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14/06/2010

Il ne mange RIEN

C’est un peu caricatural, probablement, mais dans ce genre de situations, c’est très souvent la même chose.

Une maman (ou désolé, je dis une maman, car c’est dans l’écrasante majorité des cas la maman. Je me doute que ça doit être quelques fois le papa, mais là, le problème c'est qu'ils ne viennent pas souvent en consultations psy, les papas. Pour les messieurs, ça doit être un truc de bonne femme de gérer les gamins et de trouver des solutions …)
Bref, une maman dis-je, inquiète, toujours terriblement et douloureusement inquiète. Epuisée aussi. Réellement. Et obnubilée. Par ce même thème, toujours :

« Mon enfant ne mange pas ».

Alors, non, je ne veux pas parler d’anorexie ou de troubles graves de l’alimentation.
Je parle simplement du refus alimentaire qu’on pourrait qualifier de « simple ». L’enfant qui chippote à table. L’enfant qui mange un repas sur deux. Celui qui ne veut jamais toucher aux légumes. Ou qui ne veut manger que SA marque de yaourt ou SON paquet de gâteaux préférés.
On a tous connus ça, ceux et celles qui ont des enfants. Ca nous a tous agacés.
Mais pour d’autres mamans, comme je le disais, ça dépasse cela : les repas deviennent le centre de tout, la vie entière est accaparée, centrée sur l’enfant et son appétit. Une véritable obsession et une angoisse terrible.
Et à côté de la maman, dans 95% des cas, vous avez l’enfant, pas maigrichon pour un sou, en pleine forme, qui pête le feu, retourne votre bureau, joue, babille et gambade allégremment partout. Qui a l’air de tout, sauf dénutri.

Pourtant, le paradoxe qui saute aux yeux reste invisible pour la maman : elle vous détaille avec angoisse l’appétit de son enfant, et les possibles répercussions en terme de santé, quand vous avez sous les yeux un enfant en pleine peau.
Ca aussi, c’est une caractéristique du refus alimentaire « simple » : une énorme inadéquation entre l’inquiétude maternelle et la courbe de poids de l’enfant.

On peut en sourire, mais je vous assure que la souffrance et l’épuisement de ces mamans est terrible. Douloureux. Quand on a à chaque repas, tous les jours, depuis des mois, un enfant qui chipote, refuse, fait des colères à table, ça devient épuisant.
Elles n’en peuvent plus. Les médecins passent leurs temps selon elles à leur dire « qu’il n’y a rien », qu’un enfant « ne se laisse pas mourir de faim », mais les phrases n’arrivent pas à faire tilt et à percuter. L’angoisse est trop massive.

Et toujours, la phrase qui revient, sans cesse : « Elle (il) ne mange rien ».
Invariablement, on y revient toujours.
Vous avez le bambin qui court partout, a des plis sur les cuisses et vous sourit en bavouillant. Et maman qui dit à côté : « des mois que ça dure : il ne mange rien. RIEN ».

Alors au début, vous protestez un peu. Rien ? Diantre, ce n’est pas possible : rien.
Votre enfant prend bien un peu au goûter ? Au petit déjeuner ? Un morceau de pain par ci ? Un bonbon par là ? Rien, ce n'est pas possibile, voyons.
Mais si. Si, si. C’est possible. Il ne mange rien je vous dis.
(Rien depuis trois mois ? Mais il est pas un petit peu mort alors ?....)
Prise dans son angoisse, la maman n’arrive même plus à entendre le second degré ou votre étonnement. Non, simplement, la doléance est toujours la même : « je n’en peux plus. Il ne mange rien ».

Alors, devant ce cas médical incroyable, vous avez deux possibilités.

Soit vous contactez Paris Match, Ici Paris, Voici ou qui vous voulez, pour que, dès demain, s’étale la photo du bambin avec le titre :

« UN CAS MEDICAL INCROYABLE. CET ENFANT NE MANGE RIEN DEPUIS TROIS MOIS ».

Et ca ne serait pas la première fois que ça arriverait d’ailleurs !

Soit vous contactez les plus prestigieuses revues scientifiques en leur soumettant ce cas médical et en rédigeant un article scientifique qui vous assurera la postérité pour des siècles et des siècles.

Titre de l’article « Un cas de métabolisme photosynthétique chez l’enfant ».
Auteur : Spyko, psychologue et découvreur de raretés scientifiques

Résumé : « Un enfant de 18 mois présente une courbe de taille et de poids tout à fait normales et un développement parfait, bien qu’il n’ai rien ingéré depuis trois mois. Il a bien entendu été vérifié que les ingestas étaient nuls par les méthodes scientifiques les plus rigoureuses (nb : la maman le dit donc c’est vrai. Forcement.).
La seule possibilité pour que cet enfant ai pu se développer normalement est qu’il présente un trouble génétique rare, lui permettant probablement de synthétiser de la chlorophylle. Par photosynthèse, et par réaction probable avec l’eau du bain (cet enfant n’ingérant rien, dixit la maman, donc pas d’eau non plus), le métabolisme de cet enfant a pu fonctionner de manière tout à fait normale et lui permettre de croître.
Une poursuite de l’étude serait profitable pour calculer avec exactitude le temps d’ensoleillement adéquat pour le développement de l’enfant ».

Ouah, à moi le prix Nobel. Franchement, si je l’ai pas, je comprends pas.
(on me signale dans l’oreillette qu’il n’y aurait pas de Nobel pour les psychologues...
Zut. Bon, ben, le prix de l’étude scientifique de l’année par le Journal de Mickey, ce sera bien aussi)

Bref, on rit, on rit, mais un peu de sérieux dans la salle. Revenons à nos moutons, je vous disais tout de même, que, du point de vue maternel, c’était extrêmement douloureux.


Car nourrir son enfant n’est pas neutre psychologiquement et affectivement.
Nourrir, c’est la base de la relation mère/nourrisson. C’est les premiers contacts. C’est là dessus que se fondent les relations futures de l’enfant et sa mère.
Symboliquement, nourrir l’enfant, c’est aussi lui transmettre l’amour. Donner à manger n’est pas neutre, c’est même très très chargé affectivement.
Or, à travers le refus de nourriture, la mère ressent comme un refus de son amour à l’enfant. Et un refus d’elle.
Or, se sentir refusée, refusée en tant que maman, si quelque part, on peut avoir des failles narcissiques anciennes, c'est l'explosion d'anxiété assurée.

Et à partir de là, insidieusement, et progressivement, le tableau de l’épuisement parental se met en marche : on guette la moindre reaction aux repas. On décortique le menu pour savoir ce qui a plu/pas plu/ pourquoi. On achète LA marque que monsieur bébé a eu le bonheur d’accepter une fois. Les repas deviennent marchandage, séduction, négociations et bientôt, luttes.
L’enfant a tôt fait de comprendre le pouvoir qu’il peut prendre dans cette relation et en abuse. De même que le repas devient dans son esprit connoté négativement et source d’anxiété.
L’angoisse de la mère augmente. Et l’enfant, petit à petit, par son refus, refuse davantage l’anxiété maternelle que la nourriture.

Bref, un sacré chantier quand ce genre de situation arrive en consultation car cela traine depuis des mois et les choses se sont bien ancrées…
On a des parents épuisés, un petit gamin souvent vif, bien dodu mais très malin...
Fort heureusement, si on a des parents un peu prêts à réflechir et se remettre en question, ce sont des problèmes qui se résolvent assez vite et c'est un vrai bonheur de revoir papa/maman et fiston quelques semaines plus tard apaisés, avec des repas auxquels tout le monde fait moins attention pour se concentrer sur le bonheur d'être ensemble, jouer et voir grandir le bout de chou.

Alors avant tout : réassurance. Un enfant ne se laisse pas mourir de faim, c'est vrai, de vrai (mis à part troubles psychologiques rares et gravissimes : dépression aigue du nourrisson, troubles carentiels chroniques (par ex. les enfants dans les orphelinats roumains d'avant), ou des histoires médicales rares également). Si le médecin pense que tout va bien : tout va bien ! On peut déjà baisser la pression sur les repas, rassuré pour la santé du petit bout...Et commencer à prendre du recul, réfléchir, et voir ce qu'il faudrait changer.

Remarquez, je vous fait tout un speech là dessus...Et j'ai eu un petit bout à la maison qui a chipoté sur ses repas pendant des années, avec quelques tensions mémorables... Hmm Hmmm....
Nul n'est parfait, isn't it ?

De toute façon, je vous rappelle que j'ai le grand prix scientifique du journal de Mickey. Alors camembert. Parfaitement: camenbert !
(tiens, pis ca me donne faim tout ça moi)

09:15 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook

Commentaires

J'ai eu des beaux fils (hum hum beaux vite dit), un jour l'un arrive, à la maternel ils avaient appris d'ou vient l'oeuf et que cela devenait un joli poussin. Donc fini les oeufs sauf les gâteaux !

bye byz

Écrit par : Myriam | 14/06/2010

Le ton est un peu plus léger que dans la note précédent, et c'est toujours un plaisir de lire vos textes et de partager vos expériences :)

Écrit par : Mottate | 14/06/2010

M'sieur, m'sieur ! J'ai une question dites.
Je ne sais pas si c'est voulu dans note (mais aussi dans mon entourage curieusement), mais j'ai l'impression que ça concerne surtout les petits garçons ça non ?
Bon, je vous l'accorde, c'est une "conclusion" très hâtive, mais je me suis dit que maintenant que vous étiez sacré Grand Scientifique devant l'Eternel Mickey, je pouvais me permettre.
Que vous auriez sûrement toutes les réponses à toutes les questions.

Mes respects Monsieur le Grand Psychologue Scientifique.

Écrit par : Seashell | 14/06/2010

Exactement ce que j'ai vécu avec ma fille ainée. Elle ne mangeait RIEN. :-) Elle m'a rendue dingue. C'est devenu un bras de fer au fil des années. L'ado qu'elle est aujourd'hui dévore tout sans discuter.

Donc avec le second, 9 ans plus tard, j'ai été plus cool. Alors est-ce que c'est lié ? en tout cas, ne sentant aucune angoisse de ma part sur ce sujet là, il a mangé, lui. Bon ok, il a trouvé autre chose. Mais au moins, il a mangé.

Écrit par : kaliuccia | 14/06/2010

Les miens ils avaient toujours le bec ouvert, des vrais gouffres qui mangeaient de tout sans discuter. Le soir je rentrais crevée avec la double journée à attaquer alors je posais invariablement la même question; "vous avez faim les enfants ?" (des fois qu'ils disent non, hein, on peut toujours rêver..).Et à chaque fois; trois "oui", francs et massifs...
Ils m'ont épuisée.
Pas simple finalement, quand ils ne mangent pas ils t'épuisent nerveusement, quand ils sont voraces ils te tuent physiquement.

Écrit par : orthophoniste | 14/06/2010

Je suis navré de devoir vous contredire, cher Docteur, mais étant donné que la chlorophylle est verte, sa peau devrait avoir pris une teinte équivalente. Or, je sais que ça n'est pas le cas, sinon vous l'auriez signalé, et il aurait subi avant même de vous voir des examens médicaux recherchant l'origine de sa couleur de peau.
Je pencherais donc plutôt pour une forme d'absorption des éléments de son environnement sur le même principe que les champignons. Absorption des poussières dans l'air qui serait retenues dans son système respiratoire, ou de tout ce qui recouvre la surface des objets qu'il touche à travers la peau, sans oublier les vêtements qui peuvent constituer une réserve de nourriture qui équilibre l'apport énergétique au fil de la journée. Vous avez d'ailleurs bien noté qu'il avait retourné votre bureau, sans doute à la recherche de "nourriture". Et cela expliquerait facilement la couleur normale de la peau, puisque le mycélium, comme nous le savons tous, est blanc.
N'étant pas du tout dans la médecine et ne cherchant pas de titre, je vous laisse la primeur de présenter cette hypothèse. Après tout, c'est vous qui l'avez découvert et nul doute que vous auriez vite trouvé la véritable source énergétique de ce métabolisme surprenant.

Bravo pour votre découverte !

Écrit par : Sylvon | 14/06/2010

D'où sans doute l'expression... "Qu'est-ce qu'elle me gave celle-là !", sortant de la bouche du sujet qui dans son expérience actuelle se trouve renvoyé au vécu ancien et pénible d'avoir été jadis l'objet d'un Autre lui imposant sa propre jouissance sur le mode du "bouffe mon enfant! tu me combleras en tant que mère!"... Et face à laquelle le sujet qui advient n'a d'autre choix pour soutenir son existance subjective, que de s'y rebeller en refusant de combler la bonne mère nourricière.

Le titre de ton article "il ne mange rien" me fait associer sur ce que Lacan disait de l'anorexique : "elle mange rien... Elle mange DU rien"... Le vide dont elle se nourrit étant la meilleure façon justement de se rassurer sur son existence, et de se rebeller face au Désir de l'Autre qui lui devient insupportable sur tout les plans (car oui, très souvent, l'anorexique, dans les formes les plus graves de cette pathologie, n'est pas beaucoup plus intéressée par le sexe que par la bouffe...).

J'associe également sur la véritable anoréxie du nourrisson, qui elle est très différente de cela, et que les théories Kleiniennes éclairent assez bien. En général le bébé réellement anorexique (il n'ingère VRAIMENT rien et maigrit à vue d'oeil, ses jours étant rapidement en danger), refusant la nourriture venant d'une maman qu'il perçoit très très stressée et fragilisée, et qu'il en arrive à fantasmer comme pouvant être toxique et susceptible de l'empoisonner... Ces enfants en refusant de manger... ne refusent pas que de la nourriture... Ils refusent le stress qu'ils perçoivent chez leur maman (existe-t-il vraiment ?), stress qui les envahit et dont ils imaginent qu'il pourrait les détruire. Parfois une séparation et un changement d'environnement via une hospitalisation est nécessaire pour que le bébé se remette à manger... Mais cela doit aussi passer par un accompagnement thérapeutique pouvant rassurer le bébé sur la capacité de sa maman à pouvoir s'occuper de lui.

Bref tout ça pour dire... Que tant que la courbe de poid ne s'infléchit pas, et que l'enfant continue à grandir, mieux vaut leur ficher une paix royale sur les quantités de ce qu'ils mangent... D'autant qu'ils n'ont pas tous le même métabolisme, et pas nécessairement celui que nous leur imaginons... Cela évite bien des conflits, des prises de tête inutiles... Il est important de les éduquer sur les goûts, sur les aliments sains, de ne pas les laisser bouffer n'importe quoi... Mais pour les quantités à eux de voir en fonction de leur appétit tant que leur croissance se poursuit correctement aux yeux du pédiatre ou du généraliste.

Et hop... la minute théorique est écoulée... et j'ai un train à prendre...

Écrit par : Jack_Addi | 14/06/2010

J'aime l'humour de ce sujet auquel sont confrontées beaucoup de parents.
J'ai connu le dilemme de l'enfant qui ne mange pas,(ma fille aînée)et pourtant je n'était pas anxieuse. Il se trouve qu'elle n'acceptait que la nourriture qui était de couleur blanche, alors pour ajouter des légumes, dur, dur. D'ailleurs même chez la nourrice et où qu'elle soit, elle avait le même comportement. De plus elle avait un physique filiforme, ce qui m'a valu bien de rélexion désagréables de certaines personnes de mon entourage.

Écrit par : totem | 14/06/2010

J'adore cet article où le sérieux se mêle à l'humour!

Écrit par : Opale | 14/06/2010

Myriam : oui les enfants n'aiment pas découvrir d'ou vient ce qu'ils mangent... Les oeufs, la viande... Y'a souvent un stade comme ça !

Mottate : merci du commentaire ;-) la légereté du ton dépend du jour, du thème traité... Aujourd'hui c'était plus fun

Seashell : ah enfin quelqu'un qui me reconnait à ma juste valeur de grande scientifique en chef, estampillé journal de mickey.
Alors, y'a t il plus de garcons, de filles ? Sincèrement, pour en voir beaucoup, de tous les âges, j'ai l'impression que c'est 50/50. Tres empiriquement. Mais je n'ai pas l'impression de voir plus de garcons dans ce cas.

Kallucia : elle ne mangeait rien et est devenue une ado tout de même... Je reconnais que certains bambins grandissent sans qu'on comprennent vraiment d'où ils tirent leurs calories...Mystere et boule de gomme, mais ils grandissent quand meme !

Orthophoniste : lol, je ne connaisssais pas le problème inverse, mais ça a l'air quelque chose !

Sylvon : diantre, quel apport à la science ! J'appelle le journal de Mickey de suite pour empêcher la parution de mon article et en changer les conclusions !
J'ai dit qu'il fallait surement bosser sur la quantité d'ensoleillement nécessaire. J'avais tout faux : s'il s'agit d'un métabolisme à base de mycélium, il faut que je dise à la maman de surveiller l'hygrométrie de la chambre du petit plutôt !!!
(j'adore quand quelqu'un fait un commentaire encore plus barré que mon article...Merci Sylvon !)

Jack Addi : merci encore de ton apport !
Je rebondis sur un truc : la quantité. Effectivement, dans nos sociétés occidentales, les enfants et adultes ont des parts alimentaires largemment, tres largemment supérieures aux besoins. Du coup, un bambin qui ne mangerait QUE les calories dont son corps a besoin inquiéterait tous les adultes, qui trouveraient les quantités minuscules ! On a donc une vision de la quantité minimale de nourriture complètement déformée dans nos sociétés d'abondance.
Pourtant, comme tu le soulignes, même s'il mange peu, du moment que l'enfant se développe bien, alors peu importe les quantités : c'est que tout va bien et basta.

Totem : c'est quelquefois un vrai casse tête effectivement et les enfants obsessionalisent leurs prises alimentaires (tout blanc, que du mixé, pas mélanger...etc...). C'est rare que ce soient de véritables pathologies pourtant, ca n'existe le plus souvent car les adultes autour sont inquiets (et ca se comprend), du coup l'enfant en profite pour imposer ses goûts.
Il faut voir à l'hôpital quand ces bouts de choux viennent : monsieur ou mademoiselle qui n'aimaient que les trucs "blancs" ou les plats "sans morceaux" apprend à avoir le menu standard de l'hôpital (menu pour enfant je précise, tout de meme !). Du coup, un jour, deux jours à chipoter, mais après...Ben il mange parce qu'il a faim. Et parce qu'on demande souvent dans ce cas aux auxiliaires de le faire manger, pour faire un break sur les tensions familiales autour des repas.
Mais je reconnais pour etre aussi passé par là que c'est épuisant !

Opale : merci ;-)

Écrit par : spyko | 14/06/2010

J'ai longtemps été exaspéré par ces mères "d'enfants qui ne mangent rien" (nullipare, trentenaire et gourmande, je voyais ça de loin). Le symbole m'en paraissait être ce couple avec qui j'avais un jour été invitée - eux, et leurs deux filles (8 et 10 ans) qui ne mangeaient rien. Mais rien. Tellement rien qu'on en a entendu parler avant - ils hésitaient à venir avec ces filles qui ne mangeaient rien et qui gêneraient forcément tout le monde (même à la table des enfants?)? On en a entendu parler pendant le repas - rien, elles ne mangent rien - hein, regardez, enfin, elles ne mangent rien. On a aussi entendu toutes la litanie des efforts consentis depuis leur prime enfance pour les petits pots maisons, les légumes du marché, le mieux du mieux le fin du fin - et pourtant la cuisine ce n'est pas vraiment ma tasse de thé disait la mère (qui n'était pas gourmande, ça se voyait). Et elles n'ont rien mangé, ces filles, rien.
Et à la fin du repas, mon appétit était coupé ; devant cette femme qui se rendait malade en cherchant à obtenir son brevet de perfection maternelle, et se contraignait par devoir à qqch qu'elle n'aimait pas, devant ce père "englouti" dans cette histoire, j'aurais bien, moi aussi, fait la grève de la fin...

Je suis devenue plus compréhensive d'une manière inattendue.
Ma mère, à un peu plus de cinquante ans, a passé deux ans à ne manger que le strict nécessaire - moins trois tailles en six mois, perte de poids plus faible mais continue pendant les 6 mois suivants, puis stabilisation les 12 mois suivants. Ce n'était pas un régime, mais la conséquence d'un changement important de vie, qui a généré une aversion vis à vis du fait de manger. Le généraliste a géré intelligemment, en évitant de poser un diagnostic "étiquette", en faisant faire des bilans sanguins réguliers, en posant des limites (au moins telles et telles quantités de tel et tel aliments, pas plus de telle perte de poids) - jusqu'à ce qu'elle arrive à entamer une démarche thérapeutique. On a géré familialement en ne me focalisant pas dessus de toutes nos forces (ça vaut pas le nobel, mais bien une médaille olympique..), et en renvoyant dans leurs cordes les psychologues-du-café-du-commerce (qui n'auraient jamais eu le Nobel de Mickey) prêts à faire part de leur diagnostic.
Durant cette période, elle venait séjourner à la maison - il fallait réussir à lui proposer des plats et des aliments qui "passent" malgré son dégoût. Et, tout en en parlant quand elle abordait le sujet, ne pas commenter le fait que, bon sang.... elle ne mangeait rien, Maman. Rien, vraiment rien. Je devais faire un effort conscient pour ne pas récapituler mentalement le soir les quantités de nourriture qu'elle avait avalé.

L'histoire ne finit pas trop mal : elle a trouvé un bon psy (un -chiatre et un -chanalyste en tandem), avance son chemin, s'est remplumée et a retrouvé une relation plus détendue à la nourriture ; mais la gourmandise d'autrefois n'est pas réapparue. Il me semble que respecter son absence d'envie de se nourrir était la seule solution pour que ça évolue bien.

Mais que ça a été très angoissant - comme fille face à une mère adulte (certes confrontée à des pbs d'enfance - mais gérant ça en adulte)! Et qu'est-ce que ça doit être pire pour les mères (et sans doute les pères) qui sont pleinement responsables du nourrissage de leurs petits!

Désolée pour ce roman, mais votre billet "m'a parlé", comme on dit par chez moi.

Écrit par : Passante | 14/06/2010

Ton article est bien éclairant et permet de dédramatiser des situations qui sommes toutes peuvent s'arranger en prenant du recul comme tu le dis. J'ai bien aimé aussi à la référence au journal de mickey, ça m'a fait associer avec un souvenir d'enfance.

Écrit par : celine b | 16/06/2010

Bonjour,

Juste une question : la consultation psy, c'était pour l'enfant ou la maman ?

Écrit par : djouhar | 16/06/2010

Je me demande bien comment tu as fait pour avoir accès à mon dossier, dis donc! C'est du vécu pur jus, à titre pro et privé... Et oui, tu décris parfaitement cette sensation de profond rejet dont on est la proie de la part de son enfant, et l'énervement consécutif, et la culpabilité de se laisser emporter pour si peu... Les gosses sont très malins, et quand on a compris que la solution n'est pas de se laisser manipuler par eux, ça va tout seul. Mais plus facile à dire qu'à faire. Heureusement, le médecin a la courbe de croissance sous les yeux pour se rassurer!

Écrit par : Med'celine | 18/06/2010

Passante : l'histoire de votre maman est tres intéressante, car inhabituelle. Vous semblez l'avoir bien entourée dans ces moments là. Comme quoi, les troubles alimentaires comme ceux ci peuvent survenir à n'importe quel age

Celine B : merci....Et oui, le journal de Mickey, c'est toute notre jeunesse (si j'ajoute Pif Gadget!)

Djouhar : ce sont quasiment tout le temps des consultations mère/enfant

MedCeline : oui j'ai honte, j'ai eu accès à tout ton dossier, j'ai tout lu, tout regardé, c'était trop tentant.
Mais tu sais, j'ai eu ça aussi à la maison. Avoir vu plein d'enfants dans ce cas à l'hopital m'a juste permis de prendre un peu de distance, mais pas de tout résoudre... On n'a pas les clefs et les recettes pour soi meme !

Écrit par : spyko | 20/06/2010

Lui non plus ne mange rien ! Depuis 70 ans !

http://fr.wikipedia.org/wiki/Prahlad_Jani

Quand je pense à toutes ces mères qui obligent leurs enfants à manger alors qu'ils pourraient faire comme cet indien... Quel dommage !

Écrit par : Sylvon | 16/07/2010

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