression d’être submergé.

Cependant, comme le disait Jack, si le soutien psy c’est ça, n’importe quel ami peut le faire autour d’un café et le psy, il ne sert à rien.

Je pense que ce soutien psychologique, offert par un psychologue, c’est plus qu’une discussion autour d’un café.
Le psy a travaillé sur lui, il sait rester neutre, objectif face à ce qu’on lui dit. Il comprend les éléments transférentiels et contre-transférentiels en jeu, ou en tout cas, essaie de les comprendre. Il sait rester à une juste place, respectueuse, aidante, ni trop froide, ni trop envahissante.

Le psy a travaillé sur les mécanismes de défenses et peut comprendre ce qui se joue au delà de ce qui est dit ou montré de prime abord.

Le psy peut faire du lien avec l’histoire familiale, l’enfance, des évenements entre eux.
Le psy connaît la psychopathologie et s’il repère des éléments diagnostics, il peut orienter la personne vers le psychiatre ou le pédopsychiatre au besoin.

Et j’ajouterai qu’à l’hôpital, le psy a un rôle à part, dans un service de médecine.
C’est le seul soignant « non soignant ». Il ne fait partie ni de l’équipe médicale, ni para médicale, il est « à côté » des autres soignants et par cela, mis dans une place plus neutre par le patient. Ce qui permet de libérer plus facilement la parole, sur les peurs ou griefs liés à l’hopital, la maladie, la famille…
Les autres soignants n’ont aussi pas toujours la formation adéquate ou simplement le temps d’écouter le patient…. C’est bien dommage, mais quand l’administration en est à minuter le temps moyen d’une prise de sang, vous vous imaginez bien que l’infirmière aura du mal à s’asseoir et prendre 20 minutes.
Le psy offre un espace à part, sans soin corporel, dans un temps sans urgence, une sorte d'espace transitionnel où le sujet peut essayer de se retrouver, comprendre et digérer ce qui lui arrive au milieu de cet hôpital source d'angoisse.

Pour moi, mon rôle est donc un soutien psychologique, mais pas juste une simple « écoute ».
En cela, c’est complémentaire du rôle de l’ami.
L’ami peut écouter, autour du fameux café, les confidences et les douleurs. Il pourra vous mettre la main sur l’épaule, vous emmener au ciné pour penser à autre chose ou vous payer un demi de bière. Ce que le psy ne fera pas.
L’ami ressentira très fort vos douleurs, quitte à en être atteint lui même (c’est la  « sympathie »,  « souffrir avec »).

Le psy lui vous écoutera aussi, mais en sachant rester à une place plus neutre. De ce fait, il gardera une objectivité plus grande face à que dira la personne. De même, le psy ayant travaillé sur lui, saura ne pas se laisser submerger par les émotion du patient. Parce que voir l’ami pleurer avec vous n’encourage certaiement pas à se livrer davantage. Le psy lui sera en empathie avec le sujet, essaiera de comprendre ce qu’il ressent et pense (empathie : « souffrir dans »), mais sans se laisser envahir.

Le psy ne prendra pas partie, comme le ferait l’ami. C’est quelques fois frustrant (pourquoi il ne me dit pas que j’ai raison, hein !! ?), mais c’est en cela qu’il peut nous aider à réflechir objectivement et voir les choses différement.
Le psy verra plus davantage dans ce qu’on dit ou ce qu’on montre que le premier abord. Et cela peut aider à comprendre ce qui ne nous est pas compréhensible.

Cela pour dire qu’un ami et un psy ayant chacun une place différente, le mieux, pour s’en sortir en cas de problème sérieux, c’est d’avoir les deux ;-)

Pour moi, le soutien psychologique n'est pas une sous-catégorie de la psychologie, ou de la sous-psychothérapie.
C'est une aide ponctuelle, généraliste je dirai.
Au milieu d'un service médical, je me sens quelques fois un peu comme un "généraliste" de la psycho. J'ai des bases en psychopathologie, en psychothérapie, en sciences cognitives, en psycho de la santé... Et je peux gérer "à chaud" tout type de situations. Et orienter au besoin vers le psy-spécialiste plus adapté ensuite, et plus pointu que moi dans un domaine particulier.

 

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02/11/2010

Soutien Psychologique - 1

Parus chez l'excellentissime Jack Addi (oui, il me paie pour dire ça), deux articles faisant suite sur "Le Soutien Psychologique".
Je les ai lus avec intérêt car très souvent mon travail s'apparente à ce fameux soutien psychologique et non à un véritable travail psychothérapeutique. D'ailleurs je ne me considère absolumment pas comme psychothérapeute.

Je vous les livre ,et dès que je trouve le temps, j'écrirai davantage sur ce que ça m'a inspiré. Notamment quelle est ma place de psy au milieu d'une équipe médicale.

Soutien Psychologique 1

Soutien Psychologique 2

01/11/2010

Surtout, rester calme....

Si il y  a quelque chose que je détestais au tout début de ma carrière, c'est qu'on me demande de faire des interventions orales, à l'hôpital ou lors de colloques à l'extérieur.
C'est que, pour moi, faire une intervention orale c'est un boulot monstrueux ! Comme j'ai peur de me planter, peur de paraître ridicule si j'oublie quelque chose ou fait une erreur, peur de ne pas savoir répondre aux questions, je prépare mon topo à fond... Mais à fond.
Ca veut dire que deux mois avant le topo, je commence à lire des bouquins, imprimer des articles, synthétiser, réflechir.... Je passe des plombes à rédiger mon truc, c'est une vraie horreur, car je veux que ce soit nickel, parfait, verrouillé et inattaquable...
Un truc de fou.

Alors vu le boulot que ça me demande, je ferais bien quelques fois de dire "non". Mais ça, c'est pareil, je n'y arrive pas. Je veux dire que ces interventions, ça fait partie de mon boulot, partie intégrante, je le sais, et dire "non" pour moi, ce serait comme ne pas faire vraiment mon boulot.
Et puis au fond de moi, une petite voix me dit "allez....T'es capable de faire ça hein ? Tu verras, ça va bien se passer"...

Bref. Autant dire que quand le fameux jour du topo arrive, je suis épuisé par deux mois de préparation et de lectures intenses, deux semaines de rédaction intensive, voire du powerpoint la veille pour corriger les dernières erreurs et peaufiner le tout.

C'est ainsi qu'il y a quelques années on me demanda de faire une intervention devant une association de malades, sur une pathologie dont je m'occupe au quotidien avec les enfants.
Je vous jure, j'avais fait un super topo. Sans me vanter, c'était pas mal. Je parlais de la culpabilité dans la maladie , où j'avais même fait des liens super intéressants avec notre culture judéo chrétienne, sa conception du péché et la maladie vue comme un péché.
La difficulté du parent, la difficulté de l'enfant, les difficultés de dialogue, les refus de soins, ....Bref, c'était du boulot, mais j'avais fait un exposé très bien, le tout sur powerpoint, car on me l'avait demandé sous cette forme.
Et j'avais passé du temps à chercher des illustrations (et des illustration quand on est psy, c'est pas simple.... Si t'es médecin, t'as des choses à montrer, mais psy, je montre quoi ? Un scanner du complexe d'Oedipe ? Des IRM de mécanismes de défense ?).

Le jour J arrive. Et à l'époque, c'était il y a une dizaine d'années, on n'avait pas encore toutes ces clés USB, j'avais gravé mon topo sur CD et j'étais venu à l'association avec le dit CD.
Mon tour arrive, je monte sur l'estrade, devant une centaine de personnes, je donne mon CD au médecin responsable de la journée, il le met dans l'ordi.
Attente.
Je souris à la salle. J'attends (c'est pas un peu long là à demarrer ?)
Je regarde le médecin qui trifouille son ordi.... Je souris à la salle (genre tout va bien, ne vous inquiétez pas....MAIS C'EST PAS UN PEU LONG A DEMARRER LA ????)

Une bonne minute s'écoule...Je suis toujours devant la salle et rien sur l'écran...Hmmm hmmm

Et là, le médecin se penche vers moi

"Il n'y a rien sur votre CD"
"Hein...? Quoi ?....Mais, si, il y a mon powerpoint, enfin !"
"Non...Rien...Il n'y a rien du tout...."

Je souris à la salle (Mais pourquoi mes jambes commencent à trembler, ça va pas non ?)

"Vous pourriez faire votre intervention sans le support informatique ?"

Hein ? Eh mais tu crois quoi, toi, que j'ai appris un topo de 45 min. par coeur.... C'est pas possible....Je peux pas le faire sans support !

"Je suis désolé", répète-t-il,  "je vois plus que ça....Il faut que vous improvisiez..."

Là, je tombe sur le sol, mort, et j'échappe à la honte qui va s'abattre sur moi et mes enfants sur 34 générations.

En fait, non. Je meurs même pas. J'ai un coeur solide. Pas de bol. Tiens, ça m'apprendra à faire du sport.  J'aurai du fumer et me gaver de Bic Mac, au moins, je serai tombé raide mort.

Je sais pas comment je vais faire quand soudain, un autre médecin, avec qui je travaille,  s'avance pour voir ce qui se passe. On explique.
Il hoche la tête et me dit "Ah...Ben on peut arranger ça..Tu te souviens, tu m'as envoyé ton powerpoint cette semaine pour que je le lise. Je l'ai dans mon portable. Ici."

Alléluia !!!!!

C'est ainsi que j'ai récupéré mon fichier. Fait mon exposé.
Et à dire vrai, le stress de l'exposé en lui même m'est apparu bien minime par rapport au stress qui a précédé.

Et maintenant quand je pars faire un exposé, j'ai DEUX clés USB. <
Et mon topo powerpoint imprimé avec moi au cas où.
Le premier qui dit "parano", attention ! 

Et le côté positif, c'est aussi qu'un exposé "normal" m’apparaît finalement plus aussi stressant après ça...

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24/10/2010

Thérapies entre amis

J'ai comme principe de ne jamais prendre en consultation des enfants dont je connais la famille. Que ce soit par relations amicales ou professionnelles.
Evidemment, c'est une position qui est rarement bien comprise.

Infirmière : " Ma petite de six ans se remet à faire pipi au lit...Je crois que c'est l'entrée en primaire... Tu voudrais pas la voir un peu pour nous aider ?
Moi "Et bien...Tu sais, je ne prends jamais en consultation des gens que je connais...C'est pas évident, ca fausse un peu tout quand on se connait et
Infirmière :"Mais je te dis que c'est l'école....Faut peut etre juste qu'elle arrive à t'en parler et ça ira mieux !
Moi "Oui mais si c'est pas que l'école et qu'elle veuille me parler, je sais pas, moi, de toi et ton mari, de votre relation ?....Ca me gêne moi !
Infirmière  "Oh mais on n'a rien à cacher
Moi "Peut etre.... Mais ce n'est pas simple si on connait les gens, tu sais...
Infirmière (vexée) "Ah ben c'est tout...On ira voir ailleurs...Quelqu'un qu'on ne connait pas...Ca aurait été plus simple ici...Mais bon...C'est tout...

Ma position n'est pas facile à tenir ! Ca ne me fait pas que des ami(e)s qui se sentent jetés, pensent que je refuse de les aider....
Mais pourtant, pour moi c'est clair.

En psychologie, le symptôme est rarement isolé, et compréhensible hors de son contexte.
Je ne peux pas traiter QUE l'énurésie suite à la rentrée scolaire. Tous les enfants entrant en CP ne refont pas pipi au lit. Donc pour cet enfant, il y a d'autres choses associées. Forcement plus personnelles ou familiales.

Or, je ne veux pas entrer dans l'intimité des mes collègues. Ca me gêne. Je n'ai pas de velléité de voyeurisme. Je ne veux pas tout connaître des soucis familiaux ou intimes des gens que je côtoie tous les jours.

De même les rares fois où j'ai conduit des entretiens où je connaissais la famille, je vois bien que je ne suis plus aussi professionel, je retiens certaines questions, que je n'ose poser, je suis parasité de par ce que je connais déjà des personnes, je n'arrive plus â etre neutre et objectif.
Difficile face à un couple de collègue de fouiller si il y a une bonne entente de couple, pas de conflits avec la famille ou la belle famille. Les voir pleurer face à moi et travailler avec eux le lendemain comme si de rien n'était.
Pour moi, d'un, au niveau professionnel,je suis moins "bon" face à des gens que je connais. Et deux, d'un point de vue personnel, je me sens voyeur, et ça me gêne dans mes relations à venir avec ces personnes.

Pourtant, malgré le fait que je refuse, quelques uns et quelques unes ont déjà fait jouer leurs relations pour avoir néanmoins un rendez vous avec moi alors que j'avais dit non!
Genre appeler directement ma secretaire sans avertir que j'avais déjà refusé. Passer par la surveillante ou le chef de service.
Ou se pointer directement aux urgences, avec l'enfant, parce que là je ne peux pas reculer.

Pourtant, que faire face à cet enfant de cinq ans qui refuse de manger. Et dont je sais que la maman, auxiliaire de puériculture chez nous, est anorexique. Je le sais, pas officiellement en plus, mais par "bruits de couloir". Forcemment que ça a un lien avec les soucis de son fils. Mais je lui dis comment "Tu serais pas anorexique au fait par hasard ?", "c'est vrai ce qu'on raconte sur toi ?"...
Or, j'ai tourné autour du pot ("des antécedents particuliers dans la famille ?", "L'alimentation pour papa et maman, y'a pas eu de soucis ?")....Et quand la maman me dit "NON", et que je sais que c'est "OUI", mais sans pouvoir dire comment je le sais.... Je fais comment ?
Voilà déjà un bel exemple de consultation partie sur de mauvaises bases.

Et cette infirmière qui me consulte pour sa fille. Petite fille qui ferait des colères et crises de pleurs. Et qui me rapportent des tensions entre ses parents. Et dont tous  les dessins et jeux tournent autour de la séparation, de la perte d'amour.
Mais jamais la maman n'a souhaité aborder sa vie de couple. A chaque fois elle est venue en consultation en blouse, entre deux soins, avec la petite amenée en voiture par le papa, que lui, je n'ai jamais vu. A chaque fois j'avais en face de moi la professionnelle et peu la maman. Je veux dire qu'elle ne se départissait pas de son rôle de soignante, mettant un grand frein à aborder tout ce qui pouvait être de l'intimité de la cellule familiale, restait contrôlée, très froide, "professionnelle"
Les symptomes de la petite oui, on pouvait en parler. La problematique familiale non. Je ne pouvais m'adresser qu'à la collègue et jamais à la maman qu'elle était, comme si tout était cloisonné pour elle. Et là idem. Je fais comment ? "Tu sais, si tu ne me parles pas de toi ou de ton couple, de ta famille, on n'y arrivera jamais".
Je n'ai pas osé, par peur qu'elle ne pense que je voulais etre voyeur par rapport à sa vie.. Gene du collègue en face de sa collègue. 

Et cette amie qui a voulu à tout prix que je vois sa maman "traumatisée" par un évenement grave et qui avait pas mal de symptomes de stress post traumatique.
Je me suis entendu dire "oui" pour aller voir sa mère, chez elle, parce que j'ai eu pitié de sa détresse.
Mais imaginez la scène... J'arrive : le pere, la mère, mon amie, son mari, leur enfant....Et je fais "l'entretien", dans la chambre de sa maman, avec tout le monde qui attend dans le salon.
Pour me dire "Et alors ?" dès que je repointe le bout de mon nez.
Pour que mon amie ne cesse de me demander ensuite "qu'est ce qu'elle t'a dit ? "
Imaginez comme c'est facile à vivre.

Et enfin, une fille d'une amie que j'ai accepté de voir il y a longtemps pour des vomissements cycliques, d'origine anxieuse.
Et à chaque fois que je donnais un conseil ou une suggestion, la maman ne voyait en moi que l'ami et pas le professionel et discutait tout : "ah non ca je ne veux pas". "Ca, ce n'est pas possible." 
Je n'avais aucune crédibilité... Elle voulait bien que je guérisse grâce à mes talents magiques sa petite mais surtout pas que je m'avise de donner des conseils. Car elle ne me voyait pas dans ce role là.

Je passe aussi sur certains soignants qui, travaillant sur l'hopital avec leur conjoint, me parlent de leur problemes de couples pour que je puisse en toucher un mot à l'autre quand je le verrais  "pour qu'il comprennne"...

Pour moi, mais ca n'engage que moi, je ne travaille pas bien si je connais les personnes. Je me mets des freins, l'autre ne me place pas en position de soignant, tout ce qui transfert et contre transfert est completement parasité...

Je botte en touche donc dans ce cas et comme je le disais, dans la majorité des cas, c'est mal compris. Les gens auraient préféré parler de leur souci à quelqu'un de connu, ce que je peux comprendre, ca semble plus simple.
Et j'avoue que pour le moment, quelque soit mon explication, ca ne passe pas....Ils ne comprennent jamais...
Si vous avez des idées.... 

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18/09/2010

Le Grand Manuel Secret De La Psychologie

Psychologue, en fait, c'est très surfait.
Il suffit de faire "je vous écoute", suivi de quelques "hmm hmm" bien placés, reformuler ce qu'a dit le patient, le renvoyer chez lui pour que ça mijote un peu en attendant la semaine d'après.
Et puis, surtout, il suffit de posséder le Grand Manuel Secret De La Psychologie.

Ah, ah, je suis sur que vous ne le saviez pas, mais tous les psychologues gardent jalousement dans leurs tiroirs le grand manuel secret de la psychologie. On leur remet à la fac, à l'issue de leur diplôme, dans une grande cérémonie secrète iniatique, genre que Poudlard et Harry Potter à coté, c'est de la gnognotte.
Cérémonie secrète donc, car personne bien entendu ne doit entre-apercevoir le GMSDLP (ouais, je commençais à trouver ça trop long de taper l'intitulé en entier à chaque fois). C'est dans ce GMSDLP que le psychologue tire tout son savoir, son pouvoir ancestral, son art de guérir, retour d'affection, réussite en affaire, problèmes d'érection, chance au jeu, réussite aux examens. Professeur Mamadou Spyko, à votre service.

Bref, je diverge. Pourquoi je vous parlais du Grand Manuel Secret de la Psychologie ?
Et bien, parce que, moi qui pensait qu'il était secret , le grand manuel secret, je m'aperçois que tout le monde est au courant. TOUT LE MONDE. Et ça en devient agaçant tout de même ! Tout le monde sait que je détiens le savoir absolu sur tous les symptômes psychologiques existants !

En fait, ce dont je veux parler, c'est un truc qui m'agace souvent : c'est que des collègues, voire de parfaits inconnus, pensent que je détiens la réponse à toute question approchant peu ou prou de la psychologie.
Qu'il suffit qu'ils me donnent l'âge de l'enfant, la description du souci et que, hop, je vais tirer de mon chapeau la recette miracle, là tout de suite au détour du couloir. 
Et que ça évitera d'aller perdre son temps à discuter en consultation (c'est fou d'ailleurs ce que les psys font perdre de temps au gens, surement sous prétexte de meubler le temps de séance).

Bref, évidemment qu'en psychologie, c'est un peu différent qu'en médecine : ce n'est pas : symptome, diagnostic, traitement.
(quoi qu'en médecine, aussi, il faut  tenir compte du patient, du terrain et des antécédents, rien n'est simple).

Vous comprendrez que pour le psychologue, le même symptôme sera expliqué différemment en fonction de l'histoire du patient, de la dynamique familiale, de sa personnalité, de ses défenses, etc, etc... Et que donc pour un même symptôme, il n'y aura pas UN conseil, UNE manière de faire à appliquer stricto senso dans toutes les situations et pour tous les enfants.
D'ailleurs, on peut aussi ajouter que pour beaucoup, voir le psychologue comme le grand magicien qui va dispenser quelques conseils bien placés pour tout apaiser, c'est rudement rassurant : ça évite de se remettre trop profondément en question : c'est facile, rapide, et pas trop fatigant. 

Toute cette entrée en matière pour expliquer que m'agacent toutes ces questions (pourtant j'en suis sur, provenant de parents sincèrement inquiets) posées au détour d'une conversation, d'un couloir.
Exemples-type :

Collègue : "Oh tiens, tant que je te vois : je ne te dérange pas longtemps. Mais mon petit dernier de cinq ans fait des cauchemars toutes les nuits depuis un mois : dis moi, qu'est ce que je pourrais faire ?"

Parent de patient : "Bon et bien, au revoir. Ah non, tant que j'y suis : avant de partir, sans vouloir abuser de votre temps : ma fille aînée est en échec scolaire, elle n'aime plus l'école, qu'est ce que vous me conseilleriez de faire ?"

C'est là, vous comprendrez, que mon Grand Manuel Secret de la Psychologie est utile.
"Echec Scolaire vous me dites ?...Alors je regarde dans les "E", attendez...Je cherche....Ah : Echec scolaire. Donc écoutez bien, voilà exactement ce que vous allez faire ...."
(je censure la conversation, c'est un manuel SECRET, je vais pas vous dire tous les trucs hein)

Même quelques médecins se risquent à : "tiens tant que je te vois, j'ai vu hier en consultation une petite fille de 8 ans qui a une énurésie qui n'est absolument pas médicale. Je la revois dans un mois : je fais quoi avec elle pour améliorer tout ça ?" 

Alors comment expliquer...Je ne connais pas l'enfant, pas sa famille, pas ses éventuels soucis, pas sa personnalité, pas son niveau d'intelligence, rien du tout à part qu'elle fait pipi au lit... Comment voulez vous que je puisse conseiller quoi que ce soit qui soit valide pour TOUS et TOUT LE TEMPS ?

En fait, si : je sais pourquoi ça m'agace. Parce que je ressens quelque chose là de rabaissant pour ma profession...Si il suffisait de connaître par coeur les symptômes et les conduites à tenir attachées, je vous jure, ça serait vachement simple psychologue (vachement chiant aussi entre nous...).
Et d'ailleurs, l'hôpital étant soucieux d'économie, il suffirait de me remplacer par le manuel secret de la psycho, à distribuer à tous les médecins et on n'en parlerait plus.
Je crois que c'est ça, oui qui m'agace au fond. Voir que je vais passer une heure avec un enfant, à l'apprivoiser, comprendre comment il fonctionne, ses défenses, ses soucis, arriver à comprendre, décrypter...Avancer à petit pas, séance après séance, pour faire bouger les petites choses qu'on croit pouvoir bouger....
Pour qu'on me balance qu'en fait, on aurait pu régler le même souci juste en posant la question de la conduite à tenir, devant l'ascenceur en trois minutes chrono...

Tiens, ben je crois que je vais faire un grand feu ce soir avec le Manuel Secret de la Psychologie. Parce que moi, ce qui m'intéresse, c'est pas "des trucs" à donner, mais rencontrer des personnes : découvrir qui sont les gens, avancer avec eux, les connaître et les aider à se connaître.
Je crois que je n'aimerai pas être vu comme le Grand Dispensateur de Conseils, comme tous ces gourous-psy, qui ont réponse à tout, qu'on voit sur les plateaux télé ou à la radio (meuh non Marcel, je ne parle pas de toi va !)

Sur ce, si : UN conseil : fermez votre ordi et profitez du Week-End : à bientôt !

 

 

19:47 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (28) | |  Facebook

09/09/2010

Enfin revenu

Me revoilà sur le web après une longue absence.
Je m'aperçois que j'ai fait peur à quelqu'uns (et unes) de par ce long silence, je m'en excuse, ce n'était pas le but !
J'ai enchaîné un mois de vacances bien appréciable avec une reprise sur les chapeaux de roues.
Je n'ai pas pris le temps de revenir sur le blog ni sur l'adresse mail attachée.

Bref... Me revoilà. Le temps de retrouver quelques sujets à vous faire partager et de nouveaux articles vont revenir.
Avec un peu de retard, bonne rentrée à vous !

08:56 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (15) | |  Facebook

11/07/2010

12 mauvaises habitudes des psychothérapeutes (chez Psychologik)

Un excellent article sur Psychologik !
Merci Yann.

Et c'est pas pour faire ma mauvaise langue, mais j'en connais quelques uns qui cumulent plusieurs critères....

 

08/07/2010

Entretien d'embauche

Je lisais l’article de Jack Addi sur la morphopsychologie, la graphologie, et toutes les pseudo sciences qui se réclament peu ou prou de la psychologie…
J’y ai été moi même confronté. Il y a déjà quelques années, lors de mon embauche à l’hôpital.
Le pire, c’est que lorsque vous postulez pour un job, quand en face, le professionnel utilise des méthodes de recrutement à la noix, vous n’avez pas d’autres choix que de vous la fermer… Sinon, votre dossier de candidature atterrit en bas de la pile…
Et comme les postes sont rares pour les psychologues, vous savez que si vous vous manifestez trop, il y a en dix autres derrière qui feront moins les difficiles…

Bref.
Lorsque j’ai fait tout le parcours d’embauche pour l’hopital, il a déjà fallu rencontrer les différents médecins avec qui j’allais travailler, pour que chacun valide ma candidature. Puis ensuite, le chef de service.
Fort heureusement, mon expérience et mes diplômes correspondaient à leurs attentes, on a pu discuter de projets, de choses à mettre en place : tout le monde était ok.
Mais c’est là que j’ai découvert toutes les subtilités du monde hospitalier…

Car même quand tous les médecins d’un service et le chef de service sont OK pour votre embauche, rien n’est encore joué.
« On ne peut rien vous promettre encore, m’a-t-on dit, il faut que le dossier soit validé par la D.R.H. »

Et là, quand vous prenez rendez-vous, vous découvrez le summum.

Car, en tant que candidat à l’embauche, ce n’est pas le directeur des ressources humaines qui vous recevra.
A pas le temps. Est trop occupé. Ne voit jamais les candidats.
Non, il a délégué.
A sa secrétaire.

Oui. Vous avez bien lu : dans notre hopital, c’est la secrétaire du DRH qui décide au final qui sera embauché ou pas.
Qu’importe que ce soient les médecins qui soient les mieux placés pour savoir quel profil de poste correspond le mieux à leur service.
Non. Ca compte pas : au final, c’est la secrétaire qui décide !
Bien sur, elle n’a aucune connaissance en soins infirmiers pour décider de l’embauche des infirmières.
Aucune connaissance en kinésithérapie pour décider quel kiné fera l’affaire.
Et aucune connaissance en psychologie pour faire le tri parmi les candidats.
Mais, ô joie de l’administration, vous avez beau pesté, c’est comme ça.
Au final, c’est elle qui choisira…

Le jour J, vous découvrez que la secrétaire en question est une sorte de cerbère, avec paralysie des zygomatiques, imbue de sa personne et toute gorgée de son pouvoir.
Qui vous prend de haut, voire de très très très haut.

Premier contact : « oui ben bonjour, tenez, vous me remplissez ce dossier de candidature et vous me faites une lettre de motivation ».
- « Euh…Mais j’ai déjà donné tout ça au chef de service, mon cv, une lettre, je l’ai rencontré et…
- « Ca, ce n’est pas mon affaire. Ici vous êtes à la DRH. Il faut remplir le dossier de la DRH et une lettre de motivation. Manuscrite.
- « Pourquoi la lettre manuscrite ?

Regard au ciel

- « Et bien, pour l’analyse graphologique ! »

(Hmmpff ….Je manque m’étrangler….Analyse graphologique ? Quand on connaît le peu de validité scientifique de tout cela….M’enfin, apparement pas le choix).

Je remplis tout consciencieusement et je le donne à la charmante dame.

- « Merci. Maintenant vous me remplissez ce questionnaire de personnalité »

- « Euh…C’est à dire que je suis psychologue…Les tests je les ai étudiés à la fac, donc je suis pas bien sur que ce soit utile que je…
- « Mais Môssieur, personne n’est dispensé des tests ici ! »
- « Non bien sur…Je ne dis pas que je dois être dispensé…Je vous dis que ça risque d’être biaisé car je les ai étudiés à la f… »
- « Et bien c’est comme ça ici, Môssieur, tout le monde fait le test ! »

(Abandonne Spyko, tu n’arriveras à rien avec elle…Le greffe de neurones n’a jamais pris…Abandonne !)

Je m’isole donc pour remplir le questionnaire.
Il s’agit du Guilfort Zimmerman, un test couramment utilisé en recrutement.
Je l’avais vu rapidement à la fac.
Mais, comme j’ai tenté de l’expliquer à Mme Cerbère, les tests de personnalité, quand vous en avez étudié pas mal, vous constatez que les échelles qu’ils mesurent sont toujours un peu les mêmes, que les questions pour les évaluer se ressemblent un peu toutes. Bref, après avoir étudié ça pendant des années, devant un test, même inconnu, j’arrive en gros à voir ce qu’ils cherchent, quelle question mesure quoi, et ce qu’il vaut mieux répondre ou pas.

Donc… Je remplis consciencieusement mon test, en donnant le meilleur visage de moi même, en déjouant les échelles de mensonges, en recoupant les questions… Complètement faussé, mais bon… Elle a insisté après tout.

Et là, je vis le plus beau moment.
Au final, pendant une demi heure, la secrétaire me fera, à moi le psychologue, la synthèse de ma personnalité !
Cette dame qui doit avoir une formation en psychologie d’au moins 2h45 minutes dans toute sa vie, prétendait m’en apprendre à moi après cinq années de fac…
Là je vous jure, on ronge son frein !!!!

(Mais encore une fois, c’est toute la perversité du truc : on sait bien que si on la ramène, on est mal barré pour l’embauche….)
Mais, ô joie indicible, je savourais silencieusement ma victoire : la synthèse montrait un jeune homme équilibré, consciencieux, aimant travailler en équipe, etc… Bref, j’avais répondu tout ce qu’il fallait à son test, tout bien grugé et elle, toute gonflée de son pseudo savoir et de son pseudo pouvoir, ne se rendait compte de rien.

Quand j’ai raconté au chef de service que la secrétaire avait fait l’analyse de ma personnalité, il n’a pas voulu me croire…. Il a trouvé ça scandaleux, mais notre Directeur des Ressources Humaines n’a jamais remis en question sa manière de faire : jusqu’à la fin, ce fut sa secrétaire qui fit les entretiens d’embauche…

16:55 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (22) | |  Facebook

05/07/2010

Indécent...?

Et pendant que les journaux font leurs gros titres sur Liliane Betancourt, les footballeurs et le tour de France, je tombe sur ce simple entrefilet, minuscule, dans le Figaro, évoquant cette information :

 

Mozambique : 11,5 % de la population atteinte par le Sida

Près de 12% de la population du Mozambique est atteinte du sida, selon la première étude officielle réalisée dans ce pays sur la propagation du virus VIH."Lorsque plus de 5% des habitants sont atteints par le virus, cela signifie que le pays est dans une situation dramatique. Un taux de prévalence de 11,5%, c'est deux fois plus", a déclaré à Maputo le ministre de la santé Paulo Ivo Garrido, qualifiant la situation d'"extrêmement sérieuse".L'étude sur la prévalence du sida, d'un coût de 6 millions de dollars (4,7 millions d'euros), a été réalisée en 2009 par le ministère de la santé et le service national des statistiques, sur un échantillon de 16.600 personnes résidant dans les dix provinces du pays. Plus des deux tiers des personnes atteintes du sida dans le monde vivent en Afrique subsaharienne où le programme commun des Nations unies sur le sida (Onusida) établit à 5,2% le taux de prévalence du sida chez les adultes.L'étude menée au Mozambique souligne que les femmes sont les plus touchées avec 13,1% d'entre elles, comparé au taux de 9,2% constaté chez les hommes de 15 à 49 ans.

 

Dans un monde normal, chez des gens normaux, cela devrait déclencher des vagues d'indignations, de soutien, et de recherche. Potentiellement des millions de morts si on ne fait rien....
Mais chez nous, c'est quelques lignes dans le coin d'un site d'infos.
On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas.

Mais c'est en Afrique, ma bonne dame, c'est pas bien grave, hein.

Ok c'est facile de s'indigner bien confortable chez moi derrière mon ordi. J'ai qu'à y aller au Mozambique si je trouve ça si injuste ?...
Mais ça m'a vraiment fait drôle ce soir, voilà tout.