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28/03/2010

faux souvenirs

On a tendance à croire en notre mémoire et à être persuadé que nos souvenirs sont des faits gravés dans le marbre et indélébiles.
En gros, on compare notre mémoire à un magnétoscope : ce souvenir de vacances dont je me souviens, c'est parce qu'il est enregistré tel quel dans ma mémoire, comme un camescope l'aurait filmé et que je me le repasse en mémoire, exactement comme il a existé.
Mais c'est une erreur monumentale. Les souvenirs ne sont pas des enregistrements, mais des reconstructions.

Si je peux vous raconter le mariage à l'église de cousine Charlotte, c'est parce que je me souviens (un peu) de ce qu'il s'y est passé, mais aussi parce que dans ma mémoire, j'ai le visage de cousine Charlotte, parce que je sais ce qu'est une église et à quoi ca ressemble, parce que je sais qu'un mariage ca veut dire robe et costume, qu'à l'église il y a un prêtre.... Mon cerveau va mélanger ce que je sais et ce dont je me souviens, va combler les manques, les trous, pour finir par présenter un souvenir à peu près acceptable. Mais qui ne sera pas, et de loin, la vraie scène de ce jour béni pour tata Corinne qui mariait sa fille aînée.
Si je me souviens du "Oui" échangé, c'est aussi parce que je sais qu'il y en a toujours un aux mariages. Ca, c'est une connaissance. Mais est ce que je me souviens du "oui" parce que je m'en souviens, ou parce que je sais qu'il y en a toujours un (et donc, je reconstruit la scène dans ma mémoire) ? Ce n'est pas exactement la même chose...
Un souvenir c'est donc toujours un mélange entre des souvenirs et des connaissances Et toujours enclin à la reconstruction.

Et comme ce n'est pas figé et inscrit dans le marbre, un souvenir peut toujours être remodelé. Toujours.
Avec le temps d'abord. Avec aussi ce qu'on entend autour de nous, les gens qui nous en reparlent, les petits changements qui s'insinuent sans qu'on fasse attention.
A force d'entendre d'autres versions, le temps aidant, notre souvenir se déforme et ce faux souvenir devient pour nous la réalité. C'est assez terrible.
Le plus terrible étant dans les prétoirs où des témoins de bonne foi témoignent de choses fausses et complètement inexactes...

Vous vous dites, moi je suis au dessus de ça. Mes souvenirs sont réels, pas déformés, pas déformables.
Détrompez vous. N'importe qui est à la merci de faux souvenirs.

Une expérience réalisée par une psychologue, Elizabeth Loftus, à ce sujet est assez édifiante.

(Loftus, E. F., & Pickrell, K. L. (1995). The formation of false memories. Psychiatric Annals, 25(12), 720-725.)


On prenait des sujets et on leur faisait lire quatre récits sur leur vie, rédigés par un membre de leur famille.
Or, un de ces récits était faux : ils se seraients perdus étant jeunes dans un centre commercial et ramenés par une veille dame à leurs parents (on s'assurait évidemment que cela ne leur soit pas arrivé pour de vrai !).
Mais simplement, on leur présentait donc tous ces récits comme rigoureusement exacts et rapportés par un membre de leur famille.
On leur demandait alors d'essayer de s'en souvenir, d'y penser. On les obligeait donc à se faire des images mentales de ces souvenirs, et aussi  du faux souvenirs.
On les revoyait trois fois et trois fois on leur demandait de se rememorer les faits. Bien sur, aucun n'était informé que parmi les quatres récits, un était faux.
A la fin, on les questionnait afin de savoir ce dont ils souvenaient s'être réellement produit.
Et bien, 25% des participants à la fin disaient se rappeler s'être perdus dans le centre commercial.
Un quart ! C'est énorme non ? On peut implanter des faux souvenirs chez un quart d'adultes de façon très simple !
Le procédé n'était pas compliqué à comprendre : à force de se créer des images d'un faux souvenir, d'y repenser, de se projeter soi même dans ce souvenir, on finissait par ne plus savoir s'il était vrai ou faux.
D'autant qu'il était présenté comme rigoureusement confirmé par un membre de la famille.

Pour l'anecdote, on avouait aux participants à la fin la supercherie et le fait qu'ils ne s'étaient jamais perdus dans un centre commercial.
Et bien, un participant n'a jamais, jamais, jamais voulu croire que c'était un faux souvenir.
De quoi avoir un peu de modestie et d'humilité face à nos souvenirs...

Repensez à tous vos souvenirs de prime enfance. Vous en souvenez vous réellement ? Ou bien est ce des images que vous vous êtes recréer à force d'en entendre parler ? Ou bien parce que la photo est dans l'album familial ? Est ce un vrai souvenir ou une reconstruction ??

Pour finir à ce sujet, voici le récit de Jean Piaget, un célèbre psychologue, qui a toujours eu le souvenir, jusqu'à ses quinze ans, qu'il avait failli être enlevé quand il était tout petit.

« Un de mes plus anciens souvenirs daterait, s’il était vrai, de ma seconde année. Je vois encore, en effet, avec une grande précision visuelle, la scène suivante à laquelle j’ai cru jusque vers 15 ans. J’étais assis dans une voiture de bébé, poussée par une nurse, aux Champs-Elysées (près du Grand-Palais), lorsqu’un individu a voulu m’enlever. La courroie de cuir serrée à la hauteur de mes hanches m’a retenu, tandis que la nurse cherchait courageusement à s’opposer à l’homme (elle en a même reçu quelques griffures et je vois encore vaguement son front égratigné). Un attroupement s’ensuivit, et un sergent de ville à petite pèlerine et à bâton blanc, s’approcha, ce qui mit l’individu en fuite. Je vois encore toute la scène et la localise même près de la station du métro. Or, lorsque j’avais environ 15 ans, mes parents reçurent de mon ancienne nurse une lettre leur annonçant sa conversion à l’Armée du Salut, son désir d’avouer ses fautes anciennes et en particulier de restituer la montre reçue en récompense de cette histoire, entièrement inventée par elle (avec égratignures truquées). J’ai donc dû entendre comme enfant le récit des faits auxquels mes parents croyaient, et l’ai projeté dans le passé sous la forme d’un souvenir visuel, qui est donc un souvenir de souvenir, mais faux ! Beaucoup de vrais souvenirs sont sans doute du même ordre. » (Piaget, 1946).

Commentaires

J'avais entendu parler de cette étude (dans un article qui traitait notamment des souvenirs de viols "fabriqués"). C'est sûr que ça permet de relativiser... Maintenant je pige mieux pourquoi j'ai des souvenirs totalement loufoques de mon enfance !
Quand on y réfléchit, ça remet un peu en cause les oeuvres autobiographiques. En plus de la subjectivité des auteurs s'ajoute la non-conformité des souvenirs. (C'est pour ça que je préfère le concept d'autofiction qui me semble plus honnête.)

Écrit par : Prose | 29/03/2010

L'autre jour dans une émission sur la mémoire, un homme amnésique racontait des souvenirs qui n'avaient pas été vécus en fait, et un spécialiste expliquait que pour notre cerveau un vrai souvenir ou alors quelque chose qu'on s'est imaginé, pour notre cerveau les deux sont des images et que donc si on perd (comme ce monsieur) la capacité à faire le tri, c le bronx.

Puis effectivement tout ce que tu expliques psycho et qui est hélas utiliser par des charlots, de faux thérapeutes vrais gourous pour avoir l'emprise totale sur leurs patients...

C dur à accepter qu'on puisse créer de faux souvenirs de viols...c un sujet sensible pour moi forcément vu que j'ai été victime d'abus, mais c vrai qu'il faut rappeler qu'aucun thérapeute ne doit d'office dire à quelqu'un "à mon avis vous avez été victime, si si , cherchez bien, là et là etc".
L'amnésie traumatique existe mais dans ces cas là les souvenirs reviennent "spontanément" ou en tout cas sans que le thérapeute les induisent de force.

En tout cas je sais pas ce que je leur ferais à ces "gourous" qui en provoquant chez des non-victimes de faux souvenirs d'abus, réussissent à décrédibiliser la parole de vraies victimes auprès des gens qui ne réfléchissent pas toujours.

Écrit par : Opale | 29/03/2010

Prose : oh que oui, les autobiographies sont soumises à caution... Je pense qu'il faut davantage y voir la réalité vue par les yeux de l'auteur, plutôt que de s'attendre à des souvenirs photographiques. Mais c'est intéressant aussi de voir ce que l'auteur a choisi, éliminé, grossi, quelle est sa vision de la réalité.


Opale : les souvenirs retrouvés de sévices sexuels, ça a été épidémique aux USA dans les années 80 avec de pseudo thérapies qui expliquaient quasi tous les maux par des traumas sexuels de l'enfance qu'on aurait refoulé... Et effectivement, grâce aux suggestions répétées des thérapeutes, des centaines de personnes ont fini par se "souvenir" de faits sexuels completement imaginaires.
Mais le pire, une fois le souvenir implanté, c'est qu'on y croit dur comme fer. J'imagine que ces gens ont du être bien malheureux !

Écrit par : spyko | 29/03/2010

Ouais: Piaget-Faurisson même combat! Et les souvenirs de viols, ça pouvait rapporter gros du temps de Michael Jackson... ^^

Écrit par : OlivierNK | 29/03/2010

Et inversement, j'ai connu plusieurs personnes (mais je crois que c'est assez fréquent, même au delà de ma petite expérience) qui doutaient profondément de la véracité de leurs souvenirs. Plusieurs victimes de viols, alors que toute la bataille judiciaire était engagée, qui me disaient : "mais si c'était pas vrai, mais si je n'avais qu'imaginé tout ça, je ne suis plus sûr(e) de ce qui est réel".
Je ne sais pas si c'est une forme batarde de "l'amnésie traumatique", ou bien si simplement on leur a tellement dit que c'était faux, étant enfant, qu'ils ont fini par faire plus confiance aux adultes qu'à eux-même, mais le mal est là. Ces personnes, qui me sont chères, sont profondément incapable de se faire confiance juqu'au bout.
Pour l'entourage, c'est assez déstabilisant... je n'ose pas imaginer ce que ça doit être de le vivre.

Écrit par : Marie | 29/03/2010

Marie, oui c super dur de se faire confiance quand on révèle des abus, il y a la vraie amnésie traumatique qui fait qu'on peut oublier pendant 20 ans par ex avoir été violée, alors quand ça revient on a l'impression de devenir cinglée, on se dit que forcément on invente, ça doit être horrible à vivre...
Et puis il y a ceux qui se souviennent, n'ont jamais oublié (je suis dans ceux là) mais pour qui c'est tellement douloureux de se dire que son père ou sa mère, ou oncle, etc etc les ont détruit au lieu de les aimer, qu'ils préfèrent tenter encore désespérément de croire que ce sont eux les menteurs...d'autant plus qu'en ce qui concerne l'inceste, la grande majorité des victimes est rejetée par sa famille, c la fouteuse de merde, la salope , la menteuse et j'en passe ...(d'ailleurs j'ai eu bcp de chance d'être crue moi..)
biz

Écrit par : Opale | 30/03/2010

Cette technique d'implants mémoriels doit être très usitée en politique. Je me suis toujours demandée comment on arrivait à nous faire gober des couleuvres. Grâce à toi, maintenant, je sais!

Écrit par : Med'celine | 01/04/2010

il y aussi le souvenir d'une photo vue et revue que l'on croit être un souvenir de scène réelle engrangé au moment où elle a été vécue. Assez courant, en sachant que si on se souvient de son image à ce moment, c'est bel et bien qu'il s'agissait d'une photo ;-)

Écrit par : miss400 | 01/04/2010

Medceline : les politiques ont du bosser à fond là dessus, c'est clair. Moi je me souviens très bien avoir donné un coup de pelle à sable à Nicolas S. quand je jouais avec lui au square. J'aimerai juste que ce soit pas un faux souvenir ;-)

Miss400 : disons que même si on a un souvenir d'un évenement, la photo qu'on a sur l'album, à force d'être vue et revue, va supplanter le souvenir dans notre mémoire. Ce sera l'enregistrement "officiel" si on peut dire du souvenir. Il se retrouvera gravé comme ça.
Pour les souvenirs inférieur à 3/4 ans, il faut se méfier de toute façon. Il me semble que seuls 1% des adultes ont des souvenirs d'avant leur trois ans. Donc si on en a, se demander toujours avant si on est sur qu'il soit vrais et pas le fruit de discussions qu'on aurait entendues dans la famille, ou de photos dans l'album de papa et maman.

Écrit par : spyko | 01/04/2010

Ne pourrait on croire que c'est notre mémoire qui est incapable de retrouver les souvenirs? parce que je suppose que les souvenirs (à part les traumatismes) et tous ce que le cerveau ingurgite et n'a pas vraiment besoin dans l'immédiat sont refoulés dans l'inconscient qui entasse cela pèle-mèle et que lorsqu'on veut se remémorer ce qui remonte est brouillon. Par exemple si relisez des textes que vous avez écrit il y a très très longtemps et bien vous avez l'impression qu'ils ne sont pas de vous. N'importe qui peut vous faire croire que vous avez dit telle ou telle parole alors que c'est faux, d'ailleurs c'est le point fort des manipulateurs, menteurs et pervers. Par exemple quand on écoute les impostures de LAFESSE, on se demande comment les gens peuvent gober ce qu'il leur fait dire ou faire et on réalise la gravité du procédé ne serait ce que pour une manipulation de masse. Tout le monde manipule tout le monde : soi même, les proches, les médias, la publicité etc. Pour y échapper, il faudrait réfuter tout ce qu'on peut entendre ou nous dire et c'est pas possible, il faudrait vivre comme un ermite et encore, on se manipulerait soi même par le biais du phantasme.

Écrit par : totem | 12/04/2010

Chouette ! Je fais partie des 1% d'adultes conservant des souvenirs d'avant leurs trois ans. Et même d'avant leurs deux ans. Je me souviens d'avoir accompagné ma mère faire des échographies lorsqu'elle était enceinte de ma soeur. Je me souviens de détails comme la jupe de ma mère, ses bottes, ma consternation devant la machine d'échographie... Je me souviens qu'on m'a dit "voila ta petite soeur" et d'avoir été atterrée : c'était pas un bébé mais un amas de points lumineux qu'on me présentait... Par contre, je ne me souviens pas du tout du pèse-personne automatique sur lequel il fallait taper pour le réveiller et qui m'aurait, parait-il, fasciné.

Je me souviens ensuite avoir voulu absolument attendre ma mère pour partager la buche de noel en famille. Ma soeur étant né le 23 décembre, le reste de la famille était moyen d'accord. Bref, j'ai donc gardé la garniture en plastique pour aller la lui offrir, je m'en souviens fort bien, je revois encore le trajet que j'ai fait dans la chambre... Et surtout, ce sont des souvenirs en vue subjective. J'en ai d'autres en vue objective, donc je sais qu'il s'agit de reconstructions (les dégâts de la caméra super-8)

Sauf que ma version et celle de ma mère diffèrent : on est d'accord sur le parcours, on n'est pas d'accord sur la position des meubles et l'orientation de la pièce. Tout comme je suis persuadée d'avoir commencé à écrire de la main gauche. Je suis droitière. Je me revois parfaitement écrire de la main gauche, parce que je revois le banc, la classe, la place des fenêtres, je sais qu'elles se trouvaient sur le mur de gauche, que je tenais mon bic de la main du coté de la fenêtre... Je suis droitière. D'après ma famille, j'ai toujours été droitière.

Il semblerait que, dans mes souvenirs les plus anciens, il y ait eut une sorte d'effet miroir : la gauche se transforme en droite, etc.

Écrit par : Lledelwin | 04/05/2010

Étonnant la clarté de vos souvenirs d'enfance...Vous faites partie de la minorité, c'est inhabituel.
Mais peut etre qu'effectivement, les images de la SUper 8 sont venus combler les manques dans votre mémoire à force de les voir et le tout s'est amalgamé...Difficile de savoir maintenant

Écrit par : spyko | 04/05/2010

Oui, pour certaines choses, je confonds MES souvenirs, ce qu'on m'a raconté, ce que j'ai vu en film... D'autres sont en totale contradiction avec la logique et les souvenirs des autres personnes présentes. Mais ceux-là, ils sont vraiment à moi : 1) il n'y a aucun film, aucune photo. 2) mes parents se souviennent de la garniture de buche mais absolument pas de m'avoir montrer d'échographie et ce qu'ils me racontent, je l'ai totalement oublié...

Cependant je suis consciente que ces souvenirs, ils sont partiellement recomposés... à partir de mes souvenirs (ça reste dans ma tête, ça compte pas vraiment...) Comme se sont mes plus anciens souvenirs et que je suis bien consciente depuis assez longtemps d'avoir une mémoire assez exceptionnelle sur ce point, je les ait raconté assez souvent, les ait ressassé pas mal de fois... Et du coup, je ne suis plus très sûre de me souvenir ou d'avoir reconstruit un récit à partir de mes souvenirs. Ainsi, je revois très nettement la jupe et les bottes de ma mère, je me souviens de ma consternation devant l'échographie... Mais dans une partie du souvenir, mon père est présent et pas dans l'autre... Du coup, je pense avoir A) amalgamé deux souvenirs différents de deux visites différentes chez le même médecin B) incrusté mon père dans une partie du souvenir. De même, il y a des choses dont je me "souviens" sans être certaine de la pertinence du souvenir : si maintenant je tente de décrire l'appareil d'échographie, je ne décrirai pas ce qu'une petite fille de moins de deux ans a vraiment vu, je décrirai ce que moi, adulte de près de trente ans, comprend à partir de fragments de souvenirs d'une toute petite fille...

...Tient, il faudrait que je demande à ma mère comment était disposé le cabinet de son médecin, histoire de voir si là-aussi, mes souvenirs se retrouvent inversés en miroir. Quasi tous mes premiers souvenirs sont en miroir, c'est vraiment très curieux. (ou alors mes souvenirs sont exacts et c'est mon entourage qui se trompe. Mais ça fait beaucoup de personnes à se tromper).

Écrit par : Lledelwin | 05/05/2010

Je me souviens hyper-bien des odeurs et des parfums et des ambiances qui vont avec et je sais que c'est vrai . Ce qui est rigolot c'est que je peux sentir un parfum en l'imaginant . Par exemple : citron ! et je sens le citron dans ma tête .... ou fraise !
ou viande de boeuf ! .... Bon , je n'y arrive pas toujours bien , mais ça marche souvent . Les odeurs ne peuvent pas être des faux souvenirs . C'est tellement archaïque comme sensation que le faux n'y a pas de place .

Écrit par : ZOE | 06/05/2010

En effet, voilà encore un bel exemple démontrant la primauté du langage (puisque les premiers "vrais" souvenirs constitués se constitués se construisent à l'époque de l'acquisition du langage - ce dernier permettant de construire le souvenir dans un discours) et à quel point l'enfant se construit des discours qui sont tenus à son sujet, plus que de par son expérience personnelle.

Cela dit... Quel enfant ne s'est jamais perdu (au moins brièvement) dans une grande surface ou ailleurs ? Perdre de vue ses parents ne serait-ce que quelques dizaines de secondes pour un tout petit peut laisser une trace émotionnelle suffisante pour que le "faux souvenir" proposé dans l'expérience citée trouve un point d'accroche pour s'autentifier aux yeux du sujet. Dans le "faux souvenir" même si l'histoire racontée est fausse, l'émotion qui y est associée est belle et bien réelle.

C'est d'ailleurs toute la perversité de ces "térapeutes" (le préfixe téra renvoie à ce qui est monstrueux ! Comme quoi le "H" peut changer beaucoup de choses...) qui justement exploitent les traces émotionnelles inconscientes laissées par les désirs oedipiens pour faire croire à des personnes qu'elles ont été victimes d'inceste dans la réalité.

C'est tout le problème du faux souvenir : il s'arrime toujours sur une trace émotionnelle bien réelle coupée d'une représentation bien distincte, et qu'il est très facile d'associer à n'importe quoi pour qui veut abuser de son influence transférentielle... Afin de jouir de la projection sur autrui de ses propres problématiques (d'où l'importance de l'analyse personnelle pour qui veut trifouiller l'inconscient des autres) ou de se livrer à de la manipulation.

Écrit par : Jack_Addi | 12/05/2010

Jack Addi : très interessant ce que vous dites sur le faux souvenir qui va s'arrimer sur une trace émotionnelle ancienne. Cela explique pourquoi pour le sujet tout a l'air vraiment réel puisque l'émotion qu'il ressent en réévoquant est bel et bien là.

Et comme vous le dites justement, le langage est à la base de la construction de nos souvenirs, car sans langage, on peut pas avoir en tête un souvenir organisé, avec un début, une fin, un lieu, un moment défini.
Cependant, certaines recherches sur les nourrissons, et notament sur la douleur, montrent que les bébés enregistrent très tot des souvenirs douloureux.
Dans une étude, on montrait que des bébés qui avaient eu une circoncision sans anesthésie réagissaient par la suite plus fort aux soins douloureux, que des bébés qui avaient eu une circoncision sous anesthesie. Comme si l'expérience précoce de la douleur avait laissé une trace.
On sait par ex. que l'amygdale, dans le cerveau, qui enregistre une forme de mémoire émotionnelle, est fonctionnelle très tot. Alors que le langage qui permettrait la contextualisation du souvenir n'est pas encore une place.
Ce qui va laissé une sorte d'émotion mémorisée quelque part, mais sans attache précise.
Quand je vois ça, je me dis que ça rejoint ce que Freud disait des souvenirs traumatiques précoces. Les liens neuro/analyse, je trouve ça passionnant !

Écrit par : spykologue | 12/05/2010

Bonjour ^^'
J'aime beaucoup votre blog, je viens juste de tomber dessus et de le parcourir un peu et puis il y a cette note qui a retenu mon attention et pour cause... je suis désolée de vous embêter et de vous parler de moi aussi longuement mais je suis complètement perdue...


je n'ai aucun souvenir et pourtant mon corps depuis toujours me hurle, me gueule que j'ai été violée quand j'étais petite. j'ai vu beaucoup de psychologues pendant des années et des années, j'allais aux consultations le coeur plein d'espoir parce que je sentais en dedans, sans même en avoir conscience je crois, qu'il fallait que je me déleste d'un truc lourd, que je gratte, que ce qui me faisait mal était là, tapi, à la fois proche et lointain, mais qu'on pouvait m'aider à y voir plus clair, à me défaire de cette douleur... physique...en vain, ça marchait pas.

Jusqu'à ce que je croise la route de ce psychologue à Marignane. J'avais 22 ans et je connaissais alors ma première expérience sexuelle normale on va dire. (le viol n'est pas une expérience sexuelle, le viol, c'est un...crime.)
Bref, je racontais à mon psy que j'avais du mal avec mon petit ami, que ce que je lui faisais me dégoutait, que ça me donnait envie de vomir. Là mon thérapeuthe a eu une phrase que je redoutais et espérais à la fois. Il m'a dit ces trois mots, simples: "C'est bizarre, ça". Je sais pas pourquoi mais c'est à partir de ce moment là que les vannes se sont ouvertes, ça m'a parut limpide tout à coup. Je me suis mise à pleurer et c'est sorti tout seul: mon père s'était servi de moi, il m'avait broyée alors que j'étais une gosse et donc incapable de me défendre.

Pourtant je n'avais et n'ai toujours aucun souvenir. Alors j'ai l'impression d'être dingue. Mon corps a mal à en crever et ma tête est vide.
Comment accorder de la valeur aux ressentis d'un corps, si douloureux soient ils?? Comment??? J'ai lu le livre dont vous parlez, espérant que peut être, ça ferait passer cette merde que j'avais dans la tête, mais ça n'a pas marché. Ca m'a fait même je pense plus de mal encore. J'ai esssayé de dire à mon père que j'avais l'impression qu'il m'avait fait du mal, mais il a été outré et m'a traitée de dingue.


Je sais qu'avant de voir ce fameux psy à Marignane, mon corps avait mal mais pas de la même manière qu'après que j'aie "lâché" le morceau. Avant mon corps était raide, pétrifié, j'étais quasimment muette, les gens, la vie me terrifiaient. Ensuite, la douleur a vraiment éclaté, je crois: je me roulais par terre sous la souffrance, me jettais contre les murs pour faire taire cette voix (celle du "viol"), hurlais dans mon polochon, me martelais de coups... parce que ça me bouffait, ça me brûlait entière... Le fait est aussi que ma mère a toujours eu peur que son père la viole elle aussi. Elle avait une amie à qui cela était arrivé et elle vivait dans la hantise que ça lui arrive à son tour. Je ne sais pas, peut être qu'elle m'a transmis cette peur panique, sans le vouloir?

Je sais pas, je sais plus. Je suis perdue, vraiment. Je n'arrive pas à construire ma vie car quelles fondations lui apposer? Je connais même pas mon passé, je ne peux pas m'y appuyer, je ne sais même pas si je suis saine d'esprit, s'il faut que je fasse confiance à ce que je ressens physiquement ou pas, tout se mélange, tout est branlant, de traviole, un vrai bordel.

Écrit par : Juju | 13/07/2010

J'ajouterais qu'il y a aussi le problème trompeur des rêves. Pas les plus farfelus, mais ceux qui ont tout du réel. Personnellement, il m'arrive de me demander si un de mes souvenirs est un vrai souvenir d'une chose qui est vraiment arrivée ou si c'est le souvenir d'un rêve que j'ai fait une fois. C'est très trompeur et à force de me refaire le film du rêve/souvenir dans ma tête pour essayer de voir si ça s'est vraiment passé, et bien ça s'incruste pour devenir définitivement un souvenir. D'un autre côté c'est pas si grave, mais c'est trompeur quand même!

Écrit par : Cawdy | 14/07/2011

Bonjour
En faisant des recherches pour me souvenir d'événements arrivés pendant mon enfance (j'ai aujourd'hui 23 ans), je suis tombée sur votre article qui est par ailleurs super!
J'aimerais savoir si en tant que psychologue (ou spykologue je trouve ça mignon :) ), vous pourriez me conseiller sur ce qu'il faudrait que je fasse pour se souvenir d'événements traumatisants qui m'affectent à l'âge adulte sans savoir vraiment quoi?
Je vous remercie :)

Anna

Écrit par : Anna | 20/03/2014

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