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28/11/2010

Le nouveau style de Mélanie

Mélanie a quatorze ans. 
Lorsqu'elle arrive à ma consultation, la fois dernière, je ne peux m'empêcher d'être surpris et un peu mal à l'aise en la voyant dans la salle d'attente.
Mélanie est une jeune fille que je vois régulièrement depuis un an et qui est suivie chez nous par les médecins dans le cadre d'une obésité. Ajoutée à celle ci, on retrouve des troubles alimentaires nets liés à des affects dépressifs, et une histoire familiale complexe. C'est pour cela que je la vois aussi en consultation.

Je suis surpris dans la salle d'attente car ce n'est pas la même Mélanie qui se lève à l'annonce de son nom.
Non. Mélanie l'adolescente obèse et complexée, aux vêtements souvent informes et amples, a fait place à une nouvelle Mélanie. Mais je ne suis pas certain que le changement soit flatteur.
Car Mélanie a opté ce jour pour une mini-jupe très très mini, des collants noirs et résillés, des chaussures à talons sur lesquelles elle a du mal à marcher, un tshirt très serré qui dévoile allègrement sa poitrine et un maquillage qu'on dirait pour le moins chargé, en employant l'euphémisme.
Le tout, associé à son obésité, donne malheureusement l'image même de la vulgarité....

Je ne dis rien et conduit Mélanie et sa maman à mon bureau.
Où la mère se lance alors dans une diatribe contre le collège qui, comprenez-vous, en veut à Mélanie.

Ils ont osé la punir pour bavardage, rendez-vous compte !
Et pire que tout, me dit la mère, ils ont convoqué la maman pour parler de l'habillement de sa fille
(Tiens donc !)

"Et vous savez ce qu'ils m'ont dit ? Que ma fille n'était pas correctement habillée ! Non mais ! Que ses vêtements n'étaient pas bien, rapport aux garçons du collège..."

(Je tiens le sujet, je me dis que je vais essayer de relancer.... Parce que figurez vous, quand vous êtes un homme, pas facile de dire à la maman "elle ferait pas un peu vulgaire votre fille là ?".... Peur d'être taxé de macho ou de pervers.... Pas facile en tant qu'homme de signifier qu'une tenue est trop sexualisée.... Mais là, j'avais une occasion en or : c'est le collège qui le disait !!)

"Et bien, vous en pensez quoi de ce que dit le collège, par rapport aux garçons et aux vêtements de Mélanie ?" dis je

"Ce que j'en pense ? Mais c'est que ma fille fait ce qu'elle veut ! Elle a trouvé son style à elle, elle le garde, on est en république, zut !"

(Ouh là, me dis-je, c'est mal parti là.... Comment faire percevoir à la maman qu'il y a pour le moins quelque chose d'étonnant à ce qu'elle valide ce genre de tenue pour sa fille....)

"Et le danger avec les garçons, vous en pensez quoi ?"

"Oh faut arrêtez là, je vous dis : elle a trouvé son style ! Elle a mis du temps, mais enfin, elle a un style à elle, il faut lui foutre la paix maintenant".

Impossible durant tout l'entretien de faire réflechir la maman sur l'image que sa fille pouvait renvoyer.
Pour elle, c'est comme si sa mission de maman était maintenant de défendre contre vents et marées sa fille et "son style".
Je me suis demandé si ce n'était pas une espèce de collusion entre le vécu de la maman (elle même très obèse) et de sa fille : comme si la liberté vestimentaire que sa fille avait revendiquée collait à quelque chose que la mère aurait souhaité pour elle même...
Du coup, c'est comme si il y avait un espèce d'encouragement implicite chez la maman, ce qui était pour le moins ennuyeux face à une adolescente probablement un peu perdue dans son rapport au corps et à la sexualité.

L'entretien prit fin avec une espèce de frustration de ma part.
Quelque chose avait changé chez Mélanie, je la sentais chercher dans la séduction et peut être même la sexualité, l'estime de soi qu'elle n'avait pas trouvé avant. Etre désirée pour se sentir bien.
Une sorte de quête dangeureuse, parce que les garçons de 14 ans, l'estime de soi de Mélanie, ils n'allaient rien avoir à en faire... Par contre, sa mini-jupe et son tshirt allaient bien les travailler... 

Je la sentais en danger, d'autant plus que quelques séances avant, Mélanie m'avait parlé de son frère qui faisait des "choses qu'elle n'aimait pas".
On en avait parlé, reparlé, mais je n'avais pas réussi à en savoir davantage. Je pensais au pire sans savoir réellement si c'est de ça dont elle voulait parler. Peut etre pas.
Mais ce qui m'avait étonné, c'est encore l'attitude de la maman.
La maman, à qui j'avais parlé d'éventuels soucis frere/soeur, de mise en danger (sans pouvoir préciser davantage) et qui se montra évasive, pas intéressée par le sujet : "des conflits de gamins". Voilà tout.
Comme si dans cette famille, il était impossible de poser des limites strictes : c'était déjà le cas pour la nourriture : le surpoids de Mélanie venait aussi en partie d'un cadre éducatif très lâche et souvent aléatoire.
L'éventuel danger de Mélanie face à son frère était traité avec la même désinvolture. 
De même que l’éventuel danger que son look et sa recherche des garçons lui faisait prendre.


Bref, au niveau sexualité, interdits, protection...Je sentais des choses dans le climat familial inquiétantes. Le changement de Mélanie me faisait craindre une fuite en avant bien ennuyeuse.
Et avec cette impression de ne pouvoir arriver à le travailler.
Pour tout dire, cela m'avait inquiété et aussi agacé de ne pas être arrivé à faire réfléchir la famille là dessus : j'en avais parlé à ma collègue, pour y réfléchir, comprendre ce que j'aurai pu faire et comment aborder la prochaine consultation. C'est rare qu'une situation me travaille une fois chez moi, mais là si.
Et je me disais que si le collège était inquiet, c'est qu'il y avait des comportements, des attitudes, des choses qu'ils avaient eux aussi repérer.

Or, cette semaine, coup de théatre: j'apprends par sa maman que Mélanie....aurait été victime de sévices sexuels au sein de son collège.
Dire que je n'ai pas été étonné sonne probablement un peu odieux, mais c'est la stricte vérité.

Dire que ça ne m'a pas affecté est un mensonge : depuis, je n'arrête pas d'y penser.
Aurais je pu faire quelque chose pour faire réflechir davantage Mélanie à ce qu'elle faisait, comment elle utilisait son corps et la séduction pour restaurer son estime ? Comment elle se mettait en danger pour l'avenir ?
Aurais je pu faire réfléchir davantage la maman sur son rôle protecteur et les limites à poser à sa fille de façon urgente. Et sur sa difficulté à le faire.
Bref, aurais je pu éviter que tout cela ne lui arrive ?

Le fait est que d'être un homme m'a considérablement gêné. Je me sentais vraiment très mal placé pour faire comprendre à la maman que sa fille pouvait sembler vulgaire et provocante.

Attention, je ne suis pas en train de faire le lien avec les lieux communs révoltants sur le viol tels que "elle l'a bien cherché vu comment elle était habillée !!"
Oh que non ! Rien ne justifie une agression sexuelle, je ne trouve pas de circonstances atténuantes à son agresseur ! Aucune. 

Non je veux dire que j'ai vu Mélanie se mettre en danger, adopter des vêtements, une attitude qui avaient une tonalité sexualisée. Flirter avec le danger et le désir qu'elle provoquait semblait plus ou moins consciemment être le but recherché. Avec cette impression propre à l'adolescence qu'elle pourrait de toute façon tout maîtriser, toujours.

Est ce qu'une psychologue femme aurait pu plus facilement faire passer le message à la maman ? A Mélanie ?
Je me voyais mal lancer un thème de reflexion sur "tes vêtements sont très séducteurs tu ne trouves pas ?", j'aurai été le premier gêné. Et ca m'aurait gêné que la maman pense que je pouvais avoir un regard d'homme sur sa fille (même si dire que ses vêtements étaient inadaptés était plutôt objectif que jugeant)
Peut etre ai je eu tort....

En tout cas, cette histoire me fait bien réflechir depuis ces derniers temps et je crois que ce n'est pas fini.
D'une part sur Mélanie. Et d'autre part, sur mes limites et mes gênes à moi. 

23:08 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (35) | |  Facebook

Commentaires

Est-ce que vous recevez / pouvez recevoir les ados seuls au moins une partie de la consultation? Peut-être était-ce le cas pour Mélanie, mais en lisant la note on a l'impression que sa mère était tout le temps présente. Est-ce que ça aurait été plus facile si vous aviez reçu Mélanie seule?
Je ne suis pas psychologue, alors les entretiens je ne sais pas trop gérer, mais j'essaie de me mettre à votre place : même en temps que jeune femme ça me semble compliqué d'aborder la sexualisation d'une tenue vestimentaire avec une ado que la mère justifie bec et ongles... Quel que soit le sexe du psy, j'ai l'impression que la mère de Mélanie se serait braquée de toute façon si des doutes avaient été émis sur la tenue de sa fille. Votre analyse sur le pourquoi de sa défense me semble très juste. Et ce n'est pas en une seule consult' que vous auriez pu changer les choses...

Écrit par : Gélule | 28/11/2010

Je l'ai vue seule ensuite cette jeune Mélanie : idem en essayant de la faire réflechir : tu as changé de look, pourquoi, d'où cela est venu, pourquoi le collège a mal réagi, ont-ils raison/tort, que devrait faire maman, tu te sens en danger toi ?, etc, etc...
Mais Mélanie était campé sur un discours idem à sa maman : revendication de son droit à s'habiller comme elle veut, "c'est comme ça pis c'est tout". Et pas de possibilité de réflexion ou d'introspection ce jour là.

Effectivement, il aurait fallut plusieurs séances surement pour faire avancer la réflexion

Écrit par : spyko | 28/11/2010

Je me suis déjà senti un peu dans votre situation, celle où l'on est un homme et où faire un soins, poser une question à une patiente devient problématique.
Dans mon cas, travaillant en orthopédie, c'est souvent le soucis de savoir si madame/mademoiselle a bien rasé le pubis avant son intervention. Question bien souvent peu comprise par les patients qui ne comprennent pas pourquoi elles doivent se raser le pubis pour une opération à la jambe. Pour l'instant je n'ai trouvé comme solution que de faire vérifier par ma collègue aide-soignante.
Est-ce que les psy ont la possibilité de "passer" leur patient à leurs collègue en cas d'incompatibilité ? (je pense surtout dans une structure de santé où les postes sont limités)

Écrit par : Don Peridon | 29/11/2010

Mon avis à moi, qui vaut ce qu'il vaut (c'est à dire pas grand chose)

- A mon avis les "problèmes" ont du commencer avant le changement de tenue; quand on donne à voir c'est qu'on veut être vu et elle ne s'est pas couverte inconsciemment de tous les stigmates de "l'amour violence" pour rien... Si je peux me permettre un "pari" l'histoire au collège (avant ou après le changement de tenue d'ailleurs?) n'est que la répétition "d'autre chose". Mais c'est juste du ressenti, surement de grosses conneries.

- Après une période chez les ano j'ai toujours eu en tête un vieux délire "la volonté d'être boule". Une boule n'a ni avant, ni arrière, ni haut, ni bas, ni masculin , ni féminin... elle est insaisissable et bien cachée contrairement aux anos stoïques dans leurs volonté de devenir la rectitude, haut bas bien érigé et bien droit comme un point d'exclamation, une volonté de s'imposer (avec leurs yeux du coup disproportionnés qui regardent et interrogent) , de chercher corporellement un sens...

Bon je retourne me coucher moi...

a+

yann

Écrit par : yann | 29/11/2010

Plusieurs choses...

1 - Je te rappelle que ce n'est pas toi qui a agressé Mélanie. La culpabilité c'est une façon dans ce cas là de s'accrocher à l'idée qu'on aurait pu y faire quelque chose... Mais pour y faire quelque chose encore autrait-il fallu que tu sois en position de le faire. Or en tant que psy, tu ne peut pas intervenir de façon trop injonctive... Et l'ouverture des questionnements qui relèvent de ton registre professionnels... cela prend du temps... Et encore... A condition que le consultant veuille l'entendre. Si quelqu'un n'a pas su protéger Mélanie... C'est sa mère. Et tu as fait ce que tu avais à faire en lui signifiant ton inquiétude. C'est aux parents qu'il appartient de veiller à protéger leurs enfants et à ne pas se mettre dans des situations de danger.

2 - Dans le service où je travaille... Les femmes n'obtiennent pas de meilleurs résultats que les hommes pour convaincre des jeunes filles de cesser de se mettre en danger en sortant tard le soir à moitiée nues. Notre gène d'homme... Je me demande si elle ne tient pas davantage à la façon dont nous nous sentons nous mêmes provoqués par une tenue pouvant être perçue comme une invitation à la séduction. J'avoue personnellement que je refuse de recevoir seul les jeunes filles "à problématiques sexuelles" pour me protéger, et m'assurer que quelqu'un pourra être là pour témoigner de l'absence d'ambiguïté lorsque je suis amené à aborder ce genre de questions. En outre j'évoque la tenue avant tout sous l'axe du danger qu'au travers de celui du désir de seduction de la jeune fille. J'en viens au 3ème point.

3 - Qu'une jeune fille ait envie de séduire... Et qu'elle en rajoute des tonnes quand en plus elle a des raisons de ne pas se sentir séduisante parce que les normes sociales déconsidèrent la réalité de son physique... Est-ce en soi bien étonnant?
Après on peut orienter le travail sur les représentations du sujet autour de la féminité et de la génitalité... Les deux pouvant sans nécessairement se distinguer, se pondérer. Il n'est pas nécessaire de s'habiller de façon provoquante pour être une femme. Mais quels représentations de la femme donne-t-on à cette jeune fille? Et quelles représentations de la sexualité? Et de l'homme? Mais nous sommes là dans un autre registre que celui du danger immédiat... Et beaucoup plus long à explorer.

4 - Evidemment, la question de la génitalité se pose pour cette jeune fille. Pour le moins sur le registre de l'imaginaire. Dans une prise en charge analytique, l'usage est de ne pas poser de question, mais de laisser venir ce que le sujet pourra en dire, pour tant est que cela vienne prendre une place dans le transfert. ela évite que notre propos soit interprété ou vécu d'une manière ou d'une autre en fonction des fantasmes propres aux consultants et que ça n'interfère ensuite.

Bon courage.

Écrit par : Jack_Addi | 29/11/2010

Je ne suis pas convaincue qu'une thérapeute femme aurait pu changer quoi que ce soit.
Nous sommes confrontés à la même difficulté que toi quand il s'agit de dire ou de faire intégrer des choses qui fachent. Et dans ce cas le collège avait déjà tiré la sonnette d'alarme, aux oreilles d'une mère sourde...
Un changement d'attitude, de comportement, ne se fait pas en une séance, la compréhension est longue à obtenir alors si tu ne la voyais pas très régulièrement... (en tous cas c'est ce que j'ai cru comprendre).
D'ailleurs au sujet de ton boulot, je ne sais pas si tu interviens ponctuellement pour des enfants hospitalisés dans ton service ou si tu fais des suivis au long cours.

Écrit par : orthophoniste | 29/11/2010

Je n'y connais rien mais vu de l'extérieur tu as fait ce qu'il fallait faire, d'abord AVANT cet épisode de sa tenue, tu as alerté la maman, tu as parlé de danger dans les relations frères/soeurs , tu ne pouvais en dire + n'en sachant pas plus, et la petite n'étant peut-être pas encore en mesure de te dire si elle subit des abus de son frère..
Réaction : la maman s'en tape complètement...que ce soit de ton avis ou de l'avis du collège...
C elle hélas qui ne protège pas sa fille, et ça je ne sais pas quelle est ta marge de manoeuvre là-dessus..

J'espère de tout coeur que cette môme trouvera la force de te parler de cette agression, mais aussi de ce qu'elle a éventuellement subi de son frère (comme Yann ça ne m'étonnerait hélas pas vu son comportement soudain )

Écrit par : Opale | 29/11/2010

Bonjour,

Alors, malheureusement, je me reconnais beaucoup en "Mélanie". Je jouais à la fausse "rebelle" à l'école, mes parents étaient plutôt cool, je souffrais de problèmes de poids, ... Sauf que moi, je n'ai pas changé ma garde robe en mini jupe and co, mais avec des pantalons noirs, des cheveux noirs, de pulls longs qui cachait tout du coup jusqu'aux fesses et ongles, et je maquillais mes yeux de gros traits... NOIRS !!
Mes parents disaient aux gens qui posaient des questions : "C'est l'adolescence, il faut le temps qu'elle trouve son identité, etc..". Mouais.. Sauf que non, je ne cherchais pas ma personnalité, j'avais tout à coup envie de cacher ce corps, un corps qui avait trop "séduit".. mon frère justement !! Mon corps, il est devenu un représentant de la mort, et je l'affichais en grossissant pour que personne ne puisse jamais retoucher ce corps, puis en le peignant et le travestissant pour le cacher . Et moi derrière tout ça, j'attendais que quelqu'un me pose la question : "Pourquoi tu t'habilles comme ça ? Qu'est ce qui ne va pas?".. Et je suppose que Mélanie, tout comme moi à l'époque, elle devait attendre que quelqu'un lui pose la question frontalement, sans détour !

Comme dit psyblog, ce n'est pas vous l'agresseur, vous ne pouvez pas culpabiliser. Vous pouvez "juste" l'accompagner, et ne pas hésiter à poser les questions directement, sans passer par tout les détours imaginables. Une question directe, même si elle est compliquée à poser, peut parfois déclencher la parole, non ?! En tout cas, pour moi c'est le cas.. Et de la description que vous faites de Mélanie, je me sens assez proche d'elle !

Écrit par : Gaëlle | 29/11/2010

Si j'ai bien compris, vous ne vous êtes pas autorisé certaines questions ou remarques car vous êtes un homme, par peur que l'on vous prête des intentions de nature sexuelle ?

Je suis femme médecin mais j'essaie de me mettre dans la peau d'un homme médecin... Il est vrai qu'un homme doit être prudent vis à vis d'une jeune fille ou femme, surtout si il y a une problématique sexuelle.
Est-ce que cette jeune fille était dans un registre de séduction avec vous, où, il s'agissait "seulement" de son apparence ?
Les choses auraient-elles été vraiment différentes si vous aviez été une femme ?
Vous auriez perçu, je pense, les mêmes signaux car il n'est pas nécessaire d'être un homme pour comprendre qu'une attitude est "sexuée" ou "sexuelle", les femmes perçoivent très bien les signaux sexuels en provenance d'autres femmes.
Pour ma part, comme je ne suis pas psychologue, je m'autorise la méthode "pieds dans le plat" assaisonnée de sauce "vieille conne " (je n'ai que 32 ans) du style "si tu étais ma fille" mais je peux me permettre en tant que médecin de famille qui n'entreprend pas de travail psychothérapeutique.
Je ne fais pas beaucoup avancer le schmilblik (désolée) mais le sujet "soigne t'on de la même façon selon que l'on soit un homme ou une femme" m'intéresse toujours (même si votre post dépasse cette simple question).
Et merci d'apporter un peu de réflexion dans ce monde de brutes !

Écrit par : doclili | 29/11/2010

Merci de nous avoir fait partagé cet entretien difficile et votre sentiment d'impuissance face à cette jeune fille et à ses tenues provocantes. Qu'il est dur de voir une mère laisser sa fille dériver ainsi...et de ne pas jouer son rôle de protection et de limites...j'ai quand même l'impression (mais peut-être complètement fausse puisque je ne suis pas du tout dans le milieu) qu'une psychologue femme aurait peut-être pu aborder ces questions de façon plus directe et plus concrète et qu'effectivement le fait d'être un homme rend tout de suite plus compliqué ces questions là. Dommage également que les amies de cette jeune fille ne soient pas intervenues pour essayer de discuter de ces choix vestimentaires avec elle. A cet âge, l'avis des pairs est souvent plus entendu que celui des adultes, non ?

Écrit par : Gaëlle | 29/11/2010

Déjà, et même si ça fait un peu démago, tant pis : merci à tous et toutes de vos commentaires, c'est vraiment enrichissant pour moi d'avoir vos réflexions et vos ressentis... Réellement.

Don Péridon : oui, j'imagine qu'être un homme et demander à la patiente si l'on peut vérifier que le rasage du pubis est effectif....Ca peut mettre mal à l'aise !
Quant à passer la main, oui c'est toujours possible, nous sommes à deux dans le service, mais je ne l'ai pas fait car j'avais tout de même créer du lien avec cette famille depuis quelques séances (même si ça ne transparait pas dans le billet).
Cela m'aurait ennuyé de transférer tout le suivi.

Yann : Meuh non, tu ne dis pas QUE des grosses conneries. Tiens la preuve : aujourd'hui. Deux idées intéressantes dans le même commentaire : tu vois : tu progresses !
Sérieusement : ton impression que le changement d'attitude de Mélanie est du à autre chose qu'elle aurait vécu et caché jusque là. Effectivement que c'est une très sérieuse hypothèse, que pour l'heure je ne suis pas arrivé à débrouiller.
Je pourrais mettre les pieds dans le plat en disant en abordant son frère et la possibilité de sévices sexuels.... Mais ma peur est de me planter et là, l'effet d'une interprêtation bien sauvage de son comportement risque de la faire taire complètement.
Mais oui, je pense qu'on ne donne pas autant à voir pour rien. Après, est ce plus du fantasme ou un acte réel.... A suivre
Pour ton deuxième point, dans certains cas, l'obésité se retrouve chez des enfants victimes de sévices comme une espèce de protection, qui désexualise le corps, le rend plus androgyne, moins désirable et qui du coup protège l'enfant de son agresseur (dans certains cas, j'insiste, pas de généralité). Certains adultes en surpoids évoquent leur "couche de graisse" comme étant une sorte de protection (je mets les mots entre guillements, car entendus comme ça).
Et là boule qui n'a ni haut ni bas ni devant ni derrière m'évoque ces enfants obèses vivant dans des familles aux limites floues, sans cadre précis, enfants repérés dans leur histoire personnelle ou familiale. La comparaison à la boule n'est pas si folle que tu peux le penser.

Jack : Quel commentaire étayé et utile ! Merci beaucoup déjà de ce temps passé et de tes réflexions bien utiles.
1 - La culpabilité : c'est un leitmotiv chez moi quand je ne suis pas content d'une situtation gérée à l'hôpital : c'est forcement ma faute. Je ne peux pas m'étendre ici sur le pourquoi du comment, mais disons que ça tient d'une part à mon histoire personnelle, et d'autre part, à de longues années de pratique dans le passé auprès d'une collègue qui m'a systématiquement mis en défaut, critiqué, démonté sur tout ce que je pouvais gérer (mes touts débuts de psy!) et cela a laissé qq traces !
2. Tu as raison, mon mal être face à Mélanie est que je me suis senti provoqué en tant qu'homme par son attitude et ses habits. Comme si elle me mettait dans une autre place que le professionel. Pourtant elle n'a pas été ouvertement avec moi dans la séduction.
Mais je veux dire que verbaliser à la maman ce que pouvait provoquer chez un homme (et donc chez moi) sa fille, c'était comme si je sortais de ma neutralité de psy et devenait un homme potentiellement désirant comme les autres.
Attention, je ne dis pas que Melanie m'a fait de l'effet ! Le trip Lolitas, c'est vraiment pas mon truc, loin de là ! Mais j'ai eu peur du regard de la mère sur moi, pensant que je pouvais plus ou moins avoir un regard de désir sur sa fille.

Tu parles aussi du fait de faire la consultation en présence d'une femme dans ce genre de cas d'ados dans la séduction. Je pense que j'aurai aimé et que ça m'aurait simplifié la tâche. Je pense que là je me serais senti plus à l'aise pour mettre la question du changement de look et d'attitude sur la table, en évoquant la séduction. Mais dans mon institution, c'est difficile à mettre en pratique. Et là, pour cet entretien, je n'étais pas préparé au changement de l'enfant : j'ai du improviser seul.

Quand au non abord en psychanalyse de la génitalité : je la comprends très bien dans le cadre de la thérapie analytique.
Pour ma part, la question de la sexualité avec les ados ne me gêne pas habituellement, je propose souvent de l'aborder lorsque l'entretien s'y prête. La plupart des ados en parlent d'ailleurs volontiers, pour peu qu'on lance le sujet et qu'ils sentent qu'on ne sera pas jugeant ou moraliste.
Mais dans le cadre d'un entretien où une attitude séductrice est présente, là, non je n'aborde pas le thème, craignant effectivement les fantasmes chez l'autre.

Orthophoniste : j'interviens ponctuellement en service, et pour quelques enfants, je suis amené à les rencontrer de manière régulière : pas toutes les semaines à la manière d'une psychothérapie, mais lors de leur rendez vous à l'hopital avec un médecin par exemple.

Opale : je dois la revoir dans les semaines qui viennent : effectivement, comme le sujet de l'agression sexuelle sera déjà posé, j'essaierai d'orienter à savoir si elle déjà vécu cela auparavant et avec d'autres.

Gaelle (numéro 1!) : votre témoignage est très interessant, et l'on comprend bien à vous lire le paradoxe de l'adolescent : qui montre tout en taisant. Qui exhibe sa douleur tout en taisant les causes de celle ci.
Je n'ai pas posé la question directement à Melanie (as tu subi des gestes sexuels de ton frere), comme je le disais plus haut, par peur de me tromper et que cela la bloque pour la suite.
Mais j'ai tout de meme sacrement tourner autour du pot, à savoir qu'elle pouvait confier des secrets trop lourds, que si son frere faisait des choses qui l'ennuyait, le mieux était d'en parler pour que ça s'arrête....
Poser la question directement m'est apparu bien trop risqué.... Mais peut etre ai je eu tort.

Doclili : je pense que le medecin peut se permettre de mettre plus facilement les pieds dans le plat, et ce n'est d'ailleurs pas toujours inutile.
Peut etre ne suis je pas assez confrontatif ? Mais mon envie est que la réflexion vienne du patient, et pas que je colle sur lui mes idées, mes pensées, mes jugements de valeur.

Quant à Mélanie, non elle n'était pas dans une attitude séductrice active, avec moi en tout cas. Mais son changement de vétements, son comportement beaucoup plus féminin, tout cela dégageait quelque chose de l'ordre de la séduction (peut etre involontaire chez elle à ce moment).
Si elle ne se rendait pas compte de ce qu'elle pouvait dégager comme impression, il était difficile de la confronter frontalement à cela (tu te rends compte de ce qu'on va penser de toi ?).
J'ai opté pour la réflexion, mais le temps a été trop court pour la mener à son terme...

Gaelle 2! : Je pense que l'avis de ses amies auraient eu de l'impact. Et d'ailleurs si elle m'avait relaté que ses amies lui avaient fait des reproches sur son style, j'aurai rebondi immédiatement là dessus (pourquoi elles pensent ça à ton avis ? Qu'est ce que tu crois qu'elles pensent de ton style ? de toi ?).
Ca m'aurait bien aidé !

Écrit par : spyko | 29/11/2010

Tu sais, je ne crois pas que tu aies eu tort de ne pas demander de front si son frère a abusé d'elle sexuellement...C super violent comme question direct comme ça, de quoi se fermer, même si c'était vrai...
Bon là bien sûr je dis ça avec mon passé de victime, mais je crois que si à son âge on m'avait posé la question j'aurais dit que je ne subissais rien....surtout vu la culpabilité qu'on peut ressentir on arrive à un raisonnement du genre "si je le dénonce je me dénonce puisque je suis sa complice " ...

Écrit par : Opale | 29/11/2010

Cela me rappelle une maman qui un jour m'a dit " vous me comprenez ce n'est pas facile pour moi !!!" ( la fille vingtaine d'année)étant assise à coté d'elle le regard droit dans la voiture !!!!! suis restée sur le trottoir. Bon pour dire que la fille/femme etait dans un groupe que "j'encadrais" sans lien avec un accompagnement psychologique. Un jour elle arriva disant qu'elle etait enceinte de "X", "X" tout heureux et revant de mariage et de paternité sans avoir connu la relation sexuelle !!! vous me suivez ;-))))

Bref si j'avais été femme ou homme, franchement oui la terre ne tourne pas rond parfois et franchement j'ai déja tant de choses à regler avec ma propre vie, que j'aimerai y aller franchement voir crue-ment car parfois tu as envie de secouer, de tordre et de hurler.
Entant que prof (et là fut mes debuts de carrière pas sur d'avoir repondu ou aidé correctement) il me fit plus facile de leur dire certaine choses, calmement (car étant l'aidant) d'utiliser des mots justes (hum hum) aux parents, à la fille/femme et à "X", et de prendre de la distance ...

Pour l'histoire la famille m'adore (pfffffff), la fille/femme est devenue une bourge manièrée avec "X" amourette à la "Charles Henri" et "X" bin il va très bien dans son nouveau boulot (rire). Ils vont tous très bien mais oui c'est un boulot et Myriam n'aurait rien pu faire !!!!

Écrit par : Myriam | 30/11/2010

Cher Spyko,

Loin de moi l'idée de suggérer que vous n'êtes pas assez confrontatif.
Vous faites un travail sur le long terme, braquer les ados et à plus forte raison les parents n'aurait pas été la meilleure idée du monde.
Je comprends mieux au travers de vos explications, vos difficultés de soignant masculin.

Le binôme est effectivement une bonne solution quand il peut être mis en place.
Bonne contnuation

Écrit par : doclili | 30/11/2010

Un nouvel article de Spyko, pour le meilleur et pour le pire...
Je vais me rallier au discours général, dans un élan panurgisto-rassurant, mais je crois aussi franchement (en tout cas d'après ce que vous nous racontez ici) que vous avez fait votre possible, et même si ça ne calmera pas vos interrogations (surtout venant d'un parfait inconnu), je ne crois pas que quiconque puisse (de bonne foi) vous reprocher quelque chose. Courage pour tenir le coup...

Écrit par : Mottate | 30/11/2010

Bonsoir psycho. Je comprends la solitude et la culpabilité vous soit tombés sur les épaules à ce moment. Vous avez été confronté a deux femmes, une jeune fille paumée et confortée dans ses problèmes par une mère qui a mon sens doit avoir beaucoup d'emprise sur elle, chose bizarre car en général les ados de cet âge là font tout pour déplaire aux parents. La seule personne qui aurait pu vous aider, c'est la mère hors elle a été plutôt un obstacle car peut être revit-elle sa vie passée ou ses fantasmes à travers sa fille. Toujours est-il qu'il faut se dire que parfois on ne peut rien contre la bêtise et ne pas se rendre malade pour ça car on ne peut changer l'humanité sous prétexte qu'on le désire.

Écrit par : TOTEM | 30/11/2010

je retrouve un peu de ma pratique dans cet écrit. j'ai parfois du mal a savoir jusqu'où je peux questionner un patient, j'essaie de le faire réfléchir sur lui même mais des fois il ne voit pas ou je veux en venir ou évite le sujet.
je ne m'autorise pas à exposer mes idées lors d'un entretien mais je cherche a faire avancer la personne par elle même et parfois cela prend énormément de temps.

le message de Gaelle est sur ce point intéressant car pour elle même une question directe et sans détour sur les raisons de son choix vestimentaire lui aurait été utile...
trouver le juste milieu entre ce qu'il est possible de dire et ce qu'on doit laisser travailler au patient n'est pas évident.

concernant la pratique homme/femme (je suis une collègue psychologue) je ne pense pas qu'une femme aurait été plus à l'aise dans cette situation. je crois surtout que cela dépend de ta façon de vivre la situation.
l'idée de faire intervenir une 3eme personne dans l'entretien pour aborder ces questions ne m'avait jamais questionné mais c'est une question délicate. même si pour l'instant je trouve que faire entrer une autre personne dans la relation a ce moment là n'est pas indiqué je pense que ce point mérite reflexion.

merci pour ce blog et merci de livrer tes reflexions. diplomée depuis qq années mais pleines de questions sur mon positionnement et ma pratique j'apprécie de pouvoir lire ton expérience tes questionnements dans des termes accessibles et sans chichi théorico blabla tique qui souvent, je trouve, peut cacher un manque d'assurance personnelle.

Écrit par : shaula | 01/12/2010

Mottate : je ne cherche pas forcement à être rassurer et que tout le monde me brosse dans le sens du poil : disons que je me sers du blog pour poser mes questions, mes doutes, et que le retour des lecteurs est enrichissant là dessus, d'accords ou pas avec moi.
Merci de vos passages en tout cas.

TOTEM : je ne sais pas si la mère est bête : je pense qu'elle fait ce qu'elle peut, probablement empêtrée dans une histoire personnelle compliquée. Même si je rage des fois de voir qu'elle ne se remet pas en question, elle vient tout de même amener sa fille en consultation, signe qu'elle cherche toute de même quelque chose auprès du psy.
Le chemin est encore long probablement !

Shaula : merci de votre passage et de vos commentaires. Vous avez raison, le message de Gaelle m'a interpellé : un abord confrontatif direct peut donc être souhaité par le patient dans cette problématique de secrets d'ordre sexuel ? Bien sur, tout le monde et différent et je ne sais pas si ca pourrait être le cas pour Mélanie. Mais tout comme vous, j'ai trouvé le point de vue de Gaelle important.
Quant à mes questions professionnelles, livrées sans le jargon "psy" : c'est que d'une part je conçois ce blog comme plutôt grand public, donc pas trop de jargon.
Et que d'autre part, même dans ma pratique, je suis adepte du "ce qui ce conçoit bien s'énonce clairement" : on n'est pas obligé d'employer des termes compliqués si la même chose en mots simple est possible. Le reste est effectivement souvent une posture du psy, pour montrer son supposé savoir...
(Mais bon, le jargon, on en a quelques fois besoin aussi quand les mots de tous les jours ne sont plus assez précis)

Écrit par : spyko | 01/12/2010

Spyko, concernant ce qu'a dit Gaëlle...peut-être que le patient peut souhaiter un abord direct mais est-ce que quand cet abord direct arrive il est capable d'y faire face sans se renfermer ? Gaëlle saura dire ça mieux que moi vu que c'était son ressenti.

De mon côté je trouverais ça ultra violent à recevoir la question "ton frère abuset'il de toi ? " ...et étant ado il est clair que j'aurais nié subir les abus de mon beau-père, car me sentant hyper coupable ça serait revenu à m'accuser moi-même...

Écrit par : Opale | 01/12/2010

En ce qui concerne un éventuel inceste de la part du frère, il est évident que la jeune fille tout comme la mère ne dirons rien parce que ce genre d'aveu est lourd de conséquence pour la bulle familiale (risque d'éclatement) et toutes les deux le savent bien. Pour comprendre le processus, il faudrait voir les choses de l'intérieur et cela aucun intervenant extérieur ne le peut. Sans doute que la mère comme la fille protègent leur famille et se protègent d'un autre côté des réactions extérieures qu'il risque d'y avoir.

Écrit par : TOTEM | 01/12/2010

@ Spyko : je sais, j'ai bien compris. Je crois avoir assez lu ce blog pour au moins savoir que vous ne recherchez pas le soutien en postant, mais que vous recueillez les avis qu'inspirent votre expérience. Je me suis sans doute mal exprimé, mais c'était une façon de dire que comme n'importe qui de bon sens (à savoir la plupart des lecteurs de ce blog, hors Jacquelines et Lilianes), je pensais que vous aviez fait tout ce que vous pouviez :)

Écrit par : Mottate | 01/12/2010

Bonjour,

il est vrai cher spyko que ce qui aurait été utile pour moi, ne l'aurait pas été pour d'autres. Mais, si justement on essaye de "montrer" sans dire par nos habits quelque chose d'indicible, c'est qu'on attends des questions, non ? Enfin je ne parle que pour moi.. de mon ressenti..
Personnellement, on me l'a demandé frontalement "Quelqu'un t'as fais du mal ? t'as touché", et là sans pouvoir en dire plus, mon regard en a dis long. Et il y avait enfin quelqu'un qui avait VU, et qui me l'avait dis. Quelqu'un SAVAIT ENFIN ! Alors certes, ce n'était pas un psy, c'est donc différent surement.. Mais j'ai attendu tellement de temps que quelqu'un fasse ce geste même si cela a été un peu "violent" au début.

Bonne journée

Écrit par : Gaelle | 02/12/2010

Opale : merci de ton commentaire qui permet de contrebalancer celui de Gaëlle. A vous lire toutes deux, on voit bien qu'il n'y pas de solution ou d'attitude unique à avoir dans ce genre de cas. Certains préféreront qu'on leur pose très ouvertement la question, d'autres préféreront que l'abord des choses viennent d'eux même.
La difficulté du psychologue (la mienne en l’occurrence dans ce cas) c'est : comment évaluer les choses avec CETTE personne en face de moi.
Là, loin des théories et de tout ça, j'ai bien peur qu'il ne reste que ce qu'on nomme le sens clinique, et qu'on pourrait appeler le feeling. Je pense qu'avec l'expérience, devant une personne, sa façon de parler, de réfléchir, de se comporter, on perçoit sa façon de fonctionner et ce qui peut marcher ou non avec elle.
C'est loin d'être du 100% bien sur, et c'est d'ailleurs pour ça que j'ai parlé de mes doutes ici. Mais je crois que la meilleure réponse c'est celle ci : j'ai "senti" face à Mélanie que l'attitude confrontative ne passerait pas....tout en le déplorant au fond de moi car on a toujours envie de faire davantage bien sur.

TOTEM : tu as totalement raison sur le risque d'explosion de la famille. Un inceste c'est une bombe dans une famille.
Et parfois on préfère ne pas dire (Mélanie) ou ne pas voir (sa mère) plutôt que de risquer d'aller vers un inconnu angoissant. Pas forcement consciemment d'ailleurs.
Tu parles de l'abord familial et tu as bien raison : car dans cette famillle, je n'ai jamais réussi à voir le papa. Qui est il ? Pourquoi le papa, représentant symbolique de la loi et des interdits, n'arrive pas à poser les interdits fondamentaux dans cette famille ? Là c'est sur qu'en ne voyant que Mélanie et sa maman, sans son frere, son son père, je perds beaucoup d'informations...

Gaëlle : merci de nous éclairer sur votre histoire, qui aide aussi à mieux comprendre comment on peut aider d'autres personnes.
Je retiens que quelques fois, on a peur de la supposé violence de nos mots (quelqu'un t'as touché ?), alors que cette violence n'est rien face à ce que peut subir la personne : disons que la violence des propos est un mal pour un bien dans ce cas.
Comme vous le soulignez, ca ne s'applique pas à tout le monde, bien sur, mais ça nous enseigne que quelque fois la personne "attend" qu'on mette des mots sur sa souffrance car c'est indicible pour elle

Écrit par : spyko | 02/12/2010

J'imagine en plus que de l'autre côté du bureau, de ton côté à toi donc, quand on est face à un mineur en danger, on aimerait qu'il parle très vite pour mettre en route tout ce qui pourra le protéger...

Ca doit être difficile dans cette situation d'aller au rythme de son patient.

Écrit par : Opale | 02/12/2010

Juste envie de partager avec vous une lecture:
"Adolescences... Rencontre du féminin" de Serge LESOURD (Editions érès poche) cfr http://www.editions-eres.com/resultat.php?Id=2276

Écrit par : caSevrin | 06/12/2010

Bonjour,

J'ai une question : est-ce que la présence de la mère est une obligation pour le professionnel que vous êtes ou est-ce un choix de votre part ou un choix de la mère ?
Derrière ma question, l'idée est : si vous aviez pu voir la jeune fille seule, est-ce que ça n'aurait pas été plus facile, au moins de lui demander pourquoi ce changement vestimentaire radical ?
Maintenant, je crois, effectivement, que le soignant soit homme ou femme change sans doute beaucoup de chose...
Est-ce que les patients qui viennent vous voir "choisissent" de vous voir vous plutôt qu'unE collègue ?
Enfin, poser directement faillait-il poser la question "est que ton frère etc..." à Mélanie ? En tant que côté patient, je dirais : surtout pas en présence de la mère ; en tête à tête, c'était un coup de poker : Mélanie aurait pu s'effondrer et tout dire ou se recroqueviller sur elle-même et ne rien dire ou ne plus jamais accepter de vous rencontrer. Difficile de dire.

Mais tout cela est tout sauf un avis professionnel.

Écrit par : Edith | 09/12/2010

Je suis le collège. Enfin, pas à moi toute seule, mais abondamment empêtrée depuis plusieurs années dans la question de la tenue vestimentaire de mes loustics, et plus particulièrement des filles.

Dans une banlieue où plusieurs seront voilées quelques années plus tard, une inflation de mini-jupes, mini-shorts et autres débardeurs nous a fait ajouter un article au règlement intérieur dont la simple rédaction a déclenché des passions.

Que dire alors de son application ? Entre celles dont on juge la tenue suffisamment provocante pour décider d'un renvoi dans leur foyer agrémenté d'un coup de fil aux parents ; les profs masculins qui refusent tout de go d'aborder la question, estimant que rien que d'en faire la remarque suffirait à les stigmatiser comme des voyeurs ; les parents qui nous remercient d'avoir posé à leur fille une limite qu'ils n'arrivent pas à mettre eux-mêmes ; celles qui n'ont même pas besoin de rentrer chez elles : un détour par les toilettes suffit, la "tenue réglementaire" est dans leur sac - à défaut d'y trouver la place pour le bouquin de maths - et c'est d'ailleurs celle qu'elles portent scrupuleusement à leur départ et à leur retour à la maison ; et ces quelques mères qui se scandalisent qu'on voie le mal partout et confortent leur fille dans leur désir d'exposer aux yeux de tous plus de chair et de formes qu'il n'est communément admis en société.
Je ne sais pas si tout cela a un sens aussi grave pour chacune de ces adolescentes que pour Mélanie. Mais j'ai pu observer chez les enseignants une très grosse envie de retour à l'uniforme scolaire, afin d'éluder toutes ces questions et de ne pas avoir à entrer dans les mêmes débats dès qu'un rayon de soleil pointe ( en hiver, on peut "désexualiser" le problème : tu as vu le temps qu'il fait, il faut te couvrir davantage, tu vas tomber malade)

Écrit par : Isabelle | 15/01/2011

Bizarrement mes deux filles arboraient une tenue vestimentaire bien souvent masculine
au collège qui cachait le plus possible leur physique (ce qui me convenait) et quand je leur ai posé la question sur cette tenue dépourvue de féminité, elles m'ont répondu (chacune à leur époque) qu'elle n'aimaient pas le regard des hommes dès qu'elles s'habillaient de façon plus féminine. Bref elles avaient l'impression d'être agressées. Aujourd'hui ce sont des jeunes femmes très féminines et bien dans leur peau et qui assument le regard des hommes. Je pense que brûler les étapes peut déstabiliser une adolescente sans qu'elle en soit consciente.

@Isabelle : Aux antilles, l'uniforme est obligatoire dans les collèges.
En Angleterre, mon petit fils qui est en maternelle porte l'uniforme, peut être que ce serait une solution mais comment revenir en arrière (j'ai connu la blouse quand j'allais à l'école).

Écrit par : TOTEM | 25/01/2011

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Écrit par : morne | 30/01/2011

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Écrit par : morne | 30/01/2011

Je me demande comment on peut imaginer faire parler mère ou fille sur de tels sujets directement ? Tout le monde est bien d'accord pour comprendre que déjà l'apparence choisie est un langage, ou un symptôme, et que par conséquent, c'est un biais pour tout à la fois montrer et masquer le vrai problème, qui est toujours derrière ce qu'on montre.
Quand on travaille avec des enfants, c'est plus simple : on leur offre un matériel indirect (jeu, dessin) qui leur permet de nous dire sans passer par l'expression verbale directe.
Je crois qu'avec les ados ou adultes, il faudrait inventer un écran dans la relation : par exemple présenter des photos pas très claires genre TAT ou autre : l'essentiel, c'est que la personne parle, d'abord d'autre chose en apparence, progressivement elle en dira davantage, se rapprochera plus facilement du fond du problème que si on attaque directement là où c'est trop sensible pour que la vérité sorte.

Écrit par : Amik | 30/01/2011

Je découvre juste votre blog et je vous remercie de nous faire partager votre pratique avec autant de sincérité.
Par contre, concernant Mélanie, je pense que l'on peut dire que cette jeune fille est, a minima, dans une situation d'enfant en risque voire dans une situation de danger : mise en danger du côté de la sexualité, mère dans l'incitation, cadre éducatif défaillant depuis longtemps et grosse suspicion d'abus sexuels de la part du frère.
Ne vous semble t-il pas URGENT de faire un signalement aux services du conseil général qui eux pourront évaluer la situation et prendre les mesures qui s'imposent?

Écrit par : fanny | 19/06/2011

Je crois que le lien que tu fais entre sa tenue et ce qu'elle a subi n'a pas lieu d'être.
Les sévices sexuels sont, avant d'être des actes sexuels, des actes de destruction, des armes, une façon de blesser et de détruire profondément quelqu'un.
Donc je ne vois aucun lien entre les vêtements de la victime et les agressions.
Ou alors ça a été mal perçu puisque "vulgaire" et donc réprimé par les autres élèves...

Écrit par : Emily | 06/12/2012

@Emily : Je voulais simplement dire que je la sentais se mettre en danger, entrer dans une sorte de jeu de séduction/provocation. Surement car cela lui faisait du bien au niveau de son estime et qu'elle ressentait ça comme positif. Sans en mesurer forcement les "dangers".
Après, je ne suis bien évidemment pas en train de dire que c'est de sa faute. Tout cela lui échappe et ce sont des signes de souffrances bien évidemment.

Écrit par : spyko | 06/12/2012

Non, je comprends que ce n'était pas une façon de dire que c'était de sa faute.
Mais - je me répète sans doute un peu, tant pis - je ne parviens pas à trouver de lien entre ses vêtements et des agressions sexuelles. Enfin d'une certaine façon, si. Mais pas le même que celui que tu voulais en tout cas.
ça ne veut pas dire que je crois dur comme fer avoir raison contre toi, hein ! Juste un autre point de vue.

Écrit par : Emily | 13/12/2012

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