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09/06/2010

Psychosomatique

J’avais envie de réagir suite à la lecture de l’article de Jack Addi sur les maladies psychosomatiques.


Pas facile d’abord, ces pathologies. Mais comme il le souligne, il y a aussi quelques fois où c’est bien tentant pour l’équipe médical, lorsqu’un diagnostic n’est pas là, de dire « bon ben c’est psy alors ! » et basta, on passe la main au psychologue et on est bien tranquille.
Alors tout comme Mister Jack, je voulais juste ajouter que les pathologies d’allure somatique mais strictement d’origine psychologique existent, certes, mais elles sont finalement rares.
La plupart du temps, il y a une intrication entre une patho organique, ou un mini-symptome organique, et le psychisme. La plupart du temps, les deux sont mêlés.
Alors oui, évidemment,un enfant qui hurle à la mort depuis des semaines, en disant que ses douleurs sont côtées à 9/10 sur l’échelle de douleur, alors même que le bilan médical est strictement rassurant et que le seul élement qu’on trouve, c’est une constipation ancienne…Oui je suis bien d’accord, là, il y a du « psy » surajouté. On peut avoir mal dans ce cas là, mais pas à ce point. Ok, il a bien besoin d’étre épaulé sur un plan psychologique.

Mais..mais…Mais… Si on me l’envoie direct en consultation avec comme diagnostic définitif (dit aux parents) « c’est psy, point barre et moi je le revois pas », ben je fais quoi moi de son problème de constipation chronique ? Je fais l’imposition des mains, et je le guéris, hop ?
Ou, je dis à la mère « oui, oui, je sais, il a mal, je vais le voir en consultation une fois par semaine pendant six mois parce qu’il est aussi un peu anxieux, et j’espère que ça ira mieux ensuite. Oui, il pleure toute les nuits et le médecin ne vous a pas donné de traitement anti-douleur, ni pour la constipation, parce que pour lui, c’est « tout psy »…Alors, vous prenez votre mal en patience hein…Qu’est ce que c’est que six mois sans sommeil si on le guérit de ses angoisses au final ?… »
Là, je me prends direct une gifle et je donne même raison à la mère de me l’avoir donnée !

Donc, moi, je vois, que la plupart du temps, les troubles psychosomatiques sont à la fois psychologique et à la fois organiques (même de façon modeste). Et qu’on ne peut concevoir, dans l’attente du mieux être, un suivi psy sans accompagnement médical ou traitement en parallèle !

De même pour certaines migraines à forte composante anxieuse, moi je veux bien voir le patient, ça me paraît indiqué mais quand j’entends « ben non j’ai pas d’anti douleurs, le médecin m’a dit que c’était QUE de l’anxiété ».
Sauf que l’anxiété qui déclenche des céphalées ou des migraines, ça fait quand même une vraie migraine au final, et ça fait POUR DE VRAI mal à la tête.

C’est pas du chiqué, de la comédie. Une fois installé, le mal de crâne il est là et le psy, mis à part égorger un poulet et faire une danse vaudou, je vois pas trop ce qu’il peut faire là tout de suite pour les douleurs.

Pour l’anecdote, un exemple de situation où tout le monde s’empresse de voir du psy…

Je suis appelé en service pour une grande jeune fille qui présente une toux chronique.
Je m’étonne : toux chronique ? Vous êtes sur que c’est pour moi ?
Et l’interne m’explique que oui, TOUS LES BILANS sont normaux, il n’y AUCUNE explication médicale (je vous expliquerai pourquoi je mets en gras ensuite…).
Et qu’il n’y a qu’à l’écouter tousser, pour voir que c’est psychologique.

Un peu dubitatif, je rentre dans la chambre.
Et je me retrouve face à une ado dont l’anxiété saute aux yeux dès les premières minutes.
Pas forcément liée à son histoire médical, non, je pense que ça fait longtemps qu’elle présente des symptômes anxieux très importants.
Bon du coup, Va renforce un peu l’étiologie psychologique..
Et quand je l’entends tousser, je réprime un sourire :

Elle tousse de façon théatrale au possible, avec mimiques exagérées, poses, genre « grande scène du II, acte 1 ». Elle fait des bruits complètement inadaptés où l’on voit bien que c’est exagéré, qu’elle va chercher très loin son raclement de gorge, comme pour bien montrer que c’est super grave.

Bref, tout colle pour une hypothèse psychologique. De l’anxiété, un coté théatral dans la démonstration du symptôme.
Je dis à la maman qu’il faudra sans doute suivre un peu sa jeune fille pour bien comprendre l’origine de tout cela et l’aider.
La maman adhère aux explications psychologiques. Et me demande si sa jeune peut retourner au collège (elle n’y allait plus car ses quintes de toux fortes inquiétaient tout le monde, et par précaution, elle restait chez elle en attente de diagnostic).

Bref, je lui « oui, oui », à mon sens, il vaut mieux qu’elle aille vite au collège, plutôt que de rester à la maison et y trouver des bénéfices secondaires qui ne vont pas nous aider.

Bref, on en reste là.

Le lendemain, je croise un médecin du service. Qui a l’air bien soucieux.


« Euh dis, c’est toi le psy qui a vu la grande jeune fille pour toux hier ? »
« Oui, c’est moi. Elle est sortie, je lui ai donné un rendez vous de suivi, tout va bien et.. »
« Ben non…En fait….On vient de recevoir d’autres examens et…

« D’AUTRES EXAMENS ? Mais l’interne m’a dit hier que TOUT LE BILAN était négatif ????

« Ben…C’est à dire….On y croyait pas trop…Donc on pensait pas que ca allait revenir positif…Mais en fait…Elle a la coqueluche !….Faut qu’elle revienne chez nous vite, et toi, faut que tu ailles te faire vacciner car tu as été en contact. Faut qu’on rappelle les infirmières qui l’ont vue, voir si leurs vaccinations sont à jour ….Pfff…heureusement qu’elle ne va plus au collège ! »
« Le…Col….La maman m’a demandé si elle pouvait y retourner…J’ai dit « oui » !

« Tu as dit « OUI » ???

« Mais tout le monde m’a dit que elle n’avait rien de médical !!!!!!!!! »

Voilà, allez, vous pouvez rire….
J’ai diagnostiqué le premier cas mondial de coqueluche psychogène…
Et je l’ai renvoyée contaminer tous ses petits copains.


(Et en conclusion : on a le droit d'avoir un profil hyper anxieux, un côté théatral ET d'avoir en plus une vraie maladie…

Donc il faut toujours faire le bilan psy ET le bilan médical, même quand ça semble psychosomatique d’emblée…)

10:24 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (21) | |  Facebook

Commentaires

Je te rejoins à 100% même si je suis pas médecin!
Sur le forum de l'asso d'aide aux victimes d'inceste que je fréquente ça arrive souvent que les filles se disent "bof c psychosomatique , pas la peine de voir le doc" (surtout qu'on l'aime moyen le doc en + quand c un homme et qu'il faut se laisser toucher), et j'essaye de toujours leur dire qu'il faut quand même vérifier avant de tout mettre sur le dos du psychologique...

Terrible l'histoire de la coqueluche quand même !

Écrit par : Opale | 09/06/2010

Je pense qu'il serait bien utile de remettre le Vaudou au jour. La danse, les égorgements de poulet et tout, ça ficherait une trouille bleue aux patients, et du coup, leurs problèmes psychologiques leur paraîtraient vraiment insignifiants. Il suffirait de leur promettre de recommencer une nouvelle séance vaudou si jamais ils ne se sentent pas mieux pour qu'ils soient guéris au niveau psy.
Et s'ils sont encore malades, on pourra les renvoyer au médecin en leur disant qu'on a fait tous les bilans psys, donc c'est forcément du "médic".

Écrit par : Sylvon | 09/06/2010

C'est marrant ça, beaucoup de gens pensent que psychosomatique = fausse maladie, comme si la personne qui avait le trouble faisait semblant d'être malade. A mon sens, quelqu'un qui a une maladie psychosomatique est effectivement malade, comme tu le dis en cas de migraine, elle a réellement mal à la tête. Ce n'est pas que la maladie est fausse, c'est qu'elle est déclenchée par un trouble psychique. C'est très différent. La douleur est réelle.
C'est exactement les maux de ventre si fréquents des enfants. Ils ont vraiment mal au ventre, même si c'est l'angoisse qui leur donne mal au ventre.

Quand mon fils de 2 mois a été hospitalisé, sa sœur de 3 ans s'est ouvert derrière l'oreille. Je peux t'assurer que la blessure et le sang qui coulait étaient réels……… Même si en vrai, ça voulait dire "oh oh, j'existe !".

Écrit par : Seashell | 09/06/2010

J'adhérais déjà à ta mise au point dans la première partie de cet article, mais l'exemple concret est très bien choisi et illustre très bien ton propos.

Je pense que dans tous les cas même lorsqu'on parle d'étiologie "psy" il faut garder un suivi médical, déjà pour garder un oeil sur le patient et être sûr de ne pas être passé à côté d'un diagnostic somatique (cf. la coqueluche), mais aussi parce que je pense que ça peut rassurer le patient d'être aux mains à la fois d'un psy et d'un médecin, non pas que le psy soit un charlatan mais dans la tête des gens, consulter un psy est souvent considéré comme dégradant. "Je suis taré".
Du coup la prise en charge pluridisciplinaire conforte le patient dans l'idée qu'il est "bien entouré", que son problème est pris au sérieux et dans toutes ses dimensions, et ça doit grandement aider à faire évoluer le problème dans le bon sens !

Ce n'est que mon humble avis...

Écrit par : L'apprenti Docteur | 09/06/2010

Opale : tu fais bien de le préciser sur le forum...Ce n'est pas parce que ça ressemble à une patho d'étiologie psy, ce n'est pas parce qu'on est anxieux, déprimé, etc... que FORCEMMENT, le symptome est psy. Toujours un bilan médical avant !

Sylvon : j'essaie de voir avec le CHU pour la logistique de la Vaudou Thérapie mais c'est super compliqué : il faudrait qu'il m'amène une camionnette de poulets vivants tous les matins, on ne sait pas où les stocker, il faudrait les stériliser avant de les faire entrer en service. En plus, on aurait la SPA sur le dos si on les anesthésie pas avant de les égorger. Pour le coup, pour un peu de vaudou, il me faut l'infirmière hygiéniste et l'anesthiste avec moi.
Pfff... C'est pas facile de faire dans les thérapies alternatives, j'vous jure.

Seashell : exactement, merci de résumer mes propos : psychosomatique ce n'est pas fausse maladie ! Quand on a mal au ventre parce qu'on angoisse ou qu'on appréhende, on a VRAIMENT mal au ventre. Alors, il faut traiter l'origine psy, ok, mais si on a mal, on a quand même vraiment mal. Et ça peut se traiter aussi, dans l'attente que l'aide psy ai pu faire avancer les choses.

Apprentie docteur : ah que j'aimerai travailler conjointement avec les médecins dans les pathos psychosomatiques ! Ce serait le rêve ! Mais beaucoup sont mal à l'aise avec ça, ce ne sont pas "de vrais" malades, il n'y a pas de "vrai" traitement et pas de réponse codifiée. Du coup, la tentation est grande de renvoyer direct et exclusivement chez le psy...
Mais ce serait effectivement super rassurant pour les familles d'avoir un suivi conjoint, signifier que le problème est pris au sérieux, que c'est pas de la comédie, de la simulation ou une vue de l'esprit.
J'ai jamais vu une crise migraineuse soulagée par la psychothérapie dans l'instant...Dans l'instant, on donne un traitement, point. Et ensuite, après, on s'attache à trouver des causes anxieuses.

Écrit par : spyko | 09/06/2010

D'un point de vue purement somatique :
- déjà devant une toux quinteuse chez un jeune, chais pas, "coqueluche" ça vient vite à l'esprit ;-) So much pour "on a fait TOUS les examens". Bon ça c'était uniquement pour faire ma méchante.
- si elle toussait déjà au collège au point de plus oser y aller, elle avait déjà eu le temps de contaminer tous ceux qui pouvaient l'être (la contagiosité la plus forte c'est au début).

Ensuite pour ce qui est du psychosomatique : ils ont du pot les médecins avec qui tu travailles de pouvoir adresser leurs patients au psy aussi facilement!! Je m'explique. Quand j'ai un/e patient/e en consultation (je suis interne en médecine générale) avec un problème psychosomatique, typiquement la douleur qui s'éternise, qu'on a bien du mal à traiter sur le plan médicamenteux, j'ai beaucoup de mal à leur faire accepter qu'il y ait une probable part psychogène à leur douleur. Bon, il y a mon manque d'expérience, mais même en prenant le temps, en expliquant, en leur disant "vous avez VRAIMENT mal", en les assurant d'un suivi conjoint somtique / psy, dès qu'on évoque la prise en charge psychologique beaucoup ont l'impression qu'on nie leur problème. "Puisque c'est dans la tête alors j'ai rien en fait Docteur, c'est ça que vous voulez dire?"

Écrit par : Gélule | 09/06/2010

Je viens de découvrir et parcourir ce blog, et que dire de plus que "bouleversant" ? A tous les sens du terme, tant hilarant que flippant, les témoignages sont sidérants et l'écriture est absolument fantastique. Je suis subjugué. Bravo.

Écrit par : Mottate | 09/06/2010

J'adhère !
J'ai problèmes des douleurs chroniques, j'ai eu la même attitude que les patients de Gélule, j'ai pensé que ma douleur était niée lorsque l'ortho a proposé une consultation à l'unité douleur avec prise en charge psy, relaxation,...
C'est toujours plus facile de chercher une cause organique qui pourrait être soignée par des médicaments ou autre que d'admettre qu'on est anxieux, qu'on a peur, qu'on est pas bien !
De plus lorsque la douleur dure, beaucoup pensent qu'elle est simulée, j'ai eu beaucoup de remarques de type "douleur, t'as juste pas envie d'aller en sport" (je suis encore en terminale) donc on se sent toujours obligée de se justifier, de prouver qu'on ne fait pas semblant, que ce n'est pas psy parce que souvent psy veut dire faux pour les gens

Écrit par : Shou | 09/06/2010

Perso je me traine l'étiquette "psychosomatique" depuis mon adolescence, et aujourd'hui je me marre du plus profond de moi même en me disant pfff.. laisse tomber, sont bloqués dans leur savoir et ne peuvent pas non plus tout connaître du coup, des dessins j'ai arrêté de leur en faire, çar en plus de souffrir, ça devient éreintant de se faire entendre. Va falloir que j'essaie le Vaudou, Lourdes, l'imposition des mains, la méditation etc...En attendant je m'adonne à fond à l'humour dans toutes ses formes et c'est pas plus mal.

Écrit par : totem | 09/06/2010

Je suis bien d'accord avec ton point de vue. Un exemple, tout frais de cette après midi, un patient qui vient me voir pour des problèmes de stress qui se sont traduits par des maux somatiques ( migraines liées à de la tension). Heureusement, cette personne est tombée sur un médecin généraliste intelligent qui lui a prescrit des médicaments pour sa tension et pour calmer ses migraines et lui a conseillé de consulter au vu de l'impact de son anxiété sur sa santé.
Comme tu dis, le diagnostic qui écarte ou non toutes causes médicales est primordial car ça peut être dangereux dans certains cas de passer à côté, la preuve! C'est aussi déconsidérer ce que ressent le patient en lui disant en gros, c'est dans votre tête tandis qu'une bonne approche psy va reconnaître la réalité des symptômes physiques et travailler sur l'impact qu'ils peuvent avoir sur le psychisme.

Écrit par : celine b | 09/06/2010

Gelule : a priori quelqu'un a bien pensé "coqueluche" puisqu'un prélévement avait été fait dans ce sens... Pourquoi l'interne m'a dit alors que TOUT le bilan était négatif ? Mystère.
Comme tu le soulignes, pas toujours facile d'amener le patient vers la consultation psy car il peut se sentir pas pris au sérieux, qu'on pense que c'est dans la tête et point.
Moi j'essaie toujours d'expliquer que le médical et le psy sont imbriqués, que le stress donne des douleurs et que trop de douleurs donne du stress, et qu'au bout d'un moment, on ne sait plus ce qui a déclenché quoi. Que donc dans un tableau de douleur chronique, il faut prendre en charge le médical et proposer un accompagnement psychologique.
Là dessus, l'exemple de la migraine, dont le grand public reconnait facilement qu'elle peut étre déclenchée par de l'anxiété bien qu'étant une "vraie" pathologie, marche plutôt bien.

Mottate : merci, ca fait du bien un commentaire comme ça... ;-)

Totem : d'accord à 100%, l'humour est une excellente thérapie.

Shou : alors explique bien a ceux qui t'entoure que si un symptome peut avoir une origine psychologique, ca ne veut pas dire que le symptome, lui, est psychologique.
Exemple typique : on te dit que demain tu vas faire un discours devant 2000 personnes... Tu vas sentir une grosse boule dans la gorge peut etre et ton estomac se tordre !
Origine : psychologique à 100% : stress.
Pourtant les douleurs, tu les sentiras pour de vrai, et elles, elles ne seront pas que dans la tête.

Celine B : merci de ton exemple qui prouve encore que c'est par la collaboration médecin/psy qu'on arrive à bien prendre en charge ces pathologies. Le corps et le psyché sont imbriqués et on ne peut pas scinder les choses de façon abrupte.

Écrit par : spyko | 09/06/2010

Je me souviens d'une vignette clinique que nous avait conté Gisèle Harrus Revidi en cours de psychanalyse lors de mes études (il y a longtemps au temps jadis !)...

Elle recevait une patiente hystérique... Ce jour là elle vint à sa séance pliée en deux, toute pâle et transpirante... Dame Gisèle (qu'elle n'y voit là aucune familiarité mal placée, mais juste une marque d'affection... je l'adore ! Elle me donnait de super notes en plus!) lui demanda alors ce qui n'allait pas... Elle lui répondit... "rien... c'est certainement encore dans la tête"...

La séance analytique se passe... La patiente se relève... Toujours pliée en deux, pâle et transpirante... Dame Gisèle sort alors de sa neutralité analytique (celle-ci ne doit pas empêcher la bienveillance !), et lui dit : "je ne vous laisse pas repartir comme ça... j'appelle une ambulance"... La patiente proteste, lui assure que ce n'est rien... que c'est encore une de ses nouvelles conversions ou troubles psychosomatiques avec lesquels elle s'est hélas habituée à faire rire tous les médecins de son quartier...

L'ambulance arrive, la conduit aux urgences etc...

Quelques temps après, Mme Harrus apprendra que sa patiente a dû être hospitalisée et opérée d'urgence en raison d'une grossesse extra-utérine...

Tout ceci pour dire...

Que les patients sujets au somatisations du fait de fragilités somatiques décompensant plus facilement du fait de leur fragilité psychologique ou d'une problématique psychodynamique impliquant leur rapport à leur corps... Finissent au bout d'un moment par intérioriser de façon quasi "surmoïque" le regard méprisant du médecin sur leurs troubles, et finissent parfois par ne plus oser aller consulter... Même quand pour le coup... ça devient franchement sérieux...

Perso, dans ma pratique récente (je vous laisse aller relire mes articles sur le sujet si vous voulez)... C'est un jeune adulte qui facilement perturbé par le stress sur le plan digestif, que j'ai vu hésiter pratiquement une journée entière avant d'aller consulter pour... une crise d'appendicite... Avec début de péritonite...

Bref... Composante psy ou pas... Une maladie (excepté les conversions hystériques), qu'elle soit plus ou moins majorée par le stress ou autre facteur psychologique, cela découle TOUJOURS d'un dysfonctionnement somatique... Et le savoir est suffisant pour penser que le médecin devrait toujours accueillir la plainte et soigner le corps de son patient avec la plus grande attention... et sans juger...

Écrit par : Jack_Addi | 09/06/2010

Moi, je peux te le dire : J'AI COMPLETEMENT EXPLOSE DE RIRE !
Parce que tu vois, ta description sur la toux de la jeune fille .. comment dis-tu ? "Elle tousse de façon théatrale au possible, avec mimiques exagérées, poses, genre « grande scène du II, acte 1 ». Elle fait des bruits complètement inadaptés où l’on voit bien que c’est exagéré, qu’elle va chercher très loin son raclement de gorge, comme pour bien montrer que c’est super grave."

Et bien voilà : j'étais à deux doigts de faire lire ce passage à Rahan, rebaptisé pour l'heure Mourant. Parce que c'est exactement comme ça que RAhan/Mourant tousse, que ça fait plus d'un mois que ça dure, que je ne dors plus, qu'on ne peut pas parler avec lui, que les enfants sont traumatisés .... que quand des amis viennent et qu'il a une quinte ... ça laisse un long, très long froid.

Et Rahan/Mourant, ben il a .... la coqueluche. Eh oui ! et y'en a pour trois mois de cette cochonnerie.

Alors merci, merci, merci, grace à toi, j'ai pu pendant quelques minutes rire de tout ça.

Écrit par : kaliuccia | 10/06/2010

Ton billet m'inspire deux réflexions.
Concernant la coqueluche, tout d'abord. Tu évoques une toux "chronique". J'en conclus que la demoiselle tousse depuis plusieurs semaines déjà. Je trouve ça cocasse que la sérologie n'ait pas été demandée avant. Je ne sais plus les chiffres exacts, mais on considère que parmi les gens qui toussent plus de 8 j, 30% environ ont la coqueluche. Le réflexe sérologique devrait être pris par mes confrère, bond'la! Pour la contagiosité, rassure-toi. Il s'agit d'une toxi-infection, liée à la présence d'une toxine donc. Le patient n'est plus contagieux après 3 semaines d'évolution des symptomes, même s'il continuera à tousser 6 à 8 semaines du fait de cette toxine (non contagieuse). L'immunité vaccinale pour cette maladie est de 10 ans. Bref, pas de panique!

Concernant ensuite les aspects psychosomatiques des maladies, j'ai eu l'exemple désastreux récemment parmi mes conaissances (indirectement, heureusement). Il s'agissait d'une jeune femme en pleine forme, qui s'est mise à déprimer un peu, et prendre des AD en même temps qu'un suivi psy. C'était en décembre. En février, les symptomes tournaient à la mélancolie, ses proches étaient désemparés, mais elle "gérait", c'était une personnalité forte, peu encline à s'épancher sur ses soucis de santé. Début mars, elle tombe dans le coma. Verdict IRM: grosse tumeur cérébrale taxée de bénigne, mais inopérable car très intriquée. Début de chimio désespérée, radiothérapie, corticoïdes. Décès fin mars... J'ignore si un diagnostic précoce aurait pu sauver cette dame, mais ça fait froid dans le dos... Tu vois, finalement, elle est sympa, ta coqueluche, non?

Écrit par : Med'celine | 10/06/2010

Et la toux chronique genre tuberculose pendant 3 mois après examens négatifs rangée dans le psy. mais derrière laquelle se cachait un zona? c'est pas mal non plus.

Écrit par : totem | 10/06/2010

Jack Addi : merci pour ton commentaire et les exemples cités, très interessant !
Juste pour finir le débat : meme dans les conversion hystérique ,il n'est pas rare de constater que la conversion s'est organisée autour d'un "mini" symptome médical de base, sur lequel l'angoisse, ou autre fantasme, a pu se greffer.

Kallucia : je voulais pas décrédibiliser Mister Rahan ! Solidarité masculine non mais !
Il SOUFFRE ! j'en suis certain :-)

MedCeline : je sais pas pourquoi personne n'a pensé coqueluche. Si ça se trouve, finalement, si. Mais moi les infos que j'ai eu par l'interne était : bilan médical négatif, point. Est ce que c'est l'interne qui avait recu de mauvaises infos, pensant que la coqueluche avait déjà été explorée avant ?
Merci de me rassurer sur la contagion : c'est vrai de vrai, j'ai pas créé une hécatombe au collège ?
Et ton cas de la jeune femme fait froid dans le dos et incite à la prudence !

Totem : pas mal, effectivement ! Ca devait faire qd meme un peu bobo un zona ?

Écrit par : spyko | 10/06/2010

Règle cardinale en ana-path lors d'une autopsie: "on peut avoir la vérole ET un bar-tabac". Ca s'applique partout en fait.

Écrit par : pedopsy | 10/06/2010

@Spyko : oui un zona ça fait bobo mais j'étais ado à l'époque et focalisée sur la toux tout comme le médecin d'ailleurs c'est après le diagnostic "c'est dans la tête" qui m'avait vexée que j'ai signalée la douleur en question.

Écrit par : totem | 11/06/2010

Pedopsy : excellent cette phrase ! je ne la connaissais pas.

Écrit par : spyko | 12/06/2010

D'où l'expression ; fier comme un bar-tabac, oups c'est de coluche.

Écrit par : totem | 12/06/2010

Cette bonne histoire m'évoque un mémorable partiel de psychopatho, où le prof nous avait concocté une anamnèse aux petits oignons sur le cas d'une dame poussant la porte du psy avec une atroce rage de dent. Je me rappelle qu'il avait tapé "rage de dent" en italique, comme les profs aiment bien faire pour faire subtilement comprendre aux golmons que nous sommes qu'il y a peut-être un double-sens, mais moi je dis ça je dis rien hein, vous m'avez pas vu. Bref, anamnèse digne de l'enfant caché de Zola et B.-E Ellis, et que je t'en fais des caisses sur le père symbolique parce que le père réel était un toxico qui avait couché avec la belle-mère de la tante et que la patiente petite elle avait vu rouler le pater comme la bobine du fort-da, et le premier mari alcoolique-comme-par-hasard, "menteur comme un arracheur de dents" dira même la dame au psy ... bref, question de partiel, en gros, c'est "voilà, elle vous a balancé ça, vous répondez quoi ?". 70% ont du répondre : "je ne réponds rien pour laisser la subjectivité de la patiente se déployer dans la pureté du silence, et parce que je suis psy non mais ho, je ne suis pas une poubelle de l'âme !", 29,99% se sont lancés dans une brillante analyse crypto-lacanienne pour conclure sur un brillant diagnostic à peine prévisible d'hystérie de conversion, parce qu'à la fac, à part hystérie de conversion et névrose obsessionnelle, le reste hein, c'est des trucs d'enfoirés de psychiatres ... bon, et il y en a 1, soit 0,01% ou un truc comme ça - les matheux rectifieront d'eux-même - qui a répondu en une ligne : "je lui donne l'adresse d'un bon dentiste". Je vous laisse deviner qui a eu la moyenne, et qui a décidé d'abandonner psycho, cette "masturbation cérébrale pour mouton moyen".
C'était pas moi. Parfois je regrette. Mais encore aujourd'hui, quand un patient me dit que ça fait mal quand il appuie là ("ça lanceuh !"), je lui demande toujours s'il a essayé le Spasfon. Comme ça, pour voir.

Écrit par : C'est l'insane | 17/10/2011

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