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07/04/2010

Souris parce que c'est grave

Ils avancent.
Serrés l'un contre l'autre, comme pour se donner plus de courage, ils remontent doucement le long couloir de l'hôpital.
Et moi qui les suis cet après-midi, je sais où ils vont. Je sais où ils vont apporter tous leurs paquets colorés qu'ils tiennent dans leurs bras. Je le sais parce qu'au bout du long couloir, tout au bout, il y a le service de cancérologie pédiatrique.
Ils ont l'air épuisés. Peut être que les nuits sont difficiles ces derniers temps. Peut etre qu'ils pensent à leur enfant, seul dans ce service inconnu, qui peut etre pleure dans sa chambre en se cachant sous l'oreiller et qui peut etre les appelle aussi. Peut etre que cela fait des mois qu'ils ne dorment plus.
La femme tient son mari par le bras, comme si il devait la pousser pour avancer. Elle le serre, il la serre. Je vois leurs yeux un peu rougis.
Et je sais. Je sais la force qu'il va leur falloir d'ici cinq minutes en rentrant dans la chambre. La force de sourire, de faire comme si tout était comme avant. La force de le faire rire.
Ils lui donneront leurs gros paquets emballés de papier rouge et or en prenant des airs réjouis. Ils joueront avec lui parce que jouer, c'est encore rester un peu en vie. Ils feront attention de ne pas croiser le regard de l'autre, pour ne pas sentir les larmes monter et ne pas pouvoir les retenir.
Il faudra sourire et discuter avec les infirmières comme si on parlait d'un simple rhume. Tout faire pour qu'il n'ai pas peur.

Je les vois avancer et je sens que leurs pas se font moins rapides. C'est comme si leurs forces étaient prêtes à les trahir. Des mois à faire semblant, à sourire, à trouver la force d'être positifs, à se retenir devant lui.
Je sais que dans cinq minutes, un grand sourire viendra illuminer leur visage et ils tendront leurs cadeaux avec un grand éclat de rire. Comme si ils avaient déposés leurs soucis et leurs peurs dans un grand carton à l'entrée de la chambre.

Mais tout à l'heure, sitôt la porte refermée, le grand carton les attendra. Et il faudra le reprendre et le porter. Encore et encore. Et chaque jour encore, où il deviendra plus lourd.

Je les suis et putain, ça me fait chier d'être psychologue quelques fois. Pour être passé là où ils sont passés, pour avoir vécu en partie ce qu'ils ont vécu, je sais ce qu'ils éprouvent, je sais la boule à l'estomac et l'énergie dépensée à l'oublier. Je sais l'angoisse qui monte lorsque la nuit commence à tomber et les questions à arriver.
Je pourrais poser ma main sur leurs épaules et leur dire que je comprends. Je pourrais leur dire que c'est trop lourd de faire semblant, qu'ils ont le droit de craquer un moment, de tout lâcher parce que ça fait trop mal de contenir tout et tout le temps.

Je pourrais leur dire que on va prendre un quart d'heure et aller se boire un café pour se donner des forces. Que c'est trop dur de sourire toute la journée, de voir des infirmières sourire toute la journée, de voir ces putains de visiteurs et de gens autour de nous sourire toute la journée, parce qu'il faut être aimable, que c'est bien, que toute monde veut être gentil avec nous, mais que quand au fond, ça nous bouffe de l'intérieur, et qu'une voix hurle que son gamin est en train de mourir, le sourire des autres, ça nous met en rage et ça nous donne envie de tout casser.
Et puis qu'il y a un stade où trop de gentillesse ça ressemble à de la pitié et la pitié, y'a rien de pire à éprouver dans ces moments là.

Je pourrais leur dire que je comprends, qu'ils ont raison d'être en colère. Parce que la maladie c'est pas juste. Parce que leur gamin a rien fait pour ça. Parce qu'eux non plus n'ont pas mérité ça. Mais, de toute façon, on peut être en colère autant qu'on veut, en vouloir au ciel autant qu'en veut, se dire que c'est pas juste et pas mérité, de toute façon là haut, Dieu ou pas Dieu, ça marche pas comme ça. C'est ton gamin qui trinque, point, mérité, pas mérité, content ou pas content. Et tu dois faire avec.

Et alors que tout le monde se focalise sur leur enfant qui souffre, j'ai envie de m'intéresser à eux, qui souffrent tout autant, mais pour qui tout le monde considère que c'est leur job de parent d'être là et de morfler.
Et alors que l'angoisse au fond d'eux les prend, qu'ils ont peur de la suite à en crever, j'ai envie de leur dire "allez, vous allez y arriver. Tenez bon. Il a besoin de vous. Soyez forts".
J'ai toujours cru entendre dans le "soyez fort" une sorte de phrase qui coupe court à tout, et nous dit de nous la fermer sur nos craintes, peines, peurs, de souffler un bon coup et d'arreter de se plaindre.
Mais, pour avoir été dans ce grand couloir aussi, j'aurai eu besoin, je crois, que quelqu'un s'intéresse à moi en tant que parent et me dise "allez, sois fort, tu peux y arriver". Parce qu'on s'écroule, parce qu'on a l'impression qu'on arrivera jamais à aider notre gamin, parce qu'on a peur de ne pas avoir la force d'affronter la suite. Et qu'on aurait bien besoin que quelqu'un nous dise, quand on y croit plus : oui, je sais que tu peux y arriver.

Mais si je vais vers eux, que je leur mets la main sur l'épaule, que je les invite à prendre un café et souffler, que je leur dis que je suis passé par là aussi, que l'on partage nos craintes, nos peurs, nos doutes, nos joies, peut être que je les aide. Mais je ne suis plus professionnel. Je franchis le cap.
Et je sais que je si franchis le cap, c'est du mensonge, de l'illusion que je leur donne. Je ne vais leur faire croire que je suis leur ami et que je peux tout comprendre, quand dans quelques mois, ils auront quittés l'hôpital. Je ne peux pas être ami avec tous les gens qui passent. Je peux jouer facilement le gentil, l'ami qui soutient, mais quoi quand ils seront partis ? Je ne les inviterai pas pour autant chez moi le dimanche.
Et si je deviens leur ami, comment je réagirai si quelque chose arrive à leur enfant ? Ai je envie d'être l'ami de tous et pleurer à chaque décès ? Quel soignant peut tenir le coup comme ça ?

Je les dépasse et dépasse les gros cadeaux aux papiers colorés.
Alors, je remballe mes sentiments  que je croyais être en écho avec les leurs.
Je remets mon masque de psychologue sur mon visage.
J'ouvre la porte du service pour eux et leur dit bonjour avec un grand sourire.

11:29 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (39) | |  Facebook

Commentaires

juste envie d'allumer une bougie pour ce couple et leur enfant...

Écrit par : Opale | 07/04/2010

Pfiouuu ! Quels mots pour dire les choses ! J'aime ta sincérité, ton humilité, tes questionnements.

C'est vrai que parfois... pfff ! On mettrait bien nos casquettes de psy à la poubelle. Mais nous ne serions plus psy. Il y a des gens pour mettre la main sur l'épaule, et d'autres pour faire ce que tu/nous fais/faisons.
Une question subsidiaire, à laquelle je crois avoir une réponse, mais quand même je la dépose ici... Comprend-on, aide-t-on, faisons-nous mieux notre boulot lorsqu'on est passé, au moins un peu, par les tortures que vivent nos patients ? Ou à l'inverse, un psy "lisse" de toute émotion et de tout vécu pourrait-il être psy ? Ce qui renvoie d'ailleurs au motif qui font qu'un psy devient psy...
Tiens, je vais tenter d'en faire une note...

Écrit par : psyblog | 07/04/2010

touchant car tellement vrai... merci de mettre des mots sur ce type de situation.

Écrit par : pesf | 07/04/2010

...

Mise à part l'émotion évidente je ne comprends pas ta note... Pourquoi si tu leurs dis que tu "es passé par là" tu deviendrais forcement leur ami ? Est ce que au contraire ça ne pourrait pas t'aider simplement pour gagner "des étapes" avec eux professionnellement?
Pourquoi empathie et distance seraient incompatibles?
Enfin, dans ce cas, excuse moi d'être un peu direct mais ces parents ont-ils besoin d'un grand pro de la psychologie (alors qu'ils n'ont pas de pathologie a priori) ou simplement d'une oreille neutre, chaleureuse et compréhensive?

En tous cas je vois que nos questions se croisent...

a+

yann

Écrit par : yann | 07/04/2010

Psyblog : je crois que tu as foncièrement raison : on comprend mieux les gens si on est passé par là. Pas forcemment la même épreuve, la même chose. Mais quelque chose de semblable. Je pense qu'on serait un mauvais psy si on avait vécu une vie tranquille et sans heurt. La souffrance est universelle, la douleur aussi. Si on est un peu passé par là, alors on comprend mieux les gens : en tout cas, on comprend mieux ce qui ne se dit pas et leurs émotions.

Yann : la frontière est qqfois ténue.... Je crois que si je veux rester à ma place de psy, je me dois de garder une certaine neutralité, pour ammener les gens à dire des choses qu'ils ne diraient pas ailleurs, à réflechir à ce qui les arrive. Ca s'appelle l'empathie ("souffrir dans" ethymologiquement, c'est à dire essayer de comprendre ce que l'autre vit à l'intérieur).
Si je leur pose la main sur l'épaule, leur dit que je connais ce qu'ils éprouvent et leur raconte un bout de ma vie, je suis dans la sympathie ("souffrir avec" toujours éthymologiquement : je suis près d'eux et avec eux).

C'est très important la sympathie, fondamental dans les épreuves même ! On a besoin d'être entouré et accompagné !
Mais chacun son rôle. Si je verse là dedans, je ne suis plus psy et ce qui se dit entre eux et moi ne différera pas de ce qui se dit avec leurs amis ou leurs collègues.
Important certes, mais chacun son rôle.
Du coup, j'insiste toujours avec les parents sur le fait qu'il faut qu'ils soient entourés. Que quand on souffre, on est tenté de fermer sa porte, couper son téléphone et ne plus voir personne. Et que justement, il faut lutter contre ça et essayer de s'entourer des gens qui peuvent nous soutenir (et en profiter pour faire le tri avec les amis qui nous épuisent !)
Donc j'insiste sur l'amitié car ça, je ne peux pas leur apporter.

En service, tu vois, je crois que l'infirmier, l'aide soignant, le médecin qqfois peut aller dans la sympathie, poser la main sur l'épaule, proposer le petit café sympa, apporter tout cela.
Mais moi je ne travaille qu'avec mes mots et la relation. Si je fais ce que tout le monde fait, où est ma spécificité ?

Mais attention, ca ne gomme pas l'empathie, et je ne reste pas froid face à tout cela. Ca m'est impossible même. Je pense être chaleureux, mais en essayant de garder la bonne distance.

Écrit par : spyko | 07/04/2010

Oui je comprends ce que tu veux dire... c'est moi qui ne comprenait pas...

Ceci dit je mes rends aussi compte d'une chose assez triste c'est que nous les "soignants purs" on a pas le temps (et le travail en équipe n'aide pas) pour construire une relation de sympathie (ou vite et mal) et c'est pourquoi on compte sur le magicien psy...
Or j'entends tout à fait quand tu dis que ce n'est pas ton rôle...

Mais du coup je me dis que les pauvres patients et famille de patients, s'ils n'ont pas des proches un peu aidants et un peu "cortiqués" (comme on dit chez nous) et ben personne ne leur payera leur café et personne ne leur dira que "ça va aller"...

Et je trouve ce constat assez terrible en fait...

Mais malheureusement totalement révélateur...

yann

Ps: Et pour le coup du "bas toi" ça fait longtemps que je veux faire une note la dessus moi aussi... Mais il va falloir que tu arrêtes de me piquer tous mes sujets hein... non mais... ;)))

Écrit par : yann | 07/04/2010

Je ne sais pas quoi dire à part que je suis touchée par ce que je lis. Le rôle du psy n'est pas toujours facile en effet. Et surmonter ça, quand on est parent, je ne sais pas comment on peut y parvenir.

Écrit par : Prose | 07/04/2010

il faut être mère (ou père) pour apercevoir le tiers du quart de ce que doit être la souffrance de voir son enfant très gravement malade.

Écrit par : miss400 | 07/04/2010

C'est con mais je pleure. Je pleure parce que ça fait écho chez moi et pourtant je fais partie des parents heureux puisque tous mes enfants sont vivants... Qu'est ce que c'est con... mais je pleure. Merci.

Écrit par : Catherine | 08/04/2010

Prose : Surmonter cela, pas facile. Mais je crois qu'on a tous des ressources au fond de soi, des ressources qu'on ne soupçonne pas avant d'être confronté aux choses difficiles. Je ne dis pas que c'est bien, attention, mais on se connait sans doute mieux aux travers des épreuves aussi.

Miss400 : pere ou mère, on ressent les choses plus fort sans doute. C'est bien car on est plus empathique. Pas bien car on est trop empathique...Quant au juste milieu....

Catherine : désolé pour les larmes... Promis, je me rattrape au prochain billet

Écrit par : spyko | 08/04/2010

"Père ou mère on ressent plus fort les choses" : c'est pas forcément vrai. Que fait on des mauvais parents? des parents inconscients, dépourvus d'amour ou pas cortiqués? Cette histoire est triste parce qu'un enfant ayant des "vrais" parents aimants va mourir. Cette histoire est triste parce que ceux qui accompagnent cette famille et cet enfant sont des gens emplis d'empathie. Si on replace cette histoire dans un autre contexte, genre parents j'en foutistes non aimant ou très loin de toute réalité, (parce que ça existe) quels sentiment vont rencontrer le personnel soignant?, pitié, colère,impuissance et autres et quelle sera l'attitude du psy. dans ce cas là envers l'enfant?

Écrit par : totem | 08/04/2010

Totem : effectivement, toutes les réactions ne se ressemblent pas et certains parents sont moins investis auprès de leur enfant hospitalisé que d'autres.
De là à dire qu'ils sont moins aimants, c'est un pas que je ne franchirai pas.

Certains passent peu voir l'enfant, ne montrent pas d'émotions evidentes, mais ce peut être une réaction de défense face aux évenements, une sorte de blindage affectif que l'on met en place pour se protéger.
Certains parents ont vécu dans des familles où montrer son affection ne se faisait pas.
Certains parents ont eu la malchance d'avoir des parents peu entourants, peu présents, et de fait, ne savent pas avoir un bon attachement avec leur enfants, ne faisant que reproduire ce qu'on leur a appris.

Certains parents, certains enfants même, face à la maladie, ne sont pas sympas du tout et l'empathie est difficile à trouver. Certains enfants vont se conduire comme des pestes, même face à la mort : est ce une réaction de défense ? Ou leur façon d'être habituelle ? Comment les aider dans ce cas ? Comment trouver les mots, l'empathie, comment être aidant d'une famille ou d'un enfant qui ne donne pas envie de l'être ?
(je déborde un peu là)

Pour répondre à ta questions, si des parents sont peu présents, j'en parlerai bien sur à l'enfant : est ce qu'ils lui manquent ? est ce qu'il veut les voir ?
Comment faire face à cette absence ? Veut il leur écrire, leur dessiner quelque chose ?
Essayer de voir les parents, comprendre leurs peurs, leurs questions, leur comportement, faire du lien avec ce qu'éprouve leur enfant.

Bref, réponses multiples. Mais parents "je m'en foutiste", je trouve ça un peu fort. Les parents absents, il y en a c'est vrai. Mais que connait on de leur histoire, de leur vie, peut être ont ils eu une enfance fracassée, ont ils été eux même "mal aimés" ?
Qui suis je pour les juger et les dire "je m'en foutiste" ? Je ne m'y risquerai pas. Moi je pars seulement de ce que ressent l'enfant car c'est mon job : cet enfant là, maintenant et ici, a t il besoin de ses parents ? Si oui, comment faire.

Écrit par : spyko | 08/04/2010

en premier je veux te dire que c'est bien écrit, avec de belles émotions !

Aprés, et l'ayant vécu et questionné je me pose la question de la génération. Un parent ne doit pas enterrer son enfant, il doit le voir grandir, l'accompagner, le nourrir, lui apporter secours et amour. Comment un enfant peut devenir " parent" l'accompagner, lui apporter secours, amour et accepter qu'il meurt car dans la vie il y a la mort, heureusement que dans une fin l'on peut mettre d'autre espoir et d'autres idées.

pas facile oui pas facile la mort
et après le très sérieux !

moi je te mets la main sur ton épaule, pour le café j'ai déja une option avec un autre psy génial donc si tu acceptes un jus d'orange ?

Écrit par : Myriam F. | 08/04/2010

Je viens de commenter le billet de psychoblog que je trouve très juste tout comme le tien. Je comprends bien ta position de juste distance avec les parents tout en étant chaleureux car c'est celle que j'adopte dans ma pratique. Quand tu dis qu'on peut avoir traversé des moments douloureux en tant que psy je dirai que c'est très juste et ça a été mon cas dans mon histoire personnelle. Je pense maintenant comme ce que tu décris pouvoir m'appuyer sur cette ressource intérieure pour mieux comprendre ce que les gens traversent sans tomber dans la relation de miroir ou de copinage. Je suis bien d'accord avec toi que dans ce cas on n'occupe plus une place de psychologue. C'est tout l'enjeu de la relation thérapeutique car les personnes en souffrance peuvent être dans cette demande de relation de proximité. C'est important de rester professionnel tout en étant pas dans la froideur non plus. Cependant je persiste à dire que c'est la bonne distance qui nous permet de travailler avec les gens.

Écrit par : celine b | 09/04/2010

très beau billet, surtout que tous les psychologues en hôpital ne sont malheureusement pas ainsi... Pour avoir connu et arpenté dans tous les sens un tel service pendant plus d'une année avec ma toute petite puce, je comprends très bien ce dont vous parlez. Cependant, nous allions chercher de la force en allant voir notre puce et elle nous en donnait tant ! La voir se battre si vaillamment et si courageusement nous remplissait d'espoir. Bien sûr, les moments d'angoisse, de doutes ont existé...mais une telle force de vie parvenait à nous faire oublier la gravité de la maladie.
En revanche, je préfère ne pas trop m'étendre sur le psychologue du service qui à chaque fois qu'il entrait dans la chambre était si maladroit, si "muet"...c'était à moi d'engager le dialogue, de lui parler, de le rassurer...ce qui était quand même un comble ! d'ailleurs, il profitait de l'entrée d'une infirmière ou d'un médécin pour vite s'éclipser, prétextant ne pas vouloir gêner...pensant sans doute avoir fait son travail.
En tout cas, j'ai découvert il y a peu votre blog et il fait désormais partie de mes favoris. Merci à vous !

Écrit par : Gaëlle | 10/04/2010

Bonjour,

Bien que lisant souvent votre blog (que je trouve très instructif sur votre profession, soit-dit en passant), mais sans envie de participer habituellement, aujourd'hui, je franchis le cap, car votre billet m'interpèle sur une situation que je n'ai pas encore clairement résolue.
Bref. Je suis mère d'une enfant cancéreuse, en rémission, mais aussi généraliste. J'ai eu, malheureusement, deux petits patients eux aussi malades. J'ai pris la décision de ne pas parler de ma situation personnelle à leurs parents, afin de pouvoir garder ma distance de soignant. Je n'explique pas clairement ce choix. Il me semble que changer de position dans l'esprit de mes patients, me ferait perdre de mon efficacité. Mais bien sûr, il y a aussi l'idée de me protéger, sur le plan émotionnel, mais aussi sur le plan de la rumeur. Mon vécu m'aide beaucoup dans les échanges que j'ai avec les parents.
Il se trouve que mon "secret" a été en partie éventé, puisque j'ai croisé un de mes petits patients et ses parents à la consultation d'oncologie de ma fille (le hasard a fait que nous ayons le même oncologue). Cela n'a finalement pas changé mes relations de "travail" avec eux. Nous n'avons pas copiné, non plus. Chacun est resté à sa place, si je puis dire. C'est ce qui nous a spontanément le mieux convenu.
Voilà pourquoi, je dis que ma position n'est pas forcément claire sur le sujet.

Quant à la gaité du personnel soignant, elle m'a parue totalement indispensable à m'aider à tenir pendant les soins. Jamais, je n'aurais voulu qu'ils pleurent avec moi. Les proches sont là pour ça.

Et en ce qui concerne l'amitié avec des parents dont les enfants n'ont pas la chance de guérir... J'ai par internet créé des liens avec quelques uns, voire même de l'amitié. J'ai hésité, j'ai eu peur de souffrir quand leurs enfants mourraient. J'ai toujours pleuré de ces enfants . Mais ces liens ont été totalement hors du champs professionnel. Je ne peux pas mélanger les deux (attention, si un de mes petits patients meurt, je pleurerai c'est certain). Et j'avoue avoir été lâche, car je n'ai pas eu le courage de vouloir créer le moindre lien en face à face direct avec des parents d'enfants malades.

Il me reste plus qu'à dire merci pour la séance de psychothérapie de ce soir à M. le Spykologue...

Écrit par : Mercredi | 11/04/2010

Article bouleversant..
Cette question ne se pose pas que pour les "spykologues", mais aussi pour tout le monde dans le quotidien. Bien sûr en tant que psy la problématique se fait plus grande..

Mais moi, quand je vois une jeune fille pleuré dans le train à chaudes larmes, j'ai envie d'aller la voir et la serrer dans mes bras, lui dire que tout ira bien et lui demander ce que je pourrais faire pour elle.

Ou quand des parents attendent complètement paniqué dans la salle d'attente des urgences pédiatriques (j'y suis régulièrement à cause de mon neveu asthmatique), j'ai envie d'aller parler avec eux les rassurer, leur dire que tout ira bien.

Quand je vois un vieux papy seul sur son banc, sûrement en train de se ressasser toute sa vie, tout le chemin parcouru, et voyant son regard submergé par la solitude, j'ai envie d'aller lui dire qu'il ne sera plus seul désormais, je serais là.

Malheureusement, souvent on ne fait pas ce genre de pas; Par timidité, par pudeur, par peur de la réaction des gens en face.. Nous aimerions (presque) tous pouvoir assumer tout les maux du monde, aider les personnes en souffrance, pourtant nous ne pouvons/voulons pas. La société fait que nous restons spectateur de la souffrance. Et parfois je culpabilise.

J'imagine que ce sentiment peut être parfois exacerber chez vous, en tant que psy. Mais quel genre de soignant seriez-vous si vous étiez imprégné de toutes ces souffrances ?

Écrit par : Isabelle | 12/04/2010

Article bouleversant..
Cette question ne se pose pas que pour les "spykologues", mais aussi pour tout le monde dans le quotidien. Bien sûr en tant que psy la problématique se fait plus grande..

Mais moi, quand je vois une jeune fille pleuré dans le train à chaudes larmes, j'ai envie d'aller la voir et la serrer dans mes bras, lui dire que tout ira bien et lui demander ce que je pourrais faire pour elle.

Ou quand des parents attendent complètement paniqué dans la salle d'attente des urgences pédiatriques (j'y suis régulièrement à cause de mon neveu asthmatique), j'ai envie d'aller parler avec eux les rassurer, leur dire que tout ira bien.

Quand je vois un vieux papy seul sur son banc, sûrement en train de se ressasser toute sa vie, tout le chemin parcouru, et voyant son regard submergé par la solitude, j'ai envie d'aller lui dire qu'il ne sera plus seul désormais, je serais là.

Malheureusement, souvent on ne fait pas ce genre de pas; Par timidité, par pudeur, par peur de la réaction des gens en face.. Nous aimerions (presque) tous pouvoir assumer tout les maux du monde, aider les personnes en souffrance, pourtant nous ne pouvons/voulons pas. La société fait que nous restons spectateur de la souffrance. Et parfois je culpabilise.

J'imagine que ce sentiment peut être parfois exacerber chez vous, en tant que psy. Mais quel genre de soignant seriez-vous si vous étiez imprégné de toutes ces souffrances ?

Écrit par : Isabelle | 12/04/2010

Oups.. Désolé

Écrit par : Isabelle | 12/04/2010

Myriam : ok pour le jus d'orange, c'est vrai quoi, personne ne soutient le psy, merci de ton attention !

Celine : merci d'être passée. Elle n'est pas toujours facile à tenir la bonne distance. Pour une raison ou une autre, on peut être ému ou touché par une personne ou une situation et paf... On ne sait plus trouver sa place. Mais tu as raison, on ne peut être aidant qu'en restant à sa place de professionnel.

Gaëlle : ouh là il avait l'air drôlement mal à l'aise ton psychologue. Peut être ne savait il pas comment t'aider dans ce cas ? MAis bon il n'y a pas de recette ni de mots magique. Une présence, une écoute... Mais en tant que psy, moi aussi dans certaines situations, je ne savais pas quoi dire, quoi faire devant la souffrance de certaines personnes. On est qqfois désarmé.

Mercredi : merci de ton commentaire, c'est vraiment intéressant de voir ton témoignage de parent et de soignant,on voit bien comment les rôles sont difficiles à tenir. Je repondis juste à un truc : tu dis "j'ai été lâche" : je crois qu'on n'est pas lâche : on se protège dans ce genre de situation, on essaie de faire le tri, on ne peut pas tout assumer en même temps, on se blinde. Ce n'est plus de la lacheté, mais de la survie.

Isabelle : si en tant que psy, je me prenais en pleine tête toute la souffrance des gens, en compatissant, en éprouvant avec eux... Peut être que j'en aiderai certain. Surement que je m'épuiserai vite, que je craquerais car comment absorber la souffrance de centaines de patients par an ? Nul ne le peut !
Et si je plonge dans leur souffrance, de même, je n'ai plus de recul, je suis le nez dans les soucis avec eux. Et là je ne suis plus psychologue, plus différent.
Pas facile, merci de ton commentaire

Écrit par : spyko | 12/04/2010

billet, bouleversant ... je pense à mes enfants et a ce que peuvent traverser les parents dans une situation pareil ! je suis scotché par votre récit , le professionnalisme dont vous faite part. C'est une lourde tâche au quotidien , que vous avez.
vous le dite cela n'est pas évident tous les jours , de garder de la distance, "que cela puisse rester dans le carton". Mais professionnellement est ce que vous avez une aide
si le besoin ce fait ressentir, une écoute .... pour évacuer ?

David

Écrit par : David | 12/04/2010

Une aide spécifique non. Mais j'ai la chance d'avoir des collègues avec qui je m'entends bien. Quasimment tous les jours, on fait le point sur les situations qu'on a pris en charge, on discute, on échange sur nos difficultés, notre vécu de tout ça.
Heureusement qu'il y a ce temps d'échange !! Alors, on pourrait l'officialiser ce temps en le nommant "temps de synthèse" ou "supervision des dossiers", ou n'importe quel titre un peu officiel qu'on trouverait.
Pour l'heure, c'est juste notre rendez vous matinal dans la salle café, plus officieux qu'officiel, mais en tout cas, surement primordial pour notre boulot. C'est là qu'on trouve le recul nécessaire face aux situations et aux patients.

Écrit par : spyko | 13/04/2010

Joyeux Anniversaire !
Pour l'occasion, je me manifeste ;-))
Merci pour votre blog
Cordialement

Écrit par : Taedium Vitae | 15/04/2010

Mais qui etes vous mystérieux Taedium Vitae ?

Écrit par : spyko | 15/04/2010

Bonjour Spyko,
juste une lectrice attentive et silencieuse (jusqu'à aujourdhui) de votre blog ...
Ravie de vous rencontrer.
Rassurez-vous, nous ne nous connaissons pas.
J'avais juste envie de vous remercier pour votre blog ... j'avais envie de vous faire plaisir pour vous renvoyer ce que je ressens quand je vous lis, et cette attention m'a parue adaptée, un peu comme un cadeau ...
Je vous souhaite une excellente journée.
Amicalement

Écrit par : Taedium Vitae | 15/04/2010

"Joyeux Anniversaire" + "Nous ne nous connaissons pas"

Alors, là, pour moi, ça ne colle pas... No comprendo.

Écrit par : spyko | 15/04/2010

Spyko,
je suis une lectrice de votre blog, qui, bien qu'ayant probablement de "faux souvenirs" ;-), a lu un jour un billet qui expliquait que c'était votre anniversaire (on pouvait même retrouver l'âge du Capitaine), anniversaire que vous préférez fêter en petit comité ... et pour les cadeaux, entre ceux qui ne savent pas les offrir ou d'autres les recevoir ...
J'ai donc essayer de vous remercier de façon que j'espérais sympathique, un cadeau personnalisé au mieux, par rapport aux infos lues et à la perception que j'ai de vous au travers des émotions que nous livrent vos papiers.
En espérant vous avoir éclairé.
Au plaisir

Écrit par : Taedium Vitae | 15/04/2010

Merci de vos explications, Taedium Vitae.
Quelle mémoire, dites, de vous souvenir d'un billet datant d'un an, je suis soufflé (et touché).
J'avais oublié que j'avais écrit cela l'an passé, dont acte.

Merci d'avoir rassuré ma parano galopante.
A bientot

Écrit par : spyko | 15/04/2010

Alors, Joyeux anniversaire !
(Plus sereinement, la crainte dissipée)
Et au plaisir de vous lire.
A l'année prochaine
;-))

Écrit par : Taedium Vitae | 15/04/2010

bon alors je suis, BON ANNIVERSAIRE na!

Écrit par : Myriam F. | 16/04/2010

Anniversaire? donc Bélier? bien venu au club et bon anniversaire alors ;), je viens de fêter mien aussi.

Écrit par : totem | 16/04/2010

Magnifique texte, d'une valeur universelle, même si cette épreuve épargne beaucoup de parents, et même, de médecins.

Écrit par : Leclercq | 20/04/2010

Il arrache les tripes, ton billet...Je reste sans voix... Juste pour te dire que oui, il faut apprendre à ne pas dépasser cette ligne invisible, ce no man's land derrière lequel on doit se retrancher pour rester des soignants. Combien de fois dois-je réprimer les larmes quand on me déballe une histoire de vie, même bénigne, rien à voir avec la force des sentiments auxquels tu es en proie. J'ai craqué devant des patients, une fois. Je débutais. Plus jamais je ne veux revivre cela. Alors on se blinde, on se barricade, on se met une carapace pour tenir au creux de nous la, petite flamme invisible aux yeux des autres.
Tu fais quand même un drôle de chouette de métier, toi, malgré tout ça...

Écrit par : Med'celine | 21/04/2010

Myriam : merci !!!

Leclercq : merci de ton passage

Med'Celine : la carapace, je crois qu'il faut la mettre en tant que soignant, sinon on craque très vite.
Le plus difficile est d'avoir cette carapace tout en faisant qu'elle reste un peu perméable sinon on est des insensibles et on n'aide pas non plus le patient.
La bonne distance est pas tjs facile à trouver !

Écrit par : spyko | 29/04/2010

Quel métier difficile! Je trouve ça vraiment important de rester humain et psychologue malgré l'habitude! Que ta carapace ne se referme jamais complètement!

Écrit par : Mimilady | 24/08/2011

Alors ça, ça me parle beaucoup. Je ne sais toujours pas quoi faire de ce genre de situation. Parler ? Ne pas parler ?
J'ai eu un jour une conversation très intéressante avec un de mes anciens chefs de service au sujet d'une dame âgée qui nous tutoyait tous, et dont la fille s'était mise à faire de même. Ça posait énormément de problèmes à mon chef. Moi je trouvais que cette relation particulière qu'elles avaient avec nous était une des seules choses qui leur permettait de surmonter cette épreuve. Bien sûr tout ça m'atteignait plus que d'habitude, mais je n'ai jamais eu l'impression de faire amie ami avec eux.
Au final, la dame est décédée, la fille nous a remerciée du fond du coeur et on ne l'a plus jamais revue. J'en ai conclus que tant que cette proximité ne m'empêchait pas d'exercer mon métier comme je l'entendais et de prendre les décisions que je voulais, ben tant mieux si ça les aidait. Je ne sais toujours pas si c'était le bon choix....
Merci pour l'ensemble de votre blog, notamment pour tous ces billets qui font tant écho en moi.

Écrit par : Stitchette | 10/09/2011

C'est poignant, beau et cruel.
Mais je suis persuadée que l'on peut sourire et leur dire avec simplicité, au détour d'un couloir, que, oui,ils peuvent y arriver, qu'ils sont forts mais qu'ils ont aussi le droit de crier, de pleurer. On peut leur dire que ce qu'ils donnent tous les jours est un acte d'amour plus beau et plus fort que tout.
Je le fais souvent, en tant qu'infirmière travaillant dans un service de soins palliatifs et sans aucun lien d'amitié avec ces familles brisées de douleur. Ces familles ne recherchent pas l'amitié, juste de la reconnaissance. Juste un soutien, simple, spontané, qui dure le temps qu'il dure, une petite phrase isolée mais qui peut faire du bien, juste un petit peu de bien.

Écrit par : Mademoiselle BB | 11/09/2011

Suis tombée sur votre blog et cet article par hasard, en cherchant à écouter la chanson de Chamfort "Souris parce que c'est grave", ironie quand tu nous tiens! Juste envie de dire merci.... Merci de savoir que quelqu'un quelque part comprend la difficulté de tenir et la peur de se laisser aller. La psy du service n'avait pas votre tact, dommage...

Écrit par : Mathilde | 08/10/2012

Allez, j'ose. Merci pour vos articles. Si tout se passe bien je serai psychologue dès juin prochain et c'est un réel plaisir que de vous lire. Découvrir à travers vos mots votre quotidien auprès de vos patients, mais aussi plus personnel. Vous nous montrez un visage profondément humain du psychologue, quand trop souvent on nous met dans des positions de toute puissance, comme si on avait la solution pour faire face à toutes situations et surtout à la souffrance de l'autre.
J'ai été profondément touchée par votre article, qui interpelle sur la position à avoir en tant que psychologue, mais aussi plus généralement en tant que soignant.

Je m'interrogeai sur le fait de pouvoir dire à des parents "ça va aller, soyez fort"... Finalement on ne sait pas si ça va aller et est ce que ce n'est pas une façon de nous rassurer nous-même face à leurs souffrances, comme une façon de s'auto-convaincre "ça va aller, ça va aller...". Ce sont des questions..
J'aurai aussi l'envie parfois qu'ils s'autorisent à ne pas être toujours fort, qu'ils puissent reconnaitre leurs peurs, leurs doutes, leurs angoisses...mais sans doute avec le risque qu'ils s'effondrent un peu face au poids de tout ce qu'ils vivent. Je pense aussi que les enfants ressentent beaucoup de choses et voient souvent au delà du sourire de leurs parents, le poids de l'inquiétude. Du coup je trouve ça intéressant votre point de vue, avec ce besoin que vous avez ressenti vous même d'un soutien rassurant.

En tout cas, merci encore pour vos partages qui m'amènent à pleins de questionnements. Même si je ne suis pas mère moi-même cela me touche énormément (cf."il faut être mère (ou père) pour apercevoir le tiers du quart de ce que doit être la souffrance de voir son enfant très gravement malade.").

Écrit par : claire | 10/11/2012

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