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18/03/2009

Soirée Psy

Si il y a bien un truc qui m'ennuie, c'est lorsqu'on me demande ma profession dans une soirée où je ne connais pas grand monde.
9 fois sur 10, au mot de "psychologue", quelqu'un s'approche vers moi et me dit "Psychologue ! Ah j'adore la psychologie !".

Ca pourrait être bien, remarquez, quelqu'un qui adore la psychologie et avec qui je puisse en discuter. Je n'aurai rien contre. Non le souci, c'est lorsqu'on me dit qu'on aime la psycho, c'est plus souvent que la personne veut me parler de SES soucis à elle.
Ca, je le sens venir gros comme une maison... Et souvent ça finit en :
"Ah ben je suis contente qu'on se soit rencontré alors, je me pose plein de questions sur moi, je pensais consulter d'ailleurs. Ca t'ennuie pas si je m'assois à côté de toi pour le repas ?".

Gloups. Et voila. Bing. Une soirée complète à écouter les malheurs d'une ou un quasi inconnu.

Ce n'est pas que je sois anti social, loin de la. Ce n'est pas que je refuse d'écouter les soucis : si mes amis ont des soucis, je serai le premier à les appeler et à vouloir les soutenir. Mais je parle de mes Amis, pas d'inconnus ou de vagues connaissances qui, d'un coup, en entendant "psychologue", vont mettre leur pudeur et la décence au placard et vont me débiter leurs malheurs, leurs secrets pendant une soirée où je venais plutôt me détendre...
Je ne suis pas l'abbé Pierre de la psychologie ! Ce n'est pas inscrit sur mon front "24h/24 et 7j/7" !!
Je pense que je donne assez toute la semaine pour avoir le droit à une soirée normale, avec des discussions normales et un minimum de détente.
Mais non, pour certains pris dans leurs soucis, je peux tout entendre, tout le temps...

Et si je dis ça, croyez moi, c'est loin d'être anecdotique. C'est souvent dans les soirées où je suis accaparé, où je vois le petit sourire que me fait ma femme dans un coin dans la pièce, genre "aie, je suis désolée pour toi...!". Et j'ai le douloureux sentiment de me trouver pris au piège...

Alors j'ai quelques petits pirouettes pour m'en sortir genre : "Ah tu sais, moi, c'est plutôt la psychologie de l'enfant ma spécialité".
Ou quand la personne pousse le bouchon un peu loin, je fais un peu dans la provoc en racontant ce que je fais à l'hopital, que je gère des enfants malades, ou en fin de vie, des enfants maltraités, des familles éplorées... Alors, ça fait des "Ah" et des "Oh" et du coup, les plaintes de ma voisine ou voisin deviennent un peu incongrues par rapport à cela...

Mais j'avoue ne pas comprendre ce manque de pudeur de gens qui ne me connaissent pas et sont prêts à tout me raconter comme ça de leur vie, de leur couple...
Une collègue à moi, psy aussi, avait eu dans une soirée une superbe répartie qu'elle m'a racontée :
une voisine de table apprenant qu'elle était psy lui dit que ça tombait bien et qu'elle aurait plein de choses à lui raconter sur ses soucis pour avoir son avis. Et ma collègue lui a répondu :"Et si j'étais gynéco, tu me demanderai un examen là tout de suite sur un coin de la table ?"

Eh eh... (Désolé Thétys, mais ca me fait rire quand même).

Bref vous l'aurez compris, j'adore mon métier, mais je suis psy à temps partiel, pas 24h/24.
Quant à mes amis, je suis heureux de les écouter et sincèrement là pour eux. Mais d'une oreille amicale et chaleureuse, et pas neutre et professionnelle.


10:23 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook

Commentaires

Marrant, mes parents ont le même problème dès lors qu'on sait qu'ils sont toubibs...

La plupart des gens n'imaginent pas une seconde que ce qu'il font revient d'une part à ramener la personne d'une situation de détente à une situation de travail, et perdent toute pudeur.

Dans le même ordre d'idée : sous prétexte que je suis pédé et plutôt avenant socialement, les gens me racontent facilement toutes leurs histoires de cul. Mais tout, hein, les plans uros, les plans sados-masos, leurs fantasmes... Alors ça tend à se calmer avec l'âge (parce qu'ils sont généralement casés maintenant et peut-être moins enclin à explorer des choses extrêmes ? Ou alors parce qu'ils ont plus de plomb dans la tête ?), mais s'il y a une pétasse dans le coin (aussi bien mec que fille) je suis quasi-certain d'y passer ou qu'au moins la personne va essayer de m'en parler.

Accessoirement si j'ai le malheur de montrer une oreille compatissante et de laisser entendre que je me suis intéressé à la psychologie et à la psychiatrie à une époque de ma vie, on me prend pour le professionnel que je ne suis pas. Danger !

Heureusement que maintenant je sais voir venir et dérouter le truc... Mais ça m'a valu parfois des soirée incongrues. Mais quelques amitiés aussi :p

Écrit par : leto | 18/03/2009

Je suis d'accord avec toi Léto que cela peut amener aussi de belles amitiés. Je me suis peut etre mal expliqué, mais ce qui m'agace c'est surtout le coté impudique. La personne qui me dit tout, tout de suite, sans limite, sur ce qu'elle a de plus intime.
Après, il y a d'autres personnes qui viennent me voir pour des questions, des conseils, mais qui restent dans des limites socialement acceptables. Qui ont besoin d'etre aiguillées et qui vont me dire globalement leur souci. Peut etre qu'avec celles ci, si le courant passe, au fil du temps, on abordera ensemble des choses plus intimes.

Écrit par : spyko | 18/03/2009

Marrant ton clin d'oeil...à la fin à Thétis, j'ai lu tout ton article en pensant à moi... désolée, tu vois je suis une grande égoïste...loool ! tout ça pour dire que je cache autant que possible ma profession dans les soirées où je ne suis pas avec mes potes... et surtout en vacances, parce que sinon, c'est tout comme pour toi, à tel point qu'il m'arrive souvent d'être tout simplemenr gènée à la place des femmes elles-mêmes qui me racontent en plein dîner et donc "haut et fort" sans pudeur leurs fausses-couches, les problèmes de libido, les saignements sous stérilet, et même à n'en pas croire mes oreilles, des histoires de pertes vaginales: juré 10 à table au milieu du repas. Et je ne peux pas dire que je suis gynéco pour les petites filles ...loool En tant que carabine, entourée de médecins, on peut rire de tout, même en mangeant, ce n'est pas le problème...mais là le contexte est furieusement différent...comme je te comprends... c'est très bien relaté!

Écrit par : Thétis | 18/03/2009

Je comprends bien l'aspect impudique de tout ça, d'autant que c'est dans un contexte bien différent que celui de votre cabinet.

J'avais déjà évoqué, sur mon blog, ce phénomène d'avoir l'impression d'être un sous-homme qui n'a pas le droit de juger la sexualité des autres parce que ma sexualité est dans leur inconscient suffisamment dépravée pour que je n'ai plus le droit moral de les juger.

D'une certaine façon, les gens s'attendent de la même façon à ce que vous soyez toujours disponible à l'écoute parce que vous êtes psy, donc conditionné pour ça dans leur esprit.

De la tendance de nos contemporains à nous mettre dans des cases réductrice malgré eux...

Écrit par : leto | 18/03/2009

Oui c'est ça, nous mettre dans des cases : moi je suis "le psy", donc sensé etre prêt à tout entendre, n'importe où et n'importe quand. Je ne suis meme plus un mec qui peut avoir envie d'une soirée tranquille, non juste le psy.
Quant à toi, oui j'imagine bien les bonnes âmes te renvoyer l'argument de ta sexualité s'ils se sentent pris en défaut sur la leur. Mais un individu ne se résume pas à sa sexualité, ni pour moi à son métier...Sortir des cases tu disais !

Écrit par : spyko | 18/03/2009

C'est fou en effet que les gens se dévoilent ainsi lors d'une soirée, à un inconnu et avec des oreilles qui trainent, alors qu'ils ne parviennent pas à franchir le seuil d'un cabinet...
Ceci dit, à un autre niveau, étant enseignante, il m'arrive aussi dans ce type de soirée que l'on me demande mon avis, sur ce que fait la maîtresse de leur fille et sur les résultats du fils... quand on ne me demande pas mon avis sur les méthodes de lecture où chacun se croit spécialiste de la question.
Je crois que nombreuses sont les personnes sollicitées pour faire des heures sup le we, pendant les soirées.
Je découvre ce lieu, je vais revenir.
A bientôt.

Écrit par : Chabada | 18/03/2009

bienvenue Chabada et à bientot alors ;-)

Écrit par : spyko | 19/03/2009

Ton billet me faire mourir de rire, même que j'aurais pu l'écrire tant mon expérience est similaire (tous ceux de notre petit monde aussi, j'imagine!). C'est la plaie, ces consults de coin de table! On sent qu'on se renferme dans notre petite coquille de bigorneau renfrogné...
Et que dis-tu de celle-là: je faisais tranquillement les courses, chariot, gamins et tout ça, quand une patiente me tombe dessus et me commente son dernier frottis entre chou-fleurs et radis... A voix haute, en mettant bien fort du "docteur" à chaque fin de phrases! Je ne savais pas où me mettre, et puis j'avais honte pour elle! C'est encore pour Thétis!!
Quand on est soignant, c'est tout le temps... Heureusement comme toi, il y a les vrais amis, avec qui on peut être soi-même!

Écrit par : Med'celine | 19/03/2009

"On sent qu'on se renferme dans notre petite coquille de bigorneau renfrogné..."

Ouais c'est tout à fait cet effet là que ça me fait ! Je me renferme en me disant "meeerde pas moyen d'être tranquille !!"

Écrit par : spyko | 19/03/2009

Je trouve ton billet très juste car étant psy moi-même j'ai aussi affaire aux situations que tu décris. J'adopte ce type de positionnement que tu décris en n'étant pas psy en dehors de mon boulot avec mes proches mais en pouvant être là s'ils en ont besoin. Je trouve que c'est une attitude saine et professionnelle qui n'est pas la plus courante chez les psys et qui mérite d'être soulevée.

Écrit par : bruntz celine | 01/04/2009

Je trouve ton billet très juste car j'ai aussi affaire à ses situations étant psy et j'adopte un positionnement similaire au tien. Je trouve que c'est sain de ne pas être en position de psy avec tout le monde et en particulier avec ses proches car le danger c'est de tomber dans l'analyse sauvage. Ce positionnement n'est pas le plus fréquent parmi les psys que je côtoie et ça mérite d'être mis sur le devant de la scène.

Écrit par : bruntz celine | 01/04/2009

J'arrive quoi...4 ans après la bataille pour dire que non seulement les gens se découvrent ainsi sans pudeur aux psys mais également...aux enfants de psy. Depuis que j'ai 11 ans je connais la vie et les difficultés d'un nombre incroyable de gens, adultes comme enfants, grave comme pas grave, parfois très pathologiques, parfois juste du fait divers.

Pareil pour les médecins ai-je lu plus tôt et bien les enfants de médecins aussi (j'ai une chance folle d'être les deux). Alors je ne sais pas, peut-être bien que c'est génétique comme profession - qu'on reçoit à la naissance le super-pouvoir de soigner, la boule de cristal et les "mots magiques" qui guérissent tout. D'ailleurs, si vous savez dans quel gêne ça se trouve, ça m'intéresserait.

Au cas où.

Merci en tout cas pour ce blog qui est très juste et très intéressant, et me permet de retrouver parfois ce que j'entends autour de moi, sans avoir forcément le recul nécessaire pour comprendre totalement, avec une touche d'humour qui m'amuse beaucoup (l'humour médical est probablement génétique aussi).

Deryn-qui-lit-les archives

Écrit par : Deryn | 28/05/2013

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