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19/03/2009

Soirée Psy (bis)

Après ma note d'hier "Soirée Psy", je vois que la plupart des soignants partagent les mêmes désagréments.

Ceci dit, je voulais tout de même préciser que ce n'est pas le fait qu'on me parle de psy qui me gêne. J'aime ce domaine, c'est mon métier, ça me plait d'en parler. Ça ne me dérangerait pas si au détour d'une soirée, quelqu'un vienne me parler de tel ou tel thème en psychologie. Ou me demande comment je fais à l'hôpital face à tel problème.
Je veux dire, c'est ma spécialité, c'est normal qu'on m'en parle, que je puisse aider ou aiguiller. Pas de souci. Je suis un psy, je peux répondre.

Non ce que je voulais ajouter surtout , c'est apporter une nuance de taille à ces personnes qui viennent me voir dans les soirées: oui je suis UN psy, mais je ne suis pas VOTRE psy.
Je trouve cela d'une indécence incroyable que de m'exposer votre vie privée. Ca me gêne. Je ne sais pas quoi en faire, moi, de toutes ces révélations. Ca m'ennuie, car c'est une avalanche de douleurs, de plaintes, de secrets qu'on me renvoie alors que j'aspirais à un peu de quiétude, de rigolade avec des amis.
Je ne VEUX PAS connaître les secrets de tout le monde désolé.
Et je dirai même pire, et tant pis si ca passe comme très égoiste : je ne VEUX PAS aider tout le monde. Non. Je refuse d'etre considéré comme celui qui peut aider tout le monde tout le temps. J'aide les gens avec tout le sérieux et le professionnalisme possible, mais c'est dans mes heures de consultations. Point. En dehors, je redeviens Monsieur tout-le-monde et j'ai aussi le droit d'être léger, de penser à moi, ma famille, mes amis.
J'ai comme l'impression que pour certains, être psy (ou soignant, médecins, infirmières ou autre), c'est un sacerdoce : on est psy tout le temps, on se doit de répondre tout le temps. Mais non, zut, si j'avais eu envie d'aider tout le monde tout le temps, alors je me serai inscrit dans une association humanitaire et j'aurai donné tout mon temps et toute mon énergie aux autres.
Mais seulement moi, je ne peux donner et aider que si j'ai à côté des bases solides. Ma famille est la première. Avoir du temps pour moi aussi. Voir mes amis.
Je ne m'imagine pas me sacrifier corps et âme à l'aide des autres tout simplement parce que je ne tiendrai pas longtemps comme ça. J'ai besoin d'un équilibre fort  à côté.

Voilà pourquoi cela m'agace de me sentir comme ça presque pressuré, harcelé par les demandeurs... Mais c'est la même chose au boulot...
Je vais dans la salle café me détendre entre deux patients (et être psy à l'hôpital, je vous laisse imaginer comme c'est drole et léger), et là, il n'est pas rare qu'une infirmière, une auxiliaire, etc...me tombe dessus et commence par : "toi qui est psy, dis moi..."... Et là j'ai le droit à tout de sa vie privée, problèmes de couple, d'enfants...
Stooop ! Est ce que je pourrai conserver un tant soit peu de relations normales avec les gens ? Est ce que j'ai le droit de ne pas tout savoir des problèmes intimes de chacun ? Est ce qu'on ne pourrait pas discuter des actualités, du dernier film ou de la dernière anecdote rigolote du service ??

Il n'y a pas longtemps, je prenais 15mn pour manger un sandwich en vitesse quand une secretaire m'apercoit, vient discuter...Et en cinq minutes, alors que je la connais à peine, elle m'avait tout expliqué de son cancer du sein d'il y a 5 ans, le décès de sa fille d'une mort subite, sa dépression, ses soucis avec son fils ainé... Finissant par "ah ca m'a fait du bien de t'en parler", et me laissant ensuite là comme un imbécile, avec mon sandwich entamé, ma pause bousillée, et ma colère réfrénée parce que je n'ai pas su  dire non et me protéger un peu.

Heureusement qu'avec ma famille et mes amis, on peut avoir des relations normales ! Sinon je crois bien que c'est moi qui finirai par devenir fou... Je vais finir par croire que c'est normal de parler de problèmes conjugaux, sexualité, deuils avec quelqu'un que je viens à peine de rencontrer.

"Bonjour Spyko je te présente mon amie Caroline
"Ah bonjour Caroline. Le moral ça va ? Votre mari ne vous trompe pas ? Pas de maltraitance dans l'enfance ? Sure ? Sinon on en parle, là, tout de suite, pas de souci hein"


Voilà, c'était mon coup de gueule de ce soir. Et ça fait sacrement du bien.
Comment ça,  je ferai mieux de râler en vrai plutôt que sur un blog ? Mais c'est thérapeutique aussi, un blog, môssieur. Et là, je me sens super mieux. Si, si. Juré. Merci de m'avoir écouté.

(La prochaine fois, un thème plus sérieux et plus calme, promis)

Commentaires

Haha, c'est intéressant de voir ce qui peut m'attendre, puisque c'est mon projet de devenir psychologue ! (J'étudie par correspondance pendant mes long temps morts inhérents au métier de gardien — Ah ! être payé pour étudier... Je sais, je sais, la vie parfois c'est trop injuste)
Pour ma part quand je fais part de mon projet à de nouvelles rencontres, les réactions les plus fréquentes sont « la psychologie, holala, trop dur », « tu vas devenir dingue » et « ' Faut que tu t'occupes de mon cas ». Pour les deux premières réactions, ça pourrait me gêner, mais j'ai bien compris qu'au fond ils me disent plus quelque chose sur eux-même et leurs limites que sur ce qu'ils pensent qu'il va m'arriver. Sur la troisième, ben je suppose que je peux en conclure que je n'aurais pas trop de mal à démarrer ma carrière, haha.

« Comment ça, je ferai mieux de râler en vrai plutôt que sur un blog ? »
Héhé, ben oui fatalement j'ai envie de te dire qu'en tant que psychologue, alors que tu exposes le problème ainsi que ce que tu n'aimes pas dans ta réaction à ce problème, probablement que tu adoptes aussi un point de vue de professionnel sur cette réaction. Peut être que tu penses à ce que tu dirais à un de tes patient qui viendrait t'exposer le même problème. Et ce serait peut-être des considérations sur des sujets tels que : être assertif, poser ses limites, ne pas faire passer les besoins des autres avant les siens, prendre la responsabilité de son besoin en le formulant sans accuser l'autre, ou qui sait, autre chose encore. Peut-être des questions du genre « Que va-t-il se passer d'après vous si vous posez vos limites » ? ou « Dans votre famille, quand vous posiez vos limites, comment était-ce accueilli » ou encore « Vous souvenez-vous d'une expérience où vous avez réussi à poser vos limites et, si oui, quelle était la différence avec les moments où vous n'y arriviez pas » ? Touça touça quoi... et sans doute plus encore. Et peut-être que tu conclurais par quelque chose du genre : « ce qui résume sans doute le mieux ce que tu veux leur dire, tu l'as écrit dans ce billet : “ Stooop ! ”. Alors à quand » ? ou une autre question-qui-motive... un encouragement... ou qui sait quoi d'autre ?
En tout cas c'est comme ça que je t'imagine faire... Et ça en dit surement long sur ce que je ferais moi si j'étais déjà psychologue, mais c'est une autre histoire, héhé.

Content d'être tombé sur ton blog ! A bientôt.

Écrit par : Yyaann | 19/03/2009

Cher Spycho,
Vous êtes décidemment beaucoup trop gentil ... Vous fréquentez des goujats! Vous allez devoir apprendre à dire "non" . L'évolution catastrophique (l'involution en fait) du système hospitalier va, malheureusement vous y contraindre. Vous contriburez avec d'autres, sans doute, à mettre un peu de plomb dans la tête des dirigeants administratifs de l'hospitalisation, mais ça va être long, car cette involution s'est déjà amorcée il y a une dizaine d'années, et va encore, malheureusement durer quelques années. Courage, et merci pour votre blog

Écrit par : Rodrigue | 20/03/2009

Bon on vous a écouté alors maintenant z'êtes gentil mais c'est 35 € ^^ LoL

Écrit par : leto | 20/03/2009

Yyaann : tu as raison, je ne me comporte pas envers moi meme comme je me comporterai envers un patient. Manque le recul, l'objectivité. Peut être même que je n'aimerai pas être mon objet d'étude d'ailleurs ! Que j'ai besoin de quelques leçons d'assertivité, là je pense que tu as bien raison.

Rodrigue : Je ne suis pas spécialement optimiste non plus sur l'évolution de l'hopital, mais j'ai en moi quelques valeurs sur l'aide à apporter au patient et le service rendu...Que je lâcherai pas de sitôt

Leto : Je peux payer à la fin de ma thérapie ? (comme c'est parti là, tu vas être riche je pense !)

Écrit par : spyko | 20/03/2009

C'est quand même un sujet sérieux ! Et c'est intéressant de lire l'envers du décors... Je crois que comme tous (au moins beaucoup), il y a un temps pour tout : un temps pour le travail et un temps pour les loisirs... donc bosser sur le temps de loisirs, y a comme un hic. Il ne reste plus qu'à trouver une pirouette afin de couper court à ces discussions, peut-être en sortant l'agenda et leur proposant de prendre un rendez-vous ou en conseillant un confrère si ce ne sont pas des enfants...
Je suis curieuse de lire la suite !
A bientôt

Écrit par : Chabada | 20/03/2009

Ah!!! Voilà ce que j'aime! Un coup de gueule en règle contre tous les empêcheurs de vivre en paix dans sa vie privée!
Et je suis d'accord à 100%, on ne peut pas sauver le monde entier! Il faut rester conscient de ses limites pour être efficace. Moi aussi on me donne du "dis, toi qui est médecin...", et je ne sais pas pourquoi, mais à chaque fois qu'on m'assène ces quelques mots, je deviens idiote en médecine! Soit sciemment, soit parce que mon interlocuteur a étudié le sujet de façon approfondie sur le net, et que je botte en touche... Je déteste les gens qui m'imposent leurs idées de but en blanc, même s'ils ont raison! Na! Certes, je suis loin d'avoir la science infuse, mais je préfère en avertir les gens moi-même... Non mais!
Bon WE!

Écrit par : Med'celine | 21/03/2009

vendredi soir, j'ai pensé à toi à mon entrainement de tir à l'arc... Tu penses bien que tout le monde est là pour se détendre. Bon ce soir là il n'y a que des hommes et de toutes manières , ils ne savent pas quel est mon boulot, mais il y avait un informaticien... Ils étaient 2 sur son dos, à lui demander mille conseils pour tel ou tel truc qui "ne marche pas" et tel logiciel que je ne peux pas télécharger etc... le pauvre, manifestement il aurait aimé qu'on le lache un peu (beaucoup, même tout à fait ! ! !), c'est un sport zen, qui demande de la concentration... Juste pour dire que finalement dans tous les boulots qui touchent à la vie quotidienne, il y a ce genre de personnes incapables de respecter la vie privée des autres et donc assez égoîstes...
A plus tard !

Écrit par : Thétis | 22/03/2009

Remarque, Thétis, seule femme du lot, tu ne risquais pas grand chose! Tu crois qu'ils t'auraient parlé des pb gynéco de leurs moitiés??
Les hommes parlent beaucoup moins de "ça" que nous, non? ;-))
C'est assez dur de les amener à parler d'eux, ils sont difficiles à soigner, et au niveau psy, quand il y en a un qui s'avoue déprimé, c'est jackpot... Qu'en penses-tu, Spyko? Hommes/femmes: même combat?

Écrit par : Med'celine | 22/03/2009

Thétis, tu as raison, informaticien ne doit pas être de tout repos non plus !

Med'celine : c'est vrai que, sans en faire une généralité complète, les hommes sont encore beaucoup dans le "faut être fort et rien montrer". En consultation, en pédiatrie, à 90%, je vois les enfants amenés par leur maman d'ailleurs...

Écrit par : spyko | 24/03/2009

je trouve que ce billet est très juste et je partage ton opinion. C'est aussi un positionnement pas fréquent chez les psys que je connais et qui mérite d'être mis sur le devant de la scène.

Écrit par : bruntz celine | 01/04/2009

Je ne sais pas si tous les psys disent comme moi ou pas.

Cependant, c'est vrai que certains (et j'en connais oui !) aiment à jouer le role du psy-qui-sait-tout-sur-tout tout le temps...Et c'est épuisant !
J'en connais qui n'arretent pas de poser des étiquettes, des diagnostics sur tout le monde, dans la vie de tous les jours.
Moi je considère qu'il faut aussi, quelques fois, savoir vivre, lâcher prise et ne pas toujours se poser des questions sur tout. Carpe Diem !

Écrit par : spyko | 01/04/2009

Le plus beau "commentaire" que l'on peut me faire (et que j'apprécie grandement) est, à la fin d'une soirée " Ah t'es psy... on dirait pas"...
Quel plaisir d'être "psy-incognito" !

Écrit par : psyblog | 01/04/2009

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