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21/09/2009

Annulé

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Ma secrétaire m'appelle car une maman vient de l'appeler pour un enfant que j'ai déjà rencontré une fois.
Elle est mécontente. Son fils ne m'a pas parlé lors de la consultation. Elle trouve qu'il n'est pas à l'aise avec moi. Elle veut changer de psy.
Ma secrétaire m'en informe : je ne me souviens pas du dossier de mémoire (je l'ai vu une fois il y a quatre mois), mais je lui dis que la maman est libre de consulter où elle veut...


Et quand je reprends le dossier tout à l'heure, je trouve ça d'un coup beaucoup plus informatif. Je me suis souvenu de la situation.

Petit garçon de six ans issu d'un couple divorcé. Séparation hyper conflictuelle, ponctuée de lettres d'avocats et de menaces de part et d'autre.
Petit garçon décrit comme angoissé, problème de sommeil, problème de pipi au lit...
La maman arrive en consultation très mal. Le souvenir de la séparation (violente) est encore très vivace et reste difficile à aborder. Beaucoup de pleurs contenus. En tant que femme, elle a beaucoup souffert, apparemment, d'un homme manipulateur, menteur, et décrit comme pervers.
Elle craint pour son fils qu'elle trouve mal aux retours de chez le père, elle fait le lien entre les symptômes anxieux et le fait que "ça doit" mal se passer chez le papa.
Pendant l'entretien, mon impression est que cependant la maman projette beaucoup sur son fils. En tant que femme, sa relation avec le papa a été calamiteuse, destructrice. Elle est persuadée qu'il en sera de même sur son fils maintenant que le papa a des droits de visite.
Or, a priori, les seuls éléments qui l'orientent sont les troubles anxieux décrits plus hauts. L'enfant ne décrit à l'heure actuelle rien de strictement accusateur sur le comportement de son papa.
Les troubles anxieux peuvent se rattacher tout aussi bien à la situation hyper conflictuelle qu'à un vécu traumatique des visites. Mais la maman , dans son angoisse propre, n'a de cesse de penser au papa et à sa personnalité qui "forcement" perturbent son enfant.
Ce que je peux comprendre au vu de son histoire. Mais qui n'est pas forcement facile à gérer pour son fils si tout cela n'est pas justifié.


Pas facile d'y voir clair dans tout ça. Je ne sais pas si le papa est réellement le pervers décrit. Peut être. Peut être pas.
Ce que je sais, c'est que j'ai devant moi un enfant anxieux, mutique, pas à l'aise pour deux sous.

Je le vois seul : petit garçon qui restera silencieux, angoissé de se retrouver seul, ne sachant quoi dire.
Pris dans un conflit de loyauté entre ses parents, il donne l'impression de ne plus s'autoriser à dire quoi que se soit qui pourrait rajouter au conflit.

Je fais rentrer à nouveau la maman. Je lui explique que j'aimerai que mon bureau devienne pour son fils un espace de parole "libre". C'est à dire qu'il ne sente pas obligé de dire "pour faire plaisir à papa ou à maman".
Pris dans le conflit, les jugements des uns et des autres, la position de l'enfant est en effet assez intenable.
Je lui explique donc que je le verrai à plusieurs reprises, seul, pour qu'il considère que ce rendez vous est le sien et qu'il pourrait y dire ce qu'il veut. Que je comprends ses inquiétudes, mais que pour qu'on en sache plus là dessus, il faut que son enfant se sente réellement libre de parler, en dehors des conflits de papa/maman.
Je conclue en lui disant que  je referai  le point avec elle lorsque nous aurons assez avancé avec son enfant.

Et voila donc aujourd'hui : prochain rendez vous annulé  !

Officiellement parce que la maman trouve que l'enfant n'était pas à l'aise avec moi. (Vous avouerez qu'en résolvant tout au premier rendez-vous, ma pratique se rapprocherait de celle du magnétiseur).


Officieusement, je pense que la maman n'a pas supporté deux choses :

- un, que je ne prenne pas partie.
Je ne mets pas en doute ce qu'elle me dit mais simplement je n'en sais rien ! Je verrai le papa en entretien que j'aurai le discours complétement opposé. Ce qui m'intéresse dans l'histoire n'est pas tellement la recherche de la vérité, je ne suis pas juge, mais la recherche de la vérité de l'enfant : son point de vue, son ressenti, ses peurs, ses envie. Dans ces histoires, mon seul parti pris est toujours celui de l'enfant. Point.


- Deux, que je demande à voir l'enfant seul pour qu'il ai son espace de parole à lui. Et ça, si je comprends bien, ca semble intolérable pour cette maman de ne pas savoir. Son anxiété est telle qu'elle veut savoir tout de ce que va dire son enfant. Or, l'anxiété de sa maman doit être bien lourde pour cet enfant également ! D'où peut être, ces barrières, ces défenses où il se terre à l'heure actuelle.

Ces situations de séparation conflictuelle sont bien difficiles à gérer en tout cas.
Et moi je suis peiné car j'avais engagé quelque chose avec ce petit garçon, je lui avais promis un espace de parole libre, rien qu'à lui, et patatra.
Bon, les états d'âmes du psy, ça va, il s'en remettra.... Mais j'espère que ce petit garçon ira consulter ailleurs effectivement et ne sera pas dans la nature....
Et peut être que je n'ai pas pris assez de temps pour écouter et comprendre les angoisses de cette maman, qu'elle ne s'est pas sentie entendue dans ses craintes.
La marge de manœuvre est cependant délicate pour l'écouter, tout en ne fonçant pas tête baissée non plus sur la seule hypothèse qu'elle mettait en avant : le papa obligatoirement mauvais avec son fils.  

 

 

 

17:04 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Une question me vient en lisant votre post: avez-vous le droit de dire votre conclusion "au visage" de la mère ? ou bien n'avez vous rien dit ?

Je me dis parfois que les gens (la mère, en l'occurence) n'ont peut-être pas conscience de leurs propres peurs et de leurs "obsessions" (celui du père, voire de la perte de son fils).

Écrit par : Benjamin | 22/09/2009

Dans ce qu'il me souvient, j'ai dit à la maman, après le premier entretien, qu'il fallait que son enfant puisse apprendre à dire les choses librement, loin des conflits des adultes (ce qui implicitement impliquait aussi bien elle que son ex mari).
Qu'il me faudrait un peu de temps pour avancer dans tout cela.
Je suis resté très prudent : je ne peux pas lui dire que tout ce qu'elle me dit sur le papa est vrai ou faux, tout ce que je peux dire c'est que moi je suis là pour l'enfant et que je dois apprendre ce qu'il en pense et en ressent.

Écrit par : spyko | 22/09/2009

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