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24/10/2010

Thérapies entre amis

J'ai comme principe de ne jamais prendre en consultation des enfants dont je connais la famille. Que ce soit par relations amicales ou professionnelles.
Evidemment, c'est une position qui est rarement bien comprise.

Infirmière : " Ma petite de six ans se remet à faire pipi au lit...Je crois que c'est l'entrée en primaire... Tu voudrais pas la voir un peu pour nous aider ?
Moi "Et bien...Tu sais, je ne prends jamais en consultation des gens que je connais...C'est pas évident, ca fausse un peu tout quand on se connait et
Infirmière :"Mais je te dis que c'est l'école....Faut peut etre juste qu'elle arrive à t'en parler et ça ira mieux !
Moi "Oui mais si c'est pas que l'école et qu'elle veuille me parler, je sais pas, moi, de toi et ton mari, de votre relation ?....Ca me gêne moi !
Infirmière  "Oh mais on n'a rien à cacher
Moi "Peut etre.... Mais ce n'est pas simple si on connait les gens, tu sais...
Infirmière (vexée) "Ah ben c'est tout...On ira voir ailleurs...Quelqu'un qu'on ne connait pas...Ca aurait été plus simple ici...Mais bon...C'est tout...

Ma position n'est pas facile à tenir ! Ca ne me fait pas que des ami(e)s qui se sentent jetés, pensent que je refuse de les aider....
Mais pourtant, pour moi c'est clair.

En psychologie, le symptôme est rarement isolé, et compréhensible hors de son contexte.
Je ne peux pas traiter QUE l'énurésie suite à la rentrée scolaire. Tous les enfants entrant en CP ne refont pas pipi au lit. Donc pour cet enfant, il y a d'autres choses associées. Forcement plus personnelles ou familiales.

Or, je ne veux pas entrer dans l'intimité des mes collègues. Ca me gêne. Je n'ai pas de velléité de voyeurisme. Je ne veux pas tout connaître des soucis familiaux ou intimes des gens que je côtoie tous les jours.

De même les rares fois où j'ai conduit des entretiens où je connaissais la famille, je vois bien que je ne suis plus aussi professionel, je retiens certaines questions, que je n'ose poser, je suis parasité de par ce que je connais déjà des personnes, je n'arrive plus â etre neutre et objectif.
Difficile face à un couple de collègue de fouiller si il y a une bonne entente de couple, pas de conflits avec la famille ou la belle famille. Les voir pleurer face à moi et travailler avec eux le lendemain comme si de rien n'était.
Pour moi, d'un, au niveau professionnel,je suis moins "bon" face à des gens que je connais. Et deux, d'un point de vue personnel, je me sens voyeur, et ça me gêne dans mes relations à venir avec ces personnes.

Pourtant, malgré le fait que je refuse, quelques uns et quelques unes ont déjà fait jouer leurs relations pour avoir néanmoins un rendez vous avec moi alors que j'avais dit non!
Genre appeler directement ma secretaire sans avertir que j'avais déjà refusé. Passer par la surveillante ou le chef de service.
Ou se pointer directement aux urgences, avec l'enfant, parce que là je ne peux pas reculer.

Pourtant, que faire face à cet enfant de cinq ans qui refuse de manger. Et dont je sais que la maman, auxiliaire de puériculture chez nous, est anorexique. Je le sais, pas officiellement en plus, mais par "bruits de couloir". Forcemment que ça a un lien avec les soucis de son fils. Mais je lui dis comment "Tu serais pas anorexique au fait par hasard ?", "c'est vrai ce qu'on raconte sur toi ?"...
Or, j'ai tourné autour du pot ("des antécedents particuliers dans la famille ?", "L'alimentation pour papa et maman, y'a pas eu de soucis ?")....Et quand la maman me dit "NON", et que je sais que c'est "OUI", mais sans pouvoir dire comment je le sais.... Je fais comment ?
Voilà déjà un bel exemple de consultation partie sur de mauvaises bases.

Et cette infirmière qui me consulte pour sa fille. Petite fille qui ferait des colères et crises de pleurs. Et qui me rapportent des tensions entre ses parents. Et dont tous  les dessins et jeux tournent autour de la séparation, de la perte d'amour.
Mais jamais la maman n'a souhaité aborder sa vie de couple. A chaque fois elle est venue en consultation en blouse, entre deux soins, avec la petite amenée en voiture par le papa, que lui, je n'ai jamais vu. A chaque fois j'avais en face de moi la professionnelle et peu la maman. Je veux dire qu'elle ne se départissait pas de son rôle de soignante, mettant un grand frein à aborder tout ce qui pouvait être de l'intimité de la cellule familiale, restait contrôlée, très froide, "professionnelle"
Les symptomes de la petite oui, on pouvait en parler. La problematique familiale non. Je ne pouvais m'adresser qu'à la collègue et jamais à la maman qu'elle était, comme si tout était cloisonné pour elle. Et là idem. Je fais comment ? "Tu sais, si tu ne me parles pas de toi ou de ton couple, de ta famille, on n'y arrivera jamais".
Je n'ai pas osé, par peur qu'elle ne pense que je voulais etre voyeur par rapport à sa vie.. Gene du collègue en face de sa collègue. 

Et cette amie qui a voulu à tout prix que je vois sa maman "traumatisée" par un évenement grave et qui avait pas mal de symptomes de stress post traumatique.
Je me suis entendu dire "oui" pour aller voir sa mère, chez elle, parce que j'ai eu pitié de sa détresse.
Mais imaginez la scène... J'arrive : le pere, la mère, mon amie, son mari, leur enfant....Et je fais "l'entretien", dans la chambre de sa maman, avec tout le monde qui attend dans le salon.
Pour me dire "Et alors ?" dès que je repointe le bout de mon nez.
Pour que mon amie ne cesse de me demander ensuite "qu'est ce qu'elle t'a dit ? "
Imaginez comme c'est facile à vivre.

Et enfin, une fille d'une amie que j'ai accepté de voir il y a longtemps pour des vomissements cycliques, d'origine anxieuse.
Et à chaque fois que je donnais un conseil ou une suggestion, la maman ne voyait en moi que l'ami et pas le professionel et discutait tout : "ah non ca je ne veux pas". "Ca, ce n'est pas possible." 
Je n'avais aucune crédibilité... Elle voulait bien que je guérisse grâce à mes talents magiques sa petite mais surtout pas que je m'avise de donner des conseils. Car elle ne me voyait pas dans ce role là.

Je passe aussi sur certains soignants qui, travaillant sur l'hopital avec leur conjoint, me parlent de leur problemes de couples pour que je puisse en toucher un mot à l'autre quand je le verrais  "pour qu'il comprennne"...

Pour moi, mais ca n'engage que moi, je ne travaille pas bien si je connais les personnes. Je me mets des freins, l'autre ne me place pas en position de soignant, tout ce qui transfert et contre transfert est completement parasité...

Je botte en touche donc dans ce cas et comme je le disais, dans la majorité des cas, c'est mal compris. Les gens auraient préféré parler de leur souci à quelqu'un de connu, ce que je peux comprendre, ca semble plus simple.
Et j'avoue que pour le moment, quelque soit mon explication, ca ne passe pas....Ils ne comprennent jamais...
Si vous avez des idées.... 

15:42 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (26) | |  Facebook

Commentaires

Tu as essayé de leur donner des exemples concrets, un peu comme dans cette note ?

En tout cas j'imagine très bien ce que tu peux ressentir. Mais comme je suis en licence de psychologie, c'est peut-être parce que j'y ai été sensibilisée...

Écrit par : Prose | 24/10/2010

Oui des exemples concrets, j'essaie d'en donner en disant au final que je travaille moins bien quand je connais les gens et que c'est moins "efficace". Mais non....
Je pense que les gens me connaisent, ils ont confiance, ils pensent que c'est plus facile de déballer des choses à quelqu'un de connu. Probablement.
Mais encore une fois, je ne me sens pas le psy de TOUS mes collègues ou de TOUS mes amis. Je ne tiens pas à savoir tout de leur intimité ! Eux, je pense que ça ne les gêne pas toujours, genre "bah c'est son métier !"
Enfin...Je sais pas moi.... Si j'étais ma femme et que mon voisin de palier était gynécologue, je préfererai que ce soit pas lui qui m'ausculte si je la croise tous les matins!
(quoi ma comparaison est triviale ??)

Écrit par : spyko | 24/10/2010

Salut Spyko,

Ravi de te revoir à ton clavier.

Et son on prenait le problème à l'envers : si certaines personnes veulent aller voir le psy de leur entourage amical ou familial "parce que c'est plus facile", et en présentant une interprétation toute ficelée très banalisante et défensive("c'est le stresse de la rentrée, inutile d'aller voir plus loin" - ce qui entre nous mérite une réponse du genre :" si c'est le stress de la rentrée ça devrait se régler tout seul en quelques semaines. Si ça perdure c'est que c'est autre chose qui a été réactivé à l'époque de la rentrée, mais pas forcément à cause de la rentrée")... N'est-ce pas simplement parce qu'ils ont trop peur de ce qu'un autre professionnel (qui ne se censurerait pas au nom de la qualité des relations privées qu'ils entretiennent) pourrait leur dire?

Ce genre de demande est l'expression d'une résistance. La preuve en est, à chaque fois qu'on m'a demandé mon avis (sans que cela ne devienne une consultation) dans ma sphère privée familiale (curieusement mes amis eux, ne me demandent rien - je ne dois pas faire assez "sérieux" à leurs yeux :-D!), c'était pour surtout ne jamais le suivre... Puisqu'on me demandait toujours une simple validation de ce qui était déjà tout ficelé et permettait d'éviter d'aller voir un psy. Cela a fini par leur passer... Faut dire que j'ai du me montrer un peu sec au bout d'un moment...

Aller voir un psy qui n'est pas seulement un psy, mais un intime, c'est toujours une manière de neutraliser le retour qu'il pourrait faire et qui pourrait trop questionner.

Donc... Au-delà du fait de savoir si ça nous gène ou pas d'entrer dans la chambre à coucher de nos amis ou de notre famille... La question est aussi que de telles demandes sont des demandes non assumées, et que si nous y répondions nous ne ferions que de faire le jeu des résistances des amis-consultants.

Je pense hélas, que ce genre d'arguments n'est entendable que par un psy. Et que tu auras beau expliquer en long en large et en travers le pourquoi de ton refus... Il sera toujours mal perçu parce qu'il obligera l'autre à de pas pouvoir s'accrocher à ses résistances justement.

Donc... Je pense que le mieux et de mettre son mouchoir dessus. On t'en veux? Et bien tant pis! Comme je te le disais : mes vrais amis ne me font jamais ce genre de demandes... Parce que justement ils savent à quoi ça les exposerait...

Une idée comme ça... Je me demande seulement si le fait d'évoquer que ton code de déontologie ne te le permets pas (paragraphe sur la distinction des places) ne serait pas plus efficace. Cela vient mettre du tiers entre le demandeur et toi, et rappeler que ton refus ne repose pas seulement sur ta décision (technique certes, mais vécue par l'autre comme arbitraire), mais te dépasse et que tu dois t'y soumettre. En prime... si dans le pire des cas on dira que tu es un peu rigide avec les points de déontologie... ça ne sera qu'à ton honneur... Parce que les pros intransigeants avec le respect des règles... Même s'ils frustrent et qu'on leur en veut dans l'immédiat...

Et bien... Ils rassurent et passent pour encore plus sérieux et compétents. Perso, moins je soigne ma popularité auprès des équipes de mon service lorsque je provoque quelques frustrations... Plus on me reconnaît de compétence dans l'après coup.

Un paradoxe bien rassurant, non?

Écrit par : Jack_Addi | 24/10/2010

Tout ça, tu leur dit tout ça. Si ça te peine que les gens ne comprennent pas tu prends les 10 mn qui vont bien et tu leur dis ça. Si ils ne veulent pas t'entendre, tant pis pour eux...ah oui, et et pour leur enfant du coup (c'est ça qui t'inquiète, que du coup, ils ne fassent pas la démarche d'aller chercher plus loin? Tu peux leur donner une adresse?).
Parce que ton explication, elle est super claire.
Et un peu d'humour avec ton manuel de psychologie pour finir en cas de besoin :-)

Écrit par : lechalote | 24/10/2010

Je suis pas psy mais pourtant je comprends bien, vraiment bien... d'ailleurs je ne m'imagine pas aller voir un psy que je connais perso...

Pas facile à expliquer, à faire comprendre mais c'est clair que c'est personnes ont des difficultés à aller au bout de la démarche en te demandant ton aide et seulement la tienne.

Ravie de te lire de nouveau ici, à bientôt.

Écrit par : Chab'instit | 24/10/2010

Bon tout d'abord content que tu reviennes... enfin ! ;)

Ensuite je suis d'accord avec jacko, te demander à toi c'est une manière d'aller chez le psy sans y aller, vite fait sur le gaz quoi, on rabiboche le bancal mais surtout on ne touche pas aux fondations...
Accessoirement, je te remercie de ne citer dans tes exemples que des paramédicaux... Les internes ou les autres professions elles elles ne font pas ça bien sûr, toujours les même sur qui on tape, je le note ;)) (oui bon, ok...)

Enfin pour ton problème je peux te proposer une solution toute bête : Avoir en réserve pour ces cas là les coordonnées des 2 autres professionnels (si possible genre un public et un privé).
Comme ça tu évites l'affrontement direct et tu noies le poisson, genre non je ne peux pas t'aider parce que je ne prends pas de patients que je connais mais, en tant que proche justement, je comprends ton problème et je te donne deux solutions, laquelle veux tu choisir?
(oui le coup des 2 solutions c'est génial et ça marche toujours...Je m'en sers en permanence pour les rendez-vous: vous voulez 14 H non ce n'est pas possible mais je propose 17h ou 23h... comment? 17h ok alors... ;))) )

Vala, vala my 2 cents... Tu m'appelles hein des que tu veux manipuler des foules ;)))

A très vite

yann

Écrit par : yann | 25/10/2010

Jack : comme souvent, tu m'as fait avancer dans ma réflexion. Oui, c'est peut être en fait un comportement très défensif alors, qui explique pourquoi ils insistent autant : plus je dis que je suis gêné, et plus ils sentent qu'ils en seront quitte pour des investigations sur le côté personnel. D'où l'insistance !
Je suis, ces dernières années, très affirmé sur mon refus d'accepter des consults de patients que je connais. Mais comme je l'expliquais, certains passent par le chef de service voire se pointent aux urgences avec le môme. Devinez qui est le psy qu'on appelle dans ces cas là...Moi. Et aux urgences, une fois arrivé, tu peux pas mettre dehors le patient sans l'avoir vu...
Sont futés.

lechalote : ah ouais tiens, je leur dis "non" et je leur file mon grand manuel secret de la psychologie. Ils auront toutes les réponses sans avoir à se mettre en question.

Chab : merci de ton passage ;-)

Môssieur Yann : Eh ben oui, je ne cite que des paramédicaux... Zut, rien de prémédité (mon inconscient qui voulait que je me fasse engueuler par Yann peut être...).
Oui j'ai déjà eu des médecins qui ont fait de même, rassure toi.
Et là c'était pas simple, car quand tu bosses toute la journée avec un médecin qui est plus ou moins ton supérieur. Et quand dans le cadre de la consult psy, les rôles s'inversent, c'est toi qui devient le prescripteur ou le conseilleur...Ben pas évident !
Je me souviens de ce médecin qui m'avait envoyé son fiston suite à un deuil familial. Inquiet car il pleurait beaucoup. La consult d'apres, "tout allait mieux".
Il ne pleurait plus, comportement normal à la maison et l'école. Sauf qu'en consult, j'avais des dessins pas très cleans (angoisses polymorphes) et l'impression d'une "façade" plutot que d'un vrai mieux-être.
Et bien impossible de revoir le gamin : papa-docteur avait décidé que non, il allait bien, qu'il ne voyait "aucun symptôme dépressif", que je les avais bien aidé par ma première consult, mais que là, non, on allait arrêter, car lui savait que son fils allait parfaitement bien.
Pas pu me faire entendre. L'habitude de travailler dans des places hiérarchisées avait déteint dans la salle de consult, et le père se posait avant tout en médecin-qui-savait et qui décidait.
Défensif, sans doute.
Mais idem : je travaille avec lui tous les jours : je lui aurait dit "tu veux échapper à quoi en disant à tout prix que tout va bien ?",.... Et là on part sur quelque chose de personnel chez le papa, qui n'avait visiblement pas envie que ça tourne autour de lui....

Sinon Yann, le coup des deux propositions pour donner l'impression que l'autre a le choix, c'est pas mal comme méthode....
Au fait, j'ai un petit souci d'argent en ce moment... Tu pourrais me prêter 100 000 euros ? Ou juste 20 000 alors ? Comme tu veux.

Écrit par : spyko | 25/10/2010

Si tu es obligé de recevoir dans le cadre des urgences, tu n'es pas non plus obligé d'approfondir le travail au-delà de l'évaluation de l'état clinique de l'enfant et d'initier un suivi. Ton autonomie technique te permets totalement de considérer qu'étant donné tes liens avec les parents de l'enfant tu ne te sens pas en mesure de pouvoir lui apporter le meilleur suivi qu'il mérite. Si on essaie de te piéger en passant par les urgences, rien ne t'empêche une fois le caractère d'urgence du risque suicidaire évacué de renvoyer les familles vers le CMP.

Après tout, un pipi au lit ou un le soutien à apporter à un enfant par rapport à un deuil... ça n'a pas sa place aux urgences, et je ne vois pas pourquoi tu pourrais te priver de renvoyer qu'il y a là un abus. En effet... A moins que le gamin ne soit arrivé là suite à une blessure suspecte, une mise en danger volontaire, une automutilation, laissant craindre un passage à l'acte mettant ses jours en danger... Ou qu'il n'arrive en état de grande crise de nerf ou de délire... Qu'a-t-il à faire avec le psy des urgences? Hum?

En as-tu déjà parlé avec ton chef de service? Je reviens sur ce que je disais : il faut te dégager de la responsabilité de ta décision qui peut être vécue comme arbitraire et personnelle. L'intervention d'un tiers extérieur, l'autorité d'un chef de service ou celle de ton code de déonto, reposant le cadre de ton activité peut être une bonne façon d'échapper à cela. Notre code de déontologie n'a pas de valeur légale, mais nos chefs de services, médecins en hospitalier, ont eux un code de déontologie, et peuvent très bien comprendre (si on leur explique bien, et s'ils ne sont pas trop obtus par rapport aux questions psys), que tu peux te trouver en porte à faux dans certaines circonstances. Tu pourrais peut être voir ce qui est possible de ce côté là.

Écrit par : Jack_Addi | 25/10/2010

Bonjour,
Délicat comme sujet.
Je travaille pour un établissement public connu de tous le monde qui intervient sur le marché de l'emploi. Alors évidemment je suis souvent solicité dans des situations ou des lieux improbables (le plus improbable fut un jour sur une plage en vacances à 400 kms de mon lieux de travail). De plus on me demande mon avis alors que la personne est déjà suivie par un collègue (du genre "hein qu'il est nul!" ou "toi qui le connais tu devrais pouvoir lui faire comprendre", etc...). Ma manière d'y faire face ressemble au conseil de Jack_Addi. Soit la question permet une réponse technique claire, auquel cas je m'éfforce d'y répondre en renvoyant la personne vers l'interlocuteur le plus apte à appronfondir la réponse. Soit la demande renvoit à un vrai travail d'analyse et d'exploration, et là j'expose au demandeur que je ne peux répondre à sa demande pour raisons déontologiques (quitte à illustrer d'un ou deux exemples frappants) et j'utilise le "manuel de manipulation des foules" de Yann en l'adaptant à ma sauce (ce qui revient en gros à proposer une ou plusieurs portes de sorties honorables).
Voilà pour l'aspect technique, mais il y a l'autre face de la médaille qui me semble plus difficile à gérer. En effet une de nos motivations dans nos activités c'est d'aider l'autre. Et je n'ai pas moins envie d'aider les gens que je connais que des inconnus (ce qui me semble être votre cas au travers de ma lecture de ce blog). Se posent donc alors les questions : que faire de la frustration du demandeur à qui nous refusons une réponse immédiate et directe?; que faire de ce que cela nous fait? Pour ce qui est de la première, nos codes de déontologie peuvent y répondre (après tout la solution proposée reste la meilleure réponse possible pour le demandeur même si il n'en a pas une conscience aigüe). Pour ce qui est de la seconde, c'est la plus délicate puisqu'elle renvoit chacun d'entre nous à nous-même. Se poser la question à soi-même et/ou à d'autres c'est déjà un bout du chemin.
Dans l'espoir que ma contribution vous aide, je vous remercie de ce blog, dérangeant parfois, mais la plupart du temps éclairant.

Écrit par : Pierre | 26/10/2010

Thérapie entre amis... ça me semble être une autre dimension de la consultation sauvage, en soirée (genre tiens bah si t'es psy, tu pourrais me dire pourquoi je vais comme ci comme ça) dont vous nous aviez entretenus précédemment... Ce petit côté consult' à brûle pourpoint et dans des circonstances inappropriées, ça me semble similaire. Ou alors je me fourvoie... Bref, le retour de Spyko après une trop longue absence est un jour de liesse blogosphérique !

Écrit par : Mottate | 26/10/2010

C fou ça...soit ils ont une bien piètre idée de ce qu'est une vraie thérapie , soit comme dit Jack ils ont des tonnes de résistances...
Perso je préférerais qu'on me découpe en rondelles plutôt que de parler à un psy qui serait aussi une connaissance , les relations après ça doit être vraiment gênant.

Écrit par : Opale | 27/10/2010

Allez, j'y vais de ma petite graine...
Je suis comme toi -et comme la plupart des professionnels et donc des psys sans doute, mis à contribution ("Non, je te demande juste, là, ce que tu en penses") par des amis, connaissances, professionnels en tout genre (éducateurs, instits et autres magistrats) pour ce qui concerne leur enfant voire leur couple.
Si dans un premier temps -lorsque j'étais jeune- je m'engouffrais-même délicatement mais m'engouffrais quand même- dans le chemin qu'ils m'indiquaient, peu à peu j'ai commencé à dire NON. Et d'invoquer la déontologie d'une part, et la gène -pour eux et pour moi- d'avoir accès -pour moi à quelque chose qui tenait à leur vie intime. En leur expliquant qu'ils ne pouvaient absolument pas savoir ce qui allait ressortir d'un entretien avec leur enfant.
En fait je crois que j'ai changé radicalement mon fusil d'épaule lorsque j'ai appris de la bouche d'un enfant d'amis, que son père trompait sa femme allègrement et lui en demandait le secret -à son fils qui savait. Je me suis alors trouvé confronté à un conflit épouvantable que jamais je n'ai envie de revivre. Avoir accès à une intimité à la fois professionnelle m'est très compliqué ! Rester ami, ou rester professionnel ?
Alors clairement maintenant, je reste très évasif... et propose d'aller en parler à "quelqu'un d'autre", au besoin en citant l'exemple ci-dessus.
Mais ce n'est que mon expérience !

Écrit par : Psyblog | 27/10/2010

Tiens, simplement avoir en poche les coordonnées d'un collègue compétent? Ca pourrait aider, non?

Écrit par : LaurenceB | 27/10/2010

Jack : pour les urgences...C'est ingérable. Je veux dire, j'en ai déjà parlé aux médecins. Mais pour eux, un enfant aux urgences, c'est un enfant qui doit être vu. Point.
Alors oui, une crise d'agitation, une tentative de suicide, évidemment qu'il faut voir vite ces patients.
Mais des parents qui vont aux urgences pour un enfant un peu coléreux, des peurs le soirs ou autre.... Je trouve que c'est clairement abusé. Déjà. Ensuite, on n'offre pas une réponse rapide à ce genre de problème entre deux patients, fracturés ou malades.
Moi je dirai bien : quand c'est pas urgent, on donne un rendez vous, comme pour tous les autres. Mais les médecins veulent absolumment que le psy ai vu les patients, pour se dédouaner, cocher la case "le psy l'a vu avant qu'il parte" et se sentir tranquilisé...

Pierre : tu poses judicieusement la question de nos aspirations à etre psy, à choisir la relation d'aide. Et effectivement, refuser d'aider, ça provoque toujours en moi quelque part une culpabilité car contraire à ce qui m'a motivé à être psychologue.
Je pense que là dessus que certains arrivent à jouer et m'entraîner là où je ne veux pas toujours aller.

Mottate : quel lecteur assidu ! DIs donc je suis impressionné de ta mémoire ! Eh oui il y avait eu un post sur les demandes de consultation sauvage en dîner.... Mais c'était en fait un peu différent : en soirée, des gens veulent me parler de leur intimité ou de leur souffrance, alors que je ne suis plus psy, mais invité tout comme eux, et que je suis là d'abord pour me détendre et pas jouer au psychologue.
Là je parle davantage de mon métier de psy, quand je suis dans mon établissement et que je peux recevoir des gens que je connais.
Mais tu as raison il y a quelques similitudes dans les choses qui me gênent, dans ces deux cas.

Opale : merci de ton commentaire qui me fait penser que je pense normalement et que je ne suis pas complètement insensible ou tordu... A force, on se demande !

Psyblog : Ton exemple illustre parfaitement ce que je ne souhaite pas, en faisant des entretiens avec des gens que je cotoie tous les jours. Eux s'en fichent de balancer leur intimité. Mais nous, une fois le role de psy passé, et qu'on veut retrouver une vie normale, dans la vie de tous les jours, on fait quoi de tout ce qu'on appris ? Comment etre normal en soirée, dans les conversations, c'est un poids que je ne veux pas porter !

Écrit par : spyko | 28/10/2010

@ Spyko : Je suis étudiant, ma mémoire (quoique parfois défaillante...) est mon alliée ! Tout ce que vous direz pourra être retenu pour alimenter le débat ultérieurement !

Écrit par : Mottate | 28/10/2010

Je comprends très bien et je suis d'accord avec tout ce qui a été dit de la difficulté de recevoir l'intimité des gens que l'on connait et de bien faire son travail dans ce cadre-là.
Mais je trouve qu'il se pose aussi la question de ce que vous leur apportez dans ces consultations. De ce qui leur est utile et de ce qui les fait revenir. Ils y trouvent quelque chose qui leur convient et les aide, même si vous, vous avez l'impression de mal travailler. Est-ce que cela ne peut pas justifier votre intervention, même de courte durée ? Est-ce qu'il n'y a pas des cas, où, si chacun joue le jeu (c'est à dire, tient son rôle et sa place dans cette relation), cela ne peut pas fonctionner ?
J'ai aussi une autre interrogation : est-ce que vous arrivez suffisamment à cloisonner l'intime/personnel et le professionnel dans votre travail ? Est-ce que c'est une chose sur laquelle, il faut s'entrainer ? Est-ce qu'on ne peut pas progresser sur ça ?

(je fais un peu irruption abruptement, je sais)

Écrit par : Mercredi | 29/10/2010

Perso, j'ai toujours eu la chance de ne pas vivre sur le secteur où je travaille et d'avoir mes proches sur d'autres secteurs voire très loin (parfois merci la sectorisation de la psychiatrie), ce qui m'évite déjà de croiser trop de gens que je connais par ailleurs.
Bon il est vrai que depuis deux ans, c'est un peu hard car une infime partie de population du CMP bien que n'habitant pas ma ville est scolarisée sur celle-ci (est-ce clair ?). Donc il m'arrive de croiser des enfants et des parents que je croise dans ma ville qd j'ai mon autre casquette.
Bon jusqu'à maintenant ces enfants ne m'ont jamais été adressé.

Sinon de mon côté c'est plus de l'ordre du conseil et ma réponse... eh bien tu peux prendre contact avec le CMP, dès que je peux je t'envoie les coordonnées ! Et ces gens se dirigent illico vers l'orthophonie en libéral, ben parce qu'on n'est pas fou nous, on n'a pas de problème donc on va pas aller dans un truc de fous, parce que toi tu travailles chez les fous... Mais bien sur !!!

Et pour ce qui est des collègues, en général, ils sont déjà sensibilisés +++ au concept de la psy sauf bizarrement certains personnels d'hôpital de jour !

Au fait les troubles du langage sont rarement instrumentaux et ne sont souvent que des symptômes...


@Yann, les médecins sont PARFAITS et donc leur progéniture est EXCEPTIONNELLE et n'a donc JAMAIS de problème et encore moins le moindre symptôme... (bon on n'a pas tous la mm échelle de perfectude !!!).

Heureuse du retour

Écrit par : Orthologo | 29/10/2010

Le comble c'est quand un parent psy ( ma belle soeur) vous demande comment va votre propre analyse!!!
Je l'ai envoyée à la gare!

Écrit par : Charlotte | 29/10/2010

Imaginez par exemple qu'une copine dont le mari est jaloux vous demande de la suivre pour ses problèmes, vous risquez un oeil au beurre noir :))

Écrit par : TOTEM | 30/10/2010

Mottate : je suis bien content que quelqu'un se souvienne de tout ce qui se passe ici...J'avoue que moi, je dois quelquefois fouiller les archives car j'ai des oublis!

Mercerdi : ce qui leur convient ? Difficile à dire. Parler à quelqu'un qu'on connait fait moins peur de prime abord que l'image du psy qui va tout fouiller et tout savoir sur vous.
Quant à cloisonner personnel et professionnel, je crois que j'y arrive assez bien (quand je compare à d'autres). Ca peut peut être faire l'objet d'un autre article tiens

Orthologo : oui les troubles orthophoniques sont souvent liés à d'autres soucis plus globaux. Mais on pourrait être tenter, dans ton entourage, à s'adresser vers toi avec une demande de rééducation purement instrumental. Mais à ce que je vois, le côté "CMP" et structure institutionnelle te protège

Charlotte : peut etre qu'avec humour, tu aurais pu lui dire qqchose comme "en ce moment, avec ma psy, je bosse sur ma famille et l'envahissement de celle ci dans mon intimité"

TOTEM : exactement. J'imagine recevoir un gamin qui m'apprend que, par exemple, son papa trompe sa mère et que celle ci l'ignore. Et si moi je bosse avec elle....Euh....Non, c'est juste pas possible de rentrer dans des trucs pareils

Écrit par : spyko | 01/11/2010

Bon, c'est vrai, je ne suis pas psy, mais "malade". Alors, forcément, mon point de vue ne vous intéresse pas forcément.
Mais j'aime bien ajouter mon grain de sel (ça doit être le 3ème ou le 4ème sur ce blog ce soir).
Donc je dirais : le code déontologie + une ou deux adresses de collègues (ils seront forcément bien puisque c'est vous qui les aurez conseillés).
Quant à culpabiliser parce que vous avez envie d'aider aussi ceux que vous connaissez, il me semble que vous avez vous-même la réponse : quand vous connaissez les gens, vous êtes moins bon ; donc vous n'allez pas pouvoir les aider VRAIMENT. Au contraire, si je comprends bien l'analyse faite par votre collègue sur la résistance. Donc, si vous acceptez, loin de les aider, vous les confortez dans une mauvaise solution. Conclusion : pour les aider, il faut refuser de ... les aider. CQFD !

Merci à tous : le consommateur de psy que je suis apprécie beaucoup vos débats sur vos soucis de professionnels. C'est très intéressant. Et puis, c'est un peu comme on quand on est gamin et qu'on aimerait bien savoir ce qui se passe chez les profs (et dans leur tête). Un petit morceau de voile déchiré !

Écrit par : Edith | 07/11/2010

Edith : j'aime bien le "pour les aider, il faut refuser de les aider". Ca résume tout l'article. Jaloux de ne pas avoir trouver la formule moi même ! ;-)

Écrit par : spyko | 08/11/2010

Y pas de quoi être jaloux : je n'ai lu que 5 ou 6 articles de votre blog, mais j'ai pu me rendre compte que vous n'êtes pas le dernier pour ce qui est d'avoir le "sens de la formule" !
Et puis, c'est tellement simple de trouver des solutions, des formules qui vont bien etc... quand ce sont les problèmes des autres ! Je suis moins douée quand il s'agit de moi...
Mais sinon, pas de problème, quand une formule vous fait défaut, je suis prête à m'agiter les neurones pour essayer de vous en trouver une : j'adore !

Écrit par : Edith | 08/11/2010

Bonjour,
je découvre le blog et je souris, réfléchis, m'inquiète, m'alarme... mais surtout je réfléchis en fait...
Je suis également ortho et j'ai été régulièrement confronté à ce genre de demande (bossant en libéral ou en CMPP, qui n'a pas cette étiquette "fou").
C'est en effet très délicat, alors que je ne touche pas directement au "psy" même s'il est impossible de prendre l'enfant par le petit bout "trouble instrumental" de la lorgnette.

Il me semble que bon nombre de gens comprennent que ce n'est pas possible, ils savent "au fond" que ce n'est pas possible mais ce refus d'admettre que cela ne l'est pas, ou cette insistance que ce soit vous, ça déculpabilise... "S'il ne prend pas mon enfant, s'il préfère ne pas le prendre, c'est que ce n'est pas super grave, sinon il aurait accepté." Non?
Pour ceux qui vraiment n'arrivent pas à comprendre pourquoi... la question peut se poser de ce qu'ils ont compris d'une prise en charge psy....

Bon courage, bonne suite et merci pour vos billets!

Écrit par : Fannette | 12/04/2011

Est ce que ca les rassure que je dise non ? Je ne sais pas.
POur eux, c'est comme faire une thérapie mais en se disant que ce sera plus simple car collègue ou ami, et que je les embeterais pas avec des remises en questions perso. Je vois plutot ça comme ça

Écrit par : spyko | 17/04/2011

Je n'ai pas lu tous les commentaires mais il fallait que je fasse le mien! Est-ce que toutes ces demandes pour des tiers ne seraient pas en fait une demande pour eux-même ? (oui ma phrase est bancale). Les gens ayant l'impression qu'un psy peut lire en eux comme dans un livre ouvert, amènent un proche (la fille de l'infirmière, son fils, la mère d'un ami) pour qqe part, que tu puisses lire en eux ? Bon oui je suis pas psy et ça se voit...mdrrr
Enfin juste pour dire que je pense que tu peux dire concrètement les choses :
"Mais je lui dis comment "Tu serais pas anorexique au fait par hasard ?", "c'est vrai ce qu'on raconte sur toi ?"..."
"Je fais comment ? "Tu sais, si tu ne me parles pas de toi ou de ton couple, de ta famille, on n'y arrivera jamais".
Je n'ai pas osé, par peur qu'elle ne pense que je voulais etre voyeur par rapport à sa vie.."
ben oui tu peux demander comme ça parce qu'à mon sens, si elles ne voulaient pas que tu "voies" en elle, elles ne seraient pas venues te demander; Le côté "pratique" est à mon avis une excuse. Peut-être que cette anorexique n'aura jamais le courage d'aller en parler à qqun, peut-être que la 2nde aurait besoin d'aide mais qu'elle n'osera jamais la demander.

Écrit par : llythie | 31/10/2011

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