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11/03/2009

Dire les choses

C'est parce que je viens de lire cette note chez Blog de Psy que je me suis fait quelques réflexions.


Réflexions que je me fais souvent autour de la mort et du tabou qui s'instaure autour de cela.
Qu'est ce que je peux voir en consultations comme familles qui n'osent pas parler de la mort à leur enfant, qui cachent, qui parlent à demi mots, par métaphore, à peine...
"Il ne peux pas comprendre", "je ne peux pas lui dire ça quand même !", "je ne veux pas lui faire de la peine".

Les situations sont quelques fois terriblement extrêmes.
Telle cette petite fille de cinq ans que je vois en consultation. Qui me parle de "Papi" qui lui manque. "Il est en voyage. Depuis longtemps. Maman elle dit qu'il ne reviendra peut être pas".
Et elle était malheureuse cette petite fille. Quoi, son grand père qui l'aimait était en voyage, mais ne l'appelait pas ? Ne lui donnait aucune nouvelle. Ne reviendrait peut être même pas ? Quelle tristesse au fond d'elle, ainsi ce grand père ne l'aimait pas vraiment alors pour si peu se manifester.
Moi cette histoire m'avait fait tilt quand meme. J'en parle à la maman. Elle change de couleur.
"Euh...Son grand père en fait.... Il....Il n'est pas là parce que...Enfin....

Je devine. Mais ce qui est terrible c'est qu'à aucun moment, la maman n'arrive à dire LE mot. Elle tournera autour, longtemps mais jamais elle ne le dira : il est mort.

Mais quelles sont ces peurs... Nous vivons dans un univers tellement protégé, aseptisé, nous essayons de protéger nos enfants de tout, à tel point que nous n'arrivons plus à leur dire que la mort fait partie de la vie ?
Autrefois, pas de mystère, à la ferme, les animaux mourraient, naissaient sous les yeux des enfants. Quand le grand père décédait, on faisait une veillée dans la maison.
Attention, je ne dis pas que c'était super rigolo et qu'il faut refaire pareil. Mais simplement, la mort n'était pas tabou.

Alors que maintenant. Il ne faut pas dire aux enfants que grand père est mort. Vite on envoit le mourrant agoniser à l'hopital loin des yeux de tous. On en parle pas aux enfants.

"Il va être trop triste". Mais oui, mais la vie est aussi faite de moments tristes. C'est tout, on ne peut pas faire autrement. Et ce n'est pas en se mettant des oeillères que ça ira mieux. Oui la mort est triste, mais oui aussi, ce sera beaucoup plus facile de la vivre en parlant, en vivant cela ensemble, en famille...

"Il ne va pas comprendre". Ah bon ? Parce que nous adultes, on y comprend quelque chose à la mort ? Laissez moi rire. Devant la mort, on est comme tout le monde, on a peur, on ne sait pas, on se demande...

Encore une fois, je  l'ai déjà écrit ailleurs, l'adulte qui ne veut pas parler de la mort à son enfant cherche surtout à se protéger lui. Voir son enfant triste serait insupportable. Lui dire la mort de l'être aimé, c'est comme si on devenait le responsable de sa tristesse, alors on recule, on hésite, on temporise.

Mais comme je le dit souvent aux familles : que va comprendre l'enfant si on se tait ? Maman a changé de tête, elle pleure, papa ne parle pas, les adultes se font des confidences tout bas à table, on ferme la porte quand le téléphone sonne. Mais que se passe-t-il dans cette maison ? Ce n'est pas angoissant ça peut être ?? De voir tout ceux autour de nous devenir sombres et mutiques ? Sans rien y comprendre ?

Alors je dis toujours aux familles qui me demandent comment annoncer la mort d'un proche et s'il faut le faire : oui, il faut le faire. Le plus tôt sera le mieux. Ca ne sera pas moins difficile demain ou après demain.

L'enfant a compris que quelque chose se passait et plus on lui dit vite, plus vite il comprendra. Bien sur il sera triste, on n'a pas de moyen de rendre heureuse une mauvaise nouvelle.
Mais si il sait, alors à partir de ce moment, il pourra poser des questions, demander de l'aide, un calin, un réconfort, alors il pourra lutter.
On ne peut pas lutter contre un ennemi sans visage, latent, invisible.
Et je dis toujours aux familles "employez les bons mots : il faut à un moment dire le mot "mort", il n'ya que comme ça que l'enfant pourra poser des questions si il le désire". On ne peut pas rester sur des métaphores comme "il est monté au ciel", "il s'est endormi pour toujours" que l'enfant risque de prendre au pied de la lettre.

Pour moi, je ne parle pas de la mort sans cesse à la maison. Mais quand le père de ma femme est décédé, nous l'avons tout de suite dit aux enfants. Nous leur avons demandé de penser à tous les bons moments qu'ils avaient partagés avec leur papi, nous leur avons dit que nous étions tristes.

Quelques fois, ils viennent nous en reparler. Gaiement. Quelque fois plus tristement. Mais au moins, la parole circule.

La semaine passée, ma fille a voulu mettre des fleurs sur la tombe de son grand père (elle entendait sa grand mère en parler). Elle l'a fait, sans tristesse de sa part, comme une façon de faire un coucou à son grand père.Et je suis assez content finalement que les choses se passent ainsi pour elle...

 

14:31 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook

Commentaires

J'ai souvent le sentiment que le socialement correct, le bien-pensant, n'ont jamais exercé une dictature aussi radicale sur nos esprit depuis une quarantaine d'années. Et que cela entraine une violence inouïe, une marginalité radicale. Car d'une façon ou d'une autre il faudra bien que les enfants l'intègrent cette mort: et faites leur confiance, ce qu'on leur a caché il vont bien se l'approprier et l'on voit tous les jours comment!

Écrit par : Rodrigue | 11/03/2009

Bon, nus sommes sur la même ligne : Dire les choses est moins grave que de ne pas les dire, et, pour le souvenir ou appuyer encore un peu plus sur le bouchon, je rappelle ma deuxième note, dont je mets le lien ici (et qui en donne un exemple supplémentaire -pour ceux qui viendront lire ta note) :


http://psyblog.blogs.psychologies.com/blog_de_psy/2007/04/moments_inoubli.html

Écrit par : psyblog | 11/03/2009

La mort est d'autant plus tabou chez nous aujourd'hui que l'humanité et particulièrement le monde occidental à subit trois traumatismes dans la seconde moitié du 20ème siècle : le premier c'est la découverte de la mort industrialisée dans les camps de la mort. Les 20 ans qui suivent sont marqués par le "plus jamais ça", par un antimilitarisme, "un refus des conflits ouverts" et une envie de vie exacerbée par les générations qui suivent jusqu'au 60's.
Vient le mouvement hippie qui célèbre la vie, la sensualité, l'extase, le plaisir, une parenthèse enchantée de 10 ans qui viendra s'écraser dans la folie des années 80 et l'identification soudaine d'un mal mystérieux et mortel, le SIDA, qui re-plonge les nouvelles générations dans une mort taboue et traumatise les anciens du flower power en remettant en question leur liberté sexuelle.
Si on ajoute à cela la tendance judéo-chrétienne moderne à terre ce qui est triste pour souffrir en silence (renouant avec une certaine forme de cynisme de vie de cette religion) et la tendance à la consommation et au vautrage téléculturel comme Lexomil du peuple, ça se tient complètement.

Il n'empêche que personne ne peut vivre sans savoir, sans qu'on le mette au courant. Parce que ne rien lui dire, face à un événement collectif important (naissance, mort, fête, crise) c'est le premier geste qui consiste à nier son humanité et son appartenance à la communauté (humaine, familiale, tribale, etc...)

Il est important de dire, de mettre en mots, de façon simple pour pouvoir ne serait-ce que dire l'absence, l'amour contrarié et la souffrance qui en résultent et trouver consolation dans la présence, l'amour et la compassion des autres de sa communauté.

Encore une fois, j'aime beaucoup ce que vous écrivez ^^

Écrit par : Leto | 11/03/2009

Rodrigue : oui je préfère parler de la mort à mes enfants plutot qu'ils aillent chercher leurs réponses tout seuls....films violents ou autres, fascination morbide pour le thème, ...non !

Psyblog : merci pour ce beau moment de consult que je n'avais pas lu sur ton blog

Leto : Merci des compliments (déjà !) et secondo, j'aime beaucoup ta conception : dire que taire la mort à l'enfant, c'est lui nier une place dans la communauté. J'aime bcp cette facon de voir les choses. Se dire que la mort, la vie, les moments gais ou tristes font partie de la vie de la famille ou de la communauté, et les taire, c'est exclure la personne à qui on les tait. Vu comme ça, je pense que c'est simple de comprendre le désarroi de l'enfant, après coup, lorsqu'on lui dit finalement ce qu'on lui avait caché pendant longtemps.
Merci de ton éclairage ;-)

Écrit par : spyko | 12/03/2009

Si spyko n'y voit pas un usage abusif de son blog, je voudrais dire que, si tout ce que dit leto est vrai de nos sociétés occidentales,il est remarquable de constater qu'en Asie la société est parfois ouvertement plus violente que la nôtre (qu'on songe à la violence des révolutions culturelles, au déni de droit des dissidents, etc...), alors même que les rapports humains sont quotidiennement beaucoup plus paisible. Bref, j'ai le sentiment que nous sommes malades, parce que je nous ressens comme totalement incohérents, chaotiques, absurdes.

Écrit par : Rodrigue | 12/03/2009

@Spyko : je ne suis pas praticien, hein, je me suis juste intéressé à ma propre psychologie et à celle de mes semblable depuis que j'ai une dizaine d'année et j'ai pris l'habitude d'analyser les événements qui ont jalonné ma vie et celles des gens que j'ai croisé depuis une trentaine d'années pour en tirer des observations généralisables. Flatté que mes conclusions vous conviennent à vous qui avez été formé à cette observation et en avez fait votre travail !

@Rodrigue
L'être humain n'est pas chaotique justement (enfin, c'est un point de vue tout personnel). Il y a une logique implacable : il veut être aimé et se sentir par de la meute, il veut se voir reconnu humain par ses pairs.

Dès lors que l'amour (et/ ou l'appartenance à une meute, qui n'est qu'une autre forme d'amour plus indirecte, une autre reconnaissance de son statut d'humain) lui est refusé, bloqué ou qu'il n'arrive pas à le susciter, il va soit agir par contournement soit par opposition, soit par force (aussi bien physique que psychologique à chaque fois).

Le truc c'est d'identifier les mécanismes mis en oeuvre par la personne (qui sont le plus souvent simples, mais qui vont devenir de plus en plus complexes et de plus en plus difficile à vivre pour le sujet à mesure qu'il révèle un certain nombres d'intelligences : spatiales, émotionnelles, mécaniques, mathématiques etc.) pour pouvoir interagir efficacement avec elle.

L'idéal en psy c'est de l'amener à prendre conscience de ces mécanismes pour qu'elle s'en libère ou qu'elle apprenne à vivre mieux avec (j'ai pas dit que c'était évident, ni pour le praticien, ni pour le patient lol).

Mais il y a, à mon sens (et ça n'engage que moi, et ça peut très bien être une projection erronée de mes propres tourments personnels, j'en conviens), une logique (qui peut donc être une interprétation toute personnelle par chaque personne et donner des mécanismes psychologiques différents et diversement complexes) de recherche perpétuelle d'amour et de reconnaissance de sa nature humaine, dans toute démarche de l'être humain.

Écrit par : leto | 12/03/2009

Cher Leto (avec la bienveillance de notre hôte spyko, que je remercie)
J'ai du mal à vous suivre, et j'ai beaucoup à apprendre, dans ce domaine qui m'est étranger. Pourriez-vous me dire comment vos idées peuvent s'appliquer à un enfant tueur, cela me permettra d'éclairer ma lanterne. Car je pense que ces comportements extrêmes peuvent être interprétés comme des symptômes de l'état de la société, ou au minimum d'un groupe social . Merci

Écrit par : Rodrigue | 13/03/2009

Bonjour,

Je découvre votre blog aujourd'hui, et ce post me fait penser à une réaction de mon entourage :
J'ai trois enfants, la grande a cinq ans et aime faire marcher les adultes en leur racontant des choses inventées et en finissant par : "mais non, c'est une blague".
L'autre jour, en plein repas familial, elle sort :
"tiens, mon petit frère est mort. Mais non, c'est une blague".

Et là, j'ai vu une réaction imprévisible, tous les adultes de reprendre sèchement ma fille, comme si elle venait de faire la pire des choses :
"tais-toi, il ne faut pas parler de ces choses là".
Comme si ça qui allait le tuer !

J'ai dù prendre ma fille à part pour la rassurer et lui dire qu'elle n'avait rien fait de mal. Elle était assez déconcertée par leur réaction...

Écrit par : Simple mortel | 08/04/2009

Merci de votre passage.
Pour votre fille, non ce n'est pas la fin du monde cette blague. Mais en même temps, sans en faire une affaire d'état, c'est bien aussi de lui dire qu'il y a des choses sur lesquels il est parfois malvenu de plaisanter. Que ça peut choquer les adultes.
Quant aux adultes présents, ils auraient du considérer que ce n'était qu'une enfant et qu'elle n'a pas mesuré la portée de ce qu'elle a dit. Et pas réagir aussi abruptement !

La mort est pas un sujet facile, encore une fois

Écrit par : spyko | 08/04/2009

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