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12/02/2009

Opposition

La maman m'amène son fils de 10 ans pour qui on vient de découvrir un diabète il y a quelques semaines.
"Déjà qu'il était pas bavard, renfermé...Mais depuis la maladie, c'est pire. Il me parle plus, il se fache dès qu'on essaie de lui poser des questions pour savoir comment il va.... Ce n'est plus possible de communiquer"

Je regarde le petit Kevin sur son siège. Il me tourne ostensiblement le dos pour bien me faire comprendre qu'il n'a pas voulu être là. Je lui lance quelques questions....sans réponse.... Du coup, je continue avec sa maman.
Au fur et à mesure des paroles de sa mère, au fur et à mesure qu'elle précise le mal être qu'elle ressent chez son grand, celui ci se cache de plus en plus, penche la tête entre ses épaules, pour finir par mettre la capuche de son sweat...
Entendre qu'il peut aller mal semble insupportable.

Je demande à voir l'enfant seul.
"Oh mais il ne voudra jamais vous parler !!!"

J'adore ce genre de prédictions....C'est typiquement le genre de prédiction qui s'auto-réalise. L'enfant entend, hop, du coup c'est bel et bien ce qui se passe.
C'est comme pour les infirmières qui commencent la prise de sang, la maman qui lâche "oh mais il a horreur de ça, vous n'allez pas y arriver". Et hop, aussitôt le bambin se met à pleurer et à se débattre.

Bon en tout cas, pour mon grand diabétique, je tente le coup. Maman a du mal à le laisser, mais elle finit par accepter.
Nous voilà seul à seul mais le psy se creuse la tête. Par où commencer, comment nouer le dialogue...
Je tente ses passions (le foot, les jeux videos...). Pas de réponse.
Je propose un dessin. Niet.

Hmmm... C'est pas gagné on dirait.

Je laisse un peu le silence s'installer mais cela ne change pas grand chose.

Finalement, je sors de ma manche un questionnaire pour enfant que j'avais dans mon bureau, qui sert à mesurer sur différentes échelles les aspects dépressifs, anxieux, etc
Je lui explique qu'il n'y a qu'à cocher, et qu'avec cela, il n'aura pas besoin de me parler puisqu'il ne le souhaite pas.
Il fait "oui" de la tête et noircit consciencieusement les cases.

Ce n'est pas la première fois que cela fonctionne face à un enfant ou ado opposant. Le questionnaire aiguise leur curiosité, cela semble moins impliquant, moins angoissant que parler et il est assez facilement accepté.

Du coup, j'apprends qu'il n'y a pas de dépression majeure sous jacente, pas d'anxiété majeure non plus, plutôt des traits de pessismisme marqués.
Un petit pas...Il a bien voulu s'ouvrir un peu...Ouf... Mais ce n'est pas gagné, et je crois qu'il va falloir se revoir pour fouiller un peu ses réponses et qu'il arrive à les commenter. En tout cas, je suis content, on a une base de travail pour les fois suivantes....!

Mais c'est assez marrant, il y a pas mal de consultations où pour la première, j'ai un peu l'impression d'etre un VRP de la psychologie. Je dois me vendre. Montrer que je ne mords pas, que je ne suis pas là pour les fous, que je ne juge pas, que je ne vais pas tout savoir des secrets grâce à mes pouvoirs magiques ancestraux...
Face aux enfants ou ados opposants, la première consultation c'est un peu "poser le cadre" : voila le psy c'est quelqu'un de normal (enfin je crois...!), on peut discuter normalement, dire ce qu'on veut....
Et là c'était un peu ça aujourd'hui. Je ne sais pas ce qui lui faisait peur, mais il semble s'être départi d'une partie de ses préjugés.
Et Kevin a même fait oui de la tête quand je lui ai demandé s'il voulait bien revenir une seconde fois.

Test MDI-C - Echelle composite de dépression pour enfant

16:58 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

Commentaires

hum, ton histoire me fait penser "à minima" à la première consultation d'une jeune fille que sa mère traine chez la gynéco.... il faut amadouer les deux , isoler un peu la jeune fille , la charmer et essayer de la faire communiquer, lui prouver que je ne suis pas son ennemi, parce que c'est important de ne pas rater cette première prise de contact... mon vrai bonheur c'est quand elle ressort en souriant et en me regardant dans les yeux.

Écrit par : Thétis | 18/02/2009

Oui je n'avais jamais pensé à la première visite chez le gynéco (ah ces hommes hein). Mais effectivement, je pense que tu dois passer un certain temps à briser la glace et prouver que tu n'es pas si méchante...!

Écrit par : spyko | 19/02/2009

Bonsoir! Quel plaisir de te lire! Tout semble si limpide!
Et moi aussi je dois parfois faire sortir les parents (dernière en date, une ado de 16 ans, qui venait pour douleurs abdominales, amenée par sa mère, inquiète. Je fais sortir ladite génitrice, et la gamine m'avoue qu'à l'école, c'est l'enfer, qu'elle ne peut pas en parler à ses parents, et que le seul moyen qu'elle a trouvé était, la veille au soir, de prendre quelques grammes de paracetamol, du tetrazepam et autre dextropropoxyfène, non pour mourir, mais pour être malade le lendemain et ne pas aller à l'école... Pas facile de la convaincre de le dire aux parents, mais elle a réussi, devant moi, ensuite... )
Merci en tous cas pour tes histoires vécues!

Écrit par : Med'celine | 23/02/2009

c'était une bonne intuition que de faire sortir la mère pour ton ado. C'est pas évident à dire aux parents, de nous laisser seul un peu, mais c'est sur qu'on aura un dialogue tout autre en face à face avec l'ado. A bientot

Écrit par : spyko | 24/02/2009

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