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09/10/2009

Tous aux abris....!

Vous êtes tranquillement en train de prendre votre pause déjeuner dans la cuisine du service. Tous le monde discute tranquillement. Quand soudain, la porte s'ouvre et entre Jacqueline, une des secrétaires du service, venue elle aussi prendre sa pause.
Vous remarquez aussitôt un frémissement dans la cuisine. Les infirmières qui, jusque là, prenaient leur temps et profitaient de la pause, se mettent à regarder leur montre et à dire "oh il est déjà 13h00", "faut vraiment que je vous laisse", "désolé je dois partir".
Dès que Jacqueline arrive, le vide se créé en quelques minutes. Ça, c'est assez ahurissant.

Alors, vous, en bon psychologue neutre, les premières fois, vous vous dites que, tiens, c'est bizarre. Et après plusieurs fois, vous n'y trouvez plus une coïncidence, mais vous voyez bien que c'est une fuite et pas autre chose. Enfin pas une fuite, une évacuation sanitaire quasiment !
Les premières fois, en bon psychologue-qui-ne-juge-pas-et-ne-prend-pas-partie, vous décidez de ne pas suivre le mouvement et de continuer votre repas en compagnie de Jacqueline. Bien mal vous en prend ! On vous retrouvera une heure après, le visage décomposé, le dos courbé sous le poids du fardeau qu'on vient de vous déposer.

Car Jacqueline est adorable. Pas méchante pour deux sous. Mais Jacqueline semble avoir vécu tous les malheurs du monde. Tous. Sans exception. La mort d'un enfant, une enfance difficile, la maladie, des grosses et petites catastrophes du quotidien. Dès que Jacqueline ouvre la bouche, c'est "chronique d'un  malheur annoncé".
Alors, au début, bien sur, on compatit. Pas facile cette vie. Pauvre femme. Et puis, petit à petit, l'empathie commence à diminuer...

On commence à s'agacer car, quelque que soit le sujet abordé en cuisine, quel qu'il soit, absolument n'importe lequel,  en deux minutes, Jacqueline arrive à orienter les choses de telle sorte qu'on arrive à parler d'un des ses malheurs. 
Vous parlez de la météo : ça lui rappelle le temps qu'il faisait lors de l'enterrement de sa pauvre maman. Vous parlez TV : justement elle a vu hier une émission sur la maladie qu'elle a eu petite. Vous parlez de vos soucis à vous : et là, pas de bol, Jacqueline a vécu pire. Mais vraiment pire, et elle vous fait comprendre en deux secondes que vos malheurs, c'est peanuts, pipi de chat...
Là, on commence à moins compatir qu'au début. Cette litanie non stop de malheurs, prêts à sortir à n'importer quelle occasion, n'importe quel moment, ça commence à devenir lourd à porter. Surtout lors de la pause déjeuner où on aimerait bien décompresser, faire des blagues à deux balles et penser à autre chose.

Et vous commencez à comprendre que Jacqueline n'arrive à exister qu'en se posant en victime. Certes, elle a eu une vie très difficile, mais elle retourne complètement le truc en faisant de ses malheurs sa carte de visite. Et pire que ça, au fond, elle semble se persuader que ses soucis font qu'on lui doit de s'intéresser à elle, qu'on lui doit de l'écouter.

En bon psychologue que vous êtes, vous prenez sur vous les premières fois. Vous vous dites qu'elle a besoin d'un peu d'écoute et que ça va l'aider. Méchantes collègues qui fuient va ! Vous, au moins, vous restez un peu.
Mais hélas, vous comprenez vite que c'est sans fin. Heureuse d'avoir une oreille, Jacqueline va alors déverser des flots de plaintes, de soucis à n'en plus finir. Vous essayer de rebondir, vous dites quelques phrases pour l'aider à avancer, prendre du recul, mais vous comprenez vite que Jacqueline n'écoute rien. Elle déverses des torrents de récriminations, elle ouvre le robinet des plaintes et rien ne semble les arrêter. Elle s'arrête, écoute vos remarques d'un air poli, et bing, reprend aussitôt là où elle en était arrêtée, comme si vous n'avez rien dit.

Vous ressortez de la cuisine mal à l'aise face à tous ses malheurs. Un peu malheureux pour cette femme et sa vie compliquée. En même temps, vous vous sentez en colère face à Jacqueline avec l'impression qu'elle a abusé de vous et de votre écoute. Mais elle est tellement gentille que vous vous en voulez d'être en colère contre elle. Mais oui, vous êtes un monstre ! 
Seulement à force d'éprouver ce malaise face à elle, vous prenez vos distance, c'est trop lourd, bien trop lourd et quotidiennement. Et vous voilà à regarder votre montre quand Jacqueline entre dans la cuisine et à faire comprendre que "Oh zut je n'avais pas vu le temps passer".

Comment faire comprendre à Jacqueline qu'elle est simplement insupportable ? Energivore ? Pas évident parce qu'elle ne se rend surement pas compte de ce qu'elle provoque.
Cyrulnik dirait qu'elle n'a pas trouvé de facteur de résilience. Qu'elle est restée enfermée dans son statut de victime, sans rien trouver pour rebondir.
Vous, vous vous dites simplement qu'elle vous les brise menu, mais en même temps, vous ne pouvez pas vous empêcher de vous trouver méchant à éprouver cela. C'est assez pervers comme truc ! Vous l'écoutez, et vous n'en pouvez plus. Vous ne l'écoutez pas, et vous vous le reprochez...


Peut être avez vous déjà croisé quelqu'un comme ça un jour ? Si vous savez comment guérir la jacquelinite, surtout, n'hésitez pas. Je suis preneur.
Pour l'heure, oh, zut, je n'avais pas vu le temps passer, je dois vous laisser...A bientôt

 

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21/09/2009

Annulé

kramer.jpg

Ma secrétaire m'appelle car une maman vient de l'appeler pour un enfant que j'ai déjà rencontré une fois.
Elle est mécontente. Son fils ne m'a pas parlé lors de la consultation. Elle trouve qu'il n'est pas à l'aise avec moi. Elle veut changer de psy.
Ma secrétaire m'en informe : je ne me souviens pas du dossier de mémoire (je l'ai vu une fois il y a quatre mois), mais je lui dis que la maman est libre de consulter où elle veut...


Et quand je reprends le dossier tout à l'heure, je trouve ça d'un coup beaucoup plus informatif. Je me suis souvenu de la situation.

Petit garçon de six ans issu d'un couple divorcé. Séparation hyper conflictuelle, ponctuée de lettres d'avocats et de menaces de part et d'autre.
Petit garçon décrit comme angoissé, problème de sommeil, problème de pipi au lit...
La maman arrive en consultation très mal. Le souvenir de la séparation (violente) est encore très vivace et reste difficile à aborder. Beaucoup de pleurs contenus. En tant que femme, elle a beaucoup souffert, apparemment, d'un homme manipulateur, menteur, et décrit comme pervers.
Elle craint pour son fils qu'elle trouve mal aux retours de chez le père, elle fait le lien entre les symptômes anxieux et le fait que "ça doit" mal se passer chez le papa.
Pendant l'entretien, mon impression est que cependant la maman projette beaucoup sur son fils. En tant que femme, sa relation avec le papa a été calamiteuse, destructrice. Elle est persuadée qu'il en sera de même sur son fils maintenant que le papa a des droits de visite.
Or, a priori, les seuls éléments qui l'orientent sont les troubles anxieux décrits plus hauts. L'enfant ne décrit à l'heure actuelle rien de strictement accusateur sur le comportement de son papa.
Les troubles anxieux peuvent se rattacher tout aussi bien à la situation hyper conflictuelle qu'à un vécu traumatique des visites. Mais la maman , dans son angoisse propre, n'a de cesse de penser au papa et à sa personnalité qui "forcement" perturbent son enfant.
Ce que je peux comprendre au vu de son histoire. Mais qui n'est pas forcement facile à gérer pour son fils si tout cela n'est pas justifié.


Pas facile d'y voir clair dans tout ça. Je ne sais pas si le papa est réellement le pervers décrit. Peut être. Peut être pas.
Ce que je sais, c'est que j'ai devant moi un enfant anxieux, mutique, pas à l'aise pour deux sous.

Je le vois seul : petit garçon qui restera silencieux, angoissé de se retrouver seul, ne sachant quoi dire.
Pris dans un conflit de loyauté entre ses parents, il donne l'impression de ne plus s'autoriser à dire quoi que se soit qui pourrait rajouter au conflit.

Je fais rentrer à nouveau la maman. Je lui explique que j'aimerai que mon bureau devienne pour son fils un espace de parole "libre". C'est à dire qu'il ne sente pas obligé de dire "pour faire plaisir à papa ou à maman".
Pris dans le conflit, les jugements des uns et des autres, la position de l'enfant est en effet assez intenable.
Je lui explique donc que je le verrai à plusieurs reprises, seul, pour qu'il considère que ce rendez vous est le sien et qu'il pourrait y dire ce qu'il veut. Que je comprends ses inquiétudes, mais que pour qu'on en sache plus là dessus, il faut que son enfant se sente réellement libre de parler, en dehors des conflits de papa/maman.
Je conclue en lui disant que  je referai  le point avec elle lorsque nous aurons assez avancé avec son enfant.

Et voila donc aujourd'hui : prochain rendez vous annulé  !

Officiellement parce que la maman trouve que l'enfant n'était pas à l'aise avec moi. (Vous avouerez qu'en résolvant tout au premier rendez-vous, ma pratique se rapprocherait de celle du magnétiseur).


Officieusement, je pense que la maman n'a pas supporté deux choses :

- un, que je ne prenne pas partie.
Je ne mets pas en doute ce qu'elle me dit mais simplement je n'en sais rien ! Je verrai le papa en entretien que j'aurai le discours complétement opposé. Ce qui m'intéresse dans l'histoire n'est pas tellement la recherche de la vérité, je ne suis pas juge, mais la recherche de la vérité de l'enfant : son point de vue, son ressenti, ses peurs, ses envie. Dans ces histoires, mon seul parti pris est toujours celui de l'enfant. Point.


- Deux, que je demande à voir l'enfant seul pour qu'il ai son espace de parole à lui. Et ça, si je comprends bien, ca semble intolérable pour cette maman de ne pas savoir. Son anxiété est telle qu'elle veut savoir tout de ce que va dire son enfant. Or, l'anxiété de sa maman doit être bien lourde pour cet enfant également ! D'où peut être, ces barrières, ces défenses où il se terre à l'heure actuelle.

Ces situations de séparation conflictuelle sont bien difficiles à gérer en tout cas.
Et moi je suis peiné car j'avais engagé quelque chose avec ce petit garçon, je lui avais promis un espace de parole libre, rien qu'à lui, et patatra.
Bon, les états d'âmes du psy, ça va, il s'en remettra.... Mais j'espère que ce petit garçon ira consulter ailleurs effectivement et ne sera pas dans la nature....
Et peut être que je n'ai pas pris assez de temps pour écouter et comprendre les angoisses de cette maman, qu'elle ne s'est pas sentie entendue dans ses craintes.
La marge de manœuvre est cependant délicate pour l'écouter, tout en ne fonçant pas tête baissée non plus sur la seule hypothèse qu'elle mettait en avant : le papa obligatoirement mauvais avec son fils.  

 

 

 

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05/08/2009

Tout casser

Régulièrement aux urgences, arrivent des ados ou des enfants pour "crise de violence".
Amenés le plus souvent par les pompiers, eux même alertés par le collège ou les parents.

Pour les ados, je comprends très bien l'appel aux secours : maîtriser un ado d'1m80 en pleine crise n'a surement rien d'évident ! Pour les enfants, je suis quelquefois plus surpris : appeler les pompiers pour un petit bonhomme de six ans me questionne. Ok, il a fait une grosse colère clastique, il a tout envoyé balader dans sa chambre, il a cogné, griffé, hurlé... Une grosse grosse colère quoi. Mais j'ai du mal à imaginer un enfant de six ans qu'on ne peut plus maîtriser ? Les miens se sont déjà essayés à la grosse colère suite une frustration (ouh le méchant père qui refuse d'acheter le jouet que j'ai vu en magasin...Je vais me rouler par terre et crier, et il  va bien voir).
D'abord ça ne m'impressionne pas. Le regard des autres je m'en fiche, et je laisse la colère passer. Ensuite, je ne cède pas, partant du principe que si l'enfant mémorise qu'une colère peut me faire céder, c'est la porte ouverte à tous les caprices ultérieurs.
Partant de là, hormis deux ou trois essais de colère-chantage, ils n'ont plus réessayé.
(Attention, ce n'est pas parce que je suis psy que je m'en tire toujours bien...Loin de là ! Là, je vous mets une expérience positive, mais un jour, je vous ferai un billet de ce que j'ai du mal à faire en tant que parent et néamoins psychologue, et ça en fera des choses à raconter).

Bref, je me dis que gérer la colère d'un gamin, ok, c'est pas marrant, mais quand même, de là à appeler les pompiers ?...

Pour nos ados, la grande majorité de ceux qui viennent ici pour crise d'agressivité arrivent avec les pompiers calmes comme des moutons, une fois la crise passée.
Et dans l'écrasante majorité des cas, on ne se trouve aucunement face à un ado présentant des troubles psychiatriques.
Non, on a simplement à faire à des ados "standards", mais ne supportant aucune frustration. Dans la toute puissance. Dans le "je veux" et le "j'ai le droit de".
Et ces troubles agressifs sont plus souvent révélateurs de dysfonctionnement familiaux globaux que de troubles psychiatriques isolés.
Des familles où l'autorité est floue, les limites changeantes. Où l'on anticipe anxieusement chaque colère de l'ado-roi, où on lui aplanit toute difficulté "pour ne pas qu'il s'énerve encore".
Mais forcement, mon brave monsieur, la vie est mal faite. Un jour ou l'autre, bien que papa et maman fassent tout ce qu'il faut, un jour, il faut dire "non" ou refuser quelque chose. Et là c'est le drame. Dans la vie sans contrainte et tranquille de notre ado arrive un refus, ou un ordre...
La crise de colère démarre souvent pour un motif futile : pas le droit de sortir après 22h, confiscation du portable à cause de facture trop importante, etc...

Cependant, ne jamais s'arrêter au motif encore une fois. Ridicule de tout casser pour une histoire de portable confisqué ? Surement. Mais pas anodin. Qu'on vienne à l'hôpital amené par les pompiers pour ça, c'est tout de même pas banal !
Alors on ne s'arrête pas au motif et on questionne sur le fonctionnement familial, l'histoire de la famille, la place de l'autorité dans tout ça.
Ce n'est pas toujours évident car les parents, souvent épuisés par le comportement de leur ado, ont l'impression de "tout faire pour lui". Les obliger à se remettre en question reste douloureux, pas facile... Pour eux, ce n'est pas eux qui ont un problème...Il y a beaucoup de précaution, de ré-assurance à mettre avant d'aborder les problèmes globaux.

En tout cas, ce sont souvent des consultations riches. Au début j'avais souvent un peu peur lorsqu'on m'appelait pour "crise d'agressivité"....Ouh là je vais m'en prendre une moi, je me disais  ! Et ce n'est pas avec ma musculature sous-développée et mes connaissances sommaires en judo que je vais faire quelque chose....
Mais non, comme je le disais, ces ados "agressifs", je les ai toujours vus calmes. A l'hôpital, coupés du milieu, du cadre habituel, ils restent accessibles au dialogue...

Ceci dit, je vais conclure en faisant mon vieux C... passéiste (et là je rejoindrai un peu ce qu'écris Aldo Nouri) : combien de familles ont du mal à manier l'autorité ! A force de psychologie et de psychanalyse mal comprises, on essaie de ne jamais traumatiser l'enfant, de tout lui expliquer.... Mais l'autorité et les règles, ce n'est pas que des bons sentiments.
C'est douloureux d'être frustré, certes, mais c'est comme ça qu'on apprend et qu'on grandit. Et on n'est pas traumatisé pour autant.
Combien de parents sont bloqués dans leur autorité par la crainte que leur enfant ne les aime plus... Combien laissent tomber le rapport d'autorité au détriment d'un rapport de séduction ? "Je fais tout pour lui"... Tout pour qu'il m'aime...!
Mais si on est parents, on n'est pas dans une relation de séduction. Les interdits sont là, point, que ça plaise ou non.
Ça ne se discute pas (il y a des choses qui se discutent mais pas les interdits fondamentaux).
Si on reste dans le rapport de séduction, qu'on veuille faire toujours plaisir à son enfant, alors celui ci ne fonctionnera que dans le plaisir. D'où des réactions plus tard, face aux contraintes,  comme "l'école me gave !", "la prof a rien à me dire"...etc...etc...

Comme l'écris Nouri, nos enfants sont nos enfants et comme tels, ils sont "condamnés à nous aimer". On n'a qu'un père, qu'une mère. Pour peu qu'ils soient aimants et justes, la "sévérité" n'empêchera jamais qu'on les aime.
Et la sévérité dont je parle est toute relative. Je ne prône pas le retour du fouet !

Cependant, je reste persuadé que si l'autorité était mieux maniée, par des parents moins soucieux de plaire à leur enfant, de se faire aimer à tout prix, il y aurait de la part de nos ados une bien meilleure tolérance à la frustration. Et sans doute moins de crises d'agressivité aux urgences...

 

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26/07/2009

Fantasme de la blouse blanche...

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Quand je dis que je travaille à l'hôpital, la plupart de mes amis (hommes surtout, mais femmes aussi quelquefois), me disent "ouh là, comment tu  fais avec toutes ces infirmières en blouses autour de toi, hein ?", accompagné d'un petit clin d'oeil égrillard...
Comment je fais ? Ben, alors, ma réponse est d'une platitude : je me suis jamais posé la question.
D'abord, de la même façon que tous les psychologues ne sont pas les sosies de Brad Pitt, mon service ne grouille pas d'Angelina Jolie en mini-blouse au ras du genou.... Que Nenni.
Et l'infirmière qui arrive la blouse auréolé de taches de sang, de belles Crocq oranges aux pieds, crocs.jpgtout de suite, ça fait moins sexy...Si, si, beaucoup moins. Le fantasme en prend un coup dans le nez.
Alors, les tentations ne sont pas à tous les coins de chambre, désolé de couper court à vos pensées obsènes... Ah, voilà, on fait moins le malin, hein, c'est beaucoup moins rigolo de d'imaginer se faire hospitaliser maintenant hein ?

Bref.
Mais surtout, un truc, et je sais pas si c'est propre à mon service ou pas, mais en pédiatrie, j'entends  pas d'histoires de coucheries...Rien...Nada.
Ou alors, mon statut de psy fait que les bouches ne se délient pas, les gens ont peut être peur de mon regard sur tout ça ? (Je vous jure, je peux tout entendre, confiez moi vos petits secrets, pas de souci...Mais pourquoi tout le monde se tait lorsque j'arrive en salle café ?)
Mais non, je n'entends rien de tout ça. Autant j'entends des collègues travaillant dans les services d'adultes rapporter des histoires un peu coquines, des blagues un peu salaces qu'on se fait entre collègues, autant chez nous, la libido a été anesthésié au bloc en même temps que le patient...
Mais peut etre, en y réflechissant, justement, le fait de travailler avec des enfants fait que le comportement des adultes ne se libère pas autant que dans un service seulement peuplé d'adultes.
Peut etre que tous, on fait plus attention à notre attitude, nos mots, on se controle davantage.

La souffrance de l'enfant c'est probablement aussi comme un anesthesiant du désir. La souffrance de l'enfant nous renvoie tellement de choses lourdes que c'est peut être là l'explication. Probablement qu'il y a quelque chose de comme ça. Alors on peut trouver ça bien ou pas bien. Pas bien dans le sens que lorsqu'on travaille face à des gens qui souffrent, il y a besoin d'un dérivatif, d'un exutoire.
Pourquoi les étudiants en médecine font il des fêtes et des (sales) blagues mémorables si ce n'est pas dans cette même idée que de trouver une sorte de catharsis face à toute la souffrance accumulée dans les journées à l'hopital.
Alors chez nous, c'est clair que l'exutoire, ce n'est pas la blague coquine ou les comportements provocateurs (et là, tant mieux), mais c'est clairement le rire, la dérision, le second degré.
Oui, car on rit beaucoup en service. Aussi bizarre que ça paraisse. On gère des choses lourdes, difficiles, on respecte le patient. Mais en même temps, il faut cette petite soupape où on va prendre une parole ou un évenèment au douzième degré et rigoler. Parfois très bêtement. Mais je crois que c'est la seule façon de relacher un peu la tension et au final, de se préserver, et de continuer  à bien accueillir les enfants et leur famille.

Pour l'anecdote, si, il m'est bien arrivé un truc en service. Mais pas avec une infirmière. Et même pas cochon (les obsédés peuvent s'arrêter de lire ici).
J'ai eu une année une stagiaire d'environ 20 ans avec moi en stage pendant plusieurs mois. Aucune attitude ambiguë de ma part, aucune de la sienne non plus d'ailleurs.
Jusqu'au dernier jour où elle me dit vouloir me parler 'en privé'. Pensant que quelque chose en service avait été difficile à gérer, à vivre, je l'emmene dans mon bureau.
Et là, je la vois qui commence à avoir les larmes aux yeux et me dit :"...Voila...Vous...Enfin..Tu...Tu vois pas que je suis amoureuse de toi depuis le début ?"
Ouh là ! Clignotants qui s'allument partout dans ma tête... Je fais quoi là....Le probleme est que je t'étais le psychologue maitre de stage. Et mon attitude oscillait entre l'attitude standard de l'homme à qui ça s'adressait ("ça va pas nonmého, j'ai rien fait pour ça, alors on arrête tout de suite ça !") et l'attitude du psychologue ("vous tombez amoureuse de votre maitre de stage ? Parlez moi de votre père tiens ?").
Je ne savais pas s'il était plus sain de couper court et d'en rester là. Ou bien dans le role du psy, de l'aider et de comprendre.

Je me suis dit que l'écouter davantage ne ferait que renforcer ce qu'elle ressentait...J'ai coupé court ! Mais la demoiselle a fait des pieds et des mains pour m'avoir ensuite au téléphone, ou venir me voir pour un prétexte quelquconque.

Voilà mon seul récit de séduction de toute ma carrière ;-)
(mis à part les grand mères de patient qui me disent "vous etes bien jeune pour un psychologue" avec un petit sourire en coin).

Là vous aurez compris que je ne ressemble pas à Brad Pitt en blouse. Fin du fantasme.

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20/07/2009

Ridicule

Il y a des souvenirs dans sa carrière qu'on aimerait mieux oublier, mais bon, ils sont là, il faut bien faire avec...
Des casseroles qu'on se traîne, des gaffes, des situations où on aurait bien aimé pouvoir appuyer sur la touche "rewind" et refaire la scène.

Le premier souvenir dont je me rappelle, c'était la première année où je travaillais.
Je devais aller dans le service qui s'occupe des bébés hospitalisés, rencontrer une maman. Comme j'étais un peu nouveau, je ne connaissais pas encore grand monde. J'arrive dans le service, je demande aux infirmières où se trouve la chambre de l'enfant.
Quand j'arrive l'enfant est confortablement installé sur les genoux de sa maman, en train de boire son biberon. Comme il est contagieux, la maman a enfilé une surblouse verte par dessus ses vêtements, et je me dois d'enfiler la même également.
Je commence l'entretien : pourquoi il  est là, quel âge a-t-il, des frères, des soeurs...Etc... Au fur et à mesure, mes questions se font plus personnelles et je vois la maman avoir un petit sourire en coin, que j'ai du mal à interpréter.
A plusieurs reprise, elle tourne la tête vers le bureau des infirmières (la chambre est vitrée) et leur sourit...
Moi je ne comprends rien et continue l'entretien, jusqu'à ce que la "maman" finisse par éclater de rire :
"Ah...Désolé...Je ne peux plus... Je suis infirmière ici, je suis pas la mère !" et elle se tourne vers le bureau des infirmières qui rigolent de plus belle.
Ben oui, je pouvais pas deviner, sa surblouse cachant sa tenue d'infirmière, moi ne connaissant pas encore l'équipe, elle qui me laisse faire l'entretien....

Je me souviens aussi d'une gaffe. Qui m'a bien servi de leçon maintenant : Règle absolue : quand on rentre dans une pièce et qu'on ne sait pas qui est qui (mère, père, grand mère, tata, amis...), on n'essaie pas de deviner. Jamais.
La preuve : j'arrive dans une chambre voir un petit garçon. Je le découvre avec une dame aux cheveux gris, aux vêtements vieillots que je prends pour la grand-mère .
Je dis bonjour et je lâche : "Ah, excusez moi, je reviendrai quand sa maman sera là !".
Et la dame de se tourner vers moi : "mais je suis la maman...!"
Flottement.... Un ange passe....
Super, l'entretien commence sous les meilleurs augures...

Evoquons aussi le merveilleux entretien que l'on fait et où, ensuite, arrivant aux toilettes et se regardant dans la glace, on constate qu'on a sur la joue une merveilleuse tâche d'encre laissée par un stylo qui fuyait. Depuis combien de temps, combien de patients...Mystère....

Evoquons aussi ma mémoire qui me joue des tours (j'ai un mal fou à retenir les noms des patients, j'oublie très vite).
J'accueille une famille. Comme je ne les connais pas, je pose toutes les questions d'un premier rendez vous : composition de la famille, classe de l'enfant, antécents, etc....
Et quand la famille sort et que j'ouvre le dossier, je découvre dedans mon écriture. Sur une feuille datant d'il y a quelques mois....J'avais vu cette famille déjà !! Mais aucun souvenir, mais alors là, rien de chez rien.
Du coup, ils ont du se demander quel était ce psy qui leur reposait strictement les mêmes questions qu'il y a trois mois... Mais ils ne m'ont rien dit....
Honte.....Où me cacher, vite, une ile déserte !

Enfin, la dernière, une des fois où je me suis senti le plus mal. C'était il y a plusieurs années, les clé USB n'existaient pas encore.
J'étais convié à une conférence, où je devais parler une demi heure. J'avais préparé un beau petit exposé sur Powperpoint, tout était nickel. Je le grave donc sur un CD et m'en vais à la dite conférence.
Plusieurs intervenants, j'attends mon tour. Quand mon tour arrive, je donne mon CD au médecin qui supervise la journée et je me lève face à la salle.
Sur l'écran rien. J'attends....
Je me tourne vers le médecin qui me fait non de la tête. Je m'approche. Il me dit : "il n'y a rien sur ton CD"... Hein ? Mais si il y a quelque chose, je le jure, regardez, je clique, j'ouvre, et là, vous voyez bien que... Ah non... Zut...Il n'y a rien, c'est vrai !
(mais qu'est ce que j'ai foutu, arghhhh !!)

Toussotements dans la salle, ça s'agite....
"Vous avez des notes pour faire votre exposé sans l'ordi ?"
"Des no... Ben non....J'ai juste ramené mon CD  (ne pas paniquer, ne pas paniquer, ne pas paniquer).
"Vous pouvez peut être faire un petit résumé à la salle ?
"...." (gloups)

C'est alors qu'un autre organisateur s'approche, demande ce qui se passe. Et me dit : "Mais vous m'aviez envoyé votre exposé par mail la semaine passé pour lecture ?"
"Euh...Oui c'est vrai
"Et bien, j'ai mon ordinateur portable ici, il doit être encore dedans alors."

Sauvé.

Mais juste un peu ridicule. J'avais gravé un CD vide... Honte honte honte.
Autant dire que maintenant, quand je participe à une conférence, j'ai ma clé USB, l'exposé imprimé au cas où et la plupart du temps, une copie du ficher envoyé à l'organisateur. Non mais.


Allez, le ridicule ne tue pas. Je vais m'en remettre.
Ah oui, je vais aussi essayer de ne pas mettre deux chaussettes de couleurs différentes (noire/marron) et consulter toute la journée comme ça s'en m'en rendre compte....
Si, si. Déjà fait.



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29/06/2009

Pétage de plombs

Suis appelé par les urgences pour un adolescent de 16 ans.
Amené d'urgence par les pompiers pour une crise importante d'agressivité au domicile, a cogné, hurlé, frappé sa mère....
Le médecin m'explique cet ado, en fait, est traité depuis des mois pour une acné sévère et prend de l'isotrétinoïne, plus connue chez nous sous le nom de Ro*ccutane. Or, cette molécule est connue depuis longtemps comme ayant pour effet secondaire, dans certains cas, d'augmenter l'agressivité, voire d'amener des épisodes dépressifs.
Je m'étonne donc de mon passage auprès du médecin. C'est vrai, si c'est un effet secondaire du médicament, alors quel est mon rôle ? En fait, l'ado en question est très mal aujourd'hui d'avoir eu sa "crise", se culpabilise...Et puis, il semble vivre très mal aussi son acné.

J'entre dans la chambre et découvre un ado qui, malgré la chaleur étouffante de ce jour, est complètement emmitouflé sous une écharpe en laine, jusqu'aux yeux.
On discute. Je le trouve en fait très calme, très réfléchi.
Et il m'explique :  l'acné apparue soudainement il y a quelques mois. Le changement d'apparence qui le complexe de plus en plus, l'acné qui s'étend, l'angoisse qui monte.
L'écharpe qu'il commence à ne plus quitter. Au début, on est en hiver, ça passe inaperçu. Mais au printemps, les remarques fusent et son écharpe-carapace devient plus lourde à porter.
Alors, pour fuir les regards, les moqueries, il s'isole, ne sort presque plus de chez lui . S'installe une dépression larvée, qui ne dit pas son nom....
Et ces points ci, j'ai bien l'impression que ce n'est pas la faute du médicament, mais bien d'un ado qui avait probablement à la base une estime de soi difficile, avec un fort attachement au jugement et au regard de l'autre.

Je dirai presque "par chance", l'isotrétinoïne lui a fait pêter les plombs récemment sur un mode agressif  :qu'il n'avait jamais présenté auparavant , pour lequel il n'arrive pas à mettre des mots dessus, n'arrive pas à expliquer.
Ce pétage de plomb me semble plus l'effet du médicament (d'autant plus que je sens un ado plutot bien construit, réflechi et pas impulsif dans son mode de pensée) , tandis que l'isolement et la honte de son apparence semble plus profonds et plus anciens.
C'est sur que certaines dépressions se font sur un mode agressif, mais pour lui, toute l'histoire montre plutot une dépression vécue dans un repli sur soi, une honte de son image, un désinvestissement de tout sans jamais d'agressivité. On a en plus  'impression d'une personnalité qui ne semble pas du tout impulsive dans sa manière de parler, de réflechir, de se comporter. Et paf, d'un coup, le dermato décide d'augmenter la dose d'isotrétinoïne et bingo, dans le WE, gros clash, crise d'agressivité.
C'est pour ça que je pense que les troubles dépressifs anciens sont à isoler du phénomène d'effet secondaire, même si surement, ils ont été la base, la zone de fragilité sur laquelle les troubles ont ensuite décompensés.


Mais si il n'y avait pas eu crise, combien de temps son malaise aurait duré ? Combien de temps à se cacher et finalement à ne pas vivre (c'est lui même qui a fini par me dire qu'il avait l'impression de ne plus vivre depuis trois mois, confiné dans sa chambre). Parce que la maman avait tout essayé mais elle n'arrivait pas à enrayer de ce qui se passait, pas de communication possible. Ado qui bien sur refusait toute aide psy.

Alors aujourd'hui, grand chambardement pour notre ado. Le voilà à l'hôpital et tout le monde se précipite pour aider un malaise qu'il taisait depuis des mois :  le psy qui le fait parler de tout ça, le dermato qui lui donne un autre traitement ainsi que des conseils pour que son acné soit moins apparente, les infirmières qui l'entourent, le rassurent et lui ont permis d'ôter enfin son écharpe-bouclier....
Bref, sentiment qu'une crise est parfois salutaire...!

L'isotrétinoïne et ses effets secondaires

 

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26/06/2009

Elle aime pas l'eau de toute façon !

Je vois Elodie à la demande du pédiatre qui la suit ici pour, au départ, un problème de poids.
En fait de problème de poids, ce sont surtout ses parents qui sont très inquiets. Elle a a priori une petite baisse sur sa courbe de poids, mais minime et qui n'inquiète pas la pédiatre. Mais l'inquiétude des parents sur le poids est telle qu'ils consultent à tour de bras, cherchant des solutions "miracles" pour faire manger davantage leur enfant et la faire grossir.

Je vois donc Elodie aujourd'hui avec son papa. Elle a environ 3 ans et semble très futée.
Le papa m'explique qu'elle est "très difficile" au quotidien. Et que pour la nourriture, c'est la catastrophe.
"Elle ne mange que de la purée, des pates, du blé. Elle ne veut rien d'autre. Elle ne veut boire que du sirop. On a tout essayé..."

Souvent je tique sur le terme du "on a tout essayé". Parce que souvent, le "on a tout essayé" signifie que les parents ont essayé plein de méthodes différentes pour venir à bout du problème, changeant la méthode et les régles un peu tous les jours, désespérant au bout d'une journée que ca ne marche pas. Au final, on a un enfant déboussolé d'avoir eu plein de régles éducatives différentes et changeantes au gré du ras le bol parental.
Alors en réponse au "on a tout essayé", souvent, j'essaie de faire réflechir les parents sur UNE méthode à adopter et s'y tenir...

Et je tique aussi sur le "elle ne boit que du sirop". Quoi ? J'imagine mal une petite fille de trois ans se déshydratant devant un verre d'eau en pleine chaleur parce qu'il n'y aurait pas un peu de grenadine dedans.
Pour moi, la soif est un besoin tellement irrépréssible et vital qu'on ne peut pas (surtout à trois ans !) refuser de boire.

Non ce qui se passe, ce qu'Elodie refuse son eau. Une fois, deux fois. Et le refus finit par rencontrer l'inquiétude parentale qui enfle, et enfle, et boum, au bout de pas-longtemps, bingo, la bouteille de grenadine sort du placard.
Et le papa est sur, sur de lui, à 200% quand il me dit "de toute façon, jamais elle ne boira de l'eau. Elle n'aime pas ça"...
Si je voulais être un peu confrontatif, je lui dirai d'essayer d'emmener sa petite en randonnée, une journée, un jour de beau temps, avec juste une gourde d'eau. Je lui donne pas deux heures moi à la petite pour "aimer" l'eau...

Et pour la nourriture, j'entends que c'est un peu pareil. Elodie n'aime "que les pates", mais c'est sur que lorsqu'il y a des légumes, là encore, papa et maman trop inquiet par son petit poids (qu'elle n'a pas...), finissent par craquer;

Alors au final, c'est clair qu'elle aurait tort de se priver la petite Elodie ! Elle a tout compris ! Des parents inquiets par son poids qui sont prêts à finalement tout pour qu'elle avale quelque chose. Aussi, la petite use et abuse de cette inquiétude pour obtenir un peu tout ce qu'elle veut.
Mais dire ça, c'est facile et ça ne change pas grand chose, car les parents sont réellement inquiets du poids. Le discours médical ne les a pas rassuré.
Alors on essaie de comprendre. Et on trouve une famille (grand-mère, tatas...) qui font beaucoup de remarques à la maman sur sa façon d'élever sa fille. La petite n'a pas le meme poids que les cousines. Elle est "plus maigre" dit la maman.
Or, la courbe de poids est désesperemment normale. Mais rien à faire : elle est plus mince que ses cousines, les critiques fusent dans la famille, donc la maman se sent responsable, coupable. Elle ne s'occupe pas bien de sa fille.
Du coup, cette pression explique en partie pourquoi la maman craque si facilement devant les caprices, somme toute assez ordinaires, de leur fille.
Car la maman parle d'une petite fille capricieuse mais je ne note que du très standard : elle n'aime pas les légumes, elle préfère le sirop, elle adore les féculents... Je dirai comme 80 % des enfants de son âge !! Mais voilà, ses refus rencontre une angoisse tellement énorme en face que les choses se sont enkystées...

Le problème du jour c'est que le papa et la maman, épuisés par des combats incessants avec leur fille, épuisés sur leur angoisse par rapport au poids ("elle va pas tomber malade ?"), n'en peuvent plus et attendent du psychologue une solution miracle. Des conseils qui vont tout résoudre.
C'est rigolo parce que beaucoup de parents ont cette attente par rapport au psy : donnez moi une solution pour mon enfant ! Comme si j'avais un grand livre de la psychologie avec pour chaque problème, une marche à suivre.
"Alors, vous me dites une enfant qui refuse les légumes ? J'ouvre mon manuel à légume....Je cherche... Ah, Légume... Refus des légumes, voila...."

C'est quelque fois une première étape bien longue que de permettre à tout le monde dans la famille de se remettre en question, se questionner. Il n'y a pas de recette miracle, il y a un autre mode de pensée, de fonctionnement à trouver. Et c'est sur que c'est pas toujours très aisé d'accepter la remise en question...

En tout cas, pour Elodie, le papa a un peu entendu en fin de consultation que son angoisse à lui déteignait beaucoup sur tout cela... C'est déjà un premier pas. Affaire à suivre...

09:12 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

21/06/2009

J'y crois pas

Après avoir lu cette note, "Croyez vous aux psys ?" chez Le coin du hérisson (via Grangeblanche), j'avais envie d'y aller de mon petit avis.


Moi j'ai un problème :ce sont souvent les papas qui n'y croient pas...
Déjà pour poser les choses, je dirai comme ça au pif, que dans 80% des consultations, je vois l'enfant et la maman seuls.
Je dirai en gros toujours au pif que sur les 20% qui restent, 15% viennent en couple et en gros, 5% c'est le papa tout seul qui s'y colle.
Est que c'est révélateur ? Oui mais de quoi ? Est ce que les pères ne "croient pas" au psy ? Ou bien c'est juste culturel, et c'est à madame de s'ooccuper des problèmes de santé des rejettons, que ce soit psy, médecins kiné ou orthophoniste. Si les autres professionnels de pédiatrie voient aussi les mères en priorité, alors ce n'est pas que moi hein (ouf ).
Mais y'a tout de meme de ça. Parce que ça arrive souvent quand meme que Papa soit là, là dans la salle d'attente, ayant emmené toute la petite famillle à l'hopital pour la consultation et quand j'appelle l'enfant dans la salle, maman et rejetton se lèvent et papa reste dans son magazine.
Plusieurs fois j'ai meme entendu des mères demander "tu viens avec nous ?" et le père dire ou faire signe que non...
Ooops.... Il y a eu quelques fois où j'ai été déliberemment provocateur en disant des phrases comme "ah ben, j'espère que c'est pas moi qui vous fait peur ? " ou bien, avec le sourire "Ah non désolé c'est même motif même punition pour tout le monde".
Mais sincèrement, mon impression, dans ces cas là, c'est que Papa s'en tappe. Il s'en contre fout du psy.
Car une fois dans la salle de consultation, venu contraint et forcé, Papa ne dit rien, laisse tout le monde causer, ou bien juste en remet une petite couche sur les défauts ou troubles du comportement de l'enfant. Mais Papa ne se remet pas en question...Ouh là non, il est pas venu pour ça lui. C'est sa femme qui voulait voir un psy pour le gamin, lui il a fait le taxi, si en plus on lui demande de se remettre en cause...Nonmého ca va pas ou quoi ???


Ouais je caricature car il y a aussi des pères charmants, ouverts, intéressants et intéressé par la psychologie de leur enfant et ce qu'ils peuvent faire. Mais dans la plupart des cas, quand même, le fond du truc, c'est que le père n'y croit pas. La psy c'est de la connerie de bonne femme qui a trop lu Femme actuelle et Biba.
Le gamin avec un bon coup de pied au cul, ca ira mieux. Et puis lui, dans son temps, on prenait pas de tant de temps à parler et à pleurer sur son sort (déjà entendu...).
Et comme pour Le coin du Hérisson, moi aussi plusieurs fois j'ai entendu "de toute facon j'y crois pas, à la psychologie".
Ben merde.... Je suis rangé dans le meme clan que la foi ? La scientologie ou l'imposition des mains ?
J'aurai passé cinq ans à la fac pour des conneries ?
Le pire c'est que les gens qui me disent "j'y crois pas" le pensent sincèrement : ca a toujours été des hommes et toujours dans le sens où c'est bien pour les femmes de causer et pleurer, mais quand on est un mec, on avance et on se tait,point barre.

A la limite, il me laisse le gamin, parce que ça peut lui faire peut etre du bien, mais jamais le papa ne se remettra lui en question...IL n'y croit pas...
Et lorsque les gens en face ne sont pas en position de se questionner, de changer, je ne peux rien travailler bien entendu. Bloqué.

En tout cas, vous qui croyez un tant soit peu à la psycho, entrez dans ma secte aujourd'hui, conditions tarifaires intéressantes. Bien entendu j'en serai le grand gourou, et promis j'essaierai de bien me tenir avec les nouvelles recrues, jeunes, blondes et à forte poitrine.
Pour les autres, c'est 1500 Euros cash. Mais vous irez mieux ensuite, ça vaut le coup. Venez nombreux.

13:10 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook

10/06/2009

On gère...

Depuis tout à l'heure, je suis fixé sur le petit tremblement de sa lèvre inférieure. Le signe d'une énorme tension intérieure qu'elle tente de toutes ses forces de maîtriser. Je remarque le tremblement, j'essaie en même temps de ne pas être trop insistant par mes regards. Je me sens un peu coincé.

Depuis tout à l'heure, cette maman me parle de sa vie. Sa vie de maman de deux enfants handicapés, atteints tous deux d'une maladie incurable et évolutive. Elle a du arrêter son travail. Elle passe sa vie en voiture entre médecins, kinés, examens et hopitaux.
Ses enfants ne sont pas très facile à vivre au quotiden. Des troubles du comportement, une exigence, voire une tyrannie envers leur mère que leur handicap a décuplé. Car avec la culpabilité que la maman a en elle, elle n'arrive plus à dire non aux demandes multiples de ces enfants.
Et pour aider au mieux, son mari est parti l'an passé, la laissant seule avec tout cela.

Alors oui, nécessairement, ça ne peut être que difficile à gérer. Et pourtant, depuis tout à l'heure, elle fait tout son possible pour donner le change. Rigolant, plaisantant, dans un espèce d'activisme douloureux. Il faut combler. Combler le vide, combler l'espace, surement pour ne pas réflechir, pas s'apesentir. Elle parle, elle parle, elle évoque tout ce quotidien difficile comme si on parlait de la météo ou du dernier cinéma qu'on a fait.
Elle me parle de sa vie difficile avec plein d'éclats de rire et de plaisanteries. Mais moi je suis mal. Car je sens la douleur là dessous et je sens tous les efforts qu'elle fait aussi pour la mettre à distance.
Je me sens mal car j'aimerai bien respecter ses défenses, la laisser jouer ce personnage sur qui tout glisse.
Mais je sais que ce n'est qu'un rôle, et qu'il est douloureux et couteux en énergie. Car elle est épuisée. Elle le lâche, comme ça, au détour d'une phrase. L'épuisement physique, elle veut bien le dire.
L'épuisement psychologique, lui, il n'existe officiellement pas. Ca va. On gère.

Alors je suis mal car si je veux bien faire mon boulot, je dois bien le pointer à un moment donné ce décalage entre ce qu'elle me dit et ce qu'elle vit. Je dois bien lui dire qu'à force de jouer ce role de maman super active, drôle, et pleine d'énergie, elle va s'épuiser.
Et je vois depuis tout à l'heure sa lèvre trembler, nerveusement, m'indiquant toute la tension qui l'habite et qu'elle essaie de mettre à distance. Et je suis mal car je ne suis toujours pas arrivé à me décider à dire que je ne crois pas à ce qu'elle me dit. Je n'y arrive pas car je me dis que si je le fais, je vais faire exploser ses défenses et qu'elle risque de tout décompenser d'un coup, la douleur, l'épuisement, la solitude, les peurs...

Cependant, il faut avancer et je lâche à un moment "quand même... Avec ce que vous me dites... Je pense qu'il y a des soirs où ça ne doit pas être facile avec tout ça en tête tout de même"...
Elle s'interrompt. Je vois les yeux qui commencent à briller.... On y arrive. Peut être enfin.
Et puis, non, elle se reprend et repart sur le discours convenu "je vais gérer...de toute façon, il faut bien. Ca va aller".

Je crois que quelques fois, c'est plus douloureux pour moi de voir quelqu'un de mal qui ne résoud pas à craquer, que quelqu'un qui pleure effectivement.

16:38 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook

28/04/2009

Lâchez vos ados...

Je ne sais pas trop comment je serai plus tard avec mes enfants, mais j'ai un regard critique sur certains parents qui ont du mal à lâcher la bride de leur adolescent.
Je me doute que l'adolescence est source de stress aussi pour le parent, son enfant grandit, lui échappe. Il ne peut plus tout maîtriser à l'âge justement où on aime prendre des risques et découvrir de nouvelles choses.

Pour moi, à l'adolescence, l'intérêt de la consultation psychologique réside dans la confidentialité qui est là.
L'ado a à sa disposition un espace de parole à lui, où il pourra se dire sans être jugé.
Il pourra apprendre à penser et réflechir pour lui. Alors que, en tant que parents, on a beau faire, on est souvent dans le "il faut que /il faut pas".

C'est ce que je dis lors du premier entretien, en présence de l'ado et ses parents : confidentialité pour qu'un discours différent puisse émerger, sans pression.

Mais cependant, ce n'est pas toujours simple.
Je me souviens d'un consultation où, rendant l'adolescent à sa maman, celle-ci revient sur ses pas, referme la porte derrière elle brusquemment, laissant son ado dans le couloir. Elle se tourne vers moi, et me dit sur un ton agressif/stressé :
"Alors, qu'est ce qu'il vous a dit ?"

Fichtre ! Il me semblait bien avoir expliqué l'intérêt d'un espace de parole propre...
C'est si insupportable que ça que son adolescent ai besoin d'un jardin secret, d'un lieu à lui ?
Moi je trouve toujours formidable qu'un ado qui arrive en consultation renfrogné, opposant, visiblement agacé d'être là, finisse par me faire confiance et me parle de lui. J'aimerai autant que le parent soit content avec moi ! Quelque chose du genre "Moi je n'y arrive plus, mais si au moins il vous parle à vous, je suis rassuré".
Mais non, ce n'est pas toujours possible.

Dans le cas que je racontais, j'ai rappeler à la maman les règles, puis fait rentrer l'ado et repris cinq minutes pour dire quelque chose du genre "ta maman était inquiète de ce que tu as pu me dire, est ce que tu veux lui en dire quelque chose de ton côté ? ".

Je repense à cela car tout à l'heure, la secretaire me dit qu'une maman demande à ce que je la rappelle car, dixit, "elle voudrait savoir ce qu'a dit sa fille en consultation pour mieux l'aider à la maison".
Ben, tiens, comme c'est pratique ! "Je vous assure, hein, c'est pas pour ma curiosité, que je demande ça, c'est pour l'aider, je vous jure !!"

Il faut accepter que nos enfants ne nous appartiennent pas... Ce n'est pas évident, ce n'est pas facile, on veut les protéger, mais il faut l'accepter.
J'essaie de me faire à cette idée, moi même en tant que papa, ne pas être intrusif, ne pas vouloir tout savoir, mais être là comme guide, comme repère simplement.
Peut être que j'aurai moi aussi du mal à l'adolescence de mes enfants, qui sait !

Enfin, terminons par la palme, cette maman qui m'appelle après que j'ai vu sa fille la veille :
"Oui, je voulais savoir, elle vous a parlé de son petit copain ?"
"Euh... Pourquoi vous me demandez ça ?"
"Parce...Vous comprenez...Il faut que je sache...Ils ont des rapports, oui ou non ???".
"....(blanc).... Peut être que vous pourriez en parler avec elle directement non ?

Quant à une collègue à moi, des parents ont demandé la saisie du dossier médical pour voir ses notes et savoir TOUT ce que l'ado avait pu lui dire...

Tiens, d'ailleurs, c'est une prochaine question à développer : avec l'accès du patient au dossier médical, les parents peuvent demander à voir le dossier de leur enfant.
Moi qui note le résumé de mes consultations dedans, comment je me débrouille avec le secret professionnel ? Comment ce que me disent mes petits patients peut rester confidentiel ?...


17:24 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook