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05/08/2009

Tout casser

Régulièrement aux urgences, arrivent des ados ou des enfants pour "crise de violence".
Amenés le plus souvent par les pompiers, eux même alertés par le collège ou les parents.

Pour les ados, je comprends très bien l'appel aux secours : maîtriser un ado d'1m80 en pleine crise n'a surement rien d'évident ! Pour les enfants, je suis quelquefois plus surpris : appeler les pompiers pour un petit bonhomme de six ans me questionne. Ok, il a fait une grosse colère clastique, il a tout envoyé balader dans sa chambre, il a cogné, griffé, hurlé... Une grosse grosse colère quoi. Mais j'ai du mal à imaginer un enfant de six ans qu'on ne peut plus maîtriser ? Les miens se sont déjà essayés à la grosse colère suite une frustration (ouh le méchant père qui refuse d'acheter le jouet que j'ai vu en magasin...Je vais me rouler par terre et crier, et il  va bien voir).
D'abord ça ne m'impressionne pas. Le regard des autres je m'en fiche, et je laisse la colère passer. Ensuite, je ne cède pas, partant du principe que si l'enfant mémorise qu'une colère peut me faire céder, c'est la porte ouverte à tous les caprices ultérieurs.
Partant de là, hormis deux ou trois essais de colère-chantage, ils n'ont plus réessayé.
(Attention, ce n'est pas parce que je suis psy que je m'en tire toujours bien...Loin de là ! Là, je vous mets une expérience positive, mais un jour, je vous ferai un billet de ce que j'ai du mal à faire en tant que parent et néamoins psychologue, et ça en fera des choses à raconter).

Bref, je me dis que gérer la colère d'un gamin, ok, c'est pas marrant, mais quand même, de là à appeler les pompiers ?...

Pour nos ados, la grande majorité de ceux qui viennent ici pour crise d'agressivité arrivent avec les pompiers calmes comme des moutons, une fois la crise passée.
Et dans l'écrasante majorité des cas, on ne se trouve aucunement face à un ado présentant des troubles psychiatriques.
Non, on a simplement à faire à des ados "standards", mais ne supportant aucune frustration. Dans la toute puissance. Dans le "je veux" et le "j'ai le droit de".
Et ces troubles agressifs sont plus souvent révélateurs de dysfonctionnement familiaux globaux que de troubles psychiatriques isolés.
Des familles où l'autorité est floue, les limites changeantes. Où l'on anticipe anxieusement chaque colère de l'ado-roi, où on lui aplanit toute difficulté "pour ne pas qu'il s'énerve encore".
Mais forcement, mon brave monsieur, la vie est mal faite. Un jour ou l'autre, bien que papa et maman fassent tout ce qu'il faut, un jour, il faut dire "non" ou refuser quelque chose. Et là c'est le drame. Dans la vie sans contrainte et tranquille de notre ado arrive un refus, ou un ordre...
La crise de colère démarre souvent pour un motif futile : pas le droit de sortir après 22h, confiscation du portable à cause de facture trop importante, etc...

Cependant, ne jamais s'arrêter au motif encore une fois. Ridicule de tout casser pour une histoire de portable confisqué ? Surement. Mais pas anodin. Qu'on vienne à l'hôpital amené par les pompiers pour ça, c'est tout de même pas banal !
Alors on ne s'arrête pas au motif et on questionne sur le fonctionnement familial, l'histoire de la famille, la place de l'autorité dans tout ça.
Ce n'est pas toujours évident car les parents, souvent épuisés par le comportement de leur ado, ont l'impression de "tout faire pour lui". Les obliger à se remettre en question reste douloureux, pas facile... Pour eux, ce n'est pas eux qui ont un problème...Il y a beaucoup de précaution, de ré-assurance à mettre avant d'aborder les problèmes globaux.

En tout cas, ce sont souvent des consultations riches. Au début j'avais souvent un peu peur lorsqu'on m'appelait pour "crise d'agressivité"....Ouh là je vais m'en prendre une moi, je me disais  ! Et ce n'est pas avec ma musculature sous-développée et mes connaissances sommaires en judo que je vais faire quelque chose....
Mais non, comme je le disais, ces ados "agressifs", je les ai toujours vus calmes. A l'hôpital, coupés du milieu, du cadre habituel, ils restent accessibles au dialogue...

Ceci dit, je vais conclure en faisant mon vieux C... passéiste (et là je rejoindrai un peu ce qu'écris Aldo Nouri) : combien de familles ont du mal à manier l'autorité ! A force de psychologie et de psychanalyse mal comprises, on essaie de ne jamais traumatiser l'enfant, de tout lui expliquer.... Mais l'autorité et les règles, ce n'est pas que des bons sentiments.
C'est douloureux d'être frustré, certes, mais c'est comme ça qu'on apprend et qu'on grandit. Et on n'est pas traumatisé pour autant.
Combien de parents sont bloqués dans leur autorité par la crainte que leur enfant ne les aime plus... Combien laissent tomber le rapport d'autorité au détriment d'un rapport de séduction ? "Je fais tout pour lui"... Tout pour qu'il m'aime...!
Mais si on est parents, on n'est pas dans une relation de séduction. Les interdits sont là, point, que ça plaise ou non.
Ça ne se discute pas (il y a des choses qui se discutent mais pas les interdits fondamentaux).
Si on reste dans le rapport de séduction, qu'on veuille faire toujours plaisir à son enfant, alors celui ci ne fonctionnera que dans le plaisir. D'où des réactions plus tard, face aux contraintes,  comme "l'école me gave !", "la prof a rien à me dire"...etc...etc...

Comme l'écris Nouri, nos enfants sont nos enfants et comme tels, ils sont "condamnés à nous aimer". On n'a qu'un père, qu'une mère. Pour peu qu'ils soient aimants et justes, la "sévérité" n'empêchera jamais qu'on les aime.
Et la sévérité dont je parle est toute relative. Je ne prône pas le retour du fouet !

Cependant, je reste persuadé que si l'autorité était mieux maniée, par des parents moins soucieux de plaire à leur enfant, de se faire aimer à tout prix, il y aurait de la part de nos ados une bien meilleure tolérance à la frustration. Et sans doute moins de crises d'agressivité aux urgences...

 

10:58 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

Commentaires

On retrouve dans votre texte l'idée classique que soit on reste ferme face à ce qui est ou deviendrait un caprice, soit on écoute et on cède ...

Saviez vous que l'on peut ecouter la frustration d'un enfant sans y céder ?
Pour le jouet dans la vitrine, à part céder ou trainer un gamin hurlant, on peut aussi discuter avec lui de ce jouet, ce qu'il voudrait faire avec, de l'éventualité de le garder sur une liste pour Noël prochain ... ou alors de le laisser exprimer sa colère en considérant non pas qu'elle est dirigée contre nous, pour nous manipuler ou que sais je en lui donnant peut etre des mots ou des pistes pour une façon acceptable par la collectivité de le faire.

Pour le plaisir :

- “Parents efficaces”, “Parents efficaces au quotidien”, et “Eduquer sans punir”, de Thomas Gordon
- “Poser des limites à son enfant et le respecter”, de Catherine Dumonteil-Kremer, Editions Jouvence
- “Parler pour que les enfants écoutent et écouter pour que les enfants parlent”, “Rivalités et Jalousies entre frères et soeurs” d’Adèle Faber et Elaine Mazlish, Editions Relations Plus, Inc.
- “C’est pour ton bien”, d’Alice Miller, Aubier, 1985
- “Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs)”, “Elever nos enfants avec bienveillance”, de Marshall Rosenberg

Écrit par : Estelle | 06/08/2009

C'est vrai que mon propos était un peu réducteur vu comme ça : mais je ne parlais des caprices que rapidement, ce n'était pas le fond de l'article, donc j'ai fait vite.

Où je disais ne pas céder, c'est face aux caprices-chantages de l'enfant qui se roule par terre en disant "je veuuuux ce jouet"...Ca, c'est clair pour moi : je n'accepte pas. On peut parler de tout et discuter, mais la colère à ce point, non.

Cependant, et là on se rejoint, aux parents d'enfants qui font des caprices pour tout et rien, je conseille d'aller dans les magasins en donnant la regle "aujourd'hui on n'achete pas". Mais on regarde les jouets, on discute, on parle du plus beau, celui qu'on aimerait à voir, on rêve, on découvre.
Je crois qu'il y a qq livres qu'on a en commun sur ce theme d'ailleurs ;-)

Pour mes enfants, là où je disais ne pas céder, c'est que devant les quelques "énormes" colère qu'ils ont pu faire, la méthode était la même : si colère, on sort du magasin. Stop. Si non, effectivement, on prend le temps de discuter de ce qu'on découvre.
Et maintenant c'est régulierement qu'on va à la grande surface de jouets pres de chez nous : les enfants passent une heure à aller voir toutes les nouveautés, faire "leur liste" de noel en avance, voire tres tres en avance. Les parents s'amusent aussi. Mais on n'achete pas ce jour là, on est venu regarder.

Je crois simplement qu'on peut aider son enfant à gerer ses frustrations et les exprimer autrement que par le crise de colère brute.
A bientot Estelle, merci pour les précisions

Écrit par : spyko | 06/08/2009

Éduquer les parents, tout un programme !
Je crois, pour en avoir rencontré quelques-uns en pédiatrie, que les parents d'aujourd'hui sont les enfants d'hier, "handicapés affectifs" ou ayant eux-même manqué de mots, n'ayant pas réglé leurs propres problèmes parentaux, avec du coup d'immenses difficultés à se poser en tant que parent et autorité pour leurs enfants.
Je généralise à outrance, mais les dynamiques familiales grippées le sont souvent depuis des années, et quel travail pour rétablir un semblant d'équilibre, et pour redonner aux parents de confiance en eux et en leurs enfants !
Merci en tout cas pour ces articles et les quelques suggestions de lectures qui vont avec :-)

Écrit par : Marie | 07/08/2009

J'en vois parfois, de ces parents désemparés avec un gamin ingérable, osant à peine réprimander le petit trésor qui grimpe partout, touche à tout, tire le papier de l'imprimante, ouvre les tiroirs... Une fois, je me suis énervée devant l'incompétence maternelle (bien que la comprenant, il s'agissait d'une mère élevant seule son fils, épuisée physiquement et moralement), j'ai attrapé le loustic par les épaules et l'ai assis fermement sur la table d'examen en lui disant avec mon air revêche favori: "ça suffit maintenant!". C'est tout. Il est devenu tout gentil, souriant, et a coopéré parfaitement à l'examen. Bon. J'avoue que d'autres fois, le résultat n'a pas été aussi convaincant, mais peut-être étais-je moins péremptoire aussi!
Les ados agressifs sont-ils principalement issus de familles décomposées/recomposées?
Je n'ai pas de stats personnelles là-dessus, mais il me semble que l'enfant roi est assez représenté dans ce genre de famille, où tout doit être beau et attirant chez Maman, et pareil chez Papa, pour épargner l'enfant déjà malmené par cette séparation...

J'espère aussi que tes vacances furent bonnes!

Écrit par : Med'celine | 21/08/2009

Marie : oui quel travail, mais bon, on va pas se décourager pour si peu hein ? Mais le plus bizarre, c'est qqfois nous qui passons pour des extra terrestres avec nos pseudo valeurs à la noix !
Medceline : un peu d'autorité n'a jamais tué personne, je te donne entièrement raison !
Et oui, les vacances furent bonnes. Et trop courtes, comme toutes vacances.

Écrit par : spyko | 29/08/2009

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