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04/02/2009

Carences

Le besoin d'attachement de l'enfant, décrit par cohortes de psy depuis Bowlby est quelque chose que l'on constate régulièrement en service.
Pour rappel, dans la théorie de l'attachement, on décrit le besoin d'attachement de l'enfant à sa mère comme un besoin primaire, vital (la mère donnant nourriture, protection, assurant la découverte du monde, des autres...).
Besoin primaire veut dire que s'il n'est pas satisfait, l'enfant ne peut pas se développer : c'est ce qu'on constatait dans les orphelinats d'avant guerre, où les enfants nourris, soignés, lavés dépérissaient quand même, car nourris et pris en charge à la chaîne.
Dans une langue plus grand public, on pourrait dire que le besoin d'Amour est vital... !

On ne rencontre plus en service ce qu'on nomme hospitalisme : ces enfants qui, séparés de leurs parents, hospitalisés des mois, finissaient par se renfermer, se balancer, régresser, dépérir... Fort heureusement, maintenant, on sait l'importance du contact avec l'enfant !

Je me souviens d'une petite fille, que l'on va nommer Amélie pour les besoin du billet.
Amélie était une petite fille d'environ trois ans. Récupérée par les services sociaux chez elle, suite à des appels des voisins qui s'inquiétaient.
Arrivée chez nous, elle était impressionnante : prostrée dans un fond de son lit, dans un état de sidération complet, nous fixant avec des grand yeux qu'on devinait méfiants envers l'adulte.
D'un calme stupéfiant, avec une absence d'expression tellement inhabituelle chez l'enfant qu'elle en était douloureuse pour nous les soignants.

Mais cependant ces yeux qui nous fixaient lorsqu'on rentrait dans la chambre nous faisait dire qu'on n'était pas dans l'autisme ou dans un trouble de la relation.
Non, on était dans la carence. La grande, la profonde carence d'affection.
Une enfant qui, si les assistantes sociales l'ont bien compris, était complètement livrée à elle même. Quelque fois attachée dans son lit chez elle. Sans soin, sans paroles. Avec un minimum de nourriture.

A trois ans, Amélie ne marchait pas, ou très mal.
A trois ans, Amélie ne savait dire que quelques mots, mais il a fallu des jours et des jours avant qu'elle n'ose faire entendre sa voix.
A trois ans, Amélie ne jouait pas, ne bougeait pas et passait ses journées au fond de son lit d'hôpital.

Lorque je dis que le besoin d'attachement est vital, c'est flagrant lorsqu'on a vu les progrès de cette petite en service.
Malgré la charge de travail des infirmières et le peu de temps donc qu'elles pouvaient consacrer pour jouer, parler, faire un calin à l'enfant, ces quelques minutes de chaleur humaines glanées par ci, par là ont suffis pour qu'en quinze jours, cette petite fille change du tout au tout.
Se mettant à parler, à exprimer des émotions. Se mettant à marcher dans le service, peut être pour la première fois de sa vie. Se mettant à rire.
Comme si, quelque part, son psychisme, son organisme n'attendait qu'un peu de chaleur, qu'un peu d'affection pour reprendre son développement.
Elle nous a quitté au bout d'un mois, pour une famille d'accueil où cette petite fille s'épanouit et a retrouvé un développement standard pour son âge...

Théorie de l'attachement

Les carences affectives


09:10 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Ce billet est très intéressant, au-delà des "histoires" quotidiennes de consultation, il vulgarise en quelque sorte ce principe simple de la psychologie qu'est l'attachement, en l'étayant par un exemple.
Je ne doute pas que ce blog aura longue vie car tu as une belle écriture et beaucoup de récits en stock apparemment! Je le souhaite car je prend toujours plaisir à venir lire ces chroniques. A bientôt!

Écrit par : Halley | 04/02/2009

Merci Halley ! Des récits en stock, effectivement, ça ne manque pas (malheureusement devrais-je dire, car cela veut dire que l'on est confronté à beaucoup de souffrances).

Écrit par : spyko | 04/02/2009

Les commentaires sont fermés.