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26/10/2011

Juste écouter

Un petit article autour d’un mot lâché par inadvertance par un médecin du service.

Il m’appelle ce matin pour me demander de voir en urgence un patient et sa maman, qui sont suivis par une autre collègue psy.
Je lui explique donc que, si suivi il y a, il est plus logique d’attendre le retour de ma collègue pour éviter à la famille de répéter à nouveau son histoire à une autre personne, et pour tenir compte du travail déjà effectué avec l’autre psy (sans mentionner tous les aspects transférentiels qui ont pu se nouer également).
Le médecin se fait insistant car « la maman pleure ce matin ». Pour moi, ce n’est pas forcement un signe d’urgence psychologique…
On peut pleurer pour tout un tas de raisons et de malheurs dans la vie, sans forcement avoir besoin du psychologue à ce moment. Et heureusement.
Je n’ai pas eu besoin du psychologue pour surmonter par exemple les décès qui ont touché notre famille, quand bien même ils purent être difficiles.

Que la maman « craque » alors que son enfant est hospitalisé ne me semble pas pathologique en soi et ne pas être automatiquement une urgence. nécessitant l'envoi du psy sous les 10 minutes toutes sirènes hurlantes.
Je m’imagine moi, mon enfant hospitalisé en urgence :  j’ai peur, je craque et hop, on m’envoie le psy. J’avoue que bien que psychologue moi-même, je n’aimerais pas bien ça !

Bref, j’explique tout ça au médecin : existence d’un autre suivi psy, le fait que « craquer » ne veuille pas dire forcement consultation psy en urgence, etc…

Et là, il me lâche « Non, mais pas forcement une consultation longue alors. Je crois qu’elle a juste besoin d'être écoutée ».
Oooops.
Alors là, boum, ça touche un point sensible.
Mon métier ce n’est pas « Juste Ecouter »
Et ça m’agace quand on le résume à ça

Bien sur que l’écoute est primordiale.
Je veux dire la vraie écoute : l’écoute entière, non jugeante, qui laisse l’autre dérouler sa pensée en influant le moins possible et en l’aidant au mieux à mettre en mot et synthétiser ses pensées et ressentis ( cf la maïeutique socratique, l’approche non-directive de Carl Rogers …)
Bien sur qu’écouter, ça s’apprend.
Et je suis toujours surpris d’ailleurs ,quand par exemple je fais des consultations communes avec tel ou tel autre soignant, de voir à quel point on croit écouter et à quel point on peut être pourtant influençant ou dirigiste. Comment certains médecins et infirmières qui croient écouter le patient n’essaient en fait que de le convaincre de rallier leur pensée, sans même en être conscients.
Ecouter vraiment, ce n’est pas facile et ça demande de l’entraînement, un travail sur soi pour ne pas laisser ses pensées et émotions parasiter l’entretien. Et des connaissances théoriques.

Mais quand j’entends que la patient a besoin d’être « JUSTE ECOUTE ». Le « juste » m’irrite. J’ai l’impression qu’on a là une vision terriblement limitative de mon travail.
Genre je pose mes fesses, je fais « hmm hmm » pendant 45 minutes, et le patient qui s’est vidé ressort miraculeusement guéri.
Non, ça ne marche pas comme ça.

Implicitement, cela veut dire que l’on croit que « parler fait du bien » et qu’il faut « vider son sac ».
Mais ça ne marche pas toujours comme ça. Non, parler ne fait pas toujours du bien. Dans les cas de traumatismes psychologiques, parler fait tout, sauf du bien.
On est en plein, dans ces cas là, dans le syndrome de répétition où parler de l’événement fait revivre à chaque fois les mêmes émotions, la même souffrance, la même peine inlassablement répétée et toujours aussi aigue.
Penser que parler du traumatisme suffit à la guérir est une méconnaissance terrible de la psychologie et de la clinique. Une torture inutile pour le patient.

Pour que parler puisse aider, le psychologue a un rôle. Qu’on va définir différemment selon les techniques et théories utilisées, mais en tout cas, pas un rôle passif du psy qui fait « hmm hmm » et qui hoche la tête.

Dans le traumatisme par exemple, parler de l’événement va faire du mal. De toute façon. Mais si le sujet le fait en présence du psychologue, celui-ci pourra aider petit à petit le sujet à mettre un sens sur ce qui lui est arrivé, à envisager les choses sous un angle un peu différent, à l’empêcher d’être submergé sous les émotions qui l’envahissent pendant le récit et qui l’empêchent de penser l’événement autrement. Qui vous aide à comprendre par quels mécanismes cet évenement vous a touché. Qui vous accompagne dans des solutions dans votre vie actuelle.
Ce n’est pas juste de l’écoute passive.

Parler fait du bien si vous avez en face de vous quelqu’un qui écoute certes, mais qui fait quelque chose de votre parole et vous aide à lui donner un sens. Sinon la parole n’est que logorrhée inutile. Et vous multiplierez les entretiens indéfiniment.
Certes « pleurer un bon coup » peut faire du bien transitoirement, par un effet un peu cathartique.
Mais si pleurer un bon coup fait du bien, c’est aussi surtout que, dans ces moments où toutes nos défenses s’effondrent, on s’autorise à lâcher des choses qu’on aurait peut être pas dites à d’autres moments. Si l’autre en face entend réellement alors notre parole, sait en faire quelque chose, nous aide à cheminer dans notre pensée, alors pleurer n’a pas été inutile. Mais idem, ce n’est pas juste pleurer un bon coup qui a permis d’avancer.

Alors voilà, j’étais un peu en colère aujourd’hui et j’ai expliqué, surement en vain d’ailleurs, que mon rôle était un peu plus qu’une simple écoute.

Que je n’ai pas juste passé cinq années à la fac à apprendre à faire « hmm hmm », à poser mon menton sur ma main en opinant de la tête et à dire « la séance est finie, à la semaine prochaine, ca fera 50 euros ».

Quant à moi, j’espère que vous m’avez un peu plus que juste écouté.


09/09/2011

Love at first sight

C’est quand je rentre dans la chambre pour voir l’enfant qu’elle se lève.
Une jeune femme de 18-20 ans. Légèrement vêtue. Très maquillée.
 « Oh vous devez être le psychologue, je suis contente de vous voir » dit elle d’une voix mi sussurée, mi parlée, tout en midinant à 250 %.
Ma grande puissance de déduction (eh psychologue quand même !) me dit que cette jeune femme de 20 ans ne doit pas être la mère du petit Jason, 11 ans, qui est au fond du lit.

« Oh, non, dit elle en réponse à ma question, je suis sa sœur. C’est que je suis trèèèèès inquiète pour lui » me dit elle avec une œillade et un mouvement de cheveux digne d’une pub de shampooing , qu’on aurait cru que c’était au ralenti, mais même que c’était pas au ralenti. Trop forte.

Je demande si la maman/le papa/la grand-mère/la voisine/la cousine du frère de la fleuriste du coin de la rue, bref n’importe qui d’autre moins travaillé par ses hormones, pourrait me renseigner et commencer l’entretien avec moi.
« Non…Il n’y a que moi… » ajoute-t-elle avec un regard appuyé et en laissant planer le silence…

J’ai comme l’impression que cette jeune femme n’est pas tout à fait disposée à me donner des renseignements bien informatifs sur son petit frère. Ni même qu’elle se soucie beaucoup de lui (elle ne lui jettera pas un œil du temps de l’entretien).
M’est d’avis qu’elle est venu chasser du mâle hospitalier. De l’infirmier. Du médecin. Du psychologue. Oui, je sais, je suis affreusement macho de dire ça. N’empêche que…

« Vous savez, je suis contente que vous soyez psychologue (œillades, bouche en cœur, minauderies…)…J’aurai teeeeeeellement de choses à vous raconter…. (silence appuyé)… »

Et bien, je me suis retranché derrière mon professionnalisme et ma froideur de psy-pas-empathique. J’ai pris les renseignements généraux sur l’enfant avec une rigueur et un détachement administratif. Et j’ai conclu que je repasserai quand la maman serait là.

« Mais,moi aussi, je serai làààà tous les jours…. A bientôt (silence appuyé). J’espère, hein… (œillade)…. »
Et elle finit par me tendre une main. Pour une poignée de main qui n’était ni franche ni directe, mais plutôt très caressante.

Voilà comment j’ai failli perdre ma virginité hospitalière (en service je suis asexué moi, jamais de pensées ou de propos tendancieux. Les fantasmes d’infirmières nues sous la blouse, très peu pour moi. RIEN. Asexué je vous dis).
Mais le plus embêtant dans l’histoire, après avoir vu la maman, c’est que la grande sœur finalement semblait la plus « raisonnable » et la plus pragmatique de la famille… Autant dire que ce petit bonhomme ne semblait pas sorti de l’auberge…

22/08/2011

S'agit d'apprendre à ne pas être heureux

Je vais chercher Sarah dans la salle d’attente et comme d’habitude, Sarah est toute seule.
Elle se lève à mon approche, me tend une poignée de main franche avec un grand sourire.

Du haut de ses 13 ans, Sarah a l’aplomb d’une jeune adulte. Elle se gère. Depuis longtemps.

Depuis deux ans, je vois plus ou moins régulièrement, selon comment elle va, Sarah en entretien.
Elle est toujours à l’heure au RDV, même si celui-ci l’oblige à traverser la moitié de la ville en bus. Elle n’en oublie jamais aucun.
Elle se gère. Depuis longtemps.

Il faut dire qu’avec une maman dépressive au long cours, dont l’alcool a été à un moment le seul refuge, on apprend à se gérer seule. On a pas le choix.
Il faut dire que quand, petite, on voyait  régulièrement sa mère se faire tabasser par son père, on apprend à fermer sa gueule et à gérer ses soucis toute seule. Sans bruit.

Aussi Sarah vient sans sa mère.
Non pas que celle-ci se désintéresse de sa fille. Bien au contraire. Je l’ai déjà eu au téléphone et on a échangé par courriers interposés. Elle est sincèrement inquiète pour elle.
Mais pour Sarah, je crois qu’elle a enregistré quelque part au fond d’elle qu’elle devait se gérer toute seule, que c'était comme ça et pas autrement : aussi elle vient seule.

Je suis quasi certain que la maman n’est même pas au courant de la moitié des rendez vous donnés.

Alors bien sur, se gérer toute seule, gérer le quotidien d’une maison où tout va à vau-l’eau, s’occuper un peu du ménage, un peu du petit frère, un peu du collège, un peu de maman, ça prend de l’énergie tout ça.
On a beau prendre sur soi, dire bonjour à la dame et faire un grand sourire, au fond, il y a des lézardes et des craquelures qui ne demandent qu’à s’élargir.

Aussi, dans sa vie qui officiellement va très bien, Sarah a commencé il y a deux ans à se faire des scarifications. Discrètes. Que personne n’a remarqué pendant longtemps.
Parce qu’elle n’avait le droit d’aller mal. Pas le droit d’inquiéter sa mère ou les adultes.
Parce qu’elle voulait se gérer toute seule et qu’elle n’y arrivait pas.
Non, elle n’y arrivait pas et cela la rendait malheureuse. Pire : cela la rendait coupable.
Au fond d’elle, elle se sentait coupable d’être triste, coupable potentiellement d’inquiéter sa mère qui avait tellement à gérer de son côté, coupable de ne pas arriver à affronter les évènements.
Alors qui dit coupable, dit punition. Et méthodiquement, tous les soirs, pendant des mois, Sarah s’est punie de se sentir triste en se scarifiant. Parce que c’était forcément sa faute.

Sarah avait pris la culpabilité de tout le monde dans sa famille.

Celle de sa mère qui n’arrivait pas à arrêter l’alcool, et où Sarah se reprochait de ne pas arriver à l’aider.
Celle de son père qui avait été violent, et où elle se disait qu’elle aurait du l’empêcher.

Elle portait tout.
Et tous les soirs, sa culpabilité ressortait en larmes rouge sang.

Jusqu’au jour où sa mère apercevant une marque bizarre sous les pulls à manches longues que Sarah portait en toutes saisons, sa mère donc l’amena aux urgences.
Où je fis sa connaissance.

Depuis deux ans, un peu de chemin a été parcouru. Pas beaucoup.

Mais elle est toujours là, fidèle au rendez vous, avec son sourire avenant, sa poignée de main franche, et toute la façade de la jeune fille-qui-va-bien.

Sarah se sent un peu moins coupable. Sarah ne se fait plus de scarifications.

Mais Sarah continue à ne pas vouloir inquiéter sa mère, qui pour elle a déjà trop subi, et elle continue à se gérer seule, à la maison, au collège, à l’hôpital.

Ne disant rien de ses soucis à la maison.
Allant voir l’infirmière du collège quand le vernis craque.
Allant voir le psychologue de l’hôpital.
Mais toujours seule.

Et si je dois dire une chose personnelle sur cette jeune fille, c’est que moi, elle m’émeut : par son courage et sa volonté de rester toujours debout dans l’adversité.

Je dois dire que ça me fait toujours quelque chose de la voir face à moi, essayant de rester digne, de prendre sur elle, d’affronter seule les évènements,  contenant ses larmes et ses émotions.

D’un coté j’aimerai bien qu’elle recolle un peu plus à ses émotions, qu’elle soit plus dans le ressenti et moins dans l’évitement et l’agir.
D’un autre côté, c’est  en évitant de ressentir qu’elle a aussi avancé dans sa vie et qu’elle a tenu bon.
Alors quel est le mieux ?…

Je crois que finalement, seule Sarah me dira un jour ce qui est bon pour elle.
Et moi, je ne l’aurai qu’un peu accompagnée sur son chemin.

18:22 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (22) | |  Facebook

12/08/2011

J'ai vu dans son regard...

Le Dr E. ne m'appelle jamais. Non pas qu'elle me déteste. Je crois même qu'elle m'apprécie un peu. Non. En fait, elle n'appelle jamais personne dans le service des urgences où elle travaille.
Il faut dire que le Dr E. est un peu timide. Ou un peu  schizoïde. Ou un peu les deux.
Bref, en résumé, c'est pas une grande causeuse. Elle panse, elle recoud, elle soigne avec diligence dans les salles des urgences, mais n'esperez pas la croiser dans la salle café, ou la voir s'arrêter dans les couloirs pour parler de la pluie et du beau temps. Elle fonce tête baissée entre deux patients (qu'elle soigne fort bien apparemment) et évite toute autre rencontre que la pince à suture ou la poche de perfusion.

Tout ça pour dire que ce matin là, en entendant sa voix au téléphone, je me doutais bien qu'il y avait quelque chose d'un peu sérieux. Pour qu'elle ose appeler quelqu'un à la rescousse.

Un grand adolescent serait là suite à une agression dans le bus. Le Dr E. l'a accueilli pour les soins et établir un certificat de coups et blessures (pour la police).
Sauf qu'à part un demi-hématome sur le coin du front, ce jeune homme ne présente pas de plaie. Fort heureusement, dira-t-on après cette agression.
Mais là où le Dr E. est surprise, c'est que malgré la modestie des lésions, le jeune garçon est arrivé en état de choc intense. Et elle est très inquiète.

J'arrive donc prestement (je trouve cet adverbe d'une élégance rare non ?...).
Dans la salle de consultation, je trouve un jeune homme allongé, les yeux rougis, un peu hagard, fixant le plafond et donnant la main à sa mère (qui vient d'arriver, appelée par l'hôpital) sans pouvoir la lâcher.
D'après le médecin, son agression remonte à maintenant plus d'une heure, il a été amené par les pompiers. Mais visiblement, l'état de choc est toujours très intense.
Je vois que de l'autre main, il bouge fébrilement les doigts : et je vois qu'il n'arrête pas de froisser et refroisser le ticket de bus.... Qu'il n' a pas lâché depuis plus d'une heure. Dans un état quasi dissociatif, je crois qu'il ne voit même pas que sa main droite agrippe toujours ce fameux ticket sans pouvoir le lâcher...

Il est décrit des réactions de sidération intense comme celle-ci après des évenements traumatiques.
On pourrait penser qu'une agression physique "modeste" en terme de conséquence ne déclencherait pas une sidération aussi intense : mais la réaction n'est pas liée à la gravité objective des faits, mais à leur vécu par le sujet.
Or pour ce jeune homme, tranquille, sans histoire, un peu timide, ces deux jeunes adultes qui lui ont sauté dessus dans le bus, donné un coup de poing et volé son portable.... C'est un traumatisme terrible.
Pour un autre ado, bagarreur, habitué des mauvais coups et des hématomes multiples et variés, le vécu aurait sans doute été différent.

Nul ne sait comment il va réagir face à une situation traumatique. On se targue de dire "Ah moi à sa place, j'aurai fait ça !  Ou ça !!". Ca nous rassure probablement. Mais le fait est que personne ne peut prédire quelle sera sa réaction.
Aura-t-on une réaction appropriée ?
Dans les théories du stress, les réactions appropriée face à une source de stress sont de deux sortes : fuir ou combattre (fight or flight).
En gros, soit on affronte l'évenement (on frappe son agresseur, on cherche à éteindre l'incendie, on prend des mesures adaptées), soit on s'enfuit au plus vite pour se protéger.

Mais paradoxalement, notre corps est capable de nous conduire à des réactions de stress innapropriées : Louis Crocq, psychiatre grand spécialiste du psychotraumatisme, décrit quatre grands types de réactions inadaptées face à un stress aigu :

- La sidération : et c'est le cas de notre jeune homme. Qui se traduit par une absence de réactivité, de pensée, d'émotion. Le sujet est absent à lui même et au monde qui l'entoure. Ceci pouvant entraîner des conduites dangereuses (rester assis devant sa maison qui brûle n'est pas la définition même de la sécurité)

- L'agitation stérile : la personne tourne en rond, crie, commence douze actions en même temps, n'en finit aucun, elle adopte un comportement hyperactif mais qui n'entraîne aucune action efficace et suivie

- La fuite panique : le sujet court droit devant,  dans une sorte de fugue dissociative, ne sachant pas où il va vraiment, ne réflechissant plus mais ne pensant qu'à fuir ... Ce comportement se rencontre volontiers en groupe, dans les mouvements de foule : la fuite panique éperdue entrainant alors des morts par écrasement, la foule avançant sans regarder ce qu'elle fait

- Les comportements automatiques : le sujet est en mode "pilote automatique" mais complètement dissocié, avec souvent une amnésie de cet épisode : par exemple, une personne  rentre chez elle en voiture après un accident et ne réalise qu'une fois à la maison qu'elle est revenue : sans se souvenir du trajet ni de comment elle a conduit . Les comportements automatiques peuvent être relativement élaborés et utiles (l'exemple d'avant). Ou être très frustres et inutiles : notre grand ado garde son ticket dans sa main, et ne peut le lâcher...

A savoir si, face à un évenement intense, vous aurez une réaction appropriée ou pas. Nul ne peut s'en prévaloir.
J'étais un peu outré d'ailleurs en entendant certaines réactions style "café du commerce", après l'histoire de DSK et N.Diallo. J'ai entendu des collègues dire "Mais elle invente, comment on peut obliger quelqu'un à une fellation hein ? Elle n'avait qu'à le mordre...C'est ce que j'aurai fait !!!" (pardon pour l'exemple glamour mais bon, il est parlant).

Sans préjugé de la véracité ou pas des propos de N.Diallo, si on tient compte des réactions aiguës face au stress,  il est tout à fait possible que dans un état de sidération, de dissociation traumatique, quelqu'un fasse des choses de façon automatique, déconnecté de ses émotions, de ses pensées, sans réagir de façon approprié. Mais paralysé par la peur. 
Dire "elle n'avait qu'à", "moi à sa place...", c'est oublier qu'on ne réagit pas face au stress comme on le veut.  

J'amène donc ce grand adolescent dans mon bureau, pensant qu'un environnement plus calme serait propice à la verbalisation. Mais rien. Il me parle, un peu. Il relate l'agression, un peu. Mais visiblement, "il n'est pas là" : les émotions ne sont pas adaptées, il raconte avec détachement.
Et à côté de cela, des larmes coulent de manière itérative à des moments complètement anodins de la conversation.

Cet ado présente ce qu'on appelle une "dissociation péritraumatique", c'est à dire une sorte de coupure à la fois interne (le sujet est dissocié entre ses émotions, ses souvenirs...Les souvenirs traumatiques se mettent à part dans le psychisme, et fonctionnent à leur propre compte, sans arriver à faire de liens avec les autres pensées) et externe (du mal à communiquer et à tenir compte de l'environnement).
La dissociation est un concept ancien, que Janet, un psychologue français, a beaucoup développé au début du XXme siècle. Janet est ensuite passé complètement de mode en france alors qu'un regain d'intérêt vigoureux a eu lieu aux Etats Unis, dans le champ de la psychotraumatologie.


Bref, notre jeune est complètement dissocié et le psychologue est bien impuissant ce jour là à l'aider par la parole... Je pense que c'est beaucoup sa famille, sa maison, son environnement habituel sécurisant qui va l'aider à reprendre pied avec la réalité. Aussi je demande à la maman de le revoir dans 48h.

Et deux jours plus tard, c'est un ado souriant et avec un très bon contact que je revois en consultation.
Certes, lorsqu'on aborde l'agression, le ton change, mais là les émotions sont au moins adaptées : il est triste quand il le faut, revit la peur quand il parle de l'agression.
Il ne comprend pas pourquoi il a été "sonné" comme cela il y a deux jours, parce qu'a posteriori, il dit bien que rien de grave ne lui est arrivé. (c'est bon signe là aussi quand le sujet est capable de raisonner, prendre du recul, cela veut dire que le souvenir traumatique s'est réinséré dans le fil des pensées, et n'est plus "à part" dans le psychisme).

Mais en reparlant avec lui, la cause de son choc initial devient clair.
Comme dans la plupart des chocs traumatiques, notre ado a été confronté avec la mort. Il a cru mourir. Il le dit. Ce jour là, il a cru y passer.
On pourrait sourire : quoi ? Avec un minuscule hématome, il a cru y passer ?
Mais la peur n'est pas la réalité.
On peut vivre un très grave accident sans avoir eu conscience qu'on pouvait mourir.
Et on peut, comme lui, vivre un évenement modeste en terme de conséquences physiques et croire qu'on aurait pu mourir.

Ce qui lui a fait peur, il le dit : le regard d'un de ses agresseurs. Au moment où il l'a frappé,  il a croisé son regard et il y a lu "de la haine... Comme si il voulait me tuer... Il voulait me tuer, j'en suis sur".
Comme il n'a pas lâché son portable de suite, l'agresseur s'est mis en colère et l'a frappé. Mais le regard qu'il a croisé l'a terrifié. Il n'avait jamais vu autant de haine à son égard.

Voilà ce qui l'a choqué. Bien plus que l'hématome. Comprendre d'un coup que quelqu'un peut le haïr, vouloir le tuer "pour rien", pour un portable volé. 
Ce regard l'a complètement déstabilisé. Comment quelqu'un pouvait vouloir le détruire à ce point ? Comment sa vie pouvait basculer subitement, en une seconde, d'une vie tranquille, à la mort ?

Et ça malheureusement, pour la police qui a demandé un certificat de coups et blessure, ca n'apparaitrait pas. Le certificat parlera d'un hématome très modeste. La police qualifiera l'agression de très modeste.
Alors que ce jeune homme, dans son vécu, a cru mourir, a manifesté des réactions psychologiques intenses.
A subi un choc immense.
Mais qui en tiendra compte dans son parcours judiciaire ? Qui comprendra qu'en terme de conséquence, il y aura probablement pour lui, un avant et un après cette agression dans sa vie ?

Alors, en consultation, nous avons essayé de remettre des mots sur son vécu, son ressenti. Intégré cet épisode à son histoire, essayer de lui donner du sens, etc...
En faire quelque chose pour l'aider à avancer, et ne pas rester bloquer dans ce souvenir traumatique.

Revu à un mois de distance, ce jeune homme allait maintenant très bien. L'humeur était bonne, les peurs avaient beaucoup régressées, la scolarité était parfaite.
Mais prendre le bus tout seul lui restait toujours difficile...

 

 

 

09:31 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (29) | |  Facebook

18/04/2011

Froid dans le coeur

J'ai guéri un enfant en UNE séance de troubles qu'il avait depuis plusieurs mois.
Si, si.

Des douleurs pulmonaires, cardiaques, personne ne savait très bien d'ailleurs, sauf que les examens ne donnaient rien, que l'angoisse parentale montait ("et si on passait à côté d'une pathologie grave ?"). Jusqu'au jour où un médecin a émis l'hypothèse du stress.

Donc, disais-je, je l'ai guéri en une séance.
A ce stade, vous pouvez vous dire soit que je suis très doué. Soit que je suis d'un narcissisme extrême et que j'aime me vanter. Choisissez, c'est comme bon vous semble.
Cependant, si je rapporte ici que j'ai guéri cet enfant en une séance, c'est bien que ça n'arrive jamais ce genre de choses... C'est de l'exception exceptionnelle ! Et c'est bien pour ça que j'ai envie d'en parler (et en même temps, fin d'un mythe : eh non je ne suis pas incroyablement doué...Pfff).

Bref cet enfant de 5 ans arrive en consultation accompagné de ses parents, qui viennent consulter le psychologue en fin de parcours médical, à cours d'idées, mais accompagné d'une angoisse extrême.
Leur petit bonhomme a des douleurs dans la poitrine, fortes, chroniques, depuis des mois. Tous les examens reviennent négatifs, les spécialistes restent dubitatifs. Sauf que ça ne rassure absolument pas les parents qui, réveillés au bout milieu de la nuit par les douleurs ou rappelés par l'école, ont du mal (et on le comprend !) à accéder à l'hypothèse "c'est rien, c'est pas grave et ça va passer".

Anamnèse avec eux sans aucune particularité. Enfant qui s'est toujours bien développé. Aucun souci préalable existant, pas notion d'événements particuliers.. Les parents s'excusent presque de me faire perdre mon temps "on est venu parce qu'un médecin pensait que ça pouvait être le stress, mais sincèrement, on ne voit rien de ce côté".
Moi je retrouve un petit garçon gai, bavard, spontané, peut être même un peu déluré. Dessin standard, comportement et jeux en entretien standards. On est bien avancé....

Bref, je demande à le voir un peu tout seul. On engage un peu la conversation.


"Alors comme ça tu as des douleurs dans la poitrine ?"

"Oui, ça fait mal".

"Et ça te fait comment alors ?"

"Ben, je sais pas. Ça fait mal... Ça fait comme du froid qui pique". 

Et il continue à dessiner, comme si de rien n'était.
Moi je reste un peu titillé par son expression "du froid qui pique"... C'est pas très courant tout de même.


Je lui demande de fermer les yeux, de mettre sa main sur sa poitrine à l'endroit où il ressent le froid.
Et je lui demande d'imaginer que sa main est chaude, qu'elle réchauffe sa poitrine et qu'elle fait partir le froid.
La suggestion marche à plein (je le trouvais un peu déluré, donc peut être un peu suggestible)... Il semble apaisé.
"Dis moi, tu te souviens d'où il vient ce froid ? Est ce qu'il y a eu un moment où tu as eu froid comme ça dans ta poitrine ?"

"Euh...Si...Au ski... Au ski, j'ai eu froid. Ca piquait aussi. Et j'ai eu peur"

"Peur ?"

"Oui, quand le moniteur il m'a crié. J'ai eu peur dans la descente. Et puis il faisait froid. Ça piquait le cœur. Papa et maman ils étaient pas là... J'ai eu froid. Il me criait, je skiais pas bien...J'étais tout seul..."

Et là je comprends  tout le jeu de tiroirs et doubles tiroirs où la douleur représentait la sensation de froid qu'il avait éprouvé à la montagne. Sensation de froid qui symbolisait elle, la peur qu'il a eu auprès de ce moniteur vécu comme "méchant" et aussi le fait de s'être senti abandonné, loin de ses parents, tout seul à ce moment.

Je fais rentrer les parents et leur parle de ce que me dit leur rejeton.
Et là boum, grosse culpabilité. Oui ils avaient entendu que quelque chose ne s'était pas bien passé au ski, que le moniteur avait un peu rudoyé leur petit bonhomme, mais ils n'avaient pas compris du tout l'impact traumatique de tout cela sur lui.

Alors devant ses parents, je dis au petit bonhomme que sa grosse peur est finie, que maintenant papa et maman sont là et bien là. Qu'il peut aller dire au petit garçon dans ses souvenirs que tout est terminé, qu'il peut être rassuré et tranquille, qu'il n'aura plus froid dans son cœur.
(j'ai dit que je le sentais un peu suggestible, alors autant y aller non ???)

Et je programme un rendez vous un mois après. Oui, vous noterez que je doutais encore de mes supers pouvoirs puisque je demande à le revoir.
Bref, et à ma grande surprise je l'avoue, un mois après : plus aucune douleurs, elles se sont arrêtées pile après la consultation.
Il aurait beaucoup reparlé le soir même à ses parents de sa peur au ski, du moniteur qui l'avait beaucoup impressionné. Et fin de l 'histoire.
Deuxième consultation juste sur le constat d'un petit bonhomme qui n'a plus mal et qui sur le reste, se porte tout aussi bien qu'à la précédente consultation.

Pour une fois que j'étais miraculeux, j'avais bien envie de vous en parler.
Après, on peut m'objecter qu'il y avait surement des choses à fouiller derrière. Que tous les enfants ne sont pas traumatisés par le moniteur de ski alors que peut etre celui là était particulièrement anxieux ou qu'il avait des troubles de l'attachement...
Mais après tout, si à un mois de distance toute le monde est content, alors moi aussi !
J'ai répondu à la demande et pas forcemment l'envie de coller chaque enfant dix ans en thérapie... On peut trouver toujours des choses à travailler, améliorer... Mais peut être aussi savoir où s'arrêter.
Nous verrons bien par la suite, les parents ont mes coordonnées.

Mais moi, il m'a bien ému ce petit bonhomme qui avait froid dans son cœur.

02/12/2010

J'en crois pas mes yeux

Une excellente initiative du site "J'en crois pas mes yeux".

Des petites vidéos pour expliquer ce que peuvent vivre au quotidien les personnes aveugles. Le tout sous un angle qui me plait beaucoup : l'humour et l'autodérision.

Je vous mets en lien celles qui m'ont fait sourire :

 


Pizza
envoyé par JCPMY. - Gag, sketch et parodie humouristique en video.

 


Portefeuille
envoyé par JCPMY. - Plus de vidéos fun.

 


Sexe
envoyé par JCPMY. - Gag, sketch et parodie humouristique en video.

 

(Merci à Céline et Kidipsy pour la découverte)

30/11/2010

Courrier des lecteurs - 2

Je reçois aujourd’hui un courrier de la ville de Neuilly qui m’a semblé bien intrigant.
Enveloppe en papier velin haut de gamme, papier à lettre bordé d’or… Voilà donc un nouveau courrier des lecteurs !

« Cher Spyko,
J’aime beaucoup votre blog et moi aussi, j’ai des problèmes avec mes enfants, plutôt avec ma fille unique. Je m’appelle Liliane, j’habite Neuilly et j’ai 55 ans. Je vous écris parce que j’aime beaucoup votre  blog, et que j’ai des problèmes avec ma fille. Unique. Il faut que je vous dise que j’habite Neuilly et que j’ai 67 ans. Ce qui me fait vous écrire, ce sont les soucis avec ma fille.

…Euh,pardon François-Marie ? … Pourquoi voudriez-vous rédiger ce courrier à ma place, voyons très cher ? Cela me semble d’une inconvenance rare ! . Mais bien sur que si, je suis claire dans mes propos !… Ce cher monsieur Spyko est un de nos chers amis, il comprend très bien ce que j’écris, allons donc…
Je poursuis donc.

Je m’appelle Liliane, j’ai 45 ans et ma fille Françoise m’ennuie beaucoup. Croyez-le ou non, elle a décidé de se révolter contre mon autorité et use de toutes les armes pour cela ! Si feu mon cher mari voyait cela, je vous assure que cela se passerait autrement. Enfin… Je crois qu’elle a en surtout après mon argent, elle veut davantage, elle estime qu’elle le vaut bien.

Et puis surtout, cher monsieur Spyko, je crois qu’elle est jalouse. C’est pour ça que je vous écris. J’ai 72 ans et j’habite Neuilly voyez-vous. Est-ce normal qu’une fille jalouse les hommes qui gravitent autour de sa maman, au point de vouloir les éloigner de moi ? Peut-on parler d’Œdipe ?
J’aimerai beaucoup votre avis. Ci-joint un chèque de 125 000 euros en dédommagement de votre expertise et du temps passé à me répondre.

Sincèrement vôtre, Liliane. 59 ans. Neuilly.»

 

Cher madame Liliane, votre demande me touche beaucoup, croyez-le bien, mais je ne suis pas achetable. On ne négocie pas mon expertise comme cela, voyez-vous. J’ai des principes.

Cependant, comme vous m’êtes sympathique, je consens exceptionnellement à encaisser ces 125 000 euros POUR VOUS FAIRE PLAISIR, et à vous donner mon avis sur le problème qui vous touche.
(Je vous adresse cependant une facture complémentaire de 15 425 euros pour les frais d’encre, papier, internet et rédaction).

Or donc, est ce un Œdipe mal résolu qui travaille votre fille unique ? Vous ne me parlez pas de son enfance, la question est donc ardue.

Je suis un peu surpris sur votre papier à en tête de lire « L’Oréal, parce que je le vaux bien ». Je trouve cette phrase un brin narcissique, n’est-il pas ? Comment voulez-vous que votre fille, dans son enfance, arrive à s’identifier à un modèle maternel aussi inaccessible ?
Je pense que son complexe d’infériorité l’a rongé depuis lors, et qu’à la mort de votre défunt mari, il lui a été insupportable de voir que vous puissiez encore être entourée d’homme. Cela lui rappelant par trop ses failles narcissiques.
Sa colère contre elle-meme et contre son sentiment d’infériorité a été alors projetée contre vous, qui deveniez la seule responsable de ses soucis, par un mécanisme de défense du moi bien connu. Vous vaincre devenait alors ce qui lui servirait à renforcer son narcissisme.
CQFD.
Vous constaterez que moi aussi, je les vaux bien ces 125 000 euros.

Certains me soufflent à l'oreille que d’hypothétiques troubles cognitifs que vous presenteriez, axés sur la mémoire, pourraient être à l’origine de l’inquiétude de votre fille. Que nenni ! Faites fi de ces rumeurs, voyons donc. Vous êtes au dessus de ça, vous qui pour vos 45 printemps faites toujours aussi jeune.

Croyez le bien, en vous lisant attentivement, je ne décèle aucun signe avant coureur de maladie neurologique dégénérative : absolument aucun. Vous êtes toujours aussi alerte et vive.
D’ailleurs, j’en profite pour vous rappeler que vous m’aviez promis un nouveau chèque de 125 000 euros à la livraison de mon expertise : je suis persuadé que vous êtes une femme de parole qui honorera sa promesse, même si celle ci est déjà loin et qu’il est  possible qu’elle vous soit sortie de la tête au jour d’aujourd’hui. Mais je me doute que vous ne me ferez pas l'affront de ne pas honorer votre parole, n'est-il pas ?

Je suis en tout cas à votre entière disposition pour tout avis psychologique ultérieur, aux mêmes tarifs d'amis que j'ai pratiqué aujourd'hui.

Votre dévoué
Spyko

 

28/11/2010

Le nouveau style de Mélanie

Mélanie a quatorze ans. 
Lorsqu'elle arrive à ma consultation, la fois dernière, je ne peux m'empêcher d'être surpris et un peu mal à l'aise en la voyant dans la salle d'attente.
Mélanie est une jeune fille que je vois régulièrement depuis un an et qui est suivie chez nous par les médecins dans le cadre d'une obésité. Ajoutée à celle ci, on retrouve des troubles alimentaires nets liés à des affects dépressifs, et une histoire familiale complexe. C'est pour cela que je la vois aussi en consultation.

Je suis surpris dans la salle d'attente car ce n'est pas la même Mélanie qui se lève à l'annonce de son nom.
Non. Mélanie l'adolescente obèse et complexée, aux vêtements souvent informes et amples, a fait place à une nouvelle Mélanie. Mais je ne suis pas certain que le changement soit flatteur.
Car Mélanie a opté ce jour pour une mini-jupe très très mini, des collants noirs et résillés, des chaussures à talons sur lesquelles elle a du mal à marcher, un tshirt très serré qui dévoile allègrement sa poitrine et un maquillage qu'on dirait pour le moins chargé, en employant l'euphémisme.
Le tout, associé à son obésité, donne malheureusement l'image même de la vulgarité....

Je ne dis rien et conduit Mélanie et sa maman à mon bureau.
Où la mère se lance alors dans une diatribe contre le collège qui, comprenez-vous, en veut à Mélanie.

Ils ont osé la punir pour bavardage, rendez-vous compte !
Et pire que tout, me dit la mère, ils ont convoqué la maman pour parler de l'habillement de sa fille
(Tiens donc !)

"Et vous savez ce qu'ils m'ont dit ? Que ma fille n'était pas correctement habillée ! Non mais ! Que ses vêtements n'étaient pas bien, rapport aux garçons du collège..."

(Je tiens le sujet, je me dis que je vais essayer de relancer.... Parce que figurez vous, quand vous êtes un homme, pas facile de dire à la maman "elle ferait pas un peu vulgaire votre fille là ?".... Peur d'être taxé de macho ou de pervers.... Pas facile en tant qu'homme de signifier qu'une tenue est trop sexualisée.... Mais là, j'avais une occasion en or : c'est le collège qui le disait !!)

"Et bien, vous en pensez quoi de ce que dit le collège, par rapport aux garçons et aux vêtements de Mélanie ?" dis je

"Ce que j'en pense ? Mais c'est que ma fille fait ce qu'elle veut ! Elle a trouvé son style à elle, elle le garde, on est en république, zut !"

(Ouh là, me dis-je, c'est mal parti là.... Comment faire percevoir à la maman qu'il y a pour le moins quelque chose d'étonnant à ce qu'elle valide ce genre de tenue pour sa fille....)

"Et le danger avec les garçons, vous en pensez quoi ?"

"Oh faut arrêtez là, je vous dis : elle a trouvé son style ! Elle a mis du temps, mais enfin, elle a un style à elle, il faut lui foutre la paix maintenant".

Impossible durant tout l'entretien de faire réflechir la maman sur l'image que sa fille pouvait renvoyer.
Pour elle, c'est comme si sa mission de maman était maintenant de défendre contre vents et marées sa fille et "son style".
Je me suis demandé si ce n'était pas une espèce de collusion entre le vécu de la maman (elle même très obèse) et de sa fille : comme si la liberté vestimentaire que sa fille avait revendiquée collait à quelque chose que la mère aurait souhaité pour elle même...
Du coup, c'est comme si il y avait un espèce d'encouragement implicite chez la maman, ce qui était pour le moins ennuyeux face à une adolescente probablement un peu perdue dans son rapport au corps et à la sexualité.

L'entretien prit fin avec une espèce de frustration de ma part.
Quelque chose avait changé chez Mélanie, je la sentais chercher dans la séduction et peut être même la sexualité, l'estime de soi qu'elle n'avait pas trouvé avant. Etre désirée pour se sentir bien.
Une sorte de quête dangeureuse, parce que les garçons de 14 ans, l'estime de soi de Mélanie, ils n'allaient rien avoir à en faire... Par contre, sa mini-jupe et son tshirt allaient bien les travailler... 

Je la sentais en danger, d'autant plus que quelques séances avant, Mélanie m'avait parlé de son frère qui faisait des "choses qu'elle n'aimait pas".
On en avait parlé, reparlé, mais je n'avais pas réussi à en savoir davantage. Je pensais au pire sans savoir réellement si c'est de ça dont elle voulait parler. Peut etre pas.
Mais ce qui m'avait étonné, c'est encore l'attitude de la maman.
La maman, à qui j'avais parlé d'éventuels soucis frere/soeur, de mise en danger (sans pouvoir préciser davantage) et qui se montra évasive, pas intéressée par le sujet : "des conflits de gamins". Voilà tout.
Comme si dans cette famille, il était impossible de poser des limites strictes : c'était déjà le cas pour la nourriture : le surpoids de Mélanie venait aussi en partie d'un cadre éducatif très lâche et souvent aléatoire.
L'éventuel danger de Mélanie face à son frère était traité avec la même désinvolture. 
De même que l’éventuel danger que son look et sa recherche des garçons lui faisait prendre.


Bref, au niveau sexualité, interdits, protection...Je sentais des choses dans le climat familial inquiétantes. Le changement de Mélanie me faisait craindre une fuite en avant bien ennuyeuse.
Et avec cette impression de ne pouvoir arriver à le travailler.
Pour tout dire, cela m'avait inquiété et aussi agacé de ne pas être arrivé à faire réfléchir la famille là dessus : j'en avais parlé à ma collègue, pour y réfléchir, comprendre ce que j'aurai pu faire et comment aborder la prochaine consultation. C'est rare qu'une situation me travaille une fois chez moi, mais là si.
Et je me disais que si le collège était inquiet, c'est qu'il y avait des comportements, des attitudes, des choses qu'ils avaient eux aussi repérer.

Or, cette semaine, coup de théatre: j'apprends par sa maman que Mélanie....aurait été victime de sévices sexuels au sein de son collège.
Dire que je n'ai pas été étonné sonne probablement un peu odieux, mais c'est la stricte vérité.

Dire que ça ne m'a pas affecté est un mensonge : depuis, je n'arrête pas d'y penser.
Aurais je pu faire quelque chose pour faire réflechir davantage Mélanie à ce qu'elle faisait, comment elle utilisait son corps et la séduction pour restaurer son estime ? Comment elle se mettait en danger pour l'avenir ?
Aurais je pu faire réfléchir davantage la maman sur son rôle protecteur et les limites à poser à sa fille de façon urgente. Et sur sa difficulté à le faire.
Bref, aurais je pu éviter que tout cela ne lui arrive ?

Le fait est que d'être un homme m'a considérablement gêné. Je me sentais vraiment très mal placé pour faire comprendre à la maman que sa fille pouvait sembler vulgaire et provocante.

Attention, je ne suis pas en train de faire le lien avec les lieux communs révoltants sur le viol tels que "elle l'a bien cherché vu comment elle était habillée !!"
Oh que non ! Rien ne justifie une agression sexuelle, je ne trouve pas de circonstances atténuantes à son agresseur ! Aucune. 

Non je veux dire que j'ai vu Mélanie se mettre en danger, adopter des vêtements, une attitude qui avaient une tonalité sexualisée. Flirter avec le danger et le désir qu'elle provoquait semblait plus ou moins consciemment être le but recherché. Avec cette impression propre à l'adolescence qu'elle pourrait de toute façon tout maîtriser, toujours.

Est ce qu'une psychologue femme aurait pu plus facilement faire passer le message à la maman ? A Mélanie ?
Je me voyais mal lancer un thème de reflexion sur "tes vêtements sont très séducteurs tu ne trouves pas ?", j'aurai été le premier gêné. Et ca m'aurait gêné que la maman pense que je pouvais avoir un regard d'homme sur sa fille (même si dire que ses vêtements étaient inadaptés était plutôt objectif que jugeant)
Peut etre ai je eu tort....

En tout cas, cette histoire me fait bien réflechir depuis ces derniers temps et je crois que ce n'est pas fini.
D'une part sur Mélanie. Et d'autre part, sur mes limites et mes gênes à moi. 

23:08 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (35) | |  Facebook

09/11/2010

Vidéos Dysphasie/Dyspraxie

Deux petites vidéos humoristiques pour expliquer la dysphasie et la dyspraxie

(via @CaroleCousseau)

 

Dysphasie from adrien honnons on Vimeo.

 

Dyspraxie from adrien honnons on Vimeo.

 

07/11/2010

Un cours sur Freud en powerpoint

Tombé par hasard lors de recherches internet sur ce diaporama réalisé par F.Jourde, professeur de philosophie.
Un cours sur Freud en diaporama ? La psychanalyse peut elle se couler dans le powerpoint ?

Je suis épaté déjà de la forme, très beau, très clair.
Je suis épaté de la synthèse réalisée : tout semble simple et  couler de source. L'air de rien, ça a du demandé un formidable travail en amont, j'en sais quelque chose pour faire des présentations régulièrement.
Bravo Mr Jourde. (si mettre ce diaporama en ligne gêne, merci de me le faire savoir)

"Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement."- Boileau