14/02/2009

No TV

Ceci est mon journal. J'espère que quelqu'un le retrouvera un jour et lira mon témoignage.
Il faut que le monde sache. Je survis ici depuis trois semaines, je tiens. Le moral et l'espoir sont mes seuls guides.
Depuis trois semaines, sur cette île déserte qu'est cette nouvelle ville en pleine campagne où je viens de déménager, je n'ai pas la télé.
Oui, vous avez bien lu : je n'ai pas la télé. Plutôt  : je n'ai plus la télé.

Moi qui, citadin depuis toujours, était habitué à mes 100 et quelques chaînes.

Moi qui avait toujours la télé en bruit de fond le soir...

Me voilà échoué ici. Sans télé.
Enfin si, elle est là. Elle a bien sagemment suivi le déménagement et a trouvé sa place là où on voulait qu'elle soit. Mais dans notre agencement de la nouvelle maison, on tenait à avoir une vraie salle TV. Et la seule pièce idéale pour nous était aussi....Une des rares à ne pas avoir de prise TV.

Alors elle trône bien sagemment, mais pour l'heure, elle n'est reliée qu'au lecteur DVD et à la console de jeu des enfants. Et il est prévu de raccorder un cable pour la TV et d'avoir enfin une prise, mais pour l'heure, on découvre ce que c'est de vivre sans TV.
Et sans etre extremiste de l'anti TV, je dois dire que débrancher tout ça, ma foi, ca fait du bien. Je redecouvre le calme, la lecture, mettre un CD en bruit de fond. Plutot relaxant tout ça.
Bon ok, je ne vais pas tenir des mois comme ça.
Mais pour l'heure, en naufragé volontaire aux fins fonds  de ma campagne sans TV, je survis bien.

Ceci était mon témoignage. Je le poste dans une bouteille en espèrant que quelqu'un le lira. Pitié, enregistrez moi des programmes !!!

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13/02/2009

Zéro info

On m'appelle aux urgences pour un jeune homme qui vient d'être adressé à l'hôpital par son psychiatre habituel.
J'arrive dans le bureau des infirmières et là, je vois les internes et les infirmières en train de rigoler au dessus du dossier.
Je demande ce qui se passe.
"Regarde le courrier du psychiatre, me dit l'infirmière.

Pour info, on a l'habitude que nos amis psychiatres soient très très peu informatifs dans leurs courriers. Sous couvert de la confidentialité des entretiens, les courriers sont le plus souvent laconiques...
Confidentialité des propos en entretiens, je suis tout à fait d'accord, et heureusement qu'elle est là ! Mais ne distiller les infos qu'au compte goutte, là, non. On peut au moins évoquer à son correspondant une pathologie, lister des troubles, parler de l'évolution du patient... Un minimum d'infos globales, utiles pour la prise en charge et qui ne trahissent pas le secret des entretiens.

Bref, je jette un coup d'oeil au courrier du-dit psychiatre...Qui gagne le pompon du courrier le plus baclé :(haut la main !) :

"Cher confrère,
Je vous adresse pour hospitalisation le jeune X.
Bien confraternellement
Dr Y."

Voila. C'est tout.
Motif de l'hospitalisation ? Nada
Quel pathologie présente le patient ? Pas d'info.
Qu'attend le psychiatre de nous ? On sait pas.

Waouh...Avec un courrier comme ça, c'est clair qu'on va être efficaces. Genre le psy suit le gamin depuis deux ans, connait tout de ses difficultés, mais nous, champions du monde de la psy, pas la peine de nous donner UNE info, on va tout débrouiller aux urgences hein.
(et il est bien connu qu'un service des urgences est l'endroit rêvé et idéal pour prendre son temps, se poser, discuter trois heures avec la famille pour tout saisir des difficultés ).

Bref. Moi aussi, ça m'a fait rigoler...
L'interne me dit que ça serait vraiment réjouissant de répondre :

"Cher confrère,
Vous nous avez adressé l'enfant X pour hospitalisation.
Nous l'avons bien hospitalisé.
Confraternellement"

Enfin, le moins rigolo dans tout ça, c'est que le pauvre gamin et sa maman ont été obligé de reprendre avec nous toute leur histoire, de tout répêter pour qu'on se fasse une idée des difficultés et surtout de ce qu'on pouvait faire. Je trouve pas ça très sympa tout de même...Surtout que leur histoire était fort lourde et pas évidente à redire à des inconnus.

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12/02/2009

Opposition

La maman m'amène son fils de 10 ans pour qui on vient de découvrir un diabète il y a quelques semaines.
"Déjà qu'il était pas bavard, renfermé...Mais depuis la maladie, c'est pire. Il me parle plus, il se fache dès qu'on essaie de lui poser des questions pour savoir comment il va.... Ce n'est plus possible de communiquer"

Je regarde le petit Kevin sur son siège. Il me tourne ostensiblement le dos pour bien me faire comprendre qu'il n'a pas voulu être là. Je lui lance quelques questions....sans réponse.... Du coup, je continue avec sa maman.
Au fur et à mesure des paroles de sa mère, au fur et à mesure qu'elle précise le mal être qu'elle ressent chez son grand, celui ci se cache de plus en plus, penche la tête entre ses épaules, pour finir par mettre la capuche de son sweat...
Entendre qu'il peut aller mal semble insupportable.

Je demande à voir l'enfant seul.
"Oh mais il ne voudra jamais vous parler !!!"

J'adore ce genre de prédictions....C'est typiquement le genre de prédiction qui s'auto-réalise. L'enfant entend, hop, du coup c'est bel et bien ce qui se passe.
C'est comme pour les infirmières qui commencent la prise de sang, la maman qui lâche "oh mais il a horreur de ça, vous n'allez pas y arriver". Et hop, aussitôt le bambin se met à pleurer et à se débattre.

Bon en tout cas, pour mon grand diabétique, je tente le coup. Maman a du mal à le laisser, mais elle finit par accepter.
Nous voilà seul à seul mais le psy se creuse la tête. Par où commencer, comment nouer le dialogue...
Je tente ses passions (le foot, les jeux videos...). Pas de réponse.
Je propose un dessin. Niet.

Hmmm... C'est pas gagné on dirait.

Je laisse un peu le silence s'installer mais cela ne change pas grand chose.

Finalement, je sors de ma manche un questionnaire pour enfant que j'avais dans mon bureau, qui sert à mesurer sur différentes échelles les aspects dépressifs, anxieux, etc
Je lui explique qu'il n'y a qu'à cocher, et qu'avec cela, il n'aura pas besoin de me parler puisqu'il ne le souhaite pas.
Il fait "oui" de la tête et noircit consciencieusement les cases.

Ce n'est pas la première fois que cela fonctionne face à un enfant ou ado opposant. Le questionnaire aiguise leur curiosité, cela semble moins impliquant, moins angoissant que parler et il est assez facilement accepté.

Du coup, j'apprends qu'il n'y a pas de dépression majeure sous jacente, pas d'anxiété majeure non plus, plutôt des traits de pessismisme marqués.
Un petit pas...Il a bien voulu s'ouvrir un peu...Ouf... Mais ce n'est pas gagné, et je crois qu'il va falloir se revoir pour fouiller un peu ses réponses et qu'il arrive à les commenter. En tout cas, je suis content, on a une base de travail pour les fois suivantes....!

Mais c'est assez marrant, il y a pas mal de consultations où pour la première, j'ai un peu l'impression d'etre un VRP de la psychologie. Je dois me vendre. Montrer que je ne mords pas, que je ne suis pas là pour les fous, que je ne juge pas, que je ne vais pas tout savoir des secrets grâce à mes pouvoirs magiques ancestraux...
Face aux enfants ou ados opposants, la première consultation c'est un peu "poser le cadre" : voila le psy c'est quelqu'un de normal (enfin je crois...!), on peut discuter normalement, dire ce qu'on veut....
Et là c'était un peu ça aujourd'hui. Je ne sais pas ce qui lui faisait peur, mais il semble s'être départi d'une partie de ses préjugés.
Et Kevin a même fait oui de la tête quand je lui ai demandé s'il voulait bien revenir une seconde fois.

Test MDI-C - Echelle composite de dépression pour enfant

16:58 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

06/02/2009

Courir encore

Nadir est myopathe.
Un petit bonhomme d'environ cinq ans. Venu à l'hôpital cette semaine pour la première fois.
Là, dans sa chambre, il reçoit depuis quelques jours la visite de plein de professionnels différents. Nadir ne comprends pas tout à ce qui se passe.
Papa et Maman font une drôle de tête, c'est sur. Mais il a du mal à comprendre pourquoi.

C'est sur aussi que Papa et Maman n'arrivent pas à lui dire grand chose. Ils étaient venus ici pour quelques inquiétudes "musculaires", mais rien de grave dans leur tête.
Nadir court moins vite que ses amis, Nadir tombe souvent. Nadir met du temps à se relever lorsqu'il est à terre. Ok, c'est embêtant, ils espéraient une petite aide médicale, mais jamais ils n'avaient pensé à une maladie comme une myopathie.
Surtout celle qu'on leur annonce. Celle où on peut déjà avec plus ou moins de certitude prédire une perte de la marche d'ici quelques années et une dégradation progressive. La myopathie de Duchenne.

Papa et Maman sont sonnés. Mais dans un dernier sursaut, ils veulent garder la tête haute et croire. Croire à tout prix.
Aussi, Papa m'explique que Nadir va faire du football comme prévu l'an prochain. Il passe la main dans les cheveux de son fils en disant "hein, on va pas se laisser abattre ! On va faire du foot tous les deux, avec un peu de volonté on va y arriver !".
Nadir regarde Papa avec des grands yeux. C'est le seul qui depuis quelques jours lui apporte un discours d'espoir. Aussi il l'écoute de toutes ses forces.

Moi je reste gêné. Je connais l'évolution de la maladie, je sais ce que le médecin a dit aux parents. Je sais qu'ils savent. Je sais aussi qu'ils ne veulent pas, qu'ils ne peuvent pas le réaliser pour le moment. Et leur discours reste douloureusement positif et rempli d'espoir.
"De toute façon, me dit la maman, on va trouver un traitement. C'est ce que je lui dit moi. Il va continuer à marcher, n'est ce pas ? Avec les progrès de la médecine, c'est possible !".

Je suis mal à l'aise... Il faut de l'espoir, c'est sur, sinon on ne fait plus rien, plus de recherches, plus d'études, plus de nouveaux traitements.
Mais en même temps, ce petit bonhomme n'arrive pas à réaliser ce qui se passe. Des médecins qui donnent des nouvelles sombres et ses parents qui, dans une bonne humeur artificielle, lui disent que tout va bien se passer...

Je sais que derrière la carapace, Papa et Maman souffrent et que leur seule façon de tenir, pour le moment, c'est de ne pas vouloir réaliser. De mettre à distance la vérité.
Je voudrai pouvoir respecter ça... Mais Nadir va bien voir d'ici quelques temps qu'il ne peut plus jouer au football. Nadir va continuer à courir moins vite que ses copains, à tomber plus souvent... Comment peux t il comprendre ce qui lui arrive si on ne dit rien...

Je comprends le mensonge. C'est tellement douloureux pour ses parents qu'ils ne veulent pas faire souffrir leur enfant, alors ils mentent...Ils mentent avec amour, avec tristesse surement, ils mentent pour protéger leur enfant.
Mais au final, dans tout ça, qui cherche vraiment à se protéger ? Il me semble que quelque fois, l'adulte a tellement peur de la tristesse de l'enfant, tellement peur de ce qu'il va provoquer en révélant les choses, tellement peur de ne pas pouvoir consoler ensuite, que l'adulte ment pour se protéger lui même en définitive...

J'essaie de tendre des perches, de faire réfléchir les parents : qu'a dit le médecin ? Qu'en a compris Nadir ? Comment lui faire comprendre ? Que sait il de sa maladie ?

Mais pour l'heure, rien ne passe.
La maman me dit qu'elle ne parlera pas de la maladie à l'école : "il va faire des efforts pour courir comme ses copains, ca se verra pas pour ses muscles... Je préfére pas en parler. Et puis ça peut aller mieux après non ?"


La myopathie de Duchenne

Site de l'AFM


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04/02/2009

Carences

Le besoin d'attachement de l'enfant, décrit par cohortes de psy depuis Bowlby est quelque chose que l'on constate régulièrement en service.
Pour rappel, dans la théorie de l'attachement, on décrit le besoin d'attachement de l'enfant à sa mère comme un besoin primaire, vital (la mère donnant nourriture, protection, assurant la découverte du monde, des autres...).
Besoin primaire veut dire que s'il n'est pas satisfait, l'enfant ne peut pas se développer : c'est ce qu'on constatait dans les orphelinats d'avant guerre, où les enfants nourris, soignés, lavés dépérissaient quand même, car nourris et pris en charge à la chaîne.
Dans une langue plus grand public, on pourrait dire que le besoin d'Amour est vital... !

On ne rencontre plus en service ce qu'on nomme hospitalisme : ces enfants qui, séparés de leurs parents, hospitalisés des mois, finissaient par se renfermer, se balancer, régresser, dépérir... Fort heureusement, maintenant, on sait l'importance du contact avec l'enfant !

Je me souviens d'une petite fille, que l'on va nommer Amélie pour les besoin du billet.
Amélie était une petite fille d'environ trois ans. Récupérée par les services sociaux chez elle, suite à des appels des voisins qui s'inquiétaient.
Arrivée chez nous, elle était impressionnante : prostrée dans un fond de son lit, dans un état de sidération complet, nous fixant avec des grand yeux qu'on devinait méfiants envers l'adulte.
D'un calme stupéfiant, avec une absence d'expression tellement inhabituelle chez l'enfant qu'elle en était douloureuse pour nous les soignants.

Mais cependant ces yeux qui nous fixaient lorsqu'on rentrait dans la chambre nous faisait dire qu'on n'était pas dans l'autisme ou dans un trouble de la relation.
Non, on était dans la carence. La grande, la profonde carence d'affection.
Une enfant qui, si les assistantes sociales l'ont bien compris, était complètement livrée à elle même. Quelque fois attachée dans son lit chez elle. Sans soin, sans paroles. Avec un minimum de nourriture.

A trois ans, Amélie ne marchait pas, ou très mal.
A trois ans, Amélie ne savait dire que quelques mots, mais il a fallu des jours et des jours avant qu'elle n'ose faire entendre sa voix.
A trois ans, Amélie ne jouait pas, ne bougeait pas et passait ses journées au fond de son lit d'hôpital.

Lorque je dis que le besoin d'attachement est vital, c'est flagrant lorsqu'on a vu les progrès de cette petite en service.
Malgré la charge de travail des infirmières et le peu de temps donc qu'elles pouvaient consacrer pour jouer, parler, faire un calin à l'enfant, ces quelques minutes de chaleur humaines glanées par ci, par là ont suffis pour qu'en quinze jours, cette petite fille change du tout au tout.
Se mettant à parler, à exprimer des émotions. Se mettant à marcher dans le service, peut être pour la première fois de sa vie. Se mettant à rire.
Comme si, quelque part, son psychisme, son organisme n'attendait qu'un peu de chaleur, qu'un peu d'affection pour reprendre son développement.
Elle nous a quitté au bout d'un mois, pour une famille d'accueil où cette petite fille s'épanouit et a retrouvé un développement standard pour son âge...

Théorie de l'attachement

Les carences affectives


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30/01/2009

Démerdassek

J'aimerai quelques fois que les médecins qui me demandent de voir un enfant en service soit un tout petit peu plus explicites...
La plupart du temps, lorsque je passe dans les services, les infirmières m'accueillent en me disant "tu as un enfant à voir chez nous !". J'ouvre le dossier et je vois écris par le médecin prescripteur : "Entretien psychologique".
Ok.
Vous avouerez que c'est un peu court comme informations sur les soucis de l'enfant et ce qui a pousser le médecin à demander mon passage. Qu'a-t-il constaté, entendu ? Y a-t-il quelque chose qui contrarie la prise en charge médicale ? La souffrance est-elle à chercher du côté de l'enfant ? Des parents ?

Le plus souvent, je demande des infos aux infirmières, mais, ô joie des transmissions, personne ne sait rien (les transmissions, c'est un peu comme le téléphone arabe : au fur et à mesure des heures,  et des redites, il y a de moins en moins d'infos disponibles...).
Je demande ensuite à l'interne du service qui n'en sait pas plus.

En fait, tout le monde s'en fiche : un médecin a écrit "entretien psy", ok, c'est bon, maintenant la balle est dans le camp du psychologue, chacun considère que ce n'est plus son job... Du coup, démerdassek...

Mais alors, imaginons.... Essayez d'envoyer un enfant en radiologie en écrivant "examen radiologique" sur le bon et rien d'autre...
Allez, mon cher radiologue, tu me fais des clichés partout, je te dis pas ce que tu cherches, à toi de me dire ce que tu trouves...
Personne n'ose l'imaginer ça.

Bon je caricature, mais tout de même, je ne suis pas omniscient et j'ai besoin d'être un peu orienté.
Et de plus, ce qui contrarie le médecin demandeur, sa demande à lui précisemment, ce n'est peut être pas la meme demande que celle de la famille.
Je vais rencontrer une famille, un enfant qui vont me parler de tel ou tel thème douloureux pour eux alors que peut être, la demande du médecin portait sur tout autre chose.

Et pourtant, ce n'est pas faute de l'avoir dit : "s'il vous plait, lorsque vous demandez mon passage, explicitez votre demande !".

C'est donc une consultation psy que nous dénommons, ma collègue et moi, par le nom de code charmant de "consultation DTTS" : Démerde Toi Tout Seul.

Car comble de tout, souvent, les parents ne sont pas présents lorsque je passe. Je me retrouve donc face à un enfant dont je ne sais pas pourquoi je le vois, qui lui est trop petit pour m'expliquer pourquoi il doit être vu.
Je vous laisse imaginer le flottement, la perte de temps (pour tout le monde) et quelque fois, l'inutilité de mon passage...

Peut être, et je devrai y songer plus sérieusemment, devrai-je me lancer dans le tirage de carte, le marc de café ou la boule de cristal ?

Et là je parle des tout petits, mais ce n'est guère plus simple lorsque je peux me trouver face à un ado un brin opposant (parce que lui, normalement, il sait et a compris pourquoi je dois le voir, le médecin ayant du en discuter avec lui avant).
Mais adolescence oblige, ça peut donner ceci :

- "Bonjour, le Dr X. m'a demandé de venir te voir aujourd'hui"
- ".....Mmmmouais..." (sorti sur un ton lassé, caché derrière une frange de cheveux, pendant l'écriture d'un SMS)
- "Peut être que tu peux m'expliquer ce qui t'arrive et quel est le souci actuellement ?"
- "MMmmm....Gndddfff...Chai pas.... (remise sur les oreilles du lecteur MP3, air lassé clairement affiché)
- "Ok...Alors on peut reprendre depuis le début. Tu es hospitalisé pour une maladie X, ce n'est pas toujours facile. Il y a des choses que tu trouves difficiles pour toi en ce moment ?"
- "Gnnndddffff.... Chai pas moi....

(Là, le psychologue sort les rames, essaie de comprendre la klfjqslifj de demande du médecin qui n'a rien écrit, et donc, est obligé de poser des questions à l'ado en question tout en voyant que plus il en pose, et plus l'ado se ferme et s'oppose...ô bonheur)"

Bref... Certains médecins jouent le jeu et me laisse quelques transmissions, d'autre jamais. Mais réellement jamais.
Un jour (mais je n'ai jamais osé), j'avais dit à une infirmière puisque la seule demande que j'avais sur le dossier était "entretien psy", je noterai en face : "fait", sans plus d'infos...

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27/01/2009

Come back

Après plusieurs jours de vie personnelle intensive, déménagement familial oblige, me revoilà aujourd'hui sur l'hôpital. Fatigué, mais finalement, content d'être là (porter des cartons, monter des meubles depuis 48h permettent de concevoir l'exercice hospitalier comme une sorte de repos... Je vous laisse imaginer l'état de fatigue pour en arriver là !).

Quoiqu'il en soit, je n'oublie pas le blog et je reviens bientôt reparler de patients ou de situations qui m'ont marqués ces derniers jours.
A tout de suite...!

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19/01/2009

Déménagement

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Le temps passe à une vitesse ces derniers jours... Le déménagement de ma petite famille se prépare, une grande maison nous attend pas loin.
Mais en attendant, il va falloir la mériter : cartons, tri, rangement, aller-retours...

Je ne crois pas être un sentimental des objets et des souvenirs, mais je m'apercois que, tout de même, je garde au delà du raisonnable des objets qui ne me servent plus à rien... Evidemment, comme dans tout couple, cela donne de grandes discussions avec ma femme, à savoir si l'objet en question sera indispensable ou pas pour la nouvelle maison (l'autre option étant le joli sac poubelle qui attend tout près de l'objet en question).
Alors, oui, d'accord, cela fait cinq ans que je ne l'ai pas utilisé, ok...Mais, ON NE SAIT JAMAIS (argument number one), JE POURRAI EN AVOIR BESOIN.
Pour remplacer par ex. le même objet en neuf que l'on vient d'acheter, au cas où il tombe/casse/soit en panne.
Je pourrai avoir besoin de CE pantalon que, certes, je ne mets plus depuis cinq ans, mais qui POURRAIT me servir au cas où je fasse de la peinture/des travaux/rentre du fumier à la ferme (ok, je n'ai pas de ferme, ET ALORS ?).

Bref, cela donne de bien belles discussions et aussi de petits fous rires tout de même.

En attendant, on remplit les cartons, on vide l'appartement. Les enfants voient leurs jouets au fur et à mesure disparaitre dans les cartons (grande angoisse : seront ils au rendez vous dans la nouvelle maison ?... Les jouets, hein, pas les enfants...! )

Prochain article, promis, je reparle de l'hôpital, mais en ce moment, c'est vrai, c'est plutôt la maison qui est présente dans ma tête. Et, oui, j'arrive à rester empathique avec les patients, heureusement, j'arrive encore à ne pas me laisser déborder dans mes pensées... ouf !

14:26 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

12/01/2009

Trouver les mots

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Trouver les mots.
La phrase envahit ma tête depuis un bon moment et je n'arrive plus à penser à autre chose.... Est ce que je vais trouver les mots ?
Depuis que tout à l'heure, mon téléphone a sonné, me demandant de voir une famille de façon urgente en service.

Je me prépare depuis tout à l'heure, j'essaie de réflechir à ce que je vais dire en entrant dans la chambre, par quoi commencer, comment aborder les choses. En fait, j'ai peur.
J'ai peur de ne savoir aider, j'ai peur de ne pas avoir le mot qu'il faut, j'ai peur tout simplement de ne rien pouvoir faire pour eux.

Je sais qu'émotionnellement cela va être très difficile, déstabilisant même. Il est quelques fois difficile de ne pas se mettre à la place de l'autre, de ne pas se dire "et moi , à sa place, comment je ferai ?".
Mais ce n'est pas ce qui me fait le plus peur. Des situations émotionnellement dures, j'en ai déjà vécu, je sais que je peux tenir le coup, encaisser, rester professionnel. Ce qui ne veut pas dire que je ressors indemne de l'hôpital et que quelques fois, je ne ramène pas à la maison et dans la tête quelques familles ou quelques enfants...

Non ce matin j'ai simplement peur d'être désarmé face à une souffrance terrible, envahissante, écrasante. Perdre un enfant.
Et de la façon la plus brutale qui soit, la mort subite d'un nourrison.

Un bébé qui se développait bien, qui n'avait aucun souci de santé particulier, chez qui tout allait bien... Et d'un coup, sans explication, sans coup de semonce, le retrouver sans vie dans son berceau...
Pour avoir accompagné des familles dans ce cas, je crois que professionnellement, c'est la souffrance la plus intense, la plus crue, la plus brutale que je connaisse. Je recois des familles anéanties, écrasées sous le poids d'un chagrin, d'une nouvelle incompréhensible...

Il m'est déjà arrivé d'accompagner des parents dans d'autres situations de mort de leur enfant. Mais lorsqu'on est dans une maladie au long cours, les choses sont différentes. Dans une longue maladie, le sujet de la mort vient  à un moment ou à autre sur le tapis. On la craint,mais on essaye de s'y préparer. On parle avec la famille, eux même nous pose des questions. Et lorsqu'elle arrive malheureusement, le chagrin est intense, mais pas si brutal et innatendu que dans la mort subite du nourrisson.

Là, je sais que je me retrouve désarmé face à une souffrance sans mot... Oui, c'est ça en fait : une souffrance telle qu'elle est au delà des mots. Des familles incapables de dire leur souffrance tellement elle les dévore.

Et me voilà prêt à aller accueillir ces gens qui viennent dans mon service. Qui hier, ont découvert mort leur petit garçon de trois mois dans son lit. Qui reviennent ce jour à l'hopital pour les papiers, les démarches, voir le médecin. Et le psychologue. Moi.

Je ferme la porte de mon bureau, je me dirige vers le service où ils sont arrivés. Tout au long du chemin, je n'ai qu'une seule pensée : est ce que je vais pouvoir les aider....

Il arrive souvent que le psy doive se sentir humble face à la détresse des autres, et doive accepter qu'il n'est pas tout puissant, et qu'il ne peut, malheureusement pas, apaiser toutes les douleurs...








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05/01/2009

La place du psy

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Le psychologue, ce drôle d'animal, on ne sait trop quelle place lui donner en service hospitalier.
Le psy, c'est celui qui arrive les mains dans les poches, sans matériel, sans geste à faire, sans truc technique.
C'est un soignant, mais pas vraiment un soignant, il est para-médical, mais pas vraiment, ...

Du coup, quelques détails me semblent révélateurs de la difficulté pour l'équipe de me trouver une place (pourtant, zut, ca va faire douze ans que je suis dans ce service).

Pour mieux situer, on m'appelle dans les services quand un enfant hospitalisé va mal, quand ses parents vont mal... Quand un diagnostic difficile a été porté. Quand des difficultés psychologiques se révelent en cours d'hospitalisation.

Reprenons donc... Pas plus tard que cet après midi, encore. Je dis encore car ce genre de situation là est monnaie courante.
On m'appelle en service pour voir un enfant. J'arrive, prend connaissance du dossier et l'infirmière m'apprend que l'enfant est sortant. Enfin. Plus réellement sortant. Disons sorti.
Pardon ?
Ben oui, l'équipe étant un peu à la bourre, on est en train de nettoyer et désinfecter sa chambre puisqu'il s'en va.
Mais le patient ? Debout. Dans le couloir. Avec sa valise, sa maman et son air un peu agacé, car il ne peut pas rentrer chez lui car le médecin lui demande d'attendre le psy...

Notez les conditions divines et idéales qu'on prépare pour ma consultation... Plus d'endroit pour  voir l'enfant. Un enfant à qui on a dit qu'il sortait....Mais qu'il va falloir auparavant patienter pour voir le psy...
Autant dire que je dois sûrement passer pour l'embêtant de service dans l'esprit de ce petit bonhomme !

Bon d'un coté, je comprends l'équipe : service ultra rempli, les filles qui courent dans tous les sens. Ok. Mais moi, ça me met quand même dans l'embarras.
Le pompon fut d'essayer de trouver un endroit propice pour un entretien. Car vous admettrez qu'avec la meilleure volonté du monde, le couloir, la valise et la maman, c'était pas l'idéal.

Ma quête fut rude ! Après moult demandes, on me propose la salle à manger. Je proteste : la salle à manger est un haut lieu de passage du service, bruyant et envahi de monde !
L'infirmière tique... (embêtant ce psy !)...Ca n'a l'air de gêner personne que je fasse un entretien au milieu des compotes aux pommes, des miettes de gâteaux et des parents, infirmières et médecins qui passent entre deux tables...
On me propose ensuite le bureau de la surveillante : un modeste réduit envahit de dossiers et de matériel médical. Le top pour mettre un enfant à l'aise, dessiner, discuter avec lui... Je résiste (prouve que tu existes, ce monde n'est pas le tiens...Oops, pardon...Fin de journée, fatigué... l'ai pas fait exprès).

Bref, on me trouve finalement une salle.

Tout ça pour dire quoi ? Ben oui j'y reviens : ma place ! Un peu l'impression de passer pour la dernière roue du carrosse. Que comme je n'ai pas de matériel high tech, n'importe quel coin de bureau me fera l'affaire.
Qu'on attend la sortie de l'enfant pour me demander de passer (j'imagine la scène dans le bureau des infirmières  en train de clore le dossier : zuuuuuut, on a oublié le psy !)
Et que donc, l'entretien ne se fait plus dans des conditions favorables.

Et je vous épargne les multiples dérangements ! Qu'une perfusion sonne, là, ok, l'infirmière rentre et fait le nécessaire, ça me parait normal.
Mais quand je suis en train de faire un entretien, remuer des choses douloureuses, avoir un enfant, un parent qui pleure et que la porte s'ouvre brusquement  sur l'auxiliaire qui aboit : "GOUTEEEEER.... Compote aux fraises ou aux pommes ??".
Là, j'ai des éclairs qui me passent dans les yeux...Ca peut pas attendre un peu ?
Ou idem, en plein entretien, l'infirmière ouvre la porte "Juste deux secondes, hein excuse moi, je prends la température...".
Ben tiens... Ok madame, pas de souci, on attend que l'infirmière ai fini...Trente secondes.... Bon ca y est...On en était où ? Ah oui, vous pleuriez en évoquant le décès de votre père. On reprend là ?

Ben tiens, pas de souci hein ?

J'essaie pourtant d'expliquer qu'un entretien qu'on interrompt ne peut pas toujours être repris ! Qu'on perd tout de l'émotionnel qui s'y déroule, qu'on perd le fil, bref, que c'est très dérangeant.

Je crois que vu la charge de travail des infirmières, elles sont souvent la tête dans le guidon, à gérer douze mille trucs à la fois et ce n'est pas de la mauvaise volonté.
Mais je crois aussi qu'on pense qu'un entretien psy c'est une discussion, qu'on peut interrompre et reprendre, qu'on peut faire dans n'importe quel coin du service.
Mais pourtant, si on s'interroge soi même un tant soit peu : oserions nous confier des choses intimes à un inconnu dans une salle où la porte s'ouvre toutes les trente secondes ? Ou au milieu d'un réduit encombré de matériel médical ?

Allez, pour autant, ne désespérons pas : si on m'appelle, c'est quand même qu'on m'a fait une place dans ce service...A moi de continuer à la faire, et de faire comprendre mon travail...