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09/04/2009

Crédibilité

On pense d'abord à Outreau et à tous ces enfants qui en sont venus à dire des choses abominables, qui ne leurs étaient pas arrivées.
Jugés crédibles par les experts psychologues, ces enfants ne disaient pas cependant la vérité. Alors. C'est quoi la crédibilité ?

La crédibilité, en psychologie, ce n'est pas la vérité. La distinction est de taille !
Un enfant crédible sera un enfant qui ne présente pas de troubles psychologiques altérant son rapport à la réalité (mythomanie, psychose,  etc...). Un enfant crédible sera un enfant dont le discours semble adapté à son âge, avec des termes et une construction enfantine (le contraire pouvant faire penser à un discours induit par l'adulte). Un enfant crédible aura des réactions psychologiques et comportementales attendues après une agression sexuelle.
Mais pour compliquer un peu la chose, je vais vous donner deux exemples.

Prenons une dame un peu hystérique, facilement séductrice, un peu mythomane. Qui va venir raconter qu'elle s'est faite agressée dans la rue. Le tout noyé au milieu du récit de ses x amants et conquêtes amoureuses, le tout avec des détails surabondants pour en rajouter sur le coté dramatique de ce qui lui est arrivé.
Si je vois cette dame, je suis obligé de conclure "non crédible". Parce qu'elle a un comportement et une personnalité qui altère sa façon de construire un récit et de relater la réalité. C'est une constante chez elle, c'est sa personnalité.
Cependant, elle peut s'être fait réellement agressée et pourtant je ne pourrai pas conclure qu'elle ai une personnalité "crédible".

Deuxième exemple. Moi même. Mon voisin m'embête, pour x raisons. J'en peux plus. Plein de procédures, rien n'aboutit. A cours d'arguments, j'en viens à inventer qu'il m'a agressé physiquement et aller déposer plainte à la gendarmerie.
Si je suis expertisé, j'ose espèrer qu'on me trouvera une personnalité standard. Je ferai bien attention à mon comportement, mes mots, je choisirai des émotions adaptées.
A 99%, je pense qu'on me jugera "crédible" alors même que je suis en train d'inventer quelque chose.

Voilà toute la difficulté. En psychologie, crédibilité c'est plutot une constante de la personne, c'est son rapport à la réalité.
Mais sur le fait précis qu'elle rapporte là, aujourd'hui, sur l'événement en particulier qu'elle relate, parler de crédibilité c'est un peu employer une boule de cristal.
(il y a des psychologues qui expérimentent des grilles de validation du discours, mais c'est encore sujet à caution)

Donc d'une part crédibilité n'est pas vérité.

D'autre part, il y a ce qu'on appelle le "syndrome des faux souvenirs".
Notre mémoire n'est pas un magnétoscope, ce n'est pas un enregistrement fidèle de la réalité. On aimerait le croire, on essaie d'y croire mais c'est faux.
La mémoire peut être influencée, déformée, et ceci d'autant plus facilement chez des enfants dont l'intellect et la mémoire sont moins développés et plus sensibles à la suggestion.
Si des enfants sont interrogés des dizaines de fois, si des questions "orientées", tendancieuses leur sont posées, l'enfant petit à petit peut incorporer ce récit dans sa tête et finalement, y croire après coup.
Si cet enfant arrive chez moi, je ne saurai plus quel souvenir est réel et quel souvenir est suggéré. Car pour l'enfant, les deux seront vrais, il sera intimement persuadé de les avoir vécu.
Alors encore une fois, crédibilité ? Si l'enfant ne ment pas en me disant "sa" vérité qu'il croit réelle (mais qui lui a été suggérée), comment puis je savoir s'il est crédible ou pas ?....

Et quand je dis que la mémoire n'est pas un magnétoscope, ne vous croyez pas au dessus de ça !
Une psychologue américaine Elizabeth Loftus a fait une expérience avec des adultes.
Après s'être assuré auprès de leurs proches que cela ne s'était jamais produit, on a fait lire à ces adultes des textes écrits par leurs proches relatant des choses qui leurs étaient arrivées petits. L'un des textes (faux) relatait qu'ils s'étaient perdus dans un centre commercial.On leur assurait que si, si, tout était vrai dans ce que racontait leur famille.  Et on leur demandait d'essayer de s'en rappeler.
Ceci à plusieurs reprises.
Et bien, 25% (c'est énorme !!), 25% de ces adultes ont finalement répondus que si, si, maintenant,ils se souvenaient effectivement de cet épisode,  ils en étaient surs.
Comme quoi, ce n'est pas si difficile de jouer avec notre mémoire. Alors imaginer avec un enfant de trois ans par exemple !

Une autre fois, je vous expliquerai l'entretien avec l'enfant suspecté d'abus ou de maltraitance. Car il y a pas mal de pièges à éviter pour ne pas aller dans le sens de cette suggestion.

10:53 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

Commentaires

ça me renvoie aux faux souvenirs construits lors de séances d'hypnose chez des personnes qui ont affirmé avoir été abusées sexuellement tandis que ce n'était pas le cas. Je suis d'accord avec toi, il y a vraiment intérêt à être prudent et ne pas rentrer dans la suggestion. J'ai hâte de lire ton prochain article sur l'entretien avec un enfant suspecté d'abus ou de maltraitance.

Écrit par : celine B | 09/04/2009

Celine tu as tout à fait raison.
Il y a eu une "mode" aux USA il y a 10-15 ans, qui consistait à vouloir expliquer des troubles du comportement par des antécédents de sévices sexuels dans l'enfance. Si la personne n'en avait souvenir, on faisait l'hypothèse qu'elle avait forcemment refoulé et que l'hypnose lui permettrait alors de retrouver le souvenir des abus.
Sauf que la situation d'hypnose met la personne en état de haute suggestibilité...Et que de fait, des tas de personnes se sont brutalement "souvenues" avoir été abusée s dans l'enfance.
Cela a pris une telle proportion à l'époque qu'on a parlé "d'épidémie" de faux souvenirs avec à la clef tout un tas de procès retentissants qui ont démontrés que ces souvenirs avaient été induits.

Écrit par : spyko | 09/04/2009

"'elle s'est faite agressée" -> elle s'est fait agresser... sorry, j'ai pas pu m'en empêcher.

Écrit par : capello | 10/10/2009

Les commentaires sont fermés.