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31/05/2010

Psy et urgentiste

Suite au billet de Yann sur Un infirmier dans la ville, j’avais pas mal de choses à ajouter sur le recours aux urgences, en tout cas, en pédiatrie, et par rapport au psychologue.

Et non, ce n’est pas facile d’être parent quand on vient aux urgences. On attend. Il y a du monde, du bruit, du passage. On est stressé, on ne comprend pas tout de ce qui se passe, on voit l’infirmière, l’externe, l’interne, le médecin, on répète son histoire, on en a marre, on a l’impression que douze patients ont été vus avant nous dans l’intervalle. Notre enfant pleure, et la gamine d'à côté qui était toute rose et en pleine forme est passée avant nous...

De façon empirique, et pour aller dans le sens de Yann, en pédiatrie, ce sont souvent les familles qui viennent pour des « petits bobos », qui n'ont rien à faire là, qui sont les plus véhémentes, les plus agressives et les moins gérables.

Genre "Je veux voir un médecin tout de suite là maintenant à 3 heures du matin pour la rhinite de mon fils qu'il a depuis quatre jours!!! Maintenant là tout de suite, parce qu'il dort mal avec son nez bouché et que je dors plus non plus, et que c’est aujourd’hui à 3 heures du matin que j’en ai marre ! Na ! Et d'abord je fais ce que je veux, vous êtes à mon service, vous payés avec mes impots. " (comment ça, ça sent le vécu ?)

Pour prendre un peu de recul par rapport à ça (et ne pas envoyer bouler 75% des patients), il faut d’abord se dire que la définition de l'urgence est relative.

Il y a les critères médicaux et infirmiers "objectifs" qu'on utilise pour trier les urgences à l’arrivée. Mais ceux là peuvent échapper aux familles car ce ne sont pas les mêmes.
Par exemple, le diabétique déséquilibré, qui vient de faire un gros malaise et s’est ressucré dans l’ambulance, peut sembler aller « bien » dans la salle d’attente, tandis que le petit bébé qui a une gastro fait vomissement sur vomissement et pleure à tout va.
Mais dans les deux, l’urgence sera le diabétique. Et la famille (à qui on n’a pas le droit de dire la pathologie de son voisin de siège) verra que le patient pris en premier est celui qui semblait aller plutôt pas mal alors que son petit bébé qui vomit a déjà maculé maman, papa et le siège de la salle d’attente…

Pour la famille donc , ce ne sont pas des critères médicaux qui vont primer, mais des critères subjectifs.

Dépendants de l'histoire du patient, de sa personnalité, de ses antécédents. Qu'on a pas là tout de suite, et donc, on va avoir du mal à comprendre pourquoi la personne s'énerve et veut un avis tout de suite pour une banale gastro.

Mais telle personne peut avoir une anxiété forte et habituelle face aux symptomes médicaux, une autre peut connaître un petit cousin décédé récemment et brutalement après une banale hyperthermie, un autre parent peut être excédé des cris de son enfant. Un autre parent, après telle ou telle lecture sur le net, peut croire avoir dépister une patho super grave à son moussaillon et demander à corps et à cris un scanner.

Et quelque fois, il y a aussi des demandes déguisées, des appels au secours qu'il faut savoir décrypter.

Par ex., les mamans qui amènent et ré amènent des nourrisson aux urgences pour de banales coliques, avec toujours le même motif : il faut "trouver ce qu'il a".

Mais qui derrière, pour peu qu'on gratte un peu, arrivent à se dire épuisées des pleurs continuels, des nuits sans sommeils, n'en peuvent plus, se sentent énervées et potentiellement dangereuses pour leur bébé.... Et qui sont "soulagées" quand le médecin, qui a entendu la demande implicite, propose une hospitalisation de 48 h pour observation et faire un break.
Mais c'est pas facile d'arriver à l'hopital en disant « prenez-moi mon enfant deux jours, je n’en peux plus ! ». Les jugement, les regards…La peur de passer pour une mauvaise maman font que la demande ne se manifestera pas comme ça.
Et pour autant, mieux vaut entendre cette demande, laisser maman dormir un peu, reprendre le lendemain les choses à plat. Parce qu’on est davantage prête à entendre qu’une pathologie, si bruyante dans ses symptômes, peut être bénigne, si on a un peu dormi et qu’on s’est sentie entendue et soutenue, pas jugée…

De même, d’autres fois, on voit des adolescents(tes) passer x fois aux urgences pour des malaises bizarres, des symptômes un peu foutraques, changeants et pas bien systématisés.
Pareil, on pourrait se dire « oh et puis zut, elle me gonfle elle à revenir tous les 4 matins pour ses pseudo malaises, on a déjà fait x examens, y'a rien, c’est bon ! ».
Mais idem, pour peu qu’on creuse, avec l’aide du psy notamment, on va quelque fois toucher le jackspot et accéder aux vrais motifs : dépression de l’adolescent, conflits familiaux, et aussi, et pas de façon si rare dans ce cas, possibles maltraitances ou sévices sexuels.
Le symptôme médical peut être le seul moyen d’exprimer l’inexprimable. Soit parce qu’il est difficile à dire (les sévices sexuels par ex.), soit parce que cela n’est pas encore très clair, très conceptualisé dans la tête de l’ado à ce moment (qui se dit « je suis malade, je me sens fatigué » alors que derrière se cache une dépression mais pas encore bien reconnue et mise en mots)


Et puis, même les psychologues ont leurs urgences non justifiées…aux urgences !

Alors, non, svp, on ne vient pas aux urgences pour demander un psychologue "de toute urgence" (parce que les rendez vous en centre de consultations sont à deux mois) pour le petit dernier qu'on sent "stressé avec l'école depuis la rentrée".

Non, on ne vient pas non plus aux urgences avec le gamin sous le bras parce que « j’ai appelé la secrétaire du psychologue, elle m’a donné rendez vous dans 15 jours, mais je ne peux pas attendre, alors je viens aux urgences et je VEUX être vu aujourd’hui. ».

Oui bon, je sais, quelques paragraphes plus haut, j’ai dit que l’urgence était relative et subjective.. Qu'il fallait comprendre, nia nia nia nia... Ouais bon, ça va, je suis psychologue ! Je sais…. Je sais…
N’empêche, quelques fois, même en sachant ça, ça agace quand même !

Pour finir, je ne peux qu’aller dans le sens de Yann : avant de penser « Urgences », demandez vous si cela peut attendre ou pas de voir votre généraliste ou pédiatre. Demandez vous si vous êtes prêts éventuellement à attendre quelques heures, si ça en vaut la peine au vu des symptômes.
Et oui, je sais, ce n’est pas simple non plus, il n’y a pas toujours de médecin de garde et les enfants sont rois pour déclencher une fièvre subite et des boutons bizarres un samedi soir à 19h00 (je sais, je l’ai déjà vécu personnellement et pas qu'une fois !)

Et aux urgences, sur un plan psychologique, évidemment qu'il y a des urgences justifiées :

- Les tentatives de suicide (ça a l'air con comme ça, de le rappeler, mais vous seriez effarés du nombre de tentatives de suicides chez les ados, qui ne sont pas hospitalisées, mais gérées "en interne" par la famille pour ne pas que ça s'ébruite, vous comprenez, ma bonne dame...)
- Les crises de violences, d'agressivité
- Les révélations de sevices sexuels, maltraitance
- Des trouble du comportement d'apparition brutale, massifs et inexpliqués

Alors évidemment, voir le psychologue aux urgences, c'est pas le plus adapté.
Il y a du bruit, du monde, on est vu dans une salle à l'arrache, entre la suture qui vient de sortir, et la fracture qui va rentrer.
Mais quand c'est justifié, ca permet de pouvoir hospitaliser un enfant ou un ado tout de suite et de faire le point, apporter une aide dans l'urgence.
Par contre, pour tout le reste, vous comprendrez qu'on réflechit mieux sur son enfant, sa place de parent dans une consultation programmée, planifiée, dans laquelle on a du temps, à laquelle on a pu commencer à réfléchir.
Etre vu "vite" ne veut pas toujours dire être mieux pris en charge. En tout cas, pour les troubles bénins en psychologie.
(et attention, je ne justifie pas par là le fait de devoir attendre trois mois pour une consultation, non)

Alors non, le psychologue aux urgences, il ne va pas vous faire un massage cardiaque ni vous intuber (et ma foi, tant mieux pour vous !)
Mais gérer un ado qui vient de tout casser à domicile, c'est pas mal sportif aussi.
Mais pas inintéressant. Du tout. Parce que, lorsque le contact a pu s'établir, on arrive à faire verbaliser la souffrance qu'il y a derrière tout cela.
Et je ne dirai pas, comme certains collègues, qu'il "n'y a pas d'urgences en psychologie".
Pour moi si, il y en a. Peu. Mais il y en a. Et celles là, il faut pas les rater.

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25/05/2010

Un miracle, vite

Une maman qui arrive avec son fiston et un gros quart d'heure de retard (premier rendez vous). On fait connaissance, questions, famille, école, tout ça. J'explique ensuite que je vais garder fiston un peu tout seul en entretien.

(Mère, un peu agressive) "Et vous allez me le garder encore combien de temps en entretien, hein ?"

(moi, un peu taquin) "Euh...Ben je sais pas moi...Vingt-deux minutes et trente-trois secondes ?"

"Ah bon ?"

"Non, je vous taquinais...(Grrrrrr).... Je ne sais pas, aux alentours de 30 minutes"

"Oui, ben, je vous préviens,moi à 11h, faut que je sois partie chercher le petit à l'école !". (il est 10h40...)

(Pensé très fort mais pas dit) : "Ah...Ben fallait le dire ! Puisque c'est ça, je vais faire l'imposition des mains et il sera guéri en deux minutes !"

Qu'est ce que je fais perdre de temps aux gens, moi, avec ma psychologie à la noix...

 

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21/05/2010

Mea culpa infirmier

Suite à ce post sur ma brillantissime intervention orale à l’institut de formation en soins infimiers, les commentaires ont donné lieu à une bataille rangée entre, à ma gauche, les défenseurs de l’IFSI et des étudiants qui demandaient à ce qu’on ne fasse pas de généralités, et à ma droite, les ceusses qui avaient comme moi vécus de mauvaises expériences IFSIesques et qui en témoignaient.
Ne voulant point passer pour un anti-infirmier(e)s, je me suis donc résolu à écrire ce post en forme de mea culpa (surtout par crainte des représailles de qui-vous-savez).

Ne nous méprenons pas, donc, j’ADORE les infirmières du service (désolé les gars, mais je n’ai pas d’infirmier, aide-soignant ou auxiliaire homme dans mon service, donc je mettrai au féminin). Je vous explique.
(attention, généralisations abusives et mauvaise foi inside)

J’adooooore quand, appelé dans le service, j’arrive pour voir un enfant, et que l’infirmière présente, à qui je demande pour qui-pourquoi je fais cet entretien et que c’est-ti pourquoi qu’elle m’a appelé, me dit « oui, ben je sais pas moi, c’était écrit sur le dossier : consultation psy . Alors voilà, quoi, je t’appelle. L’enfant est chambre 5. »
Euh… Zut, c’est ballot, j’ai oublié ma boule de cristal ce matin. Quel idiot je fais... Bon, je peux tenter de voir le marmot de 5 ans et lui demander quel problème psychopathologique il pense avoir. Ou bien s’il sait dans quelle case du DSM IV il est inscrit ou s’il a une idée des mécanismes de défenses psychologique qu’il présente? On essaie ?…Pffff..
Je me demande si on peut faire le même coup au chirurgien tiens ? Le gamin en salle d’opération, tout le monde en stérile, le bambin déjà endormi et l’infirmière qui dit au chirurgien « Oui ben je sais pas, moi, pourquoi on l’opère. C’était marqué « Chirurgie », et pis c’est tout. Bon on y va ? ».

J’adore quand, je suis en plein entretien dans la chambre du-dit enfant, la porte s’ouvre d’un coup et l’infirmière lance « C’est l’heuuure de la tempééératuuuuure ». Ou de la tension. Ou de la vérification de la perf-qui-a-même-pas-sonné-mais-si-je-t’assure-il-faut-vérifier-là-maintenant.
Ah ben oui, c’est sur. C’est à 16h00 qu’on note la fièvre. Ou la tension. Pas à 16h03, tsss, tsss. Ca se voit bien que vous n’y connaissez rien, vous, en recueil de données.
A 16h00, la fiabilité de la prise de température et de tension est maximale. A 16h03, c’est foutu. FOU-TU on vous dit. C’est de la chronobiologie, vous pouvez pas comprendre.
Notez cependant que c’est la même infirmière qui m’a accueilli tout à l’heure dans le service et qui donc sait très bien que je suis en entretien et avec qui. Non, non on ne peut pas dire qu’elle ignorait que je me trouvais là.
Mais (one more time, sing with me ) :" c’est-l’heuuuure-de-la-tempééééératuuuuure ".

J’aime beaucoup quand le téléphone sonne et que au bout du fil, l’infirmière me dit « oui j’ai vu dans l’ordi que tu n’avais pas de rendez vous cet après midi, alors, COMME TU NE FAIS RIEN, je me suis dit que tu pourrais passer voir cet enfant dans le service. ».
Zut, je suis démasqué.
Je fais mes courriers, je remplis mes dossiers, je passe des coups de fils professionnels : je ne fais rien…Zut zut zut…. Honte…

J’adore quand je vais faire cours à l’IFSI et que…
Ah oui, je l’ai déjà raconté.

Mais un doute m’étreint soudain.
Me serai-je légèrement éloigné du mea culpa que j’étais sensé faire ici… Zut….
Alors, ok, on reprend.
Pouf, pouf, on disait que vous avez rien entendu.

Donc, pour être réellement objectif :

Si j’aime travailler à l’hôpital, c’est pour le travail en équipe. Quand ça fonctionne, et que tout le monde apporte son petit élément sur l’enfant et la famille, l’infirmière, l’auxiliaire, le médecin, le psy, et que là, tout à coup, la notion de travail en équipe prend tout son sens.


J’ai appris énormément de choses aux contacts des infirmières. Parce qu’à la fac on vous apprend plein de choses théoriques, mais le « savoir être », comment aborder l’enfant, la famille, dans le cadre hospitalier, j’en ai appris beaucoup au début de par les infirmières et les auxiliaires. Certaines sont assez magiques dans leur approche des patients.

Les souvenirs de fous rires, de décompression complètement barrée dans la salle café, c’est aussi pas mal aux infirmières que je les dois.

J’ai reçu aussi pas mal d’étudiants infirmiers qui demandaient à me voir pour des questions concernant la préparation de leur mémoire.
Et la plupart du temps, je me suis trouvé face à des jeunes gens qui avaient bien bossé leurs questions, bien cerné leur sujet et qui posaient des questions pas du tout naïves.
C’était même souvent très agréable ces discussions.

Je tire un grand coup de chapeau aux infirmières qui nous ont accueillis en hospitalisation lors d’un moment très lourd où planait un diagnostic sombre sur un de mes enfants. Si on tenu le coup, nous et lui, c’est aussi en grande partie grâce à l’équipe.

Et puis, pour finir, si je suis appelé en service, reconnaissons le, le plus souvent, c’est parce que l’infirmière ou l’auxiliaire a repéré tel ou tel signe chez un enfant, et qu’elle en a parlé au médecin. Celles qui gèrent l’enfant toute la journée et toute la nuit, ce sont bien elles. Celles qui recueillent les confidences des parents éreintés à trois heures du mat.
Et ce sont elles qui ont les observations les plus précieuses (si on excepte mon amie infirmière du premier exemple plus haut qui elle n’avait aucune observation de quoi que ce soit à me donner.)

Alors pour finir avec ce billet aux allures démago, mais néanmoins sincère : merci les filles !

08:56 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (25) | |  Facebook

19/05/2010

Aide ton prochain

Je connaissais déjà cette maman pour avoir vu son fils lors de ses passages à l'hôpital il y a quelques années.
La secrétaire me dit qu'elle appelle pour sa fille.
Ah ? Je ne savais pas qu'elle était suivie chez nous pour des problèmes médicaux.
Je prends la maman au téléphone

"Non, elle n'est pas suivi médicalement chez vous. Mais comme vous avez suivi le grand quand il était malade, comme ça s'était bien passé, on s'est dit que vous pourriez voir notre fille.
"C'est gentil, oui. Mais je suis psychologue du service du pédiatrie, donc je vois les enfants hospitalisés ou malades suivis ici. Pas les autres.
"Oui mais...(longues explications pourquoi je suis le meilleur, le plus beau et le plus gentil des psychologues à 100 km à la ronde, suivies de longues explications pourquoi sa fille est malheureuse et la maman aussi et que ce serait vraiment très gentil de les recevoir)

Je craque. Je donne un rendez vous.

Je me retrouve devant une jeune fille de 8 ans, qui hormis une légère timidité, un petit manque de confiance, n'a pas de soucis psychologiques majeurs. Si on exclut l'hyper anxiété maternelle...
J'explique mes conclusions à la maman : rien d'inquiétant, ça ne justifie pas forcemment un suivi à mon avis.
La maman de me donner x arguments d'inquietude : école, maison, tout y passe. Non, ça ne va pas, sa fille a besoin de parler.
Je recraque. Je redonne un rendez vous un mois plus tard.

Et pendant un an, sans trop avoir de recul là dessus, j'ai suivi cette jeune fille. Certes j'ai pu l'aider sur les petits troubles qu'elle présentait. Mais surtout, à chaque séance, la maman me redisait de nouvelles inquietudes, de nouvelles paroles de l'enfant qui justifiaient de continuer le suivi.
Jusqu'à cette derniere consultation : là j'étais sur de moi et regonflé ! La jeune fille avait bien pris de l'assurance, les thèmes un peu anxieux dont elle parlait auparavant étaient très améliorés, ses dessins étaient plus vivants, moins controlés, l'école progressait. Bref, tous les clignotants étaient au vert, enfin, je pouvais dire à cette maman que c'était fini ! FI-NI !
Je préparais déjà mentalement mon argumentaire béton en allant la chercher dans la salle d'attente, après avoir vu sa fille. C'était la derniere consultation, j'étais prêt à me battre pour ça (non mais !)

Je lui explique donc les progrès, les constats de ce jour, le suivi depuis un an : et je lui dis que voilà, le travail touche à sa fin, que l'on peut arrêter.
La maman me regarde et enchaine tout de suite, avec une petite voix cassante :
"Ah ben je suis contente, mon mari et moi on en a parlé hier justement, on commençait à trouver que ça faisait long tout ça  !"

(Calme...Caaaalme... Caaaaalme.....)

 

19:21 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Facebook

17/05/2010

Mort subite et recidives

"Je suis contente de vous voir", me dit la maman du petit Thomas en m'accueillant dans la chambre.

Deux semaines que son petit bonhomme de sept mois est hospitalisé pour une affection pulmonaire traînante, depuis des mois, avec des hauts et des bas. Deux semaines que les examens se multiplient sans qu'une hypothèse médicale consistante ne soit trouvée.
"Vous savez, ce n'est pas facile...Deux semaines d'hospitalisation pour un bébé comme ça...Enfin...Heureusement, les médecins font tout pour trouver, je suis rassurée"

C'est elle qui a demandé aux infirmières à ce que je passe . Elle n'en peut plus de l'hospitalisation. Et puis, cette pathologie insidieuse qui est là la renvoit irrémédiablement au passé.
"Elle avait cinq mois ma petite Sophie quand elle est décédée... Pas facile...J'ai toujours les images... J'arrive dans sa chambre pour la réveiller... Je crois qu'elle dort encore... Elle ne bouge pas... J'appelle, je la bouge...Mais...Rien...Rien..."

La maman de Thomas se met à pleurer. Et me raconte son histoire.
Le décès de Sophie. Le deuil impossible. Son compagnon qui s'enferme dans le silence de plus en plus. Les tensions. Les disputes.
La séparation.

Et puis quelques temps plus tard, le papa du futur petit Thomas qui entre dans sa vie. Et revoilà la maladie qui refait surface aujourd'hui.
Je sors de la chambre longtemps après, très ému par tout ce que j'ai entendu.
J'en discute avec les infirmières, qui, toutes, comme moi, sont ébahies par la force de cette maman qui malgré tout, reste solide auprès de son enfant, accepte les examens sans broncher, veut trouver se bat,...

Les journées passent. Les médecins ne comprennent toujours pas. Thomas s'améliore puis rechute. Aucun examen n'est vraiment concluant.
Quand un jour, un médecin du service dit en blaguant : "Bah si ca se trouve, c'est la maman qui lui donne un truc pour qu'il soit malade. Elle a l'air tellement bien avec nous !"
Tout le monde rigole... Quelle bonne blague. Pas cette maman là. Non.

Encore quelques jours. Doucement, tout doucement, la piste de l'acte volontaire revient dans les discussions. Et si ?
Non. Impensable. Mais pourtant. A part cette hypothèse, quoi d'autre ?

On se met à contacter l'hôpital qui a accueilli la petite Sophie à son décès.
Ils n'ont pas de dossier à ce nom. Non. Aucun. Vraiment, on vous assure, rien.
Etonnement.
Questions à la maman. Qui se reprend "Ah mais je me suis trompé de ville. J'ai confondu. Avec l'inquiétude pour Thomas, je suis un peu chamboulée.". Elle donne donne un autre nom d'hôpital. Enfin elle n'est plus sure. Elle n'était pas là quand on a amené le corps de sa fille. Elle explique ne l'avoir retrouvée qu'à la morgue  des pompes funèbres, quelques jours plus tard. L'hopital ? Pfff...Ca fait loin tout ça, cette histoire.

Les médecins insistent, cherchent. Finissent par contacter les états civils de différentes villes. Pas d'enfant du nom de Sophie. Non, il n'y a eu qu'un seul livret de famille. Oui c'est celui que vous avez en main. Non il  n'y a qu'un enfant. Thomas.

Thomas qui rechute. Tousse. S'étouffe. Puis récupère encore une fois. La maman est dans tout ces états.
Mais le regard des soignants a changé : la suspicion s'est installée.

Je passe la revoir : rien n'a changé. Même avec la suspicion en tête, je suis ébahi par le comportement naturel de cette maman. Qui pleure. Qui veut combattre ce qui arrive à son fils. Qui essaie de lutter contre les peurs liées au passée et à l'angoisse de mort.

Les médecins décident de prendre les choses en main. Ils ont analysé tout ce qu'ils pouvaient analyser chez Thomas : mais aucune trace de produits, de substances. Pourtant, maintenant, plus aucun doute. Quelqu'un empoisonne régulièrement Thomas. Comment et avec quoi, on ne sait pas bien. Mais personne ne voit d'autre piste.
Mais en l'absence de preuve, difficile de contacter la justice. Aussi le médecin entre dans la chambre de la maman et déballe tout : l'enfant mort qui n'existe pas. Les symptomes tres "bizarres" et surprenants de Thomas. Le doute très très très important qu'on aurait sur la maman si quelque chose de grave venait à se passer maintenant.
Elle écoute. La résistance passive dans toute sa force. Un roc.

"C'est ce que vous croyez ? Tres bien." dit elle, en s'enfermant dans le silence
"Madame, ce n'est pas ce que nous croyons : nous sommes certains que vous n'avez pas eu d'enfant décédé de mort subite".
"Puisque vous le dites..."

A partir de ce jour, Thomas ne fera pas un seul nouveau malaise...
Son papa apprend du jour au lendemain que sa femme n'a jamais eu d'enfant décédée de mort subite avant de le connaitre. Qu'elle joue un rôle de mère éplorée depuis des années.

Le lendemain, je retourne voir la mère. Je ne sais comment commencer l'entretien. Je ne peux pas faire celui qui ne sait pas. Impossible.

"J'ai appris ce qui a été dit hier", dis je, en restant sur la neutralité la plus neutre.
Silence.
"Je suis très surpris, j'avoue"
"Moi aussi, c'est tres dur pour moi".
Et là voilà repartie dans une plainte victimisante. A laquelle je n'adhère plus. C'est un rôle, maintenant je le sais.
Mais je crois bien qu'elle, elle n'a plus de distance : elle EST cette mère qui a perdu un enfant. Elle EST cette mère inquiete pour son fils malade. Elle EST cette mère injustement suspectée.
Elle n'a même plus conscience qu'elle joue. Ou bien, prise dans sa lancée, le déni étant par trop douloureux, elle ne peut que pratiquer la fuite en avant ?

Je ne la reverrai plus jamais. Le psychiatre qui l'a vu ensuite, sur demande insistante des médecins du service, l'a trouvée tout à fait normale...

C'était il y a quelques années.
C'était la première fois que je voyais un cas de Münchausen par procuration :

- Symptomes de l'enfant fabriqués  par le parent (ou bien simplement allégués)
- Parent "admirable" selon l'avis de tous, coopérant avec les soignants
- Souvent un intérêt pour le médical ou des études avortées dans ce domaine
- Trouve un bénéfice (inconscient) dans le rôle de parent admirable et se complaît dans le milieu médical
- La fabrication des symtômes est consciente pour la parent, mais le bénéfice recherché lui est inconscient (comme si cela s'imposait à lui d'agir comme cela)
- Réponse à la fois psychiatrique (soins), judiciaire (quand preuves indubitables...Là est souvent la difficulté), et sociale (accompagnement éducatif, etc...)

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13/05/2010

Dessins d'enfants

Si il y a une chose que je ne fais pas en consultation, c'est bien l'interprêtation des dessins d'enfants.
Je sais que tout un tas d'auteurs, qui ont produit tout un tas de livres sur le sujet, sont intimement convaincus qu'il y a des clefs, des significations secretes et universelles dans le dessin d'enfant.
Si la maison a une fenêtre de travers, ah ah, attention, alors ça veut dire que...
Si la cheminée penche à gauche, oh là, probablement sexuel mon brave monsieur.

Ca m'agace, moi, qu'on croit qu'il y ai quelque part un grand manuel de décodage des dessins d'enfants, qui dirait que pour chaque détail,correspond UNE signification univoque.
C'est comme pour les rêves. On voit fleurir des tas de manuel d'interprêtation des rêves, mais encore une fois : je ne partage pas ça. Il n'y a pas d'interprétation unique d'un rêve.
Si je rêve que j'ai un blog sur le net (ouais je sais je fais des rêves bizarres), ca aura une certaine signification pour MOI et seulement moi. Si ma femme fait le même rêve, je suis persuadé que ca aura pour elle une signification différente, car elle a une autre histoire, une autre personnalité (et accessoirement, pas un blog aussi chouette que le mien, non mais).

Ce que je dis pour les dessins d'enfants, ce n'est pas qu'ils ne revèlent rien de l'inconscient. Ca, je suis convaincu du contraire : on exprime dans le dessin des choses qu'on ne dit pas autrement,  ca me semble une évidence.
Ce que je dis, c'est qu'il n'y a pas de clefs univoques, de grille d'interprétation valable pour tous. La cheminée de travers, ça va vouloir dire 1000 choses différentes pour 1000 enfants qui l'auront dessiné.
Les grands gourous de la psychologie qui ont un avis tranché sur tout, méfiez vous. Avec eux, tout est toujours simple. Mais la vraie vie, c'est pas comme ça !

Ca m'ennuie quand des parents affolés me disent "mais il dessine en noir en ce moment...Je suis tres tres inquiete...Je lui ai interdit le noir, ça va l'aider j'espère !"...
Idem : à part un gros lieu commun (on est triste, on voit tout en noir, donc on dessine en noir), je ne vois pas là dedans une vérité absolue ou scientifique. Certains gamins qui vont bien vont dessiner en noir. D'autres dépressifs ne vont pas l'utiliser. Si on a des dessins noirs, on va déjà en parler à l'enfant. Chercher d'autres signes éventuels de dépression et recouper les éléments. Et pas faire une interprétation magistrale sur UN élément isolé

Je ne sais plus où j'avais lu cet exemple édifiant de l'analyse sauvage du dessin (si quelqu'un l'a lu aussi, qu'il me le dise).
C'était une maman qui racontait avoir emmené son fils chez la psychologue. Le chérubin fait à la demande de la psy un dessin de la famille. Où le père prend une place immense sur le dessin.
La psychologue explique alors à la mère que son fils a de graves soucis dans la representation familiale, oedipe, machin, ouh là là, c'est inquiétant tout ça.
Et la mère de lui dire : "Euh...C'est à dire, mon mari mesure plus de deux mètres, je pense juste qu'il a dessiné la réalité"...!

Et boum.

Alors ce que j'en dis ? Que le dessin de l'enfant contient beaucoup de choses de l'inconscient, ça c'est clair.
Mais les dessins n'ont pas de signification universelle et toujours valide, ils n'ont qu'une signification pour le sujet lui meme.
Donc quand quelque chose m'étonne dans le dessin, je fais verbaliser l'enfant dessus, je le pousse à faire des associations, j'essaie de comprendre ce que Lui, cet enfant là, en face de moi, a voulu dire dans ce dessin.

Je me souviens d'une petite fille de cinq ans en consultation.
Elle me dessine une maison, un arbre. Banal. Puis un oiseau, mais au sol. Avec son nid à coté. Pas banal ça.
Je lui demande ce qu'elle  a voulu faire.

"C'est un bébé oiseau. Son nid est tombé"
"Ah bon ? Et qu'est ce qu'il va lui arriver alors ?
"Ben....Il a plus sa maman... Il va mourir le bébé"
"Tu crois qu'il va mourir ?"
"Oui...Et là il est mort...Je l'efface" (elle gribouille sur l'oiseau et le nid)
"Et sa maman elle est où ?"
"Dans un autre nid. Avec un autre bébé".

J'appelle la maman. Je lui raconte l'histoire. Et je vois des larmes couler le long de ses joues.
"J'ai....J'ai perdu un enfant...Juste avant ma fille... Une fausse couche...Ma grossesse était déjà bien avancée.."
"Le bébé tombé du nid...Je comprends"
"Oui mais....Je n'ai en jamais parlé à ma fille...Ce n'est pas possible qu'elle le sache !
"Il faut croire qu'elle l'a entendu pourtant. Ou qu'elle a plus ou moins compris les non dits...

 

 

 

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29/04/2010

Les psys qui ne disent rien aux parents

 

Suite à une discussion avec un ami à ce propos, je crois que ça valait le coup de faire un post là dessus.
Beaucoup de parents, et quand je dis « beaucoup », c’est réellement un nombre impressionnant, me disent que lorsqu’ils vont voir un psy pour leur enfant, celui-ci ne leur dit rien des entretiens. Mais rien de rien de rien. Il prend l’enfant dans son bureau, le rend aux parents ensuite et pas de restitution de rien du tout de l’entretien.

Bon ok, je comprends, par dessus tout, il y a la confidentialité des entretiens. Confidentiels même pour l’enfant.
Ca, on est d’accord. C’est fondamental.
Je vois mal comment l’enfant ou l’ado pourrait être en confiance, faire sien un lieu de parole, s’il savait que la moindre chose peut être reprise et répétée à papa et maman.

« Mon père est un vieux C…. Euh vous allez lui dire ? Ah ben non je l’adore, il est génial »
Et hop, on ne parle plus des conflits à la maison.

« Ma mère boit en cachette, c’est vraiment dur…Vous allez lui dire ?….AH ? En fait, elle boit de l’eau, de l’eau ok ? »
Et hop, on ne parle plus des secrets familiaux non plus

« J’ai un petit copain, on commence à avoir des rapports mais si ma mère le sait, elle me tue…Vous allez lui dire ?….Naaan, je déconnais hein ».
Et hop, plus rien sur les relations amoureuses

"J'ai peur que mes parents se séparent, ils se disputent, mais j'ose pas leur en parler...Vous leur dites pas ? Si ? En fait, je pense que c'est pas si grave finalement"
Et hop, on parle plus de ses peurs.

Etc, etc, etc…

Alors d’accord, la confidentialité des entretiens, on ne peut pas revenir dessus. Si elle n’est pas là, il n’y a plus aucune raison que l’enfant me dise autre chose qu à ses proches.

Mais pour autant, confidentialité, est ce que ça veut dire qu’on ne doit pas rencontrer les parents, qu’on ne doit RIEN leur dire ?
Moi je trouve ça très lourd. Ne RIEN dire aux parents. Et pourtant, encore une fois, j’entends plein de psys qui pratiquent comme ça.
Je trouve ça lourd car ces parents sont venus me voir, ils ont des questions, ils sont inquiets, ils vivent au quotidien les soucis de leur enfant. Et moi je me retrancherai dans ma tour d’ivoire en disant « je gère, je vous dirai quand ça aura suffisamment avancé, en attendant amenez moi votre enfant et un chèque toutes les semaines »


Moi ça me va pas…
Donc je vois les parents.
Pas forcément à chaque fois mais je les vois.
Et en tout cas, à chaque fois, lors des premiers rendez vous, je discute avec eux du « protocole » qu’on va mettre en place : est ce qu’on fera un point après chaque consultation, est ce qu’on fera un point seulement tous les mois ou les deux mois après plusieurs consultations.
Je rappellerai que mes entretiens sont confidentiels mais pas top secret : que je pourrai leur dire des choses « globales », mais pas de détails des paroles de l’enfant. Sauf si celui-ci le souhaite. Et qu’en tout cas, avant chaque rencontre avec eux, je ferai le point seul avec leur enfant pour voir avec lui ce qu’il souhaite que je dise ou pas.
Je pourrai aussi leur donner quelques conseils, quelques pistes au fur et à mesure que je pourrai comprendre les soucis de leur enfant.

Ca me semble fondamental quand même, de les soutenir, ces parents !

Leur rôle n’est pas juste de tourner les pages des Femmes Actuelles de la salle d’attente (Oohhh Eh, ça va, c’est pas moi qui choisit les magazines de la salle d’attente !).
Ce qui me fait le plus drôle, c’est que des fois, je vais chercher dans la salle d’attente un patient que je ne connais pas encore. Jamais vu.
Et si la famille a déjà consulté un autre psy pour cet enfant, souvent, quand j’arrive, l’enfant se lève et les parents eux restent assis en me disant « on vous le laisse ».
A chaque fois, je suis étonné : « Mais on ne se connaît pas ! J’ai besoin de vous voir un peu pour que vous m’expliquiez les choses ! »
Et beaucoup de parents me répondent, étonnés, que chez le psy précédents, on ne leur parlait jamais…

Bon c’est ma pratique-personnelle-rien-qu’à-moi qui ne s’appuie sur rien de validé, juste sur mon expérience, mon feeling, ma façon de faire.
Confidentialité n’implique pas ne pas parler à la famille. On peut discuter avec la famille sans rien trahir du discours de l’enfant.

Et je ne parle pas des psys qui applique la confidentialité jusqu’au bout en refusant de me donner un seul élément sur leur suivi parce que c’est « confidentiel vous comprenez ».
Oui mais, patate, moi j’ai en service là, hospitalisé, un gamin que toi tu suis depuis deux ans !! Je suis d’accord de ne pas trahir les secrets, mais tu pourrais me donner quelques pistes sur ce gamin, zut-euhhhh !

Je sais pas, des grandes lignes, sans trahir des secrets ça peut être un truc du genre « traits dépressifs, suite à une séparation parentale conflictuelle et un enfant qui n’arrive pas à trouver sa place ». Voilà, ça me donne déjà des indications moi, et je ne pense pas qu’on ai trahi la parole de l’enfant en donnant des infos globales… !

Après, chacun a sa conception fort personnelle du secret professionnel…

08:51 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook

28/04/2010

Dites je le jure (2)

Ca y est, j'y suis allé au tribunal... (enfin ça commence à dater maintenant)

Pour rappel, convoqué en tant qu'expert pour un enfant que j'avais vu il y a cinq ans. Ma mémoire n'est pas assez bonne pour que je me souvienne d'un enfant vu une fois il y a cinq ans au milieu de tous ceux que je vois chaque année. Mais bon, puisqu'il fallait y aller...

Je disais que je n'aimais pas le tribunal, ce fut le feu d'artifice ce jour là !

Attaqué sur mon jeune âge (plus si jeune que ça pourtant, faut arrêter eh, ça fait plus de dix ans que je bosse !), attaqué sur le fait que je ne pouvais garantir à 100% que l'enfant disait la vérité (mais personne ne détient la vérité absolue en justice ! même l'analyse ADN n'est pas fiable à 100%...), attaqué sur le fait que j'avais peut être influencé la victime (fort heureusement, même si je n'avais plus l'entretien en mémoire, je sais parfaitement ce que je fais et ne fais pas en entretien, justement pour ne pas influer sur le discours)....
Bref, ce fut chaud ! Très malmené par la défense.
Le président qui, sans être agressif, me reserve des coups de théatre...."Vous affirmez ceci sur la victime. D'accord. Mais que dites vous de cette lettre que nous avons en notre possession où elle avoue à une amie dire des mensonges à ses parents  ?"

Plus de 40mn à la barre, croyez moi, c'est long. Très long.
Moi qui ai horreur de cet exercice, j'ai été servi !
Mais au final, je m'en suis bien sorti. Je suis arrivé à ne pas m'emmeler les pinceaux, défendre la victime (que je croyais,moi, depuis le départ), rester cohérent, trouver des contre arguments.

C'était très chaud en tout cas.
Je ne suis pas formé à la réthorique, à la répartie, aux effets de manche des avocats. Je sens bien à certains moments que les questions sont "bizarres" , que l'avocat veut me mener quelque part, mais je n'arrive pas à deviner par avance sa stratégie et où il veut me mener.
Encore un peu d'expérience à acquérir.

En tout cas, le truc le plus stressant, c'est de se lever, de commencer à prêter serment devant la salle silencieuse qui n'a d'yeux que pour vous.... Gloups.... Après ça va, les questions s'enchaînent et c'est parti. Mais pffff, pas facile de démarrer !

 

21:22 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook

07/04/2010

Souris parce que c'est grave

Ils avancent.
Serrés l'un contre l'autre, comme pour se donner plus de courage, ils remontent doucement le long couloir de l'hôpital.
Et moi qui les suis cet après-midi, je sais où ils vont. Je sais où ils vont apporter tous leurs paquets colorés qu'ils tiennent dans leurs bras. Je le sais parce qu'au bout du long couloir, tout au bout, il y a le service de cancérologie pédiatrique.
Ils ont l'air épuisés. Peut être que les nuits sont difficiles ces derniers temps. Peut etre qu'ils pensent à leur enfant, seul dans ce service inconnu, qui peut etre pleure dans sa chambre en se cachant sous l'oreiller et qui peut etre les appelle aussi. Peut etre que cela fait des mois qu'ils ne dorment plus.
La femme tient son mari par le bras, comme si il devait la pousser pour avancer. Elle le serre, il la serre. Je vois leurs yeux un peu rougis.
Et je sais. Je sais la force qu'il va leur falloir d'ici cinq minutes en rentrant dans la chambre. La force de sourire, de faire comme si tout était comme avant. La force de le faire rire.
Ils lui donneront leurs gros paquets emballés de papier rouge et or en prenant des airs réjouis. Ils joueront avec lui parce que jouer, c'est encore rester un peu en vie. Ils feront attention de ne pas croiser le regard de l'autre, pour ne pas sentir les larmes monter et ne pas pouvoir les retenir.
Il faudra sourire et discuter avec les infirmières comme si on parlait d'un simple rhume. Tout faire pour qu'il n'ai pas peur.

Je les vois avancer et je sens que leurs pas se font moins rapides. C'est comme si leurs forces étaient prêtes à les trahir. Des mois à faire semblant, à sourire, à trouver la force d'être positifs, à se retenir devant lui.
Je sais que dans cinq minutes, un grand sourire viendra illuminer leur visage et ils tendront leurs cadeaux avec un grand éclat de rire. Comme si ils avaient déposés leurs soucis et leurs peurs dans un grand carton à l'entrée de la chambre.

Mais tout à l'heure, sitôt la porte refermée, le grand carton les attendra. Et il faudra le reprendre et le porter. Encore et encore. Et chaque jour encore, où il deviendra plus lourd.

Je les suis et putain, ça me fait chier d'être psychologue quelques fois. Pour être passé là où ils sont passés, pour avoir vécu en partie ce qu'ils ont vécu, je sais ce qu'ils éprouvent, je sais la boule à l'estomac et l'énergie dépensée à l'oublier. Je sais l'angoisse qui monte lorsque la nuit commence à tomber et les questions à arriver.
Je pourrais poser ma main sur leurs épaules et leur dire que je comprends. Je pourrais leur dire que c'est trop lourd de faire semblant, qu'ils ont le droit de craquer un moment, de tout lâcher parce que ça fait trop mal de contenir tout et tout le temps.

Je pourrais leur dire que on va prendre un quart d'heure et aller se boire un café pour se donner des forces. Que c'est trop dur de sourire toute la journée, de voir des infirmières sourire toute la journée, de voir ces putains de visiteurs et de gens autour de nous sourire toute la journée, parce qu'il faut être aimable, que c'est bien, que toute monde veut être gentil avec nous, mais que quand au fond, ça nous bouffe de l'intérieur, et qu'une voix hurle que son gamin est en train de mourir, le sourire des autres, ça nous met en rage et ça nous donne envie de tout casser.
Et puis qu'il y a un stade où trop de gentillesse ça ressemble à de la pitié et la pitié, y'a rien de pire à éprouver dans ces moments là.

Je pourrais leur dire que je comprends, qu'ils ont raison d'être en colère. Parce que la maladie c'est pas juste. Parce que leur gamin a rien fait pour ça. Parce qu'eux non plus n'ont pas mérité ça. Mais, de toute façon, on peut être en colère autant qu'on veut, en vouloir au ciel autant qu'en veut, se dire que c'est pas juste et pas mérité, de toute façon là haut, Dieu ou pas Dieu, ça marche pas comme ça. C'est ton gamin qui trinque, point, mérité, pas mérité, content ou pas content. Et tu dois faire avec.

Et alors que tout le monde se focalise sur leur enfant qui souffre, j'ai envie de m'intéresser à eux, qui souffrent tout autant, mais pour qui tout le monde considère que c'est leur job de parent d'être là et de morfler.
Et alors que l'angoisse au fond d'eux les prend, qu'ils ont peur de la suite à en crever, j'ai envie de leur dire "allez, vous allez y arriver. Tenez bon. Il a besoin de vous. Soyez forts".
J'ai toujours cru entendre dans le "soyez fort" une sorte de phrase qui coupe court à tout, et nous dit de nous la fermer sur nos craintes, peines, peurs, de souffler un bon coup et d'arreter de se plaindre.
Mais, pour avoir été dans ce grand couloir aussi, j'aurai eu besoin, je crois, que quelqu'un s'intéresse à moi en tant que parent et me dise "allez, sois fort, tu peux y arriver". Parce qu'on s'écroule, parce qu'on a l'impression qu'on arrivera jamais à aider notre gamin, parce qu'on a peur de ne pas avoir la force d'affronter la suite. Et qu'on aurait bien besoin que quelqu'un nous dise, quand on y croit plus : oui, je sais que tu peux y arriver.

Mais si je vais vers eux, que je leur mets la main sur l'épaule, que je les invite à prendre un café et souffler, que je leur dis que je suis passé par là aussi, que l'on partage nos craintes, nos peurs, nos doutes, nos joies, peut être que je les aide. Mais je ne suis plus professionnel. Je franchis le cap.
Et je sais que je si franchis le cap, c'est du mensonge, de l'illusion que je leur donne. Je ne vais leur faire croire que je suis leur ami et que je peux tout comprendre, quand dans quelques mois, ils auront quittés l'hôpital. Je ne peux pas être ami avec tous les gens qui passent. Je peux jouer facilement le gentil, l'ami qui soutient, mais quoi quand ils seront partis ? Je ne les inviterai pas pour autant chez moi le dimanche.
Et si je deviens leur ami, comment je réagirai si quelque chose arrive à leur enfant ? Ai je envie d'être l'ami de tous et pleurer à chaque décès ? Quel soignant peut tenir le coup comme ça ?

Je les dépasse et dépasse les gros cadeaux aux papiers colorés.
Alors, je remballe mes sentiments  que je croyais être en écho avec les leurs.
Je remets mon masque de psychologue sur mon visage.
J'ouvre la porte du service pour eux et leur dit bonjour avec un grand sourire.

11:29 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (39) | |  Facebook

03/02/2010

Efficacité administrative

A l'hôpital, il faut rapporter des sous.
Et pour ce faire, il faut facturer au client au patient tout ce qu'on peut facturer.
Là où je travaille, avant de rencontrer le psy, le médecin, l'infirmière, le patient doit d'abord se présenter au bureau des entrées, où il donne carte de sécu, mutuelle et où on prend tous les renseignements administratifs nécessaires.
Cela prenait quelques minutes.

Mais, nos chers administratifs ont du trouver que cela ne convenait pas. Ils se sont surement réunis, longuement, et maintes fois, pour se demander comment ils pourraient soigner facturer avec encore plus d'efficacité nos clients patients.
Ils se sont dit qu'il faudrait surement ajouter tel et tel renseignement. Demander telle information au patient.
Au total, plein d'infos en plus pour être sur de ne rien oublier et que le patient la facture soit bien soigné bien réglée au final.

Tout cela allait surement faire de plus belles facturations, et beaucoup plus de sous pour l'établissement. Youpi !

Mais zut, le logiciel idoine pour cela n'était pas prévu pour absorber tant de nouvelles données. Heureusement, nos chers têtes pensantes administratives se sont dit qu'on pouvait rajouter là une fenêtre, là une nouvelle page, là une case, là une flèche...
Bref...Une très complète mais très confuse usine à gaz ce logiciel...Ils étaient très satisfaits probablement au bout de leurs quarante douze réunions d'avoir concocter un logiciel complet qui permettait de recenser toutes les données pensables et inimaginables pour la facturation. Pour un peu, ils en auraient pleuré de bonheur.
"Oh regarde, si je rajoute une nouvelle fenêtre ici, je peux te calculer le ratio de machintruc sur bidulechose !
"Purée, je suis trop jaloux, alors moi je te rajoute trois nouvelles cases à cocher, et une liste déroulante,  comme ça je te calcule le taux de trucmuche normalisé !"
Bref, c'était super rigolo. C'est un truc de comptables, vous pouvez pas comprendre.

Ils avaient juste oublié un truc. On accueille un patient à l'hôpital, et pas un bilan comptable.
C'est sympa dans un bureau de se dire "on pourrait demander ça et ça et ça".
C'est moins rigolo pour le patient en face qui se prend douze mille questions à l'entrée, en préambule de toute consultation.
C'est nettement moins drôle quand on s'aperçoit que le logiciel a été conçu pour les comptables mais pas pour les patients : c'est à dire qu'il est extrêmement peu pratique, lourd et très long à manipuler. Des tas de cases à cocher, de listes à dérouler, de pages à afficher. Ca passe dans un bureau : c'est plus dur avec un patient en face...

Résultat : là où on accueillait un patient en quelques minutes, il en faut maintenant entre 10 à 15 .Les files d'attentes devant le bureau des entrées se rallongent. Les patients râlent.L'attente initiale, à l'accueil donc, avant d'avoir vu le moindre médecin, infirmière ou psy, se monte en moyenne à 30 mn.
Les patients arrivent donc systématiquement en retard à leur rendez vous médical.
Les plannings sont désorganisés, les médecins (et moi !) tous en retard.
Les services d'hospitalisation râlent, car les médecins retenus dans leurs consultations, n'arrivent plus à passer voir leurs patients hospitalisés.
Les retards finissent par se cumuler, et les consultations prennent facilement une heure de retard en fin de journée...

Les administratifs, finalement convoqués par les médecins, ne comprennent pas que personne ne s'extasie devant leur beau joujou.
"Mais on a besoin de toutes ces infos nous !"
Oui...Mais nous, on a de l'humain en face de nous. De l'humain qui n'aime pas être accueilli par une file d'attente de 30 mn à l'entrée du service, pour aller ensuite dans la salle d'attente  du médecin où il attendra aussi.
On est en pédiatrie. Attendre une heure avec des enfants, cela veut dire pleurs, colères, énervements.... Consultations qui se passent mal...

Ah oui... Quand on est administratif, quelque fois, on oublie qu'il y a des patients, en bas, dans les services, et pas que des ratios, des pourcentages et des statistiques.

Au final, devant le tohu-bohut et le ras le bol général, de l'infirmière au chef de service, les administratifs ont trouvé la solution.
Pour faire fonctionner leur beau logiciel qui devait rapporter plus de sous à l'hôpital, il a été décidé de doubler les agents d'accueil pour éviter l'attente....
Du coup, ça coute plus cher qu'avant.

J'aime l'hopital...!

 

 

21:40 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook