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03/11/2010

Soutien psychologique - 2

Difficile de définir ma pratique au quotidien, au sein d’un service de pédiatrie.
Ce n’est clairement pas une pratique psychologique « orthodoxe ».

La difficulté première est, le plus souvent, de travailler sans demande du patient (ce qui arrive néanmoins fréquemment en pédiatrie, où ce sont les parents qui sont demandeurs et pas toujours l’enfant et l’ado). Mais aussi, dans mon cas, quelques fois sans demande même de la famille.
Car la plupart du temps, ce sont les soignants et les médecins qui demandent mon passage auprès d’un enfant, au vu des soucis constatés (annonce de diagnostic, refus de soins, hospitalisation lourde à vivre, questions, soucis familiaux…)
Or, il arrive que ni la famille ni l’enfant n’aient envie d’une quelconque démarche psychologique, mais disent tout de même « oui » pour ne pas contredire ouvertement le médecin.

Je vous laisse imaginer les prémisses d’une consultation où personne n’a de demande à me faire hormis « C'est le médecin qui l’a demandé. C’est parce que mon enfant est malade, le médecin s’inquiète ».
Et où la famille passera toute la première partie de consultation à essayer de me prouver que « tout va bien », c’est à dire en filigrane poli « on n’a pas besoin de vous », "on gère".

Quel est mon rôle dans ce cas ? Suis-je un commercial de la psychologie ? Dois je montrer que je suis gentil/aidant/propre sur moi et que la psychologie, c’est trop fantastique-vous devriez essayer ?
Ben non … Tout bêtement, je me présente, je présente la demande du médecin qui m’a envoyé ici. Je dis que je suis à disposition. J’explique mon rôle dans telle ou telle pathologie de façon générale. Et je laisse les choses ouvertes pour la suite.
Ne pas brusquer. Laisser la demande émerger dans la tête de la famille et du patient, qu’ils y réflechissent et reviennent alors me voir avec une demande propre, des objectifs à eux.
Mais c’est difficile, alors que quelque fois derrière, la demande médicale est pressante : « oui mais il refuse son traitement, il faut que tu le voies ! »
Mais comment puis je travailler avec quelqu’un qui ne demande rien ?
Suis-je là pour faire « admettre » les prescriptions médicales ou faire changer d’avis une personne ?

Non, bien évidemment.

Donc premier point donc de ma spécificité : la demande et la difficulté de travailler sans.

Et second point, suite à l’article de Jack Addi, comment intituler mon travail ?

Ce n’est clairement pas de la psychothérapie. Ces patients, ces familles, pour la plupart, je les verrai durant leur hospitalisation et plus ensuite.
Quelques uns, suivis ici pour une patho chronique, seront revus à distance régulière, mais encore une fois, pas dans une fréquence hebdomadaire ou sur des objectifs psychothérapeutiques.

Pour moi, je fais de l’accompagnement, très modestement. Qu'on peut qualifier très globalement de soutien psychologique.

Lorsqu’on évoque le soutien psychologique, généralement,  c'est un concept flou, un peu fourre-tout.
Comme le disait Jack, c'est un peu "par défaut", une définition de l'aide psy qui-n'est-pas-une-psychothérapie.
C’est à dire avec l’idée fort confuse et fort globale que « parler ça fait du bien ».

Bien que ce ne soit pas tout à fait faux, c’est très limitatif et pas toujours vrai non plus….

Mais il est vrai que parler fait du bien, pour plusieurs raisons :

- ne pas rester seul face à ses soucis. Et lorsqu’on s’intéresse au stress, à l’anxiété ou la dépression, on sait que le soutien social perçu par le sujet est un critère pronostic favorable.
- libérer ses émotions : c’est l’abréaction, la décharge émotionnelle. Qui peut faire du bien à court terme, certes, avec cet effet libérateur. Mais qui non accompagné d’une parole, d’une mise en mot, n’aide pas à avancer beaucoup sur le long terme.
-aider à synthétiser les choses, aider à mettre des mots et du sens: car quelques fois, noyé sous les soucis, le sujet a l’impression d’être submergé.

Cependant, comme le disait Jack, si le soutien psy c’est ça, n’importe quel ami peut le faire autour d’un café et le psy, il ne sert à rien.

Je pense que ce soutien psychologique, offert par un psychologue, c’est plus qu’une discussion autour d’un café.
Le psy a travaillé sur lui, il sait rester neutre, objectif face à ce qu’on lui dit. Il comprend les éléments transférentiels et contre-transférentiels en jeu, ou en tout cas, essaie de les comprendre. Il sait rester à une juste place, respectueuse, aidante, ni trop froide, ni trop envahissante.

Le psy a travaillé sur les mécanismes de défenses et peut comprendre ce qui se joue au delà de ce qui est dit ou montré de prime abord.

Le psy peut faire du lien avec l’histoire familiale, l’enfance, des évenements entre eux.
Le psy connaît la psychopathologie et s’il repère des éléments diagnostics, il peut orienter la personne vers le psychiatre ou le pédopsychiatre au besoin.

Et j’ajouterai qu’à l’hôpital, le psy a un rôle à part, dans un service de médecine.
C’est le seul soignant « non soignant ». Il ne fait partie ni de l’équipe médicale, ni para médicale, il est « à côté » des autres soignants et par cela, mis dans une place plus neutre par le patient. Ce qui permet de libérer plus facilement la parole, sur les peurs ou griefs liés à l’hopital, la maladie, la famille…
Les autres soignants n’ont aussi pas toujours la formation adéquate ou simplement le temps d’écouter le patient…. C’est bien dommage, mais quand l’administration en est à minuter le temps moyen d’une prise de sang, vous vous imaginez bien que l’infirmière aura du mal à s’asseoir et prendre 20 minutes.
Le psy offre un espace à part, sans soin corporel, dans un temps sans urgence, une sorte d'espace transitionnel où le sujet peut essayer de se retrouver, comprendre et digérer ce qui lui arrive au milieu de cet hôpital source d'angoisse.

Pour moi, mon rôle est donc un soutien psychologique, mais pas juste une simple « écoute ».
En cela, c’est complémentaire du rôle de l’ami.
L’ami peut écouter, autour du fameux café, les confidences et les douleurs. Il pourra vous mettre la main sur l’épaule, vous emmener au ciné pour penser à autre chose ou vous payer un demi de bière. Ce que le psy ne fera pas.
L’ami ressentira très fort vos douleurs, quitte à en être atteint lui même (c’est la  « sympathie »,  « souffrir avec »).

Le psy lui vous écoutera aussi, mais en sachant rester à une place plus neutre. De ce fait, il gardera une objectivité plus grande face à que dira la personne. De même, le psy ayant travaillé sur lui, saura ne pas se laisser submerger par les émotion du patient. Parce que voir l’ami pleurer avec vous n’encourage certaiement pas à se livrer davantage. Le psy lui sera en empathie avec le sujet, essaiera de comprendre ce qu’il ressent et pense (empathie : « souffrir dans »), mais sans se laisser envahir.

Le psy ne prendra pas partie, comme le ferait l’ami. C’est quelques fois frustrant (pourquoi il ne me dit pas que j’ai raison, hein !! ?), mais c’est en cela qu’il peut nous aider à réflechir objectivement et voir les choses différement.
Le psy verra plus davantage dans ce qu’on dit ou ce qu’on montre que le premier abord. Et cela peut aider à comprendre ce qui ne nous est pas compréhensible.

Cela pour dire qu’un ami et un psy ayant chacun une place différente, le mieux, pour s’en sortir en cas de problème sérieux, c’est d’avoir les deux ;-)

Pour moi, le soutien psychologique n'est pas une sous-catégorie de la psychologie, ou de la sous-psychothérapie.
C'est une aide ponctuelle, généraliste je dirai.
Au milieu d'un service médical, je me sens quelques fois un peu comme un "généraliste" de la psycho. J'ai des bases en psychopathologie, en psychothérapie, en sciences cognitives, en psycho de la santé... Et je peux gérer "à chaud" tout type de situations. Et orienter au besoin vers le psy-spécialiste plus adapté ensuite, et plus pointu que moi dans un domaine particulier.

 

15:39 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook

Commentaires

Ah! Le voici enfin cet article tant attendu! Merci beaucoup.

Je trouve très intéressant la façon dont tu distingue l'effet produit pour celui qui parler, de pouvoir parler avec un professionnel plutôt qu'avec un ami.

Je trouve également, qu'on ne peut pas tout dire à ses amis non plus, parce que l'on sait que les amis ne peuvent pas non plus toujours tout entendre. De manière générale en effet, on se souvie toujours du regard de ses amis sur soi... Et se présenter à eux en grand état de faiblesse, ou mentionner des choses dont on n'est pas très fier n'est pas si simple.

En outre... Les amis ne sont pas non plus prêts à tout entendre (certains psys spécialisés dans le passage à l'acte non plus d'ailleurs !). Certains ont vite fait de vous demander de penser à autre chose justement parce que ce dont vous leur parlez leur est insupportable à entendre.

Freud nous rappelait que le normal se comprend en observant la pathologie qui n'est qu'une caricature quantitative de la norme... Certaines situations extrêmes sont assez exemplaires de la difficulté qu'il peut y avoir à communiquer entre proches.

Je pense au fossé qui peut se creuser entre une personne et ses proches lors d'un diagnostic de fin de vie très probable, où le mourrant ne veut pas forcément encombrer ceux qui l'aime en les faisant souffrir en évoquant avec eux sa propre mort... Ou quand les proches eux-mêmes préfèrent éluder consciencieusement le sujet avec un malade.

Ce qui distingue en effet le psy d'une personne lambda... C'est que son absence de lien affectif (qui doit être maintenue!) entre le patient et lui-même, permet à l'un d'écouter plus facilement ce que l'autre a à lui dire sans avoir besoin de le faire taire... Et à l'autre de pouvoir parler, élaborer et secondariser ses émotions brutes pour reprendre une forme de contrôle de lui-même... Sans craindre le regard de l'autre, ni même de lui faire du mal.

Merci encore.
A bientôt

Écrit par : Jack_Addi | 03/11/2010

La différence avec un psychologue (professionnel de santé) et un ami c'est le secret médical, parce qu'un ami peut par inadvertance ou sciemment révéler ce vous lui avez raconté.

Écrit par : TOTEM | 03/11/2010

" Le psy ne prendra pas partie, comme le ferait l’ami. C’est quelques fois frustrant (pourquoi il ne me dit pas que j’ai raison, hein !! ?), mais c’est en cela qu’il peut nous aider à réflechir objectivement et voir les choses différement."

Oh que oui c frustrant !!! Mais on s'y fait (je finis par ne plus forcément attendre de réponse de ma psy à mes questions lol ) et quelque part c rassurant aussi de sentir le psy ne peut pas nous envoyer sur un chemin qu'on ne souhaite pas prendre, que c à nous de trouver ce chemin et donc nos propres réponses..

Tu expliques vraiment bien la différence entre l'écoute d'un ami et celle d'un psy et là encore je trouve ça très rassurant en tant que patiente de savoir que je peux raconter des choses très dures sans ébranler l'autre et effectivement sans que l'autre trouve ces choses tellement dures à entendre qu'il ne veuille pas les écouter...Le bureau du psy est vraiment un lieu unique où l'on peut tout dire et ça fait un bien fou, même quand la parole est très douloureuse à prononcer..
En + on perçoit chez son psy ses connaissances sur certains sujets, en tout cas pour la mienne qui traite bcp de victimes de violence, je sais que ce que je dirai ne lui semblera pas "bizarre" , qu'elle connaît les mécanismes et les particularités des abus sexuels notamment , et que je ne serai pas prise pour une cinglée en lui faisant part de toutes les pensées contradictoires qui peuvent me traverser sur le sujet...

Écrit par : Opale | 03/11/2010

Jack Addi : non les amis ne peuvent pas tout entendre car le lien affectif peut faire qu'ils se protègent, ou veulent voir une facette de la réalité.
Ils ne peuvent pas être neutre, quand bien même le voudraient ils.
Cependant, dire qu'il n'y pas de lien affectif entre le psy et son patient n'est pas tout à fait exact, non ?
Nous avons des patients qui nous émeuvent, que nous aimons ou n'aimons pas... L'important est de le repérer, essayer de le comprendre, comprendre pourquoi ça se passe ainsi avec tel patient, comprendre ce qui vient de nous et notre histoire ou ce qui vient de la place où nous met ce patient.
Mais de l'affectif, si, je crois qu'il y en a tout de même. (à débattre ? lol)

TOTEM : oui je n'ai peut être pas assez insisté sur le secret professionel qui fait qu'on se sent plus libre.
Et comme le disait Jack aussi, le fait que le psy ne fasse pas partie de notre cercle intime fait qu'on ne le cotoiera pas et qu'on ne craindra pas son regard sur nous. C'est quelques fois difficile de parler à un ami en pensant qu'il pourrait ensuite nous considérer autrement.

Opale : effectivement Opale, le fait de savoir que le psy a étudié le psychisme et les difficultés de celui-ci nous rassure un peu ; il ne nous prendra pas pour un fou, une folle. Il a l'habitude d'entendre tout cela... Cela peut aider à libérer la parole.

Écrit par : spyko | 04/11/2010

Oui oui Spyko... De l'affectif entre un psy et son consultant, il y en a... Du lien, de l'intimité... Non.

Écrit par : Jack_Addi | 04/11/2010

Mais, il est parfait ce psychologue ! Il existe en vrai ?
(un smiley vous serait-il utile ici?)

Sinon, le "généraliste" de la psycho, il prend un peu le risque de se faire tirer les oreilles avec sa définition du généraliste touche à tout, à courte durée d'action et trieur...

Écrit par : Mercredi | 06/11/2010

Mercredi : généraliste, oui, car il faut bien s'adapter quand on bosse dans un milieu médical : hop ce cas là serait mieux à aborder sous un angle psychanalytique, hop celui ci sous un angle de thérapie familiale, hop celui ci sous l'angle plutot neuropsychologique...
Courte durée : encore de l'adaptation... Des fois j'aimerai avoir plus de temps mais on ne va pas garder en hospitalisation un enfant juste pour le psy...
Trieur : là aussi, sachant que souvent je ne reverrai pas les patients, il faut que j'oriente, trie, avant le départ de l'enfant

Écrit par : spyko | 06/11/2010

C'était plutôt une boutade sur le lien que vous me sembliez faire avec le boulot de médecin généraliste, qui me paraissait mal adapté.
(je vais donc retourner ma lorgnette, pour regarder par le bon bout)

Écrit par : Mercredi | 07/11/2010

Je rebondis aussi, je sais que j'ai une grande confiance en ma psy, et si c'est pas de l'émotion, je me demande ce que c'est!

Écrit par : LaurenceB | 07/11/2010

Les amis ne sont pas prêts à tout entendre... Non, et pourtant, parfois, ils écoutent, et vlan !
J'étais hospitalisée, l'an dernier. Et je m'étais liée d'amitié (nous sommes toujours amis) avec un tout jeune homme de l'âge de mes enfants. Un gamin espiègle, gentil au possible, mais fragile et terriblement rétif. Un soir, au cours d'une conversation relativement banale au départ, vlan, il me déballe les traumatismes de son enfance et de son adolescence. Des choses qu'il n'arrivait pas à dire à la psy et qui m'ont atteinte comme une flèche en plein coeur, d'autant plus qu'elles (enfin, l'une d'entre elles) me renvoyaient à ma propre histoire. Comment gérer ça ? Je n'en savais rien, pas plus que je ne savais dire quoi que ce soit. L'horreur. Je n'étais pas formée pour ça. Je n'avais aucune distance et aucune carapace. Et aucun moyen de l'aider, lui, ce qui me faisait encore plus mal.
Mais ce qui m'a mise très mal à l'aise, c'est que la psy m'en a voulu de "savoir", sous prétexte que j'avais voulu jouer son rôle.

Écrit par : ariana dumbledore | 09/11/2010

Mercredi : no problem, le regard de votre lorgnette est toujours le bienvenu ici !

LaurenceB : les émotions sont partie prenante de la thérapie. Parfois heureuses, parfois lourdes, mais elles sont bel et bien là

Ariana : Oui pas facile de se prendre des révélations quand on est pas préparé. Mais ce peut être pareil pour le psy que je suis : je veux dire, hors contexte, dans ma vie de tous les jours, si quelqu'une me revelait des choses très personnelles d'un coup, j'aurai du mal aussi à savoir quoi en faire.
Quant à votre psy.... Pourquoi être vexé qu'on vous ai parlé à vous ? C'est tout, c'est comme ça, des fois le feeling entre deux personnes fait qu'on va dire des choses qu'on aura pas dites ailleurs.
Pour ma part, des fois, des gamins un peu secrets vont se confier à l'infirmière et pas à moi. Pourquoi ? Parce qu'elle a une bonne tête, parcequ'elle est au quotidien près de lui, parce qu'elle lui rappelle quelqu'un...Que sais je ! Mais je ne m'en vexe pas, on en discute avec l'infirmière et on essaie de voir ce qu'on peut faire de ce qui nous a été dit.

Écrit par : spyko | 09/11/2010

Si les amis et les psy c'était pareil, ce ne serait plus la peine qu'il y ait des psys (sauf pour les malheureux qui n'ont pas d'amis...).
A un ami, on ne peut pas tout dire ET il ne peut pas tout entendre.
Le psy on peut tout lui dire : il ne juge pas, notre souffrance ne le fait pas souffrir (ce n'est donc pas culpabilisant de pleurer comme une fontaine dans son bureau, de se mettre en colère etc...)et, cerise sur le gâteau (mais oui, je sais, en principe c'est plutôt là qu'est le gâteau) il vous aide à progresser, à comprendre, à cheminer, à réfléchir, à moins souffrir, à accepter l'idée qu'il faut parfois accepter ce qu'on ne peut pas changer...
Non, vraiment un psy et un ami, c'est pas du tout la même chose.
Par contre, il m'est arrivé de parler à un ami de ce dont j'avais déjà parlé au (ou avec) psy ; alors que je ne l'aurais pas fait avant. Mais avec le psy, j'avais digéré, compris, rangé, classé, plié proprement ce qui avant était pour moi quasiment indicible. Après je peux le dire ou en parler avec un ami, parce que j'ai envie de partager avec lui, mais la façon dont j'en parle alors n'a plus rien à voir avec ce que j'aurais pu dire avant.
Le psy et les amis ont chacun leur place.
Si je rencontrais ma psy hors de son contexte professionnel, je n'en serais pas gênée : ce serait forcément une rencontre de hasard, et même s'ils y avait d'autres rencontres, elles seraient forcément sporadiques, très espacées.
Mais si certains de mes amis ou proches savaient ce que j'ai dit à mon psy, je ne pourrais plus continuer à les voir.

Enfin, je suis très contente de lire sous la plume de Spyko,
"Nous avons des patients qui nous émeuvent, que nous aimons ou n'aimons pas... ". Ça conforte ce que je pensais. Et je suis heureuse de vérifier que, même dans l'exercice de sa profession, le psy reste humain. Je trouve ça... rassurant et agréable : pour un psy, un patient n'est donc pas qu'une pathologie, un numéro ! et le psy n'est pas un robot ou une machine dans laquelle on peut tout déverser sans conséquence.
Oui, vraiment, j'aime bien...

Écrit par : Edith | 11/11/2010

Merci pour votre vision du rôle de psychologue en pédiatrie. Je travaille moi-même dans un service de pédiatrie depuis 7 mois. Je suis un peu perdue car la cadre et les pédiatres me donnent l'impression de vouloir me formater (je suis jeune dans le métier). On me parle même de rentabilité! Ce qui m'amène à beaucoup réfléchir sur notre rôle; il faut tout faire vite et bien, c'est perturbant....
C'est pourquoi, je me suis aventurée sur le net à la recherche de psychologue en pédiatrie afin de savoir, selon eux, quel est réellement notre rôle.

Écrit par : Alexandra | 28/11/2010

Alexandra : bienvenue dans le grand monde de la pédiatrie alors ;-)
Pas facile de faire sa place effectivement dans un milieu formaté pour un travail médical très protocolisé et où la démarche psychologique, un peu décalée, dans un autre temps et un autre rythme, apparait quelques fois étrange aux autres soignants.
Je ne sais pas si vous créez un poste dans le service ou si vous en reprenez un déjà existant ? Créér sa place dans un service médical me semble le plus difficile !
C'est une adaptation commune médecins/psychologue :
Aux médecins d'accepter que le psy ne rentre pas forcemment dans les cases de la prescription de soin, qu'il se situe dans une autre démarche reflexive, avec d'autres théories et pas forcemment dans une approche symptomes/diagnostic/traitement.
Au psychologue aussi d'abandonner en partie son jargon psy pour se faire entendre, d'apprendre aussi des bases médicales pour être à l'aise avec les pathologies rencontrées...
Bon courage à vous ! A bientot de vous lire en tt cas.

Écrit par : spyko | 28/11/2010

Bonjour,

Je vous relis après un long abandon (et je vous trouve toujours aussi agréable à lire et offrant de bonnes (bases de) réflexions).

Concernant cet article, j'avais envie d'y mettre un peu de mon expérience en lisant justement les difficultés de la place du psy qui n'est pas demandé.
(même si je suppose que vous devez en avoir entendu plein des expériences comme ça)

J'ai fait lors de mes études de kiné un stage dans un service de gériatrie.
Les instructions sont simples et généralisées pour tout le service : faire marcher, bouger un peu.
Une de mes premières patientes m'accueille en me priant de noter le numéro de son frère pour pouvoir l'avertir dès le lendemain de son décès.
Elle avait fait une chute à cause du vent avait beaucoup d'hématomes mais sa vie n'était pas en péril.
Me voilà à 20 ans bien embarrassée face à cette dame de 65 - 70 ans.
J'ai réagi comme j'ai pu en essayant de ne pas rigoler quand elle me disait "et ils m'ont envoyé un psy, que voulez vous que je lui dise moi !?"
Bref en 4 ou 5 jours elle qui voulait mourir et qu'on ne l'embête pas à vouloir la faire lever, m'a raconté tous ses malheurs, déceptions, craintes, ...
En finissant par atteindre le fond du couloir ...
Elle n'aura pas parlé au psy, ... Mais keske j'aurais aimé lui donner ma blouse de kiné, moi au psy. Ou peut-être que j'aurais aimé avoir une solide formation psy pour savoir si j'étais dans le bon avec mes réactions.

Quoiqu'il en soit, j'ai été très surprise de recevoir des pralines avec l'aveu de sa certitude que moi et moi seule lui avais sauvé la vie.
J'en ai été flattée bien sûre (même si n'y croyais pas, elle y croyait), ... Ma psychologie de base aura suffit sur ce coup là ...

Je suggère donc de demander au kiné qlq petits trucs à faire faire aux gamins qui ne veulent pas parler aux psys (bon ok, c'est pas très déontologique), ... mais je pense vraiment que la proximité physique plus le mouvement qui libère le corps libère aussi les mots et la confiance ...

Je n'ai pas beaucoup pratiqué la kiné, mais c'est un fait que j'ai trouvé flagrant et je ne comprends pas qu'on ne forme pas mieux les kinés dans ce domaine. (en tout cas en Belgique)
Sans vouloir faire le boulot des psys bien sûr, mais au moins pour apprendre à recevoir des confessions et à aiguiller habilement vers un professionnel.

Et vice versa pour les psys ;o)

Écrit par : Laureline | 16/09/2011

Ce que vous dites est vrai : n'importe quel soignant peut se retrouver le receptacle d'une parole, d'une confidence. Parce qu'on passait au bon moment, parce qu'un lien a été crée.
Et il n'est pas question de refuser la parole de l'autre sous prétexte qu'on n'est pas psychologue.
Cela veut dire qu'il faudrait une formation à la relation d'aide et à l'écoute chez tous les soignants. Et que ceux ci soient formés pour "faire le tri" et savoir qui adresser au psychologue

Écrit par : spyko | 20/09/2011

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