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24/10/2010

Thérapies entre amis

J'ai comme principe de ne jamais prendre en consultation des enfants dont je connais la famille. Que ce soit par relations amicales ou professionnelles.
Evidemment, c'est une position qui est rarement bien comprise.

Infirmière : " Ma petite de six ans se remet à faire pipi au lit...Je crois que c'est l'entrée en primaire... Tu voudrais pas la voir un peu pour nous aider ?
Moi "Et bien...Tu sais, je ne prends jamais en consultation des gens que je connais...C'est pas évident, ca fausse un peu tout quand on se connait et
Infirmière :"Mais je te dis que c'est l'école....Faut peut etre juste qu'elle arrive à t'en parler et ça ira mieux !
Moi "Oui mais si c'est pas que l'école et qu'elle veuille me parler, je sais pas, moi, de toi et ton mari, de votre relation ?....Ca me gêne moi !
Infirmière  "Oh mais on n'a rien à cacher
Moi "Peut etre.... Mais ce n'est pas simple si on connait les gens, tu sais...
Infirmière (vexée) "Ah ben c'est tout...On ira voir ailleurs...Quelqu'un qu'on ne connait pas...Ca aurait été plus simple ici...Mais bon...C'est tout...

Ma position n'est pas facile à tenir ! Ca ne me fait pas que des ami(e)s qui se sentent jetés, pensent que je refuse de les aider....
Mais pourtant, pour moi c'est clair.

En psychologie, le symptôme est rarement isolé, et compréhensible hors de son contexte.
Je ne peux pas traiter QUE l'énurésie suite à la rentrée scolaire. Tous les enfants entrant en CP ne refont pas pipi au lit. Donc pour cet enfant, il y a d'autres choses associées. Forcement plus personnelles ou familiales.

Or, je ne veux pas entrer dans l'intimité des mes collègues. Ca me gêne. Je n'ai pas de velléité de voyeurisme. Je ne veux pas tout connaître des soucis familiaux ou intimes des gens que je côtoie tous les jours.

De même les rares fois où j'ai conduit des entretiens où je connaissais la famille, je vois bien que je ne suis plus aussi professionel, je retiens certaines questions, que je n'ose poser, je suis parasité de par ce que je connais déjà des personnes, je n'arrive plus â etre neutre et objectif.
Difficile face à un couple de collègue de fouiller si il y a une bonne entente de couple, pas de conflits avec la famille ou la belle famille. Les voir pleurer face à moi et travailler avec eux le lendemain comme si de rien n'était.
Pour moi, d'un, au niveau professionnel,je suis moins "bon" face à des gens que je connais. Et deux, d'un point de vue personnel, je me sens voyeur, et ça me gêne dans mes relations à venir avec ces personnes.

Pourtant, malgré le fait que je refuse, quelques uns et quelques unes ont déjà fait jouer leurs relations pour avoir néanmoins un rendez vous avec moi alors que j'avais dit non!
Genre appeler directement ma secretaire sans avertir que j'avais déjà refusé. Passer par la surveillante ou le chef de service.
Ou se pointer directement aux urgences, avec l'enfant, parce que là je ne peux pas reculer.

Pourtant, que faire face à cet enfant de cinq ans qui refuse de manger. Et dont je sais que la maman, auxiliaire de puériculture chez nous, est anorexique. Je le sais, pas officiellement en plus, mais par "bruits de couloir". Forcemment que ça a un lien avec les soucis de son fils. Mais je lui dis comment "Tu serais pas anorexique au fait par hasard ?", "c'est vrai ce qu'on raconte sur toi ?"...
Or, j'ai tourné autour du pot ("des antécedents particuliers dans la famille ?", "L'alimentation pour papa et maman, y'a pas eu de soucis ?")....Et quand la maman me dit "NON", et que je sais que c'est "OUI", mais sans pouvoir dire comment je le sais.... Je fais comment ?
Voilà déjà un bel exemple de consultation partie sur de mauvaises bases.

Et cette infirmière qui me consulte pour sa fille. Petite fille qui ferait des colères et crises de pleurs. Et qui me rapportent des tensions entre ses parents. Et dont tous  les dessins et jeux tournent autour de la séparation, de la perte d'amour.
Mais jamais la maman n'a souhaité aborder sa vie de couple. A chaque fois elle est venue en consultation en blouse, entre deux soins, avec la petite amenée en voiture par le papa, que lui, je n'ai jamais vu. A chaque fois j'avais en face de moi la professionnelle et peu la maman. Je veux dire qu'elle ne se départissait pas de son rôle de soignante, mettant un grand frein à aborder tout ce qui pouvait être de l'intimité de la cellule familiale, restait contrôlée, très froide, "professionnelle"
Les symptomes de la petite oui, on pouvait en parler. La problematique familiale non. Je ne pouvais m'adresser qu'à la collègue et jamais à la maman qu'elle était, comme si tout était cloisonné pour elle. Et là idem. Je fais comment ? "Tu sais, si tu ne me parles pas de toi ou de ton couple, de ta famille, on n'y arrivera jamais".
Je n'ai pas osé, par peur qu'elle ne pense que je voulais etre voyeur par rapport à sa vie.. Gene du collègue en face de sa collègue. 

Et cette amie qui a voulu à tout prix que je vois sa maman "traumatisée" par un évenement grave et qui avait pas mal de symptomes de stress post traumatique.
Je me suis entendu dire "oui" pour aller voir sa mère, chez elle, parce que j'ai eu pitié de sa détresse.
Mais imaginez la scène... J'arrive : le pere, la mère, mon amie, son mari, leur enfant....Et je fais "l'entretien", dans la chambre de sa maman, avec tout le monde qui attend dans le salon.
Pour me dire "Et alors ?" dès que je repointe le bout de mon nez.
Pour que mon amie ne cesse de me demander ensuite "qu'est ce qu'elle t'a dit ? "
Imaginez comme c'est facile à vivre.

Et enfin, une fille d'une amie que j'ai accepté de voir il y a longtemps pour des vomissements cycliques, d'origine anxieuse.
Et à chaque fois que je donnais un conseil ou une suggestion, la maman ne voyait en moi que l'ami et pas le professionel et discutait tout : "ah non ca je ne veux pas". "Ca, ce n'est pas possible." 
Je n'avais aucune crédibilité... Elle voulait bien que je guérisse grâce à mes talents magiques sa petite mais surtout pas que je m'avise de donner des conseils. Car elle ne me voyait pas dans ce role là.

Je passe aussi sur certains soignants qui, travaillant sur l'hopital avec leur conjoint, me parlent de leur problemes de couples pour que je puisse en toucher un mot à l'autre quand je le verrais  "pour qu'il comprennne"...

Pour moi, mais ca n'engage que moi, je ne travaille pas bien si je connais les personnes. Je me mets des freins, l'autre ne me place pas en position de soignant, tout ce qui transfert et contre transfert est completement parasité...

Je botte en touche donc dans ce cas et comme je le disais, dans la majorité des cas, c'est mal compris. Les gens auraient préféré parler de leur souci à quelqu'un de connu, ce que je peux comprendre, ca semble plus simple.
Et j'avoue que pour le moment, quelque soit mon explication, ca ne passe pas....Ils ne comprennent jamais...
Si vous avez des idées.... 

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18/09/2010

Le Grand Manuel Secret De La Psychologie

Psychologue, en fait, c'est très surfait.
Il suffit de faire "je vous écoute", suivi de quelques "hmm hmm" bien placés, reformuler ce qu'a dit le patient, le renvoyer chez lui pour que ça mijote un peu en attendant la semaine d'après.
Et puis, surtout, il suffit de posséder le Grand Manuel Secret De La Psychologie.

Ah, ah, je suis sur que vous ne le saviez pas, mais tous les psychologues gardent jalousement dans leurs tiroirs le grand manuel secret de la psychologie. On leur remet à la fac, à l'issue de leur diplôme, dans une grande cérémonie secrète iniatique, genre que Poudlard et Harry Potter à coté, c'est de la gnognotte.
Cérémonie secrète donc, car personne bien entendu ne doit entre-apercevoir le GMSDLP (ouais, je commençais à trouver ça trop long de taper l'intitulé en entier à chaque fois). C'est dans ce GMSDLP que le psychologue tire tout son savoir, son pouvoir ancestral, son art de guérir, retour d'affection, réussite en affaire, problèmes d'érection, chance au jeu, réussite aux examens. Professeur Mamadou Spyko, à votre service.

Bref, je diverge. Pourquoi je vous parlais du Grand Manuel Secret de la Psychologie ?
Et bien, parce que, moi qui pensait qu'il était secret , le grand manuel secret, je m'aperçois que tout le monde est au courant. TOUT LE MONDE. Et ça en devient agaçant tout de même ! Tout le monde sait que je détiens le savoir absolu sur tous les symptômes psychologiques existants !

En fait, ce dont je veux parler, c'est un truc qui m'agace souvent : c'est que des collègues, voire de parfaits inconnus, pensent que je détiens la réponse à toute question approchant peu ou prou de la psychologie.
Qu'il suffit qu'ils me donnent l'âge de l'enfant, la description du souci et que, hop, je vais tirer de mon chapeau la recette miracle, là tout de suite au détour du couloir. 
Et que ça évitera d'aller perdre son temps à discuter en consultation (c'est fou d'ailleurs ce que les psys font perdre de temps au gens, surement sous prétexte de meubler le temps de séance).

Bref, évidemment qu'en psychologie, c'est un peu différent qu'en médecine : ce n'est pas : symptome, diagnostic, traitement.
(quoi qu'en médecine, aussi, il faut  tenir compte du patient, du terrain et des antécédents, rien n'est simple).

Vous comprendrez que pour le psychologue, le même symptôme sera expliqué différemment en fonction de l'histoire du patient, de la dynamique familiale, de sa personnalité, de ses défenses, etc, etc... Et que donc pour un même symptôme, il n'y aura pas UN conseil, UNE manière de faire à appliquer stricto senso dans toutes les situations et pour tous les enfants.
D'ailleurs, on peut aussi ajouter que pour beaucoup, voir le psychologue comme le grand magicien qui va dispenser quelques conseils bien placés pour tout apaiser, c'est rudement rassurant : ça évite de se remettre trop profondément en question : c'est facile, rapide, et pas trop fatigant. 

Toute cette entrée en matière pour expliquer que m'agacent toutes ces questions (pourtant j'en suis sur, provenant de parents sincèrement inquiets) posées au détour d'une conversation, d'un couloir.
Exemples-type :

Collègue : "Oh tiens, tant que je te vois : je ne te dérange pas longtemps. Mais mon petit dernier de cinq ans fait des cauchemars toutes les nuits depuis un mois : dis moi, qu'est ce que je pourrais faire ?"

Parent de patient : "Bon et bien, au revoir. Ah non, tant que j'y suis : avant de partir, sans vouloir abuser de votre temps : ma fille aînée est en échec scolaire, elle n'aime plus l'école, qu'est ce que vous me conseilleriez de faire ?"

C'est là, vous comprendrez, que mon Grand Manuel Secret de la Psychologie est utile.
"Echec Scolaire vous me dites ?...Alors je regarde dans les "E", attendez...Je cherche....Ah : Echec scolaire. Donc écoutez bien, voilà exactement ce que vous allez faire ...."
(je censure la conversation, c'est un manuel SECRET, je vais pas vous dire tous les trucs hein)

Même quelques médecins se risquent à : "tiens tant que je te vois, j'ai vu hier en consultation une petite fille de 8 ans qui a une énurésie qui n'est absolument pas médicale. Je la revois dans un mois : je fais quoi avec elle pour améliorer tout ça ?" 

Alors comment expliquer...Je ne connais pas l'enfant, pas sa famille, pas ses éventuels soucis, pas sa personnalité, pas son niveau d'intelligence, rien du tout à part qu'elle fait pipi au lit... Comment voulez vous que je puisse conseiller quoi que ce soit qui soit valide pour TOUS et TOUT LE TEMPS ?

En fait, si : je sais pourquoi ça m'agace. Parce que je ressens quelque chose là de rabaissant pour ma profession...Si il suffisait de connaître par coeur les symptômes et les conduites à tenir attachées, je vous jure, ça serait vachement simple psychologue (vachement chiant aussi entre nous...).
Et d'ailleurs, l'hôpital étant soucieux d'économie, il suffirait de me remplacer par le manuel secret de la psycho, à distribuer à tous les médecins et on n'en parlerait plus.
Je crois que c'est ça, oui qui m'agace au fond. Voir que je vais passer une heure avec un enfant, à l'apprivoiser, comprendre comment il fonctionne, ses défenses, ses soucis, arriver à comprendre, décrypter...Avancer à petit pas, séance après séance, pour faire bouger les petites choses qu'on croit pouvoir bouger....
Pour qu'on me balance qu'en fait, on aurait pu régler le même souci juste en posant la question de la conduite à tenir, devant l'ascenceur en trois minutes chrono...

Tiens, ben je crois que je vais faire un grand feu ce soir avec le Manuel Secret de la Psychologie. Parce que moi, ce qui m'intéresse, c'est pas "des trucs" à donner, mais rencontrer des personnes : découvrir qui sont les gens, avancer avec eux, les connaître et les aider à se connaître.
Je crois que je n'aimerai pas être vu comme le Grand Dispensateur de Conseils, comme tous ces gourous-psy, qui ont réponse à tout, qu'on voit sur les plateaux télé ou à la radio (meuh non Marcel, je ne parle pas de toi va !)

Sur ce, si : UN conseil : fermez votre ordi et profitez du Week-End : à bientôt !

 

 

19:47 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (28) | |  Facebook

08/07/2010

Entretien d'embauche

Je lisais l’article de Jack Addi sur la morphopsychologie, la graphologie, et toutes les pseudo sciences qui se réclament peu ou prou de la psychologie…
J’y ai été moi même confronté. Il y a déjà quelques années, lors de mon embauche à l’hôpital.
Le pire, c’est que lorsque vous postulez pour un job, quand en face, le professionnel utilise des méthodes de recrutement à la noix, vous n’avez pas d’autres choix que de vous la fermer… Sinon, votre dossier de candidature atterrit en bas de la pile…
Et comme les postes sont rares pour les psychologues, vous savez que si vous vous manifestez trop, il y a en dix autres derrière qui feront moins les difficiles…

Bref.
Lorsque j’ai fait tout le parcours d’embauche pour l’hopital, il a déjà fallu rencontrer les différents médecins avec qui j’allais travailler, pour que chacun valide ma candidature. Puis ensuite, le chef de service.
Fort heureusement, mon expérience et mes diplômes correspondaient à leurs attentes, on a pu discuter de projets, de choses à mettre en place : tout le monde était ok.
Mais c’est là que j’ai découvert toutes les subtilités du monde hospitalier…

Car même quand tous les médecins d’un service et le chef de service sont OK pour votre embauche, rien n’est encore joué.
« On ne peut rien vous promettre encore, m’a-t-on dit, il faut que le dossier soit validé par la D.R.H. »

Et là, quand vous prenez rendez-vous, vous découvrez le summum.

Car, en tant que candidat à l’embauche, ce n’est pas le directeur des ressources humaines qui vous recevra.
A pas le temps. Est trop occupé. Ne voit jamais les candidats.
Non, il a délégué.
A sa secrétaire.

Oui. Vous avez bien lu : dans notre hopital, c’est la secrétaire du DRH qui décide au final qui sera embauché ou pas.
Qu’importe que ce soient les médecins qui soient les mieux placés pour savoir quel profil de poste correspond le mieux à leur service.
Non. Ca compte pas : au final, c’est la secrétaire qui décide !
Bien sur, elle n’a aucune connaissance en soins infirmiers pour décider de l’embauche des infirmières.
Aucune connaissance en kinésithérapie pour décider quel kiné fera l’affaire.
Et aucune connaissance en psychologie pour faire le tri parmi les candidats.
Mais, ô joie de l’administration, vous avez beau pesté, c’est comme ça.
Au final, c’est elle qui choisira…

Le jour J, vous découvrez que la secrétaire en question est une sorte de cerbère, avec paralysie des zygomatiques, imbue de sa personne et toute gorgée de son pouvoir.
Qui vous prend de haut, voire de très très très haut.

Premier contact : « oui ben bonjour, tenez, vous me remplissez ce dossier de candidature et vous me faites une lettre de motivation ».
- « Euh…Mais j’ai déjà donné tout ça au chef de service, mon cv, une lettre, je l’ai rencontré et…
- « Ca, ce n’est pas mon affaire. Ici vous êtes à la DRH. Il faut remplir le dossier de la DRH et une lettre de motivation. Manuscrite.
- « Pourquoi la lettre manuscrite ?

Regard au ciel

- « Et bien, pour l’analyse graphologique ! »

(Hmmpff ….Je manque m’étrangler….Analyse graphologique ? Quand on connaît le peu de validité scientifique de tout cela….M’enfin, apparement pas le choix).

Je remplis tout consciencieusement et je le donne à la charmante dame.

- « Merci. Maintenant vous me remplissez ce questionnaire de personnalité »

- « Euh…C’est à dire que je suis psychologue…Les tests je les ai étudiés à la fac, donc je suis pas bien sur que ce soit utile que je…
- « Mais Môssieur, personne n’est dispensé des tests ici ! »
- « Non bien sur…Je ne dis pas que je dois être dispensé…Je vous dis que ça risque d’être biaisé car je les ai étudiés à la f… »
- « Et bien c’est comme ça ici, Môssieur, tout le monde fait le test ! »

(Abandonne Spyko, tu n’arriveras à rien avec elle…Le greffe de neurones n’a jamais pris…Abandonne !)

Je m’isole donc pour remplir le questionnaire.
Il s’agit du Guilfort Zimmerman, un test couramment utilisé en recrutement.
Je l’avais vu rapidement à la fac.
Mais, comme j’ai tenté de l’expliquer à Mme Cerbère, les tests de personnalité, quand vous en avez étudié pas mal, vous constatez que les échelles qu’ils mesurent sont toujours un peu les mêmes, que les questions pour les évaluer se ressemblent un peu toutes. Bref, après avoir étudié ça pendant des années, devant un test, même inconnu, j’arrive en gros à voir ce qu’ils cherchent, quelle question mesure quoi, et ce qu’il vaut mieux répondre ou pas.

Donc… Je remplis consciencieusement mon test, en donnant le meilleur visage de moi même, en déjouant les échelles de mensonges, en recoupant les questions… Complètement faussé, mais bon… Elle a insisté après tout.

Et là, je vis le plus beau moment.
Au final, pendant une demi heure, la secrétaire me fera, à moi le psychologue, la synthèse de ma personnalité !
Cette dame qui doit avoir une formation en psychologie d’au moins 2h45 minutes dans toute sa vie, prétendait m’en apprendre à moi après cinq années de fac…
Là je vous jure, on ronge son frein !!!!

(Mais encore une fois, c’est toute la perversité du truc : on sait bien que si on la ramène, on est mal barré pour l’embauche….)
Mais, ô joie indicible, je savourais silencieusement ma victoire : la synthèse montrait un jeune homme équilibré, consciencieux, aimant travailler en équipe, etc… Bref, j’avais répondu tout ce qu’il fallait à son test, tout bien grugé et elle, toute gonflée de son pseudo savoir et de son pseudo pouvoir, ne se rendait compte de rien.

Quand j’ai raconté au chef de service que la secrétaire avait fait l’analyse de ma personnalité, il n’a pas voulu me croire…. Il a trouvé ça scandaleux, mais notre Directeur des Ressources Humaines n’a jamais remis en question sa manière de faire : jusqu’à la fin, ce fut sa secrétaire qui fit les entretiens d’embauche…

16:55 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (22) | |  Facebook

23/06/2010

Contrôle technique

Vous ne le saviez pas : moi non plus. Mais il existe un nouveau concept en psychologie. Si, si.
Comme pour les automobiles. La même chose.
Ca s’appelle le contrôle technique.

Tout vérifier. Par acquis de conscience. Même si tout semble fonctionner comme il faut.
Sauf que c’est pas obligatoire, pour le contrôle technique psychologique. Mais c’est pareil.

Comment ça se passe ? C’est très simple.
Vous prenez un enfant que vous avez suivi pendant quelques temps il y a un an.
Suivi arrêté car tout allait mieux.
Vous prenez une maman qui reprend rendez-vous avec vous en juin, pour son fils.
Et à qui vous demandez en début d’entretien « qu’est-ce qui vous amène à nouveau ? »
Et qui vous explique, de but en blanc : rien.
Non, rien. Tout va bien. Rien du tout. Vraiment.
Elle est super contente, depuis le suivi psychologique de l’année dernière, il n’y aucun souci.
Et alors que la question émerge dans votre esprit et vous taraude, vous vous décidez tout de même à la poser :
« Mais alors….Pourquoi ce rendez-vous ? »
« Ah, ben vous savez, tout va bien, mais on ne sait jamais…Je préfère refaire faire un bilan... Pour être vraiment sure…».

Ah oui ?
Alors, moi, je veux bien faire des contrôles techniques psychologiques, hein, pas de souci.
Mais sauf que la sécu m’a pas envoyé la liste des points de contrôle obligatoires. Zut.
Qu’est ce qui doit être vérifié et qu’est ce qui est soumis à réparation obligatoire ? Euh…Prise en charge obligatoire, je veux dire.
C'est que j'ai pas eu de consignes moi.
Mais je note, hein, que ce sont des choses qui se font. Du coup, ça m'ouvre des perspectives.
Je vais m'ouvrir un local "Control Technique Psychologique". Et je vais demander aux parents de m'emmener leur enfant. Par sécurité. Même ceux qui vont bien. SURTOUT ceux qui vont bien d'ailleurs. On ne se méfie pas assez, croyez moi.
Le gosse, il travaille bien, il est gentil, il a pas de troubles de comportement et si ça se trouve, il est en train de vous faire un refoulement massif d'un conflit oedipien non résolu. Et ça, c'est comme la courroie de transmission, ça pête sans prévenir.
Donc on n'est jamais trop prudent : vérification systématique. On ouvre la capot (enfin moi c'est l'inconcient mais c'est pareil) et on va regarder.


Essayons de faire la checking list tout de même avec cet enfant aujourd'hui...:
Scolarité ? 14 de moyenne. Ok. Ah. Je note un 9/20 en maths. Hmmm…Il faudra m’améliorer ça pour la contre-visite, attention.
Sommeil ? Il dort bien ? Sur ? Je peux voir ses yeux : hmm..Pas de cernes. Ok, je coche.
Troubles du comportement : aucun ? Comme ça aucun ? Il obéit ? Il éteint la télé sans râler ? Il veut bien se passer de console pendant une demi-journée ?
Ouh là, c'est très inquiétant tout ça...

Etc…etc…

Y’avait juste, à la fin,  pour la case : « hyper anxiété maternelle » que j’avais un problème. J'étais tenté de mettre « oui ».
Je sais pas pourquoi. Comme ça. Une intuition.

11:14 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (32) | |  Facebook

21/06/2010

Flash back

Il fût un temps j’étais jeune psychologue et j’étrennais mon poste à l’hôpital.
Beau, jeune et musclé, tel un Brad Pitt en blouse blanche, je fis mon entrée en service et…

Ouais bon, ça va. Je vous ai entendu rire là-bas, au fond.
Ok.  J’étais juste jeune quoi.
Et je faisais mon entrée à l’hôpital.

Mon plus gros défaut quand j’ai commencé, c’est que je ne faisais pas mon âge. Pourtant, j’avais passé mon diplôme, promis juré, j’étais bien psychologue, j’avais fait toutes les années à la fac, et même un peu plus que ce que j’aurai du.
Mais à l’époque, je faisais quand même beaucoup plus jeune que mon âge réel (oui, bon, ok, ça a changé depuis, on va pas y passer la nuit non plus..rrrrrrrrr…)

Bref, ça m’a valu un démarrage hospitalier quelque peu drôlatique tout de même.
Je passe sur le nombre de médecins ou d’infirmières qui, me prenant pour un nouvel externe, voulaient m’envoyer chercher le patient à la radio, porter des examens, ou remplir un dossier.

« Non, moi  je suis le psychologue .. »
« Ah bon ? » (regard incrédule, limite soupçonneux… Genre « Non, mais ils ont vraiment gobé ça, à la direction, qu’il était psy, lui ??? »)

Caalme….Caaaaaaalme.

Passons aussi sur cette maman (deuxième ou troisième patiente de ma carrière), avec qui j’ai fait plusieurs entretiens auprès d’elle et son bébé.

Et pour qui j’apprends un jour par le médecin :
« Ah, Mme X….Non, elle ne souhaite plus te revoir »
Surprise. Tiens. Qu’est ce que j’ai fait ? Pas fait ? Je débute, alors je me remets en question…
« Qu’est ce qui se passe ? Elle n’est pas satisfaite ? »
« Hein ? Ah si, elle a dit qu’elle avais pu bien parler en fait…. Mais qu’elle te trouvait trop jeune… Elle a peur que tu ne la comprennes pas bien. Elle préférerait changer »
« Ah…. »
Boum.
Jeune = incompétent. Forcement.

Et puis il y a toutes ces réunions d’équipes. Où les premiers mois, à chaque fois que je finissais de présenter le dossier d’un patient en réunion, un des médecins se tournait systématique vers une de mes collègue psychologue, plus âgée, pour lui demander à chaque fois  « ce qu’elle en pensait ».
Officiellement du patient. Sous-entendu : de mon avis.

Et pour comble du pas de bol, la deuxième année de ma présence en service, où j’essuyais encore quelques remarques sur ma « jeunesse », on n’a rien trouvé de mieux que de m’adjoindre une stagiaire. Mais la stagiaire en question avait repris ses études sur le tard et avait une bonne vingtaine d’années de plus que moi…
Résultat en entretien : crédibilité : 0%

« Bonjour je suis le psychologue et voici Mme X, qui est stagiaire
« Ah tiens, j’aurai cru l’inverse »
Et d’ailleurs bon nombre de parents exposaient leurs problèmes en consultation en regardant la stagiaire. Et pas moi.

Caaaaaalme……

Quoi qu’il en soit, les années ont passées. Quelques rides en plus, quelques cheveux en moins.
Je n’entends plus parler de mon âge.
Jusqu’à la dernière fois en consultation avec un ado.
« Tiens, je vois que tu as amené ton MP3, tu écoutes quoi comme musique ? » demandais-je, en me disant que parler de ses goût pouvait être informatif.
L’ado me fixe d’un air plein de pitié :
« Non mais m’ssieur, c’est d’la musique pour les jeunes, vous pouvez pas connaître ».

Ah ouais.
Quand même.

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20/06/2010

Le dernier rendez-vous

La journée se terminait. J'avais vu quinze patients, quinze patients adressés de toute la France, le bouche à oreille les ayant amené des côtes basques, du fin fond de l'Alsace ou des monts du Cantal.
J'avais dit les mots justes, panser les plaies les plus secrètes. J'avais fait repartir en riant les enfants les plus tristes, apaisé les mamans les plus anxieuses, réconcillié les pères et les fils en rupture. A peine les gens avaient ils commencés à m'expliquer leur situation, que tac, se déroulaient dans mes têtes les listes de symtômes, de mécanismes de défenses, de comportements, et tac, à côté les listes de diagnostics se déroulaient en même temps. Un geste, une phrase et hop, je comprenais tout aussitôt, d'instinct, et alors, je disais  LE mot, juste celui qu'il fallait à ce moment là, et j'appuyais, juste là où ça faisait mal, pour libérer les non-dits.

J'étais l'un des psychologues les plus courus du pays, mais il était temps ce soir de retourner à la maison, ma journée touchait à sa fin.
J'allais me préparer quand mon téléphone se mit à sonner. La secrétaire.
"Je suis désolée... Un petit patient... Il n'était pas sur la liste. Je ne comprends pas. Ils disent qu'ils ont fait 800km pour vous voir"
Je regardais ma montre...Allez bah... J'étais certain de résoudre ça en 20 minutes maximum, alors pourquoi pas un petit dernier....

La mère et l'enfant s'assirent en face de moi. Il avait une tête bizarre ce garçon. Vraiment. Il me regardait avec des yeux qui me dérangeaient. C'était très désagréable. Du coup, je n'avais pas écouté les premières paroles de sa maman...Zut...
"...Et donc ça fait des mois qu'il ne parle plus. Du tout. Pas un mot. Rien. Mon mari et moi, on n'en peut plus....
"Tres bien madame, alors nous allons commencer par.....   Zut... Euh dites, moi... Il n'arrête pas de me dévisager depuis votre entrée....C'est vraiment très gênant...Il fait toujours ça ?
"Pardon ?....Vous croyez ? ...Ah...Mais oui, vous avez raison...Chéri...Pourquoi tu regardes le psychologue comme ça dis ?

Ses yeux me transperçaient. Je sentais un mal de tête venir en moi... Il me faisait vraiment bizarre ce regard...L'espace d'un instant, je cru reconnaitre dans ses pupilles la même lueur, la même étincelle que...
Mais non ce n'était pas possible. J'avais l'impression qu'il avait le même regard que moi enfant....Souvenirs lointain de vieiilles photos, souvenirs de mon regard... Foutaises oui !

"Alors mon bonhomme, reussis-je à articuler malgré la douleur qui me vrillait le crâne. Qu'est ce qui t'arrive ? Tu sais, à moi, tu peux dire tous tes secrets... Je suis sur que quelque chose t'as fait peur pour que tu gardes le silence... Tu vois, je sais beaucoup de choses moi...Alors, tu veux m'expliquer ?

Le gamin me fixa encore plus intensemment et doucement, comme dans un film au ralenti, il ouvrit sa bouche. Avec une lenteur exaspérante...Oh ce môme ne pouvait il pas se dépêcher un peu ? Il ne pouvait pas faire comme les précedents non ! J'avais si mal au crâne !

La mère se tourna vers moi, folle de joie
"Il ouvre la bouche, regardez ! Il ouvre la bouche, il va dire quelque chose !

Je la regardais avec l'air blasé de celui qui voit le même miracle s'accomplir tous les jours...

Le petit n'en finissait pas d'ouvrir sa bouche grande, encore plus grande.
Soudain, un son strident en sortit... Une horreur de son aigü et assourdissant.... Ce petit con hurlait à m'en percer les tympans...
"Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !
La mère se tourna vers moi en se bouchant les oreilles.
"Faites quelque chose, criait-elle, c'est horrible...Mais faites quelque chose je vous dis  !

"Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

Le gamin n'en finissait pas de hurler.... J'avais si mal à la tête...
Il hurlait tout en restant parfaitement immobile sur sa chaise. Il hurlait en me regardant de ses grands yeux bleus qui ne cillaient pas.
Son cri me torturait, ses yeux fixes me brulaient...Il était tard, j'étais si fatigué....Mais pourquoi criait-il encore ?
Je posais ma tête entre mes bras sur le bureau. Je ne savais plus quoi faire. Je ne voulais pas croiser le regard de la mère pour qu'elle voit mon impuissance. Je ne voulais plus croiser le regard de ce mome... Je voulais juste qu'il s'arrête de crier...

Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !...........Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiippp !

BBBBBBIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIPPPPPPPPPPPPPPPPPPPPPPPP !

J'écrasais le radio réveil d'une main.

Quel rêve imbécile...!
En me levant, je sentis aussitôt que la journée démarrait bien : j'avais un putain de mal de crâne.

 

 

14/06/2010

Il ne mange RIEN

C’est un peu caricatural, probablement, mais dans ce genre de situations, c’est très souvent la même chose.

Une maman (ou désolé, je dis une maman, car c’est dans l’écrasante majorité des cas la maman. Je me doute que ça doit être quelques fois le papa, mais là, le problème c'est qu'ils ne viennent pas souvent en consultations psy, les papas. Pour les messieurs, ça doit être un truc de bonne femme de gérer les gamins et de trouver des solutions …)
Bref, une maman dis-je, inquiète, toujours terriblement et douloureusement inquiète. Epuisée aussi. Réellement. Et obnubilée. Par ce même thème, toujours :

« Mon enfant ne mange pas ».

Alors, non, je ne veux pas parler d’anorexie ou de troubles graves de l’alimentation.
Je parle simplement du refus alimentaire qu’on pourrait qualifier de « simple ». L’enfant qui chippote à table. L’enfant qui mange un repas sur deux. Celui qui ne veut jamais toucher aux légumes. Ou qui ne veut manger que SA marque de yaourt ou SON paquet de gâteaux préférés.
On a tous connus ça, ceux et celles qui ont des enfants. Ca nous a tous agacés.
Mais pour d’autres mamans, comme je le disais, ça dépasse cela : les repas deviennent le centre de tout, la vie entière est accaparée, centrée sur l’enfant et son appétit. Une véritable obsession et une angoisse terrible.
Et à côté de la maman, dans 95% des cas, vous avez l’enfant, pas maigrichon pour un sou, en pleine forme, qui pête le feu, retourne votre bureau, joue, babille et gambade allégremment partout. Qui a l’air de tout, sauf dénutri.

Pourtant, le paradoxe qui saute aux yeux reste invisible pour la maman : elle vous détaille avec angoisse l’appétit de son enfant, et les possibles répercussions en terme de santé, quand vous avez sous les yeux un enfant en pleine peau.
Ca aussi, c’est une caractéristique du refus alimentaire « simple » : une énorme inadéquation entre l’inquiétude maternelle et la courbe de poids de l’enfant.

On peut en sourire, mais je vous assure que la souffrance et l’épuisement de ces mamans est terrible. Douloureux. Quand on a à chaque repas, tous les jours, depuis des mois, un enfant qui chipote, refuse, fait des colères à table, ça devient épuisant.
Elles n’en peuvent plus. Les médecins passent leurs temps selon elles à leur dire « qu’il n’y a rien », qu’un enfant « ne se laisse pas mourir de faim », mais les phrases n’arrivent pas à faire tilt et à percuter. L’angoisse est trop massive.

Et toujours, la phrase qui revient, sans cesse : « Elle (il) ne mange rien ».
Invariablement, on y revient toujours.
Vous avez le bambin qui court partout, a des plis sur les cuisses et vous sourit en bavouillant. Et maman qui dit à côté : « des mois que ça dure : il ne mange rien. RIEN ».

Alors au début, vous protestez un peu. Rien ? Diantre, ce n’est pas possible : rien.
Votre enfant prend bien un peu au goûter ? Au petit déjeuner ? Un morceau de pain par ci ? Un bonbon par là ? Rien, ce n'est pas possibile, voyons.
Mais si. Si, si. C’est possible. Il ne mange rien je vous dis.
(Rien depuis trois mois ? Mais il est pas un petit peu mort alors ?....)
Prise dans son angoisse, la maman n’arrive même plus à entendre le second degré ou votre étonnement. Non, simplement, la doléance est toujours la même : « je n’en peux plus. Il ne mange rien ».

Alors, devant ce cas médical incroyable, vous avez deux possibilités.

Soit vous contactez Paris Match, Ici Paris, Voici ou qui vous voulez, pour que, dès demain, s’étale la photo du bambin avec le titre :

« UN CAS MEDICAL INCROYABLE. CET ENFANT NE MANGE RIEN DEPUIS TROIS MOIS ».

Et ca ne serait pas la première fois que ça arriverait d’ailleurs !

Soit vous contactez les plus prestigieuses revues scientifiques en leur soumettant ce cas médical et en rédigeant un article scientifique qui vous assurera la postérité pour des siècles et des siècles.

Titre de l’article « Un cas de métabolisme photosynthétique chez l’enfant ».
Auteur : Spyko, psychologue et découvreur de raretés scientifiques

Résumé : « Un enfant de 18 mois présente une courbe de taille et de poids tout à fait normales et un développement parfait, bien qu’il n’ai rien ingéré depuis trois mois. Il a bien entendu été vérifié que les ingestas étaient nuls par les méthodes scientifiques les plus rigoureuses (nb : la maman le dit donc c’est vrai. Forcement.).
La seule possibilité pour que cet enfant ai pu se développer normalement est qu’il présente un trouble génétique rare, lui permettant probablement de synthétiser de la chlorophylle. Par photosynthèse, et par réaction probable avec l’eau du bain (cet enfant n’ingérant rien, dixit la maman, donc pas d’eau non plus), le métabolisme de cet enfant a pu fonctionner de manière tout à fait normale et lui permettre de croître.
Une poursuite de l’étude serait profitable pour calculer avec exactitude le temps d’ensoleillement adéquat pour le développement de l’enfant ».

Ouah, à moi le prix Nobel. Franchement, si je l’ai pas, je comprends pas.
(on me signale dans l’oreillette qu’il n’y aurait pas de Nobel pour les psychologues...
Zut. Bon, ben, le prix de l’étude scientifique de l’année par le Journal de Mickey, ce sera bien aussi)

Bref, on rit, on rit, mais un peu de sérieux dans la salle. Revenons à nos moutons, je vous disais tout de même, que, du point de vue maternel, c’était extrêmement douloureux.


Car nourrir son enfant n’est pas neutre psychologiquement et affectivement.
Nourrir, c’est la base de la relation mère/nourrisson. C’est les premiers contacts. C’est là dessus que se fondent les relations futures de l’enfant et sa mère.
Symboliquement, nourrir l’enfant, c’est aussi lui transmettre l’amour. Donner à manger n’est pas neutre, c’est même très très chargé affectivement.
Or, à travers le refus de nourriture, la mère ressent comme un refus de son amour à l’enfant. Et un refus d’elle.
Or, se sentir refusée, refusée en tant que maman, si quelque part, on peut avoir des failles narcissiques anciennes, c'est l'explosion d'anxiété assurée.

Et à partir de là, insidieusement, et progressivement, le tableau de l’épuisement parental se met en marche : on guette la moindre reaction aux repas. On décortique le menu pour savoir ce qui a plu/pas plu/ pourquoi. On achète LA marque que monsieur bébé a eu le bonheur d’accepter une fois. Les repas deviennent marchandage, séduction, négociations et bientôt, luttes.
L’enfant a tôt fait de comprendre le pouvoir qu’il peut prendre dans cette relation et en abuse. De même que le repas devient dans son esprit connoté négativement et source d’anxiété.
L’angoisse de la mère augmente. Et l’enfant, petit à petit, par son refus, refuse davantage l’anxiété maternelle que la nourriture.

Bref, un sacré chantier quand ce genre de situation arrive en consultation car cela traine depuis des mois et les choses se sont bien ancrées…
On a des parents épuisés, un petit gamin souvent vif, bien dodu mais très malin...
Fort heureusement, si on a des parents un peu prêts à réflechir et se remettre en question, ce sont des problèmes qui se résolvent assez vite et c'est un vrai bonheur de revoir papa/maman et fiston quelques semaines plus tard apaisés, avec des repas auxquels tout le monde fait moins attention pour se concentrer sur le bonheur d'être ensemble, jouer et voir grandir le bout de chou.

Alors avant tout : réassurance. Un enfant ne se laisse pas mourir de faim, c'est vrai, de vrai (mis à part troubles psychologiques rares et gravissimes : dépression aigue du nourrisson, troubles carentiels chroniques (par ex. les enfants dans les orphelinats roumains d'avant), ou des histoires médicales rares également). Si le médecin pense que tout va bien : tout va bien ! On peut déjà baisser la pression sur les repas, rassuré pour la santé du petit bout...Et commencer à prendre du recul, réfléchir, et voir ce qu'il faudrait changer.

Remarquez, je vous fait tout un speech là dessus...Et j'ai eu un petit bout à la maison qui a chipoté sur ses repas pendant des années, avec quelques tensions mémorables... Hmm Hmmm....
Nul n'est parfait, isn't it ?

De toute façon, je vous rappelle que j'ai le grand prix scientifique du journal de Mickey. Alors camembert. Parfaitement: camenbert !
(tiens, pis ca me donne faim tout ça moi)

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11/06/2010

Confession

Le papa est en face de moi, dans la chambre d’hôpital. Il pleure en silence...
Derrière lui, dans le petit lit, son bébé de quatre mois, monitoré, perfusé reste dans un demi-sommeil, les séquelles neurologiques étant toujours là  Il n'a plus une vigilance normale.

« Je vous jure…Je ne voulais pas…. Je ne savais plus comment faire. J’étais tout seul ce jour là, sa maman était partie pour la journée… Il pleurait…. Il avait pleuré la nuit déjà et il pleurait encore. Toute la matinée. Je ne savais plus comment faire. Je n’avais pas dormi…Je ne savais plus…
Je ne voulais pas lui faire de mal, je sentais que ça montait, mais je ne voulais pas m’énerver, le frapper… On ne fait pas de mal à un bébé, on ne frappe pas un bébé ! Je voulais pas lui faire de mal, je voulais pas lui donner une gifle,  mais il pleurait toujours... J'en pouvais plus….Alors. Je l’ai secoué… Je voulais juste qu’il se taise… Je voulais juste qu’il arrête de pleurer. »
(il pleure encore)
« Qu’est ce que vous allez dire à ma femme ? … Qu’est ce qu’elle va penser de moi …
Et mon fils...Vous vous rendez compte ? C'est son père qui l'a mis dans cet état là...
Je suis désolé…J’aurai du le dire aux médecins plus tôt… Je pouvais pas…
Je pouvais pas. »

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Syndrôme du bébé secoué

 

08:49 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (28) | |  Facebook

09/06/2010

Psychosomatique

J’avais envie de réagir suite à la lecture de l’article de Jack Addi sur les maladies psychosomatiques.


Pas facile d’abord, ces pathologies. Mais comme il le souligne, il y a aussi quelques fois où c’est bien tentant pour l’équipe médical, lorsqu’un diagnostic n’est pas là, de dire « bon ben c’est psy alors ! » et basta, on passe la main au psychologue et on est bien tranquille.
Alors tout comme Mister Jack, je voulais juste ajouter que les pathologies d’allure somatique mais strictement d’origine psychologique existent, certes, mais elles sont finalement rares.
La plupart du temps, il y a une intrication entre une patho organique, ou un mini-symptome organique, et le psychisme. La plupart du temps, les deux sont mêlés.
Alors oui, évidemment,un enfant qui hurle à la mort depuis des semaines, en disant que ses douleurs sont côtées à 9/10 sur l’échelle de douleur, alors même que le bilan médical est strictement rassurant et que le seul élement qu’on trouve, c’est une constipation ancienne…Oui je suis bien d’accord, là, il y a du « psy » surajouté. On peut avoir mal dans ce cas là, mais pas à ce point. Ok, il a bien besoin d’étre épaulé sur un plan psychologique.

Mais..mais…Mais… Si on me l’envoie direct en consultation avec comme diagnostic définitif (dit aux parents) « c’est psy, point barre et moi je le revois pas », ben je fais quoi moi de son problème de constipation chronique ? Je fais l’imposition des mains, et je le guéris, hop ?
Ou, je dis à la mère « oui, oui, je sais, il a mal, je vais le voir en consultation une fois par semaine pendant six mois parce qu’il est aussi un peu anxieux, et j’espère que ça ira mieux ensuite. Oui, il pleure toute les nuits et le médecin ne vous a pas donné de traitement anti-douleur, ni pour la constipation, parce que pour lui, c’est « tout psy »…Alors, vous prenez votre mal en patience hein…Qu’est ce que c’est que six mois sans sommeil si on le guérit de ses angoisses au final ?… »
Là, je me prends direct une gifle et je donne même raison à la mère de me l’avoir donnée !

Donc, moi, je vois, que la plupart du temps, les troubles psychosomatiques sont à la fois psychologique et à la fois organiques (même de façon modeste). Et qu’on ne peut concevoir, dans l’attente du mieux être, un suivi psy sans accompagnement médical ou traitement en parallèle !

De même pour certaines migraines à forte composante anxieuse, moi je veux bien voir le patient, ça me paraît indiqué mais quand j’entends « ben non j’ai pas d’anti douleurs, le médecin m’a dit que c’était QUE de l’anxiété ».
Sauf que l’anxiété qui déclenche des céphalées ou des migraines, ça fait quand même une vraie migraine au final, et ça fait POUR DE VRAI mal à la tête.

C’est pas du chiqué, de la comédie. Une fois installé, le mal de crâne il est là et le psy, mis à part égorger un poulet et faire une danse vaudou, je vois pas trop ce qu’il peut faire là tout de suite pour les douleurs.

Pour l’anecdote, un exemple de situation où tout le monde s’empresse de voir du psy…

Je suis appelé en service pour une grande jeune fille qui présente une toux chronique.
Je m’étonne : toux chronique ? Vous êtes sur que c’est pour moi ?
Et l’interne m’explique que oui, TOUS LES BILANS sont normaux, il n’y AUCUNE explication médicale (je vous expliquerai pourquoi je mets en gras ensuite…).
Et qu’il n’y a qu’à l’écouter tousser, pour voir que c’est psychologique.

Un peu dubitatif, je rentre dans la chambre.
Et je me retrouve face à une ado dont l’anxiété saute aux yeux dès les premières minutes.
Pas forcément liée à son histoire médical, non, je pense que ça fait longtemps qu’elle présente des symptômes anxieux très importants.
Bon du coup, Va renforce un peu l’étiologie psychologique..
Et quand je l’entends tousser, je réprime un sourire :

Elle tousse de façon théatrale au possible, avec mimiques exagérées, poses, genre « grande scène du II, acte 1 ». Elle fait des bruits complètement inadaptés où l’on voit bien que c’est exagéré, qu’elle va chercher très loin son raclement de gorge, comme pour bien montrer que c’est super grave.

Bref, tout colle pour une hypothèse psychologique. De l’anxiété, un coté théatral dans la démonstration du symptôme.
Je dis à la maman qu’il faudra sans doute suivre un peu sa jeune fille pour bien comprendre l’origine de tout cela et l’aider.
La maman adhère aux explications psychologiques. Et me demande si sa jeune peut retourner au collège (elle n’y allait plus car ses quintes de toux fortes inquiétaient tout le monde, et par précaution, elle restait chez elle en attente de diagnostic).

Bref, je lui « oui, oui », à mon sens, il vaut mieux qu’elle aille vite au collège, plutôt que de rester à la maison et y trouver des bénéfices secondaires qui ne vont pas nous aider.

Bref, on en reste là.

Le lendemain, je croise un médecin du service. Qui a l’air bien soucieux.


« Euh dis, c’est toi le psy qui a vu la grande jeune fille pour toux hier ? »
« Oui, c’est moi. Elle est sortie, je lui ai donné un rendez vous de suivi, tout va bien et.. »
« Ben non…En fait….On vient de recevoir d’autres examens et…

« D’AUTRES EXAMENS ? Mais l’interne m’a dit hier que TOUT LE BILAN était négatif ????

« Ben…C’est à dire….On y croyait pas trop…Donc on pensait pas que ca allait revenir positif…Mais en fait…Elle a la coqueluche !….Faut qu’elle revienne chez nous vite, et toi, faut que tu ailles te faire vacciner car tu as été en contact. Faut qu’on rappelle les infirmières qui l’ont vue, voir si leurs vaccinations sont à jour ….Pfff…heureusement qu’elle ne va plus au collège ! »
« Le…Col….La maman m’a demandé si elle pouvait y retourner…J’ai dit « oui » !

« Tu as dit « OUI » ???

« Mais tout le monde m’a dit que elle n’avait rien de médical !!!!!!!!! »

Voilà, allez, vous pouvez rire….
J’ai diagnostiqué le premier cas mondial de coqueluche psychogène…
Et je l’ai renvoyée contaminer tous ses petits copains.


(Et en conclusion : on a le droit d'avoir un profil hyper anxieux, un côté théatral ET d'avoir en plus une vraie maladie…

Donc il faut toujours faire le bilan psy ET le bilan médical, même quand ça semble psychosomatique d’emblée…)

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02/06/2010

A bout de souffle

J’avais vu Alicia en consultation deux mois avant.
Alicia était à bout de souffle. Au propre comme au figuré.
Parce que la mucoviscidose finissait de détruire ses poumons et qu’elle ne pouvait plus se déplacer sans une bouteille d’oxygène. Que chaque pas lui coutait, la laissant complètement essouflée.
Parce que psychologiquement, elle n’en pouvait plus de cette vie là. Cloitrée dans sa chambre, que ce soit à l’hôpital ou à la maison, sous oxygène. Plus possible de voir ses amies, plus possible de sortir un peu dehors car épuisée au bout de 50 mètres.

Je vois entrer dans mon bureau. Une gamine usée, dans tous les sens du terme, au teint cireux, au visage épuisé et émacié.
Alicia est venue me voir parce qu’elle y est obligée. Ce n’est pas une grande bavarde, Alicia…
Les rares fois où je l’ai vu auparavant en service, elle répondait poliment, mais laconiquement à mes questions.

Oui/Non/Peut être.
Pas véritablement dans l’opposition. Mais plutôt dans une sorte d’impossibilité à réfléchir sur elle même, dans une alexithymie.
Sa maladie évoluant, elle n’avait plus une vision très sure de l’avenir, semblait ne rien en attendre. Elle vivait dans un présent répétitif, entre soins médicaux, infirmiers, kinésithérapeute… C’est comme si le temps et sa pensée en même temps s’étaient figés, comme si rien n’était plus pensable et représentable. Elle attendait, dans une sorte de no man's land.
Bref, Alicia n’avait plus grand chose à dire sur quoi que ce soit…

Mais aujourd’hui, les choses sont différentes. Au vu de l’évolution de sa pathologie, il a été décidé de la mettre sur liste de greffe pulmonaire.
Or, les médecins qui gèrent la greffe (un autre service, d’une autre ville) veulent absolumment que dans le bilan, il y ai une évaluation psychologique.
Ce que je comprends : les organes sont malheureusement rares… Aussi, ils veulent être surs que la personne est partante pour un projet de greffe, que la volonté vient bien d’elle, qu’elle fera ce qu’il faut pour prendre soin de ses nouveaux organes (traitement médicamenteux lourd, suivi médical rapproché…).
Alors oui, Alicia vient aujourd’hui contrainte et forcée. Ce qui tonne un ton particulier à la consultation.
Mais pour autant, aujourd’hui, elle parle.
Elle qui vivait dans un temps figé, dans une espèce de vie entre parenthèses, voilà que ce projet de greffe lui redonne une lueur. Aussi elle parle. De l’avenir. De ce qu’elle pourra faire. De ce qu’elle voudrait faire. De la greffe, du traitement.
Pour une fois, l’avenir existe. Est représentable.
Oui, elle a peur. Oui elle a compris qu’elle pouvait rester sur le billard car l’intervention est risquée, et même beaucoup, au vu de son état de santé actuel.
Mais elle est effroyablement lucide : en ce moment, elle ne vit plus : elle survit. Et elle n’a plus envie de ça. Alors, elle est prête à jouer à pile ou face avec la mort.
C’est aussi froid et lucide que ça. Et c’est douloureux à entendre de mon côté.

A l’issue de l’entretien, je suis satisfait moi. Cette jeune fille, pour la première fois véritablement, est arrivée à parler d’elle, de l’avenir, de sa maladie. Je suis sur que le projet de greffe a enclenché une réflexion, une volonté, une dynamique.
Je dis tout ça aux médecins : bilan psychologique tout à fait positif, je la sens prête.

Et puis, je n’ai pas de nouvelles. Entre le moment où on est inscrit sur la liste de greffe et le moment où on est appelé, il peut se passer deux semaines comme un an. Tout dépend du moment où un organe compatible va arriver.

(Ce qui donne dans le discours des patients et des familles des choses terribles comme « je sais que c’est pas bien de dire ça, mais ça va être le week end de Pâques, vous savez, le plus meurtrier sur les routes…Alors peut être qu’on va être appelé parce qu’on aura trouvé un organe… »)

Bref, Alicia ne sera appelée finalement que quelques mois plus tard.
Je l’apprends le lendemain. Et j’apprends en même temps que, appelée au milieu de la nuit car un poumon était disponible, Alicia a subitement dit… Non.
Refus.
Complet. Total.
Imprévisible et incompréhensible pour toute l’équipe, moi en premier.

Alicia a eu peur. Terriblement peur le jour de l’appel.
Bien que préparée, bien que décidée, bien que volontaire… Elle a paniqué.
Et ça, personne ne l’avait prévu. Même pas moi.

Le temps de refaire les bilans, de remettre Alicia sur liste de greffe, il s’écoulera de nombreux mois. Trop nombreux. Car Alicia ne survivra pas au final.
Et le psychologue ne peut s’empêcher de se sentir un peu coupable au final : est ce qu’il aurait pu déceler cela lors de sa consultation, est ce qu’il aurait pu aider Alciia à affronter mieux la greffe.
Ou bien doit il se dire que après tout, c’est son choix et qu’il ne lui appartient pas de le juger.


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