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05/01/2010

Ecouter le patient

A l'heure où Lawrence Jean-Marie (gnfffrrr j'y arriverai un jour!) fait un plaidoyer pour l'examen clinique, délaissé au profit d'examens et d'investigations plus techniques et rémunératrices, je voulais y ajouter mon petit grain de sel. 
Parce que travaillant au quotidien avec les médecins, je constate que même confronté à des difficultés psychologiques ou psychiatriques, là où la clinique (l'interrogatoire, l'entretien) est fondamental, certains médecins ont cependant tendance à le bâcler. Peut être moins "glorieux" de prendre en charge un patient "psy" qu'un neuro qui aura trois IRM, un scan, un électro-encéphalogramme et trois examens biologiques. Le patient psy, lui, il aura rien comme examen complémentaire, il faudra prendre le temps de l'écouter, de le comprendre, de se poser et d'ouvrir la porte à l'empathie. Mais... Malheureusement, ça ne semble pas toujours intéresser les foules...

Pour nombre de médecins ici, il y a grosso modo deux types de patients, les "médicaux" et les "psy".
Les psy regroupent par défaut tous ceux qui ne sont pas médicaux.
En gros, ceux qui font chier. Parce qu'ils ne rentrent pas bien dans les cases, parce qu'on ne sait pas trop ce qu'ils ont, parce qu'on ne voit pas bien comment on va avancer,  là tout de suite. 
Et ça, la T2A, elle aime pas, les patients qui rentrent pas dans les cases. La T2A, elle veut des diagnostics précis, des conduites à tenir protocolisées, et des durées d'hospitalisations moyennes qui soient respectées. Alors, le patient psy, pffffff, il est pas très coopérant le loustic.
Du coup, peut être que pour gagner un peu plus de sous, et passer un peu moins de temps, c'est pour ça qu'on bâcle l'interrogatoire avec les patients supposés psy ?

Faisons un petit essai de traduction des diagnostics psy posés par certains médecins en deux coup de cuillères à pot, sans avoir pris le temps d'écouter vraiment le patient :

"Le patient est psy !" : traduction : "Je ne sais pas trop ce qu'il a, c'est donc forcement psychologique"

"Cette maman est dépressive !" : traduction : "elle a fondu en larmes avec le médecin du service lors de l'annonce du diagnostic. Il n'a pas pu finir sa visite à l'heure et lui en veut un peu de lui avoir pris autant de temps"

"Cet enfant doit être hyperactif" : traduction : "Il a fait du bruit dans la salle de consultations parce qu'il ne tenait plus au bout d'une demi-heure de discussion parents/médecin"

"Cet enfant est caractériel" : traduction : "il a refusé sa quatrième prise de sang"

"Ces parents sont un peu limités intellectuellement" : traduction : " J'ai expliqué que les résultats de l'EEG, du scanner et de la génétique pointaient vers une maladie mitochondriale, ils n'ont rien compris"

"Cet ado est en opposition !" : traduction : il a refusé de prendre deux cachets aujourd'hui sur les trente qu'il prend tous les jours

Sinon j'ai déjà eu "Cet enfant présente des difficultés scolaires" : traduction : "Il fait un BEP".
Ben non, tout le monde na pas fait pas la fac de médecine sans que ce soit pour autant pathologique...

Vous avez l'impression peut-être que je caricature. Et ben non, même pas. Ce sont des conclusions que j'ai déjà entendues ! Pour être franc, ce sont toujours un peu les mêmes médecins qui posent ce genre de "diagnostic" psy en trois minutes trente secondes. Et heureusement, ils sont minoritaire. La plupart prennent le temps d'écouter la personne en face d'eux et ne font pas de raccourcis.

Pour terminer par le plus beau raccourci, j'ouvre un jour le dossier d'un ado que je suis pour troubles dépressifs.
Là, un interne avait noté dans les pages "Homosexualité refoulée".
Boum. Je m'interroge. Homosexualité ok, peut être, je ne sais pas, j'ai pas d'éléments là dessus pour cet ado. Mais refoulée ? Si c'est refoulé ,comment il le sait alors, notre interne ?
Je cours lui poser la question.

"Ben tu vois, il a quinze ans. Je l'interroge sur sa vie amoureuse et sa sexualité, comme tous les ados, pour savoir si on doit faire de la prévention, MST et tout ça. Et là il me dit qu'il a pas de copine, qu'il en a jamais eu. Et il rougissait, t'aurais vu. Je pense qu'il doit être homosexuel sans oser se l'avouer".
".......????????

Si ça, ça s'appelle pas de la conclusion bâclée, je m'y connais pas !

16:14 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook

Commentaires

Hilare,je sius hilare en vous lisant.
Moi qui me plaint des incohérences dans mon travail,je vois que des personnes sensées exercer un esprit critique sont totalement dénuées d'une certaine forme d'intelligence.
et bien voyez vous curieusement cela me rassure,je me sens moins seule.

Écrit par : wazner | 05/01/2010

Sourire pour le dernier raccourci... même si c'est triste ! C'est clair que chez vous, comme chez, on travaille avec des êtres humains et il faut prendre le temps de les écouter pour les comprendre afin d'avancer.
Les chemins de traverse ça ne marche pas... même si parfois j'aimerais bien faciliter la progression de certains ou au moins trouver rapidement le "mode d'emploi".
En tous cas, je ne suis pas surprise par les raccourcis cités ici et dans ma profession, les conclusions peuvent (trop) vite être tirées.

Écrit par : Chab'instit | 05/01/2010

Wazner : bah je crois que qu'on peut trouver des gens trop pressés et pas assez sérieux malheureusement un peu partout...Encore une fois, je le redis, ce n'est qu'une minorité de médecins qui bâclent les conclusions pour les patients atteints de troubles psychologiques. Et ce sont ceux que tout cela intéresse le moins.

Chab instit : Oui dans ta profession, j'imagine que ca peut être pareil, on peut vite fait coller des étiquettes ! Le problème, c'est qu'une fois qu'on en a collé une, il faut beaucoup de temps pour arriver à la changer ! Donc, il est souvent urgent de prendre son temps !

Écrit par : spyko | 06/01/2010

On reproche parfois aux psychologues qui pratiquent les tests de coller des étiquettes. Votre expérience confirme que les médecins ne se gênent pas pour le faire, et sans le moindre outil diagnostic. Après tout, pourquoi devraient-ils se gêner, leur titre est largement suffisant : il leur permet même de passer à la télé dans des émissions « de psychologie », là où les psychologues ne sont pas invités…

Écrit par : Laurent | 06/01/2010

Petit bémol pour les homosexuels : ils se reconnaissent entre eux d'un seul coup d'œil, ça porte plusieurs noms (gaydar ou pedoscope) mais c'est redoutable...
Peut-être une explication alors?
;))

Pour les diagnostic faciles, chez les personnes âgées c'est encore plus formidable: dés le premier "symptôme" c'est un Alzheimer (pratique puisque le diagnostic est post mortem). Ainsi en 2009 deux des Alzheimer que je voyais sont mort d'un cancer hépatique avec méta cérébrale; un autre vient de passer un irm et il a une obstruction des carotides de 60%...

Oups l'Alzheimer...

Amitiés

yann

Écrit par : yann | 06/01/2010

Bravo!! j'ai adoré vos traductions et ça m'a rappelé ma période hôpital où l'allongement de la durée moy de séjour était tjs la faute de l'AS et jamais de l'interne qui signale le pb social le vendredi soir!

Écrit par : Zéb' | 06/01/2010

Ca doit pas être facile tous les jours...

Écrit par : lechalote | 06/01/2010

Laurent : je ne sais pas si c'est une "suffisance" (pour certains, oui, indéniablement), je crois que c'est souvent pour faire vite, et parce que le coté psy est vu comme moins intéressant, moins primordiale, donc on zappe plus vite le patient

Yann : Ouaahhh tu vas te faire des amis toi avec ces propos ! ;-)
Je ne crois pas que l'interne était homo, je crois qu'il avait sans doute bcp de préjugés, et qu'il n'a pas pris le temps de réellement discuter avec le patient.

Zeb : oui, c'est pareil chez nous, c'est la faute de l'as de l'hopital s'il faut garder l'enfant le WE parce qu'il n'y a pas une place en foyer pour l'accueillir... C'est aussi la faute du psy si le service est plein parce qu'il a dit que le dépressif etait suicidaire et qu'il fallait le garder (et on lui fait comprendre : "si TU pouvais faire sortir ton patient plus vite...."... Je suis désolé, j'ai oublié ma baguette magique pour guérir les dépressions en 48h)

Léchalotte : il y a de bons jours aussi !!

Écrit par : spyko | 08/01/2010

le pire c'est quand on doit porter à vie une de ces conclusions hâtives et de faire avec...je n'arrive pas à m'en débarrasser, ça fait du bien de lire cette note...

Écrit par : saadou | 11/01/2010

L'écoute n'est pas le point fort de notre médecine ...
Même quand il ne s'agit pas de cas psy !
Combien de fois on n'entend pas des trucs du style "Mais non vous ne pouvez pas avoir mal : il n'y a rien à la radio".

Le top de mon expérience perso : un urgentiste m'a fait quitter l'hosto ... alors que j'étais incapable de lever les pieds (marche en glissant les pieds au prix de souffrances), qu'à l'accueil je suis tombée dans les pommes, ... Mais, non, je n'avais rien ! (Et on fait quoi pliée en 2, incapable de marcher, seule, sur un parking d'hosto à 5h du mat ? )
Et dans les services de gériatrie, c'est le pompon ! ("pfff, elle se plaint encore ...") Est-ce que le milieu médical ne serait simplement pas formé à entendre des plaintes pour lesquelles il n'a pas d'action toute-puissante ?

Non, vous n'êtes pas visés personnellement en tant que psys !

Écrit par : Laureline | 14/06/2010

eh oui, prendre en charge la douleur, ce n'est pas que le traitement, c'est aussi l'écoute, l'empathie.... Et ça, certains soignants préferent fuir c'est vrai pour peu qu'ils sentent qu'ils n'ont pas le médicament miracle en main

Écrit par : spyko | 14/06/2010

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