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25/03/2009

Pré Burn-out

Oui c'est clair que j'aurai être du être plus calme. Plus professionnel.
C'est vrai, on attend quoi d'un vrai psy hein ? Qu'en toutes circonstances, il reste imperturbable et fasse "hmm hmm" en hochant la tête, quoi que vous fassiez/disez, comme s'il saisissait tout le sens caché de vos faits et gestes.
Ouais, j'aurai du dire "hmm hmmm" d'un air pénétré, ça aurait été vachement plus professionnel.
Mais bon, je suis pas très bon pour les "hmm hmm" de toute façon et j'ai du rater le cours à la fac sur les hochements de tête d'un air pénétré, zut, c'est balot quand même.

C'est clair que j'aurai pu me dire aussi que sa colère n'était pas dirigée spécialement contre moi. Elle vit une situation compliquée, cette mère de patiente, elle a une anxiété importante, et si on ne répond pas tout de suite à son anxiété, elle a tôt fait de se transformer en colère. Contre moi, ce jour là. Mais ça aurait pu êre un autre.
Alors comme tout bon psy, j'aurai du lui demander ce qui lui faisait peur à ce point, car derrière toute colère, se cache une peur qui s'ignore.
Mais non zut, j'ai pris sa colère au premier degré et je l'ai envoyer balader.
J'ai même été franchement sec.

Faut dire, elle est mal tombée, sa colère.
Après une journée passée à courir partout dans les services (pour cause de collègue en arrêt non remplacée), après que le chef de service vienne me demander d'ouvrir une nouvelle consultation alors que je n'arrive déjà plus à répondre aux demandes actuelles, après une réunion houleuse où il a fallu préciser à l'étonnement général que non, le psy, il était pas là pour jouer, dessiner ou chanter avec les enfants du service, non madame le medecin, je vous jure, y'a des animateurs pour ça (si si il a fallu que je précise ça !!) , ...Bref, après une journée merdique au possible à ne pas m'en sortir de tout ce que j'avais à faire, ce n'était pas le bon moment, vraiment pas, pour venir m'attendre et m'agresser verbalement à la sortie de mon bureau.

Me dire que j'avais promis de la rappeler et que je ne l'avais toujours pas fait, que c'était inadmissible et non professionnel (j'avait eu le droit à 15mn de pause le midi, juste de quoi m'enfiler un sandwich et basta...Alors rappeller les patients, c'était mission-pas-possible)
Me dire que ca démontrait que je ne la prenais pas au sérieux, que je n'en avais rien à faire. Me menacer de porter plainte (pour délit de non coup de fil ???) parce que je l'ai laissé sans aide (euh...Je vous ai vue en rdv il y a 48H, je vous ai rappelé encore chez vous ensuite.. J'ai tenté deux fois déjà de vous dire que ce qui vous faisait peur pour votre fille n'était pas si grave que vous le craigniez...Mais non j'avoue, j'ai pas rappelé aujourd'hui...)
Non, me dire tout ça après une journée de merde, même le psy, il craque. Et il dit stop.
Il dit qu'il est désolé, mais qu'il a eu UN PEU de travail,  il dit qu'elle peut porter plainte si ça peut lui faire plaisir, que ça fait plusieurs fois qu'il lui explique les choses mais que décidemment, elle n'arrive pas à l'entendre, qu'il dit au revoir parce qu'il n'aime pas tellement se faire crier dessus et qu'il préfère en rester là.

Une patiente de moins. Ben ouais, mais en meme temps, mon reste de conscience professionelle me dit que j'ai merdé. Là j'étais tellement au taquet que je n'ai eu qu'une envie, me protéger, me blinder face à sa colère et l'envoyer paître.
Et mon coté raleur me dit que merde,l'hopital à me faire travailler comme un dingue, tout seul là où il y avait deux psy auparavant, me met sur les nerfs et que c'est pas totalement de ma faute, hein m'ssieur le juge ?

Pis de toute façon, j'avais même pas eu le temps d'avoir une pause café de toute la journée. Mais moi j'suis désolé, sans café, je suis de mauvaise humeur. Voilà.

Seulement j'en suis à me demander maintenant : je la rappelle ou je la rappelle pas ?
J'estime que j'ai été patient et qu'elle n'avait pas à m'agresser et que basta.
Ou j'estime que c'est mon rôle d'etre aidant et accompagnant, que sa colère fait partie du processus,  et je la rappelle.
Ouais, et ben à cette heure, je sais toujours pas.

NB : ca sent mauvais quand on commence à rapporter à la maison les situations du boulot et à y réfléchir encore...

22:24 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook

Commentaires

On ne peut pas être en mode "Ecoute, empathie, encaissement, bottage en touche, recadrage" en permanence, ce n'est pas une attitude naturelle. Même les révérendes mères dans Dune n'y arrivent pas (et pourtant Dieu sais qu'Herbert les a voulu intransigeantes sur cette attitude permamente de retrait de soi par rapport à ses émotions). C'est impossible.

En même temps la prochaine fois que cela arrivera peut-être saurez vous trouver d'autres mots. Il faut aussi perdre quelques patients pour apprendre à faire mieux dans un domaine aussi compliqué que celui de l'écoute permanente. Mais ça pour le comprendre il faut l'avoir tentée.

Courage, votre plume montre que vous avez l'envie de bien faire votre travail malgré tout ce qu'il peut avoir de coûtant. Vous êtes à priori un bon praticien, rélfléchi et respectueux des malades. Avoir un instant d'humanité, ce n'est pas une tare. C'est juste une des multiples choses qu'il faudra savoir anticiper au mieux et gérer, tant bien que mal.

Take care mister Spyko-bonne-pâte ^^

Écrit par : leto | 26/03/2009

D'accord avec Leto. C'est toujours difficile les dosages. Mais je trouve déjà exceptionnel (mais je suppose que vous avez de bonnes raisons) un spy qui téléphone lui, à ses patients. Habituellement, c'est l'inverse. Bonne journée!

Écrit par : Rodrigue | 26/03/2009

Hier on m'a rapporté une anecdote, concernant le mari d'une collègue, exerçant comme anesthésiste, et qui est menacé d'être poursuivi en justice pour le motif qu'il "n'a pas été assez chaleureux" en préo op... L'affaire a été menée devant le conseil de l'ordre...
SI je te disais que moi même j'ai fondu en larmes lamentablement en consultation pour un motif con, mais con... Il s'agissait d'une gamine de 15 ou 16 ans, amenée par sa mère. Je l'examine, je lui trouve une scoliose lombaire énorme. Reprenant le carnet de santé, je m'aperçois que je l'avais vue 6 mois auparavant, je n'avais rien noté de spécial. Et là, plutôt que de rationaliser en me disant "ben oui, une scoliose, ça peut s'aggraver rapidement, pas de chance!", je me mets en doute, je m'accuse de ne pas avoir examiné son dos il y a 6 mois, d'être passée à côté, que maintenant il est trop tard, sa vie est foutue, elle va souffrir l'horreur jusqu'à sa mort, etc... Le pire, je raisonne à voix haute, et je m'écroule en pleurs... Pas lamentable, ça?
Nous avons tous des casseroles à traîner!
Ne te frappe pas! Si la patiente a deux sous d'intelligence, c'est elle qui s'excusera; sinon, tant pis pour elle. Pense à te préserver toi!

Écrit par : Med'celine | 26/03/2009

allons allons, ça fait partie de la thérapie!
il faut poser les limites aux patients, sinon on n'en finit jamais!
l'écoute bienveillante doit se faire dans son cadre à soi, défini par soi même!
et surtout pas l'inverse!
on est des thérapeutes et pas des amis, ne l'oublions pas!

Écrit par : melanie | 26/03/2009

Je n'ai qu'un mot, à tous et toutes : merci !
S'il fallait me rappeler qu'on est pas parfait, me rassurer et me soutenir, et bien, je dois avouer que tous ces commentaires m'ont fait beaucoup de bien.
Evidemment, je ne peux pas gagner à tous les coups et aider 100% des mes patients, c'est sur. Ca m'embête pourtant, ca ne devrait pas autant.
Du coup, tout vos commentaires m'ont aidé à prendre un peu de recul et c'est très très précieux !
Merci encore

Écrit par : spyko | 26/03/2009

Si ça sent mauvais, c'est surtout que tu n'as pas les moyens de faire ton boulot plus que correctement. Tu ne peux pas multiplier le temps par deux et tu restes un homme... donc pas infaillible. Psy ne veut pas dire magicien. De plus, elle n'avait pas non plus à t'agresser. Même si il est toujours préférable de répondre calmement à la colère, parfois, c'est au-dessus de nos forces.
Pour ce qui est de la suite à donner, je ne sais pas... tu peux toujours la rappeler pour reprendre là où vous en êtes. Au moins, ta conscience sera soulagée.
En tous cas, je ne pensais pas qu'un psy se posait aussi ce genre de question !
Bon courage !

Écrit par : Chabada | 26/03/2009

Vous semblez avoir déjà beaucoup fait pour cette dame...et cela ne lui semble pas encore assez.
Votre colère lui montre que vous êtes humain, qu'elle est allée trop loin; Alors oui, son agressivité est probablement symptomatique de sa peur, souffrance et bla et bla... Ce n'est pas une excuse pour elle à mon sens, la balle est dans son camp, si elle arrive à s'excuser, je pense que vous avancerez bien mieux par la suite.

Bonne continuation

Écrit par : doclili | 26/03/2009

tu vois c'est un peu les mêmes conditions que dans "les mères envahissantes" nous ne sommes pas obligés de tout supporter, et si certaines personnes ne posent pas elles-mêmes des limites correctes, ou sont trop exigeantes alors il me semble logique de leur rappeler que nous ne sommes pas des machines à tout absorber: donc de tout coeur avec toi

Écrit par : Thétis | 28/03/2009

Chabada : ouais, meme les psy se posent des questions sur eux meme... Epuisant à la fin !

Doclili et Thetis : merci de votre soutien !
Pour mettre un terme à cette histoire : j'ai eu à nouveau la mère au téléphone. On a refait le point, de manière un peu plus froide certes, mais la communication est restée possible. Et elle n'étais plus du tout agressive de son coté. Alors finalement, haro sur les scrupules, je n'ai peut être pas eu tort de marquer mes limites

Écrit par : spyko | 01/04/2009

Bonjour Monsieur,

Je me présente, je m'appelle Sabrina EDWIGE, je suis en L1 de Psychologie à l'université Paul-Valéry et j'aimerais savoir si le psychologue en pédiatrie se rapproche du psychologue clinicien?
Je dois vous avouer que ça me fait tout drôle de vous écrire aujourd'hui sachant que je vous suis depuis un bon bout de temps mais, cette année, j'ai un cours de PPP (Projet Professionnel Personnalisé) où il faut réfléchir sur un projet professionnel et s'engager dans un parcours d'études. Le mien étant la psychologie clinique, je suis chargée de mener une enquête auprès de professionnels et, J'ai pensé à vous. Cela pourrait-il se faire? En espérant que la réponse à ma question ci-dessus posée soit "oui". Dans le cas contraire, j'aimerais tout de même bien vous interroger (avec votre accord, naturellement).

Dans l'attente d'une réponse de votre part, recevez mes salutations les plus distinguées.
Sabrina EDWIGE.

Écrit par : EDWIGE Sabrina | 26/11/2013

(Je croise les doigts pour que vous puissiez voir mon message avant samedi... J'y crois, j'y crois.)

Écrit par : EDWIGE Sabrina | 27/11/2013

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