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29/06/2009

Pétage de plombs

Suis appelé par les urgences pour un adolescent de 16 ans.
Amené d'urgence par les pompiers pour une crise importante d'agressivité au domicile, a cogné, hurlé, frappé sa mère....
Le médecin m'explique cet ado, en fait, est traité depuis des mois pour une acné sévère et prend de l'isotrétinoïne, plus connue chez nous sous le nom de Ro*ccutane. Or, cette molécule est connue depuis longtemps comme ayant pour effet secondaire, dans certains cas, d'augmenter l'agressivité, voire d'amener des épisodes dépressifs.
Je m'étonne donc de mon passage auprès du médecin. C'est vrai, si c'est un effet secondaire du médicament, alors quel est mon rôle ? En fait, l'ado en question est très mal aujourd'hui d'avoir eu sa "crise", se culpabilise...Et puis, il semble vivre très mal aussi son acné.

J'entre dans la chambre et découvre un ado qui, malgré la chaleur étouffante de ce jour, est complètement emmitouflé sous une écharpe en laine, jusqu'aux yeux.
On discute. Je le trouve en fait très calme, très réfléchi.
Et il m'explique :  l'acné apparue soudainement il y a quelques mois. Le changement d'apparence qui le complexe de plus en plus, l'acné qui s'étend, l'angoisse qui monte.
L'écharpe qu'il commence à ne plus quitter. Au début, on est en hiver, ça passe inaperçu. Mais au printemps, les remarques fusent et son écharpe-carapace devient plus lourde à porter.
Alors, pour fuir les regards, les moqueries, il s'isole, ne sort presque plus de chez lui . S'installe une dépression larvée, qui ne dit pas son nom....
Et ces points ci, j'ai bien l'impression que ce n'est pas la faute du médicament, mais bien d'un ado qui avait probablement à la base une estime de soi difficile, avec un fort attachement au jugement et au regard de l'autre.

Je dirai presque "par chance", l'isotrétinoïne lui a fait pêter les plombs récemment sur un mode agressif  :qu'il n'avait jamais présenté auparavant , pour lequel il n'arrive pas à mettre des mots dessus, n'arrive pas à expliquer.
Ce pétage de plomb me semble plus l'effet du médicament (d'autant plus que je sens un ado plutot bien construit, réflechi et pas impulsif dans son mode de pensée) , tandis que l'isolement et la honte de son apparence semble plus profonds et plus anciens.
C'est sur que certaines dépressions se font sur un mode agressif, mais pour lui, toute l'histoire montre plutot une dépression vécue dans un repli sur soi, une honte de son image, un désinvestissement de tout sans jamais d'agressivité. On a en plus  'impression d'une personnalité qui ne semble pas du tout impulsive dans sa manière de parler, de réflechir, de se comporter. Et paf, d'un coup, le dermato décide d'augmenter la dose d'isotrétinoïne et bingo, dans le WE, gros clash, crise d'agressivité.
C'est pour ça que je pense que les troubles dépressifs anciens sont à isoler du phénomène d'effet secondaire, même si surement, ils ont été la base, la zone de fragilité sur laquelle les troubles ont ensuite décompensés.


Mais si il n'y avait pas eu crise, combien de temps son malaise aurait duré ? Combien de temps à se cacher et finalement à ne pas vivre (c'est lui même qui a fini par me dire qu'il avait l'impression de ne plus vivre depuis trois mois, confiné dans sa chambre). Parce que la maman avait tout essayé mais elle n'arrivait pas à enrayer de ce qui se passait, pas de communication possible. Ado qui bien sur refusait toute aide psy.

Alors aujourd'hui, grand chambardement pour notre ado. Le voilà à l'hôpital et tout le monde se précipite pour aider un malaise qu'il taisait depuis des mois :  le psy qui le fait parler de tout ça, le dermato qui lui donne un autre traitement ainsi que des conseils pour que son acné soit moins apparente, les infirmières qui l'entourent, le rassurent et lui ont permis d'ôter enfin son écharpe-bouclier....
Bref, sentiment qu'une crise est parfois salutaire...!

L'isotrétinoïne et ses effets secondaires

 

15:10 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

Commentaires

Bonjour bonjour,
Je viens de découvrir votre blog et je tiens à vous féliciter, pour la forme (la bannière est superbe!) et le fond... (étudiante hésitant entre la pédopsy et la pédiatrie, ça me plait particulièrement). Je me suis permise de vous ajouter dans mes liens si ça ne vous dérange pas !
Chouette billet en tout cas, ces crises salutaires nous rappellent aussi qu'il ne faut pas négliger les ados d' "avant" la crise, je suis certaine qu'on peut les aider si on prend le temps de les écouter..
Bonne continuation

Écrit par : Marie | 06/07/2009

Merci Marie de votre passage ! Et bonne continuation alors dans les études.

Écrit par : spyko | 06/07/2009

Merci pour ce blog !
C'est vraiment passionnant, je n'avais pas trop d'idée sur ce métier que je ne connais pas trop.
Super intéressant, vraiment !

Écrit par : eo | 05/02/2010

Les commentaires sont fermés.