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16/12/2009

Derrick au ralenti...

Dernièrement, une collègue pédiatre et moi recevions une maman en consultation.
Dame intelligente, d'une cinquantaine d'année. Mais incroyablement ralentie. 
Débit de parole lent, lent...Débit de pensée lent lui aussi... Chaque mot semble recherché, réflechi, les temps de latence entre deux phrases sont interminables... 
Ma collègue, qui est plutôt du genre speed, s'agace à un moment, je la sens se tourner, se retourner sur sa chaise, bouger les jambes.... Les informations n'arrivent qu'au compte-goutte.
Elle tente quelquefois de faire aller cette dame plus vite dans son discours en la devançant, en terminant ses phrases, ou en supposant la suite de ce qu'elle allait dire.
Mais cela fait l'effet contraire : au lieu d'aider la dame à dire son récit, ça la déstabilise... Du coup, coupée au milieu de son discours, elle s'arrête, réfléchît, évalue ce qu'on vient de lui dire... Ça dure... Puis, elle ne  sait plus trop où elle en était. Recommence son récit deux chapitres avant ce qu'elle venait de dire pour être sur de ne rien oublier.
Le reste est à l'avenant : mouvements emprunt d'une grande lenteur, mimiques peu expressives voire inexistantes... Ajouté à cela, une timidité certaine qui ne doit pas aider la dame en question à élaborer son discours. Elle se reprend, se corrige, revient en arrière...Retrouve des précisions sur ce qu'elle venait de dire cinq minutes avant....

Même moi qui suis très patient habituellement je trouve ça long...Lourd.... J'essaie de voir des signes d'une éventuelle dépression : mais rien dans le discours qui ai une tonalité dépressive, rien dans les mimiques. Non, juste ce ralentissement de parole et de pensée, cette économie de mouvement.
L'impression c'est que c'était juste le mode de fonctionnement habituel de cette dame. 
Pour reprendre un diagnostic de Lawrence qui m'a fait sourire, c'est le genre de dame à se passer un épisode de Derrick au ralenti, parce que c'est allé trop vite pour elle. Bref.

Qu'elle ne fut pas notre surprise, ma collègue et moi, lorsque cette dame se met à aborder son couple. On a beau être à l'écoute, avoir l'habitude, on est quelquefois surpris par ce qu'on entend et à deux doigts d'exploser de rire (fort heureusement on s'est retenu).
Cette dame nous fait part de tensions dans son couple, de disputes. Toujours avec le même ralentissement, le même ton monocorde.
Puis, elle finit par lâcher :

- En fait, le problème, c'est que nous ne nous entendons pas sur....le plan...Sexuel...

- Ah ? fais-je (et j'ai la vision du mari attendant des heures avec agacement que madame soit "prête"...)

- Oui...En fait.... Sur ce plan là...Je suis...Très demandeuse...Et lui pas du tout...

- Ahhhhh ??

- Je l'ai même fait rencontré le médecin pour qu'il ai du Viagra. Mais il ne veut pas le prendre.... Moi j'insiste. Lui il dit non...Alors on se dispute...

Vision de la scène. Madame en nuisette vaporeuse, émoustillée, veut à toutes fins que monsieur prenne sa petite pilule bleue... Et lui, avachi sur son canapé en train de regarder le foot lui fait comprendre que non, pas ce soir, chérie...
Et en face de moi, la même dame ralentie, ralentie, ralentie...
Drôle de contraste !

Comme quoi, méfiez vous des des préjugés et des jugements hâtifs ;-)

12:32 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook

Commentaires

Je l'aime bien, cette histoire !
Comme quoi effectivement l'idée que l'on se fait de la vie des gens, ceux que l'on rencontre professionnellement mais aussi ceux que l'on croise dans la rue, nos connaissances, nos voisins, leur vie réelle donc, est parfois bien différente de ce que l'on peut s'imaginer.
J'imagine que tu étais loin... d'imaginer les demandes sexuelles de cette dame ralentie.

Écrit par : psyblog | 16/12/2009

oui en même temps, rien qu'à vous lire...grrrrr, je m'imagine en entretien avec elle et ouh la la... Nan, j'peux pas...
Alors le mari si elle l'a énervé (j'allais dire gonflé oups) toute la journée avec son côté ralenti ben peut être que le soir, nuisette ou pas... il n'a plus envie...
Enfin, je crois qu'à votre place, ou plutôt à celle du doc' pas patiente, le fou-rire (nerveux) m'aurait prise à l'annonce des désirs de la dame!

Écrit par : Zéb' | 16/12/2009

Difficile, des fois, de ne pas rire !
Moi aussi ça m'aurait énervée...

Écrit par : Dragon d'eau | 16/12/2009

Alors là, parvenir à ne pas rire, bravo !
C'est fou, même en te lisant, j'entendais les paroles ralenties de ta patiente. Je ne sais pas comment tu as fait, mais j'ai l'impression d'avoir lu ce texte au ralenti, justement !
A bientôt.

Écrit par : Chab'instit | 16/12/2009

J'ai bien ri en lisant tout ça! Mais c'est vrai que les patients lents comme ça sont exaspérants, à rapprocher de ceux qui tiennent à te donner tout le menu de leur journée dans le détail, heure de la pause WC incluse... Elle ne serait pas hypothyroïdienne?
Derick au ralenti... Mouarf!!!

Écrit par : Med'celine | 17/12/2009

J'ai beaucoup ris en vous lisant, alors merci !

Écrit par : FrauTorchon | 18/12/2009

En lisant ces lignes , j'avais l'impression de voir cette brave femme . Elle me rappelle étrangement une de mes patientes que j'ai surnommé Droopy en mon fort intérieur.C'est une très gentille dame attachante à sa manière !

Écrit par : Sandrinej | 18/12/2009

Les commentaires sont fermés.