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26/03/2009

Maman est folle

Victorine a deux ans. Elle me regarde avec ses deux grands yeux bleus, son teint pâle, et son petit sourire discret. On dirait une poupée de porcelaine asssise sur les genoux de sa mère.
Aussi fragile que la poupée de porcelaine d'ailleurs. Frêle, l'air un peu appeurée.

Victorine se développe mal. Le poids, le taille, le développement psychomoteur, il y a un décalage un peu global.
Victorine regarde sa maman avec ses grands yeux bleus. Mais maman regarde ailleurs. Enfin non. Enfin si. Disons que maman regarde Victorine mais sans vraiment la regarder.
Tout à coup elle revient, et avec un petit sourire triste, la maman me dit "je suis très fatiguée, vous savez".
Victorine la regarde encore de toutes ses forces, pour capter son attention mais sa maman ne voit pas. Elle la serre contre elle, mais c'est comme si elles étaient l'une et l'autre à dix lieues de distance.

Par instant, la maman se rend compte de son état et fait comprendre qu'elle a peur de se retrouver seule avec sa fille. Elle sent, elle sait qu'elle n'est plus capable de lui donner ce qu'il faut. Et puis l'instant d'après, elle reprend son petit sourire plaqué et semble loin à nouveau.

Pas facile pour moi d'arriver à quelque chose. Il est évident que le lien mère/enfant, ce qu'on nomme l'Attachement,  n'est pas satisfaisant.
La maman de Victorine malgré son amour pour sa fille n'arrive pas à répondre à ses demandes, à adapter ses émotions. Il y a des coupures de relation lorsque la maman repart dans ses pensées, il y a une petite fille qui n'arrive plus à faire de sa mère sa "base de sécurité", comme le décrit la théorie de l'Attachement.
Ces micro-carences, tous les jours, depuis des mois, aboutissent à une véritable carence affective chez la petite, entrainant du coup, le retard psycho moteur, le retard de developpement (on décrit des nanismes psychogènes chez l'enfant lorsque les relations mere/enfant sont perturbées).

 

Je suis là en spectateur. Mes messages semblent glisser sur la maman de Victorine. Elle promet de revoir son psychiatre. Elle redit qu'elle se sent tellement fatiguée, mot qui doit être le seul qu'elle arrive à utiliser pour dire "pas bien" ou "dépressive".
Je me sens mal car Victorine aime sa mère, sa mère aime Victorine, mais la pathologie de la maman (shizophrénie évoquée par son médecin traitant ?) fait que la relation n'est pas satisfaisante avec sa fille au final. Avec de lourdes conséquences.
Que faire ? C'est la question que tout le monde se pose. Placer l'enfant ? Et détruire ce lien d'amour qui est là pourtant ? La laisser avec sa maman et l'aider un maximum. Comment ?

Je n'arrêtais pas en consultation de penser à cette chanson de William Sheller. Maman est folle

 

22:00 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

Commentaires

ahlala! j'ai exactement le même souci avec une maman qui évoque en plus des idées suicidaires tracées à grandes lignes en déclarant ensuite de pas vouloir faire de passage à l'acte en tout cas pas sur son enfant c'est sûr ...
que faire? l'hospitaliser? elle refuse en hospitalisation libre...
hospitaliser l'enfant?
je la renvoie à son psychiatre et j'appelle celui ci!
mais c'est galère!
merci en tout cas pour cette chanson qui illustre bien le problème!

Écrit par : melul | 27/03/2009

bonjour,
SI JAMAIS le placement de la petite fille semblait un jour inévitable, n'est-il pas possible de le faire sans pour autant "détruire ce lien d'amour qui est là pourtant"? les enfants placés ne peuvent-ils pas voir leurs parents régulièrement? Victorine peut sans doute continuer à aimer sa maman tout en se construisant avec des repères stables... non? (questionnement perso d'une pas-psy)

Écrit par : val | 30/03/2009

Ton témoignage résonne très fort en moi aujourd'hui. Je l'ai lu une première fois, puis j'ai bossé, et une infirmière que je connais bien m'a raconté une histoire, vieille de 20 ans. Une histoire sordide d'infanticide. Une mère taxée de dépressive mais pour laquelle aucun suivi n'avait été instauré. Un jour, elle a emmené ses 3 enfants, une fille de 10 ans et 2 faux jumeaux de 2 ou 3 ans , "se promener". Elle avait un cutter dans la poche, et une bombe lacrymo. Quand elle a commencé à gazer les 2 petits, la grande s'est enfuie. "Maman est folle", dira-t-elle plus tard. Les petiots, tu le sais, ne critiquant pas un geste parental, même répréhensible, n'ont pas bougé. Elle a tailladé les poignets de ces 2 malheureux... Quand l'IDE est arrivée sur place (elle effectuait un stage chez les pompiers à ce moment-là), elle savait juste qu'ils intervenaient sur un infanticide. Quand elle a vu, elle est tombée à genou, sous le choc des grands yeux bleus ouverts de la petite fille, immobiles pour toujours. Elle s'est fait relever doucement par une personne présente, qui lui a dit "il n'y a plus rien à faire pour elle, par contre, pour le petit garçon, oui!". Elle a agi en automate bien réglé, a fait du mieux qu'elle pouvait, réconfortant le gosse dont les tendons du poignet pendaient, mais l'artère radiale intacte. Lui s'en est tiré. Dans le VSAB, le gosse ne bougeait pas, tétanisé.
J'ai pleuré aujourd'hui en écoutant cette histoire, et même en te la redisant, je suis vraiment émue.

Quand doit-on intervenir devant un parent malade psychologiquement? Jusqu'où ne pas aller? Aurait-on pu éviter ce drame épouvantable? Sans doute que non, étant donné toutes les tueries qui sont perpétées par des déséquilibrés. Il m'arrive de croiser des gens aux regards fous dans la rue, ou ayant un comportement bizarre. Qui me dit que demain, ils ne pèteront pas un cable et trucideront le premier venu?

La psychiatrie est tombée en désuétude... Toujours par manque de sous, j'imagine. Les fous sont parmi nous...

Écrit par : Med'celine | 31/03/2009

Ton témoignage résonne très fort en moi aujourd'hui. Je l'ai lu une première fois, puis j'ai bossé, et une infirmière que je connais bien m'a raconté une histoire, vieille de 20 ans. Une histoire sordide d'infanticide. Une mère taxée de dépressive mais pour laquelle aucun suivi n'avait été instauré. Un jour, elle a emmené ses 3 enfants, une fille de 10 ans et 2 faux jumeaux de 2 ou 3 ans , "se promener". Elle avait un cutter dans la poche, et une bombe lacrymo. Quand elle a commencé à gazer les 2 petits, la grande s'est enfuie. "Maman est folle", dira-t-elle plus tard. Les petiots, tu le sais, ne critiquant pas un geste parental, même répréhensible, n'ont pas bougé. Elle a tailladé les poignets de ces 2 malheureux... Quand l'IDE est arrivée sur place (elle effectuait un stage chez les pompiers à ce moment-là), elle savait juste qu'ils intervenaient sur un infanticide. Quand elle a vu, elle est tombée à genou, sous le choc des grands yeux bleus ouverts de la petite fille, immobiles pour toujours. Elle s'est fait relever doucement par une personne présente, qui lui a dit "il n'y a plus rien à faire pour elle, par contre, pour le petit garçon, oui!". Elle a agi en automate bien réglé, a fait du mieux qu'elle pouvait, réconfortant le gosse dont les tendons du poignet pendaient, mais l'artère radiale intacte. Lui s'en est tiré. Dans le VSAB, le gosse ne bougeait pas, tétanisé.
J'ai pleuré aujourd'hui en écoutant cette histoire, et même en te la redisant, je suis vraiment émue.

Quand doit-on intervenir devant un parent malade psychologiquement? Jusqu'où ne pas aller? Aurait-on pu éviter ce drame épouvantable? Sans doute que non, étant donné toutes les tueries qui sont perpétées par des déséquilibrés. Il m'arrive de croiser des gens aux regards fous dans la rue, ou ayant un comportement bizarre. Qui me dit que demain, ils ne pèteront pas un cable et trucideront le premier venu?

La psychiatrie est tombée en désuétude... Toujours par manque de sous, j'imagine. Les fous sont parmi nous...

Écrit par : Med'celine | 31/03/2009

val, oui s'il faut un placement, il serait nécessaire de permettre à cette petite fille de voir sa maman. De facon encadrée, en travaillant leur relation. La maman n'est pas maltraitante, mais inadaptée plutôt.

Med'Celine : ouh là quelle anecdote dis ! effectivement assez épouvantable pour la famille. Mais aussi du coté soignant. Pas évident à gérer humainement, en restant professionnel, une pareille situation.

Écrit par : spyko | 01/04/2009

Les commentaires sont fermés.