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26/06/2009

Elle aime pas l'eau de toute façon !

Je vois Elodie à la demande du pédiatre qui la suit ici pour, au départ, un problème de poids.
En fait de problème de poids, ce sont surtout ses parents qui sont très inquiets. Elle a a priori une petite baisse sur sa courbe de poids, mais minime et qui n'inquiète pas la pédiatre. Mais l'inquiétude des parents sur le poids est telle qu'ils consultent à tour de bras, cherchant des solutions "miracles" pour faire manger davantage leur enfant et la faire grossir.

Je vois donc Elodie aujourd'hui avec son papa. Elle a environ 3 ans et semble très futée.
Le papa m'explique qu'elle est "très difficile" au quotidien. Et que pour la nourriture, c'est la catastrophe.
"Elle ne mange que de la purée, des pates, du blé. Elle ne veut rien d'autre. Elle ne veut boire que du sirop. On a tout essayé..."

Souvent je tique sur le terme du "on a tout essayé". Parce que souvent, le "on a tout essayé" signifie que les parents ont essayé plein de méthodes différentes pour venir à bout du problème, changeant la méthode et les régles un peu tous les jours, désespérant au bout d'une journée que ca ne marche pas. Au final, on a un enfant déboussolé d'avoir eu plein de régles éducatives différentes et changeantes au gré du ras le bol parental.
Alors en réponse au "on a tout essayé", souvent, j'essaie de faire réflechir les parents sur UNE méthode à adopter et s'y tenir...

Et je tique aussi sur le "elle ne boit que du sirop". Quoi ? J'imagine mal une petite fille de trois ans se déshydratant devant un verre d'eau en pleine chaleur parce qu'il n'y aurait pas un peu de grenadine dedans.
Pour moi, la soif est un besoin tellement irrépréssible et vital qu'on ne peut pas (surtout à trois ans !) refuser de boire.

Non ce qui se passe, ce qu'Elodie refuse son eau. Une fois, deux fois. Et le refus finit par rencontrer l'inquiétude parentale qui enfle, et enfle, et boum, au bout de pas-longtemps, bingo, la bouteille de grenadine sort du placard.
Et le papa est sur, sur de lui, à 200% quand il me dit "de toute façon, jamais elle ne boira de l'eau. Elle n'aime pas ça"...
Si je voulais être un peu confrontatif, je lui dirai d'essayer d'emmener sa petite en randonnée, une journée, un jour de beau temps, avec juste une gourde d'eau. Je lui donne pas deux heures moi à la petite pour "aimer" l'eau...

Et pour la nourriture, j'entends que c'est un peu pareil. Elodie n'aime "que les pates", mais c'est sur que lorsqu'il y a des légumes, là encore, papa et maman trop inquiet par son petit poids (qu'elle n'a pas...), finissent par craquer;

Alors au final, c'est clair qu'elle aurait tort de se priver la petite Elodie ! Elle a tout compris ! Des parents inquiets par son poids qui sont prêts à finalement tout pour qu'elle avale quelque chose. Aussi, la petite use et abuse de cette inquiétude pour obtenir un peu tout ce qu'elle veut.
Mais dire ça, c'est facile et ça ne change pas grand chose, car les parents sont réellement inquiets du poids. Le discours médical ne les a pas rassuré.
Alors on essaie de comprendre. Et on trouve une famille (grand-mère, tatas...) qui font beaucoup de remarques à la maman sur sa façon d'élever sa fille. La petite n'a pas le meme poids que les cousines. Elle est "plus maigre" dit la maman.
Or, la courbe de poids est désesperemment normale. Mais rien à faire : elle est plus mince que ses cousines, les critiques fusent dans la famille, donc la maman se sent responsable, coupable. Elle ne s'occupe pas bien de sa fille.
Du coup, cette pression explique en partie pourquoi la maman craque si facilement devant les caprices, somme toute assez ordinaires, de leur fille.
Car la maman parle d'une petite fille capricieuse mais je ne note que du très standard : elle n'aime pas les légumes, elle préfère le sirop, elle adore les féculents... Je dirai comme 80 % des enfants de son âge !! Mais voilà, ses refus rencontre une angoisse tellement énorme en face que les choses se sont enkystées...

Le problème du jour c'est que le papa et la maman, épuisés par des combats incessants avec leur fille, épuisés sur leur angoisse par rapport au poids ("elle va pas tomber malade ?"), n'en peuvent plus et attendent du psychologue une solution miracle. Des conseils qui vont tout résoudre.
C'est rigolo parce que beaucoup de parents ont cette attente par rapport au psy : donnez moi une solution pour mon enfant ! Comme si j'avais un grand livre de la psychologie avec pour chaque problème, une marche à suivre.
"Alors, vous me dites une enfant qui refuse les légumes ? J'ouvre mon manuel à légume....Je cherche... Ah, Légume... Refus des légumes, voila...."

C'est quelque fois une première étape bien longue que de permettre à tout le monde dans la famille de se remettre en question, se questionner. Il n'y a pas de recette miracle, il y a un autre mode de pensée, de fonctionnement à trouver. Et c'est sur que c'est pas toujours très aisé d'accepter la remise en question...

En tout cas, pour Elodie, le papa a un peu entendu en fin de consultation que son angoisse à lui déteignait beaucoup sur tout cela... C'est déjà un premier pas. Affaire à suivre...

09:12 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

Commentaires

Je crois que beaucoup de parents s'inquiètent inutilement quand leur enfant mange peu et ne grossit pas assez. Chaque enfant est différent, il y a des petis et des gros mangeurs, des enfants qui restent minces en mangeant beaucoup alors que d'autres grossiront. Il y a plusieurs facteurs à prendre en compte dans la prise de poids : l'alimentation bien entendu, mais aussi l'hérédité. L'une des mes filles est petite et menue comme moi, elle a 8 ans. Je me souviens qu'on lui a fait passer tous pleins d'examens à l'hôpital quand elle avait un an, parce que ça inquiétait le médecin, elle avait réussi à me convaincre de l'utilité de ses examens en prétendant qu'elle avait forcément une maladie qui influait sur sa taille et son poids. Pour finir, tout était normal, et je continue à ne pas m'inquiéter même quand elle mange peu. Et elle mange ce qu'on a prévu. Moins on se prend la tête avec le poids et l'alimentation, mieux ça se passe. Je pense que lorqu'on stresse, on met une pression inutile sur son enfant et on n'obtient rien de positif.

Écrit par : manoli | 26/06/2009

Tout à fait d'accord avec vous Manoli , notre stress évidemment rajoute une pression excessive sur l'enfant, enkyste le problème d'alimentation et fait d'une situation assez banale quelque chose qui peut devenir explosif.
Mais lorsqu'on est parents, difficile de ne pas s'inquiéter, difficile aussi d'avoir du recul et s'apercevoir qu'on s'inquiete "de trop".

Écrit par : spyko | 26/06/2009

Inversement, dans la situation de manoli, je comprends l'inquiétude d'un médecin consciencieux qui ne voudrait pas laisser passer quelque chose d'embêtant pour la bonne croissance de l'enfant Un juste milieu à trouver peut-être ? Savoir surveiller attentivement sans angoisse excessive ?

Ce qui me choque toujours, moi, c'est ce passage :
"Mais rien à faire : elle est plus mince que ses cousines, les critiques fusent dans la famille, donc la maman se sent responsable, coupable. Elle ne s'occupe pas bien de sa fille."
Je suis assez persuadée que la culpabilité est quelque chose que les mères savent très bien se créer et entretenir seules, et je suis perplexe à chaque fois et complètement démunie face à ce sentiment qui me parait inaccessible à toute logique. Une mère qui se sent coupable pour sa fille, essayez de la raisonner, pour voir ! Et le premier qui réussit me transmet son secret, parce que vraiment, moi, j'y arrive pas...

Écrit par : Marie | 08/07/2009

Marie, c'est vrai que la culpabilité est de toute facon fortement ancrée chez n'importe quel parent.
Que son enfant soit malade, que son comportement ne soit pas nickel, et hop, forcement, on se remet en question...
Et une mauvaise lecture un peu trop grand public de Freud amène souvent à conclure que c'est forcement la faute des mères.

Alors face à la culpabilité ? Raisonner ? C'est un point. Mais je dirai avant tout : écouter. Permettre à la maman de dire ses angoisses, sa culpabilité.
Pas facile pour une maman d'arriver à verbaliser qu'elle se sent responsable, mais pourtant, c'est souvent là enfoui. Quelquefois je lâche une petite phrase du style "de toute facon, en tant que parents, on se sent toujours plus ou moins responsable"...Ca permet de lancer le sujet et de permettre la parole.
Je dirai donc en premier lieu : écouter, permettre aux parents de les dire leurs angoisses enfouies. Ecouter, d'abord, sans jugement, sans volonté de raisonner ou de prouver quoi que ce soit. Juste écouter.
Déjà rien que le fait d'arriver à verbaliser les angoisses est déjà un premier grand pas, car la plupart du temps elles sont tues.
Et lorsqu'on a est sur d'avoir tout bien compris et entendu, on peut d'abord résumer au parent ce qu'on a compris de son angoisse et ensuite, dans le role du médecin, expliquer pourquoi on ne pense pas comme lui. Mais en le présentant comme un avis différent, et pas comme quelque chose à prouver absolument.

(je suis pas sur, Marie, d'etre bien clair là...Tu me diras)
Pour moi c'est sur, dans mon rôle, j'écoute. La phase plus "argumentaire", là, c'est le médecin, et c'est clair que c'est pas facile.

Écrit par : spyko | 08/07/2009

Bien sûr, c'est très très clair, merci beaucoup :)

Écrit par : Marie | 10/07/2009

Les commentaires sont fermés.