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18/02/2009

Lève toi et...

Marie pleure. Elle essaie tant bien que mal de retenir ses larmes, mais les défenses ont craqué, elle pleure en silence, assise sur son lit.
Depuis une bonne demi-heure, Marie s'évertue à me prouver qu'elle va très bien. Elle n'aime pas les psys, me le dit ouvertement, "ils cherchent des problèmes là où il n'y en a pas".
Donc "tout va bien". Ses parents sont en conflit ouvert au domicile. Papa a connu des périodes d'alcoolisme, il y a eu des scènes très violentes.
Maman est dépressive au long cours, plusieurs hospitalisations, une tentative de suicide même.
Mais "tout va bien". Marie fait ce qu'elle peut pour tout garder à distance. Elle parle froidement de tout cela, avec détachement, comme si elle parlait de quelqu'un d'autre.

On m'a demandé de voir Marie car elle présente depuis des semaines des troubles de la marche. Elle ne tient plus sur ses jambes et les x radios, scanners et IRM n'ont rien montré. Tous les examens restent désespérément normaux.
Alors, à court d'argument,on appelle le psy. Ce que Marie a très bien saisi d'ailleurs.
"Vous allez me dire quoi ? Que je suis folle ? Que tout ça c'est dans ma tête ?".

Mais je reste serein, j'écoute ses réserves, et petit à petit, les confidences se font plus précises.
Non, ça ne va pas si bien que ça. Oui, c'est l'image que je veux donner aux autres. Je ne veux pas qu'on me croit faible, me dit Marie.
Du coup, elle encaisse, met à distance ses émotions, et se trouve écartelée entre une situation familiale éprouvante et un rôle à jouer où "tout va bien".

C'est le moment que choisissent ses jambes pour lâcher. Hasard ?...
Marie livre quelques phrases qui me font réagir "je n'ai plus la force", "tout cela c'est trop difficile à vivre", "je n'ai plus envie". Comme si elle n'avait plus envie d'avancer.
D'ailleurs elle me dira "on me dit de me lever et de faire travailler mes jambes. Je n'ai plus envie, je n'ai plus la force"
Le symptome médical semble être la seule façon qu'a trouvé Marie pour dire qu'elle va mal, car c'était impossible de l'avouer autrement.

Marie a tout d'un syndrome de conversion. Qu'on associe souvent avec l'hystérie, mais pas toujours.
Dans le syndrome de conversion, la patiente (c'est souvent une femme) présente des troubles d'allure neurologique, ou de motricité. Les examens ne retrouve rien, les éventuelles paralysies ou douleurs ne correspondent pas aux trajets nerveux...Les symptômes sont souvent exprimés bruyamment et en complète discordance avec le tableau médical rassurant.
Mais il ne faut pas se tromper : on n'a pas affaire là à de la simulation, de la "comédie". Il s'agit d'une expression non consciente de conflits psychiques.
Tout comme on peut avoir mal au ventre à cause du trac et du stress : on ne le fait pas exprès, ça n'a rien de volontaire. Et c'est pourtant d'origine psychologique aussi.

La difficulté de la prise en charge est de permette une prise en charge psychologique sans discréditer le sujet, sans faire entendre "que ce n'est rien", ou que "c'est dans la tête" (paroles malheureuses souvent entendues...).
Faire réagir le patient, le "secouer", n'amène aucune espèce d'amélioration, sinon une détresse supplémentaire, celle de ne pas être pris au sérieux.


Je vois donc Marie, donne mes élements aux médecins du service : beaucoup d'arguments pour une conversion, il faut une prise en charge psy en externe. Et je dis qu'il vaudrait mieux mettre fin à l'hospitalisation rapidemment car Marie s'installe doucemment dans son rôle de malade et les bénéfices secondaires s'accumulent (visites de la famille, des amis, regain d'attention, cadeaux...)

Seulement voila... Un des médecins du service, assez réfractaire au coté psychologique des choses me dit qu'il est persuadé que la jeune fille simule. Il ne l'a pas vue en entretien, a juste fait un examen médical rapide à l'entrée, mais il en est certain. "Il faut juste que quelqu'un lui dise !".
J'essaie d'expliquer : ce n'est pas conscient, il va falloir tout un travail psychologique pour réduire le mal être, ce qui permettra aux troubles de disparaitre.
Mais rien n'y fait. Bille en tête, il va voir la jeune fille et trouve qu'on perd notre temps à vouloir faire à son rythme à elle.

Le lendemain, je le recroise. Il est tout fier "elle est sortie, je l'ai faite marcher moi ! De toute facon, je lui ai dit : y'a rien de médical, alors ou tu marches, ou je te garde hospitalisée tant que tu remarcheras pas".

Ben voila. Tout va mieux, hein, elle remarche... Et les souffrances qui l'ont conduite  là ? Elles ont disparues ?
C'est comme si je disais à un dépressif "maintenant je vous interdit de pleurer !" et que je fanfaronnais le lendemain en disant "vous voyez, il ne pleure plus, ca va mieux".

Autant dire que je suis hors de moi... Où est cette jeune fille à l'heure actuelle ? Comment se sent elle ?
Mais je ne devrai pas m'inquiéter. Tout va bien. Elle marche.

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13/02/2009

Zéro info

On m'appelle aux urgences pour un jeune homme qui vient d'être adressé à l'hôpital par son psychiatre habituel.
J'arrive dans le bureau des infirmières et là, je vois les internes et les infirmières en train de rigoler au dessus du dossier.
Je demande ce qui se passe.
"Regarde le courrier du psychiatre, me dit l'infirmière.

Pour info, on a l'habitude que nos amis psychiatres soient très très peu informatifs dans leurs courriers. Sous couvert de la confidentialité des entretiens, les courriers sont le plus souvent laconiques...
Confidentialité des propos en entretiens, je suis tout à fait d'accord, et heureusement qu'elle est là ! Mais ne distiller les infos qu'au compte goutte, là, non. On peut au moins évoquer à son correspondant une pathologie, lister des troubles, parler de l'évolution du patient... Un minimum d'infos globales, utiles pour la prise en charge et qui ne trahissent pas le secret des entretiens.

Bref, je jette un coup d'oeil au courrier du-dit psychiatre...Qui gagne le pompon du courrier le plus baclé :(haut la main !) :

"Cher confrère,
Je vous adresse pour hospitalisation le jeune X.
Bien confraternellement
Dr Y."

Voila. C'est tout.
Motif de l'hospitalisation ? Nada
Quel pathologie présente le patient ? Pas d'info.
Qu'attend le psychiatre de nous ? On sait pas.

Waouh...Avec un courrier comme ça, c'est clair qu'on va être efficaces. Genre le psy suit le gamin depuis deux ans, connait tout de ses difficultés, mais nous, champions du monde de la psy, pas la peine de nous donner UNE info, on va tout débrouiller aux urgences hein.
(et il est bien connu qu'un service des urgences est l'endroit rêvé et idéal pour prendre son temps, se poser, discuter trois heures avec la famille pour tout saisir des difficultés ).

Bref. Moi aussi, ça m'a fait rigoler...
L'interne me dit que ça serait vraiment réjouissant de répondre :

"Cher confrère,
Vous nous avez adressé l'enfant X pour hospitalisation.
Nous l'avons bien hospitalisé.
Confraternellement"

Enfin, le moins rigolo dans tout ça, c'est que le pauvre gamin et sa maman ont été obligé de reprendre avec nous toute leur histoire, de tout répêter pour qu'on se fasse une idée des difficultés et surtout de ce qu'on pouvait faire. Je trouve pas ça très sympa tout de même...Surtout que leur histoire était fort lourde et pas évidente à redire à des inconnus.

09:14 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

12/02/2009

Opposition

La maman m'amène son fils de 10 ans pour qui on vient de découvrir un diabète il y a quelques semaines.
"Déjà qu'il était pas bavard, renfermé...Mais depuis la maladie, c'est pire. Il me parle plus, il se fache dès qu'on essaie de lui poser des questions pour savoir comment il va.... Ce n'est plus possible de communiquer"

Je regarde le petit Kevin sur son siège. Il me tourne ostensiblement le dos pour bien me faire comprendre qu'il n'a pas voulu être là. Je lui lance quelques questions....sans réponse.... Du coup, je continue avec sa maman.
Au fur et à mesure des paroles de sa mère, au fur et à mesure qu'elle précise le mal être qu'elle ressent chez son grand, celui ci se cache de plus en plus, penche la tête entre ses épaules, pour finir par mettre la capuche de son sweat...
Entendre qu'il peut aller mal semble insupportable.

Je demande à voir l'enfant seul.
"Oh mais il ne voudra jamais vous parler !!!"

J'adore ce genre de prédictions....C'est typiquement le genre de prédiction qui s'auto-réalise. L'enfant entend, hop, du coup c'est bel et bien ce qui se passe.
C'est comme pour les infirmières qui commencent la prise de sang, la maman qui lâche "oh mais il a horreur de ça, vous n'allez pas y arriver". Et hop, aussitôt le bambin se met à pleurer et à se débattre.

Bon en tout cas, pour mon grand diabétique, je tente le coup. Maman a du mal à le laisser, mais elle finit par accepter.
Nous voilà seul à seul mais le psy se creuse la tête. Par où commencer, comment nouer le dialogue...
Je tente ses passions (le foot, les jeux videos...). Pas de réponse.
Je propose un dessin. Niet.

Hmmm... C'est pas gagné on dirait.

Je laisse un peu le silence s'installer mais cela ne change pas grand chose.

Finalement, je sors de ma manche un questionnaire pour enfant que j'avais dans mon bureau, qui sert à mesurer sur différentes échelles les aspects dépressifs, anxieux, etc
Je lui explique qu'il n'y a qu'à cocher, et qu'avec cela, il n'aura pas besoin de me parler puisqu'il ne le souhaite pas.
Il fait "oui" de la tête et noircit consciencieusement les cases.

Ce n'est pas la première fois que cela fonctionne face à un enfant ou ado opposant. Le questionnaire aiguise leur curiosité, cela semble moins impliquant, moins angoissant que parler et il est assez facilement accepté.

Du coup, j'apprends qu'il n'y a pas de dépression majeure sous jacente, pas d'anxiété majeure non plus, plutôt des traits de pessismisme marqués.
Un petit pas...Il a bien voulu s'ouvrir un peu...Ouf... Mais ce n'est pas gagné, et je crois qu'il va falloir se revoir pour fouiller un peu ses réponses et qu'il arrive à les commenter. En tout cas, je suis content, on a une base de travail pour les fois suivantes....!

Mais c'est assez marrant, il y a pas mal de consultations où pour la première, j'ai un peu l'impression d'etre un VRP de la psychologie. Je dois me vendre. Montrer que je ne mords pas, que je ne suis pas là pour les fous, que je ne juge pas, que je ne vais pas tout savoir des secrets grâce à mes pouvoirs magiques ancestraux...
Face aux enfants ou ados opposants, la première consultation c'est un peu "poser le cadre" : voila le psy c'est quelqu'un de normal (enfin je crois...!), on peut discuter normalement, dire ce qu'on veut....
Et là c'était un peu ça aujourd'hui. Je ne sais pas ce qui lui faisait peur, mais il semble s'être départi d'une partie de ses préjugés.
Et Kevin a même fait oui de la tête quand je lui ai demandé s'il voulait bien revenir une seconde fois.

Test MDI-C - Echelle composite de dépression pour enfant

16:58 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

06/02/2009

Courir encore

Nadir est myopathe.
Un petit bonhomme d'environ cinq ans. Venu à l'hôpital cette semaine pour la première fois.
Là, dans sa chambre, il reçoit depuis quelques jours la visite de plein de professionnels différents. Nadir ne comprends pas tout à ce qui se passe.
Papa et Maman font une drôle de tête, c'est sur. Mais il a du mal à comprendre pourquoi.

C'est sur aussi que Papa et Maman n'arrivent pas à lui dire grand chose. Ils étaient venus ici pour quelques inquiétudes "musculaires", mais rien de grave dans leur tête.
Nadir court moins vite que ses amis, Nadir tombe souvent. Nadir met du temps à se relever lorsqu'il est à terre. Ok, c'est embêtant, ils espéraient une petite aide médicale, mais jamais ils n'avaient pensé à une maladie comme une myopathie.
Surtout celle qu'on leur annonce. Celle où on peut déjà avec plus ou moins de certitude prédire une perte de la marche d'ici quelques années et une dégradation progressive. La myopathie de Duchenne.

Papa et Maman sont sonnés. Mais dans un dernier sursaut, ils veulent garder la tête haute et croire. Croire à tout prix.
Aussi, Papa m'explique que Nadir va faire du football comme prévu l'an prochain. Il passe la main dans les cheveux de son fils en disant "hein, on va pas se laisser abattre ! On va faire du foot tous les deux, avec un peu de volonté on va y arriver !".
Nadir regarde Papa avec des grands yeux. C'est le seul qui depuis quelques jours lui apporte un discours d'espoir. Aussi il l'écoute de toutes ses forces.

Moi je reste gêné. Je connais l'évolution de la maladie, je sais ce que le médecin a dit aux parents. Je sais qu'ils savent. Je sais aussi qu'ils ne veulent pas, qu'ils ne peuvent pas le réaliser pour le moment. Et leur discours reste douloureusement positif et rempli d'espoir.
"De toute façon, me dit la maman, on va trouver un traitement. C'est ce que je lui dit moi. Il va continuer à marcher, n'est ce pas ? Avec les progrès de la médecine, c'est possible !".

Je suis mal à l'aise... Il faut de l'espoir, c'est sur, sinon on ne fait plus rien, plus de recherches, plus d'études, plus de nouveaux traitements.
Mais en même temps, ce petit bonhomme n'arrive pas à réaliser ce qui se passe. Des médecins qui donnent des nouvelles sombres et ses parents qui, dans une bonne humeur artificielle, lui disent que tout va bien se passer...

Je sais que derrière la carapace, Papa et Maman souffrent et que leur seule façon de tenir, pour le moment, c'est de ne pas vouloir réaliser. De mettre à distance la vérité.
Je voudrai pouvoir respecter ça... Mais Nadir va bien voir d'ici quelques temps qu'il ne peut plus jouer au football. Nadir va continuer à courir moins vite que ses copains, à tomber plus souvent... Comment peux t il comprendre ce qui lui arrive si on ne dit rien...

Je comprends le mensonge. C'est tellement douloureux pour ses parents qu'ils ne veulent pas faire souffrir leur enfant, alors ils mentent...Ils mentent avec amour, avec tristesse surement, ils mentent pour protéger leur enfant.
Mais au final, dans tout ça, qui cherche vraiment à se protéger ? Il me semble que quelque fois, l'adulte a tellement peur de la tristesse de l'enfant, tellement peur de ce qu'il va provoquer en révélant les choses, tellement peur de ne pas pouvoir consoler ensuite, que l'adulte ment pour se protéger lui même en définitive...

J'essaie de tendre des perches, de faire réfléchir les parents : qu'a dit le médecin ? Qu'en a compris Nadir ? Comment lui faire comprendre ? Que sait il de sa maladie ?

Mais pour l'heure, rien ne passe.
La maman me dit qu'elle ne parlera pas de la maladie à l'école : "il va faire des efforts pour courir comme ses copains, ca se verra pas pour ses muscles... Je préfére pas en parler. Et puis ça peut aller mieux après non ?"


La myopathie de Duchenne

Site de l'AFM


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04/02/2009

Carences

Le besoin d'attachement de l'enfant, décrit par cohortes de psy depuis Bowlby est quelque chose que l'on constate régulièrement en service.
Pour rappel, dans la théorie de l'attachement, on décrit le besoin d'attachement de l'enfant à sa mère comme un besoin primaire, vital (la mère donnant nourriture, protection, assurant la découverte du monde, des autres...).
Besoin primaire veut dire que s'il n'est pas satisfait, l'enfant ne peut pas se développer : c'est ce qu'on constatait dans les orphelinats d'avant guerre, où les enfants nourris, soignés, lavés dépérissaient quand même, car nourris et pris en charge à la chaîne.
Dans une langue plus grand public, on pourrait dire que le besoin d'Amour est vital... !

On ne rencontre plus en service ce qu'on nomme hospitalisme : ces enfants qui, séparés de leurs parents, hospitalisés des mois, finissaient par se renfermer, se balancer, régresser, dépérir... Fort heureusement, maintenant, on sait l'importance du contact avec l'enfant !

Je me souviens d'une petite fille, que l'on va nommer Amélie pour les besoin du billet.
Amélie était une petite fille d'environ trois ans. Récupérée par les services sociaux chez elle, suite à des appels des voisins qui s'inquiétaient.
Arrivée chez nous, elle était impressionnante : prostrée dans un fond de son lit, dans un état de sidération complet, nous fixant avec des grand yeux qu'on devinait méfiants envers l'adulte.
D'un calme stupéfiant, avec une absence d'expression tellement inhabituelle chez l'enfant qu'elle en était douloureuse pour nous les soignants.

Mais cependant ces yeux qui nous fixaient lorsqu'on rentrait dans la chambre nous faisait dire qu'on n'était pas dans l'autisme ou dans un trouble de la relation.
Non, on était dans la carence. La grande, la profonde carence d'affection.
Une enfant qui, si les assistantes sociales l'ont bien compris, était complètement livrée à elle même. Quelque fois attachée dans son lit chez elle. Sans soin, sans paroles. Avec un minimum de nourriture.

A trois ans, Amélie ne marchait pas, ou très mal.
A trois ans, Amélie ne savait dire que quelques mots, mais il a fallu des jours et des jours avant qu'elle n'ose faire entendre sa voix.
A trois ans, Amélie ne jouait pas, ne bougeait pas et passait ses journées au fond de son lit d'hôpital.

Lorque je dis que le besoin d'attachement est vital, c'est flagrant lorsqu'on a vu les progrès de cette petite en service.
Malgré la charge de travail des infirmières et le peu de temps donc qu'elles pouvaient consacrer pour jouer, parler, faire un calin à l'enfant, ces quelques minutes de chaleur humaines glanées par ci, par là ont suffis pour qu'en quinze jours, cette petite fille change du tout au tout.
Se mettant à parler, à exprimer des émotions. Se mettant à marcher dans le service, peut être pour la première fois de sa vie. Se mettant à rire.
Comme si, quelque part, son psychisme, son organisme n'attendait qu'un peu de chaleur, qu'un peu d'affection pour reprendre son développement.
Elle nous a quitté au bout d'un mois, pour une famille d'accueil où cette petite fille s'épanouit et a retrouvé un développement standard pour son âge...

Théorie de l'attachement

Les carences affectives


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30/01/2009

Démerdassek

J'aimerai quelques fois que les médecins qui me demandent de voir un enfant en service soit un tout petit peu plus explicites...
La plupart du temps, lorsque je passe dans les services, les infirmières m'accueillent en me disant "tu as un enfant à voir chez nous !". J'ouvre le dossier et je vois écris par le médecin prescripteur : "Entretien psychologique".
Ok.
Vous avouerez que c'est un peu court comme informations sur les soucis de l'enfant et ce qui a pousser le médecin à demander mon passage. Qu'a-t-il constaté, entendu ? Y a-t-il quelque chose qui contrarie la prise en charge médicale ? La souffrance est-elle à chercher du côté de l'enfant ? Des parents ?

Le plus souvent, je demande des infos aux infirmières, mais, ô joie des transmissions, personne ne sait rien (les transmissions, c'est un peu comme le téléphone arabe : au fur et à mesure des heures,  et des redites, il y a de moins en moins d'infos disponibles...).
Je demande ensuite à l'interne du service qui n'en sait pas plus.

En fait, tout le monde s'en fiche : un médecin a écrit "entretien psy", ok, c'est bon, maintenant la balle est dans le camp du psychologue, chacun considère que ce n'est plus son job... Du coup, démerdassek...

Mais alors, imaginons.... Essayez d'envoyer un enfant en radiologie en écrivant "examen radiologique" sur le bon et rien d'autre...
Allez, mon cher radiologue, tu me fais des clichés partout, je te dis pas ce que tu cherches, à toi de me dire ce que tu trouves...
Personne n'ose l'imaginer ça.

Bon je caricature, mais tout de même, je ne suis pas omniscient et j'ai besoin d'être un peu orienté.
Et de plus, ce qui contrarie le médecin demandeur, sa demande à lui précisemment, ce n'est peut être pas la meme demande que celle de la famille.
Je vais rencontrer une famille, un enfant qui vont me parler de tel ou tel thème douloureux pour eux alors que peut être, la demande du médecin portait sur tout autre chose.

Et pourtant, ce n'est pas faute de l'avoir dit : "s'il vous plait, lorsque vous demandez mon passage, explicitez votre demande !".

C'est donc une consultation psy que nous dénommons, ma collègue et moi, par le nom de code charmant de "consultation DTTS" : Démerde Toi Tout Seul.

Car comble de tout, souvent, les parents ne sont pas présents lorsque je passe. Je me retrouve donc face à un enfant dont je ne sais pas pourquoi je le vois, qui lui est trop petit pour m'expliquer pourquoi il doit être vu.
Je vous laisse imaginer le flottement, la perte de temps (pour tout le monde) et quelque fois, l'inutilité de mon passage...

Peut être, et je devrai y songer plus sérieusemment, devrai-je me lancer dans le tirage de carte, le marc de café ou la boule de cristal ?

Et là je parle des tout petits, mais ce n'est guère plus simple lorsque je peux me trouver face à un ado un brin opposant (parce que lui, normalement, il sait et a compris pourquoi je dois le voir, le médecin ayant du en discuter avec lui avant).
Mais adolescence oblige, ça peut donner ceci :

- "Bonjour, le Dr X. m'a demandé de venir te voir aujourd'hui"
- ".....Mmmmouais..." (sorti sur un ton lassé, caché derrière une frange de cheveux, pendant l'écriture d'un SMS)
- "Peut être que tu peux m'expliquer ce qui t'arrive et quel est le souci actuellement ?"
- "MMmmm....Gndddfff...Chai pas.... (remise sur les oreilles du lecteur MP3, air lassé clairement affiché)
- "Ok...Alors on peut reprendre depuis le début. Tu es hospitalisé pour une maladie X, ce n'est pas toujours facile. Il y a des choses que tu trouves difficiles pour toi en ce moment ?"
- "Gnnndddffff.... Chai pas moi....

(Là, le psychologue sort les rames, essaie de comprendre la klfjqslifj de demande du médecin qui n'a rien écrit, et donc, est obligé de poser des questions à l'ado en question tout en voyant que plus il en pose, et plus l'ado se ferme et s'oppose...ô bonheur)"

Bref... Certains médecins jouent le jeu et me laisse quelques transmissions, d'autre jamais. Mais réellement jamais.
Un jour (mais je n'ai jamais osé), j'avais dit à une infirmière puisque la seule demande que j'avais sur le dossier était "entretien psy", je noterai en face : "fait", sans plus d'infos...

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12/01/2009

Trouver les mots

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Trouver les mots.
La phrase envahit ma tête depuis un bon moment et je n'arrive plus à penser à autre chose.... Est ce que je vais trouver les mots ?
Depuis que tout à l'heure, mon téléphone a sonné, me demandant de voir une famille de façon urgente en service.

Je me prépare depuis tout à l'heure, j'essaie de réflechir à ce que je vais dire en entrant dans la chambre, par quoi commencer, comment aborder les choses. En fait, j'ai peur.
J'ai peur de ne savoir aider, j'ai peur de ne pas avoir le mot qu'il faut, j'ai peur tout simplement de ne rien pouvoir faire pour eux.

Je sais qu'émotionnellement cela va être très difficile, déstabilisant même. Il est quelques fois difficile de ne pas se mettre à la place de l'autre, de ne pas se dire "et moi , à sa place, comment je ferai ?".
Mais ce n'est pas ce qui me fait le plus peur. Des situations émotionnellement dures, j'en ai déjà vécu, je sais que je peux tenir le coup, encaisser, rester professionnel. Ce qui ne veut pas dire que je ressors indemne de l'hôpital et que quelques fois, je ne ramène pas à la maison et dans la tête quelques familles ou quelques enfants...

Non ce matin j'ai simplement peur d'être désarmé face à une souffrance terrible, envahissante, écrasante. Perdre un enfant.
Et de la façon la plus brutale qui soit, la mort subite d'un nourrison.

Un bébé qui se développait bien, qui n'avait aucun souci de santé particulier, chez qui tout allait bien... Et d'un coup, sans explication, sans coup de semonce, le retrouver sans vie dans son berceau...
Pour avoir accompagné des familles dans ce cas, je crois que professionnellement, c'est la souffrance la plus intense, la plus crue, la plus brutale que je connaisse. Je recois des familles anéanties, écrasées sous le poids d'un chagrin, d'une nouvelle incompréhensible...

Il m'est déjà arrivé d'accompagner des parents dans d'autres situations de mort de leur enfant. Mais lorsqu'on est dans une maladie au long cours, les choses sont différentes. Dans une longue maladie, le sujet de la mort vient  à un moment ou à autre sur le tapis. On la craint,mais on essaye de s'y préparer. On parle avec la famille, eux même nous pose des questions. Et lorsqu'elle arrive malheureusement, le chagrin est intense, mais pas si brutal et innatendu que dans la mort subite du nourrisson.

Là, je sais que je me retrouve désarmé face à une souffrance sans mot... Oui, c'est ça en fait : une souffrance telle qu'elle est au delà des mots. Des familles incapables de dire leur souffrance tellement elle les dévore.

Et me voilà prêt à aller accueillir ces gens qui viennent dans mon service. Qui hier, ont découvert mort leur petit garçon de trois mois dans son lit. Qui reviennent ce jour à l'hopital pour les papiers, les démarches, voir le médecin. Et le psychologue. Moi.

Je ferme la porte de mon bureau, je me dirige vers le service où ils sont arrivés. Tout au long du chemin, je n'ai qu'une seule pensée : est ce que je vais pouvoir les aider....

Il arrive souvent que le psy doive se sentir humble face à la détresse des autres, et doive accepter qu'il n'est pas tout puissant, et qu'il ne peut, malheureusement pas, apaiser toutes les douleurs...








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05/01/2009

La place du psy

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Le psychologue, ce drôle d'animal, on ne sait trop quelle place lui donner en service hospitalier.
Le psy, c'est celui qui arrive les mains dans les poches, sans matériel, sans geste à faire, sans truc technique.
C'est un soignant, mais pas vraiment un soignant, il est para-médical, mais pas vraiment, ...

Du coup, quelques détails me semblent révélateurs de la difficulté pour l'équipe de me trouver une place (pourtant, zut, ca va faire douze ans que je suis dans ce service).

Pour mieux situer, on m'appelle dans les services quand un enfant hospitalisé va mal, quand ses parents vont mal... Quand un diagnostic difficile a été porté. Quand des difficultés psychologiques se révelent en cours d'hospitalisation.

Reprenons donc... Pas plus tard que cet après midi, encore. Je dis encore car ce genre de situation là est monnaie courante.
On m'appelle en service pour voir un enfant. J'arrive, prend connaissance du dossier et l'infirmière m'apprend que l'enfant est sortant. Enfin. Plus réellement sortant. Disons sorti.
Pardon ?
Ben oui, l'équipe étant un peu à la bourre, on est en train de nettoyer et désinfecter sa chambre puisqu'il s'en va.
Mais le patient ? Debout. Dans le couloir. Avec sa valise, sa maman et son air un peu agacé, car il ne peut pas rentrer chez lui car le médecin lui demande d'attendre le psy...

Notez les conditions divines et idéales qu'on prépare pour ma consultation... Plus d'endroit pour  voir l'enfant. Un enfant à qui on a dit qu'il sortait....Mais qu'il va falloir auparavant patienter pour voir le psy...
Autant dire que je dois sûrement passer pour l'embêtant de service dans l'esprit de ce petit bonhomme !

Bon d'un coté, je comprends l'équipe : service ultra rempli, les filles qui courent dans tous les sens. Ok. Mais moi, ça me met quand même dans l'embarras.
Le pompon fut d'essayer de trouver un endroit propice pour un entretien. Car vous admettrez qu'avec la meilleure volonté du monde, le couloir, la valise et la maman, c'était pas l'idéal.

Ma quête fut rude ! Après moult demandes, on me propose la salle à manger. Je proteste : la salle à manger est un haut lieu de passage du service, bruyant et envahi de monde !
L'infirmière tique... (embêtant ce psy !)...Ca n'a l'air de gêner personne que je fasse un entretien au milieu des compotes aux pommes, des miettes de gâteaux et des parents, infirmières et médecins qui passent entre deux tables...
On me propose ensuite le bureau de la surveillante : un modeste réduit envahit de dossiers et de matériel médical. Le top pour mettre un enfant à l'aise, dessiner, discuter avec lui... Je résiste (prouve que tu existes, ce monde n'est pas le tiens...Oops, pardon...Fin de journée, fatigué... l'ai pas fait exprès).

Bref, on me trouve finalement une salle.

Tout ça pour dire quoi ? Ben oui j'y reviens : ma place ! Un peu l'impression de passer pour la dernière roue du carrosse. Que comme je n'ai pas de matériel high tech, n'importe quel coin de bureau me fera l'affaire.
Qu'on attend la sortie de l'enfant pour me demander de passer (j'imagine la scène dans le bureau des infirmières  en train de clore le dossier : zuuuuuut, on a oublié le psy !)
Et que donc, l'entretien ne se fait plus dans des conditions favorables.

Et je vous épargne les multiples dérangements ! Qu'une perfusion sonne, là, ok, l'infirmière rentre et fait le nécessaire, ça me parait normal.
Mais quand je suis en train de faire un entretien, remuer des choses douloureuses, avoir un enfant, un parent qui pleure et que la porte s'ouvre brusquement  sur l'auxiliaire qui aboit : "GOUTEEEEER.... Compote aux fraises ou aux pommes ??".
Là, j'ai des éclairs qui me passent dans les yeux...Ca peut pas attendre un peu ?
Ou idem, en plein entretien, l'infirmière ouvre la porte "Juste deux secondes, hein excuse moi, je prends la température...".
Ben tiens... Ok madame, pas de souci, on attend que l'infirmière ai fini...Trente secondes.... Bon ca y est...On en était où ? Ah oui, vous pleuriez en évoquant le décès de votre père. On reprend là ?

Ben tiens, pas de souci hein ?

J'essaie pourtant d'expliquer qu'un entretien qu'on interrompt ne peut pas toujours être repris ! Qu'on perd tout de l'émotionnel qui s'y déroule, qu'on perd le fil, bref, que c'est très dérangeant.

Je crois que vu la charge de travail des infirmières, elles sont souvent la tête dans le guidon, à gérer douze mille trucs à la fois et ce n'est pas de la mauvaise volonté.
Mais je crois aussi qu'on pense qu'un entretien psy c'est une discussion, qu'on peut interrompre et reprendre, qu'on peut faire dans n'importe quel coin du service.
Mais pourtant, si on s'interroge soi même un tant soit peu : oserions nous confier des choses intimes à un inconnu dans une salle où la porte s'ouvre toutes les trente secondes ? Ou au milieu d'un réduit encombré de matériel médical ?

Allez, pour autant, ne désespérons pas : si on m'appelle, c'est quand même qu'on m'a fait une place dans ce service...A moi de continuer à la faire, et de faire comprendre mon travail...

29/12/2008

De l'usage du café comme vecteur d'informations et de lien groupal

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Franchement, il est chouette mon titre. Pour un peu, je crois qu'on pourrait en faire une étude (où je me porterai volontaire) sur l'ingurgitation de café en milieu hospitalier et ses multiples bénéfices.

Tout ça pour dire quoi ? Non pas que les fonctionnaires hospitaliers passent leur vie autour de la cafetière, ce qui serait faux, et vu les pénuries de personnel, c'est même impossible "planningment" parlant.
Mais en fait, c'était pour souligner l'importance fondamentale (et là je suis sérieux je vous assure) de la salle et de la pause café dans le fonctionnement de l'équipe !
Car il est vrai que dans la journée, on coure partout, chacun de son coté, chacun après ses tâches, médecins, infirmières, aides soignantes, psy, assistante sociale, secrétaire, etc...
Bien sur, on communique, on fait des liaisons pour l'essentiel des infos, mais ça reste tout de même très très résumé, fragmentaire.

Et la salle café, c'est quand même LE lieu de réunion. Certes, ça ne dure pas des heures. Mais c'est fou le nombre d'infos qui peuvent passer en un quart d'heure !
Chacun donne ses infos sur un patient, même les infos qu'il n'avait pas donné en transmissions (peut être considérée comme non fondamentale à ce moment), mais du coup, tout se synthétise et tout prend sens.
C'est le lieu où on se rencontre tous, alors qu'en service, on se croise, on se dit bonjour, mais on a peut le temps d'échanger.
C'est le lieu où chacun échange sur sa vie perso, où on prend des nouvelles (choses qui est difficile en service au vu de l'activité). Le sens du mot équipe prend sens aussi.

J'espère que l'obsession administrative de contrôler tout notre temps n'en viendra pas à supprimer ces pauses... A force de vouloir gratter du temps partout, peut etre que l'admistration en viendra à considérer que ces 15 mn de "perdues" sont à reconsidérer...

Moi de mon coté personnel, je ne  peux pas vous dire le nombre de connaissances médicales, infirmières, sociales et autres que j'ai apprises en salle café ! Le nombre de pathologie que j'ai connu. Le nombre de patients pour lesquels j'ai obtenu des infos importantes...
Et le nombre de décisions médicales qui se prennent à ce moment idem ! (et oui, tant que tout le monde est là, medecins, infs et autres, on en profite pour faire la synthèse et prendre les décisions)....

Bref, voilà, petite note parce que tout à l'heure, une de mes collègues m'a fait la reflexion "c'est fou tout ce qui se dit dans une salle café !".
Et elle a pas tort.

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17/12/2008

La consultation SuperNanny

1supernanny.jpg

Il arrive fréquemment (oserais-je dire de plus en plus fréquemment ?) que la consultation psychologique pour enfants n'est de psychologique que le nom...
J'ai l'impression que de plus en plus de parents sont en perte de repères par rapport à leur enfant, que ce qui devrait relever du bon sens ne soit plus automatique.

Alors, on voit arriver des parents dépassés, submergés, tyrannisés par leur enfant... Et la consultation se borne à leur rappeler leur role de parents, remettre déjà des règles là où il n'y en a plus. D'autres parents ne savent plus ce qui est bien ou non pour leur enfant...
Bien sur, on peut aussi s'interroger chez eux sur leur histoire, ce qui a pu les conduire là... Mais je dirai : dans un second temps. Les situations qui sont devant nous sont des fois tellement "énormes" qu'il devient urgentissime de d'abord remettre des règles !
Moi et ma collègue (pour un peu décompresser....Oui meme les psys ont le droit !), on appelle ça les consults "Super-Nanny".... Comme sur M6...Mais en vrai, là, dans le bureau. Des gens qui ne savent plus comment éduquer leur enfant
Quelques exemples en vrac, pour ceux dont je me souviens :

1 --

Ce petit garçon de six ans, atteint d'un diabète. La maman demande à me voir car elle ne s'en sort plus et décrit un enfant "infernal", qui n'écoute rien, ne veut plus se soigner non plus.
Dans le bureau, effectivement, le jeune homme fait ce qu'il veut... Repond ou ne repond pas à mes questions, se lève, touche un peu à tout, le tout sans réaction maternelle...
Tout à coup, un téléphone sonne dans le sac à main de la maman. Avant qu'elle n'ai eu le temps d'esquisser un geste, son fils plonge la main dans le sac, sort le téléphone et répond...
Je l'interroge : "Vous le laissez répondre à votre téléphone ?? " (ça y est, je sens la consult Super Nanny poindre)

- "Euh...C'est à dire que.... En fait...Eh bien... C'est SON téléphone à lui"
-  .......
(Le psy un peu désorienté essaie de trouver une question intelligente... Mais la seule qui lui vienne est une question tout bête) :
"Mais...A six ans... Il appelle qui ?"
"Ben moi... On a une grande maison...Il a peur des fois...Alors quand il est dans sa chambre, il m'appelle. Quand il est aux toilettes, il m'appelle"
"........"

Enfant roi quand tu nous tiens... En tout cas, dans ce cas, le diabète, et l'inquiétude maternelle, avait crée un lien mère/fils si fusionnel que la maman était prête à tout pour son fils... Et d'un bon sentiment, on arrivait à un enfant tyrannique..

2 --

Un papa m'amène son fils de 5/6 ans pour "cauchemars" récurrents. Papa un peu démuni, disons "gentil", qui vient chercher de l'aide face à un enfant qui le reveille en criant quasi toutes les nuits.
Je vois l'enfant seul et je me souviens , ce jour là, une stagiaire était avec moi.
Le petit bonhomme est sympa, et parle bien. Il nous fait un dessin de son cauchemar : du sang, un couteau... Brrrr je me dis, et bien, va falloir déméler toutes ces angoisses là ! Je suis même un peu inquiet de la force de celles ci.
Quant tout à coup, il lâche de façon un peu impromptue : "Le couteau, c'est le même que dans Scream"
Je sursaute : "Scream ? Tu veux dire le film d'horreur ?"
"Oui, on a le DVD. Je le regarde avec papa"
Je regarde ma stagiaire. On y croit pas. Dans une dernière réaction de défense (un père ne peut pas faire regarder un film d'horreur à son fils de six ans, Nooon), je tente la dernière question :
"Mais tu l'as pas vraiment vu le film dis ? "
"Mais si ! Y'a le monsieur qui tue la dame avec son couteau  et puis...etc etc"...
Et le gamin de nous raconter en détail les scènes les plus gores du film... Avec un mélange de plaisir/peur qu'on tout les enfants de cet âge, qui aiment bien jouer à se faire peur.

Je rappelle le père.
"Votre fils me dit que vous regardez Scream avec lui ?" (je n'y crois toujours pas, allez dites moi que c'est pas vrai !)
"Oui, oui, il aime bien, ca le fait rigoler"
"...Mais....mais...C'est un film d'horreur ! Vous me dites qu'il fait des cauchemars !"
"Oh mais non, je vous dis : il aime bien. C'est pas ça les cauchemars, j'en suis sur"
"......"
(décidemment le psy reste sans voix plus souvent qu'à son tour !)

Et le reste la consultation fut passée à essayer de faire comprendre au papa que même si fiston aimait jouer à se faire peur devant des scènes de meurtres, il devait lui, en tant que père, donner des limites et ne pas tout permettre...

Quand je vous dis que quelquefois, ce sont des consultations SuperNanny...

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