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12/01/2009

Trouver les mots

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Trouver les mots.
La phrase envahit ma tête depuis un bon moment et je n'arrive plus à penser à autre chose.... Est ce que je vais trouver les mots ?
Depuis que tout à l'heure, mon téléphone a sonné, me demandant de voir une famille de façon urgente en service.

Je me prépare depuis tout à l'heure, j'essaie de réflechir à ce que je vais dire en entrant dans la chambre, par quoi commencer, comment aborder les choses. En fait, j'ai peur.
J'ai peur de ne savoir aider, j'ai peur de ne pas avoir le mot qu'il faut, j'ai peur tout simplement de ne rien pouvoir faire pour eux.

Je sais qu'émotionnellement cela va être très difficile, déstabilisant même. Il est quelques fois difficile de ne pas se mettre à la place de l'autre, de ne pas se dire "et moi , à sa place, comment je ferai ?".
Mais ce n'est pas ce qui me fait le plus peur. Des situations émotionnellement dures, j'en ai déjà vécu, je sais que je peux tenir le coup, encaisser, rester professionnel. Ce qui ne veut pas dire que je ressors indemne de l'hôpital et que quelques fois, je ne ramène pas à la maison et dans la tête quelques familles ou quelques enfants...

Non ce matin j'ai simplement peur d'être désarmé face à une souffrance terrible, envahissante, écrasante. Perdre un enfant.
Et de la façon la plus brutale qui soit, la mort subite d'un nourrison.

Un bébé qui se développait bien, qui n'avait aucun souci de santé particulier, chez qui tout allait bien... Et d'un coup, sans explication, sans coup de semonce, le retrouver sans vie dans son berceau...
Pour avoir accompagné des familles dans ce cas, je crois que professionnellement, c'est la souffrance la plus intense, la plus crue, la plus brutale que je connaisse. Je recois des familles anéanties, écrasées sous le poids d'un chagrin, d'une nouvelle incompréhensible...

Il m'est déjà arrivé d'accompagner des parents dans d'autres situations de mort de leur enfant. Mais lorsqu'on est dans une maladie au long cours, les choses sont différentes. Dans une longue maladie, le sujet de la mort vient  à un moment ou à autre sur le tapis. On la craint,mais on essaye de s'y préparer. On parle avec la famille, eux même nous pose des questions. Et lorsqu'elle arrive malheureusement, le chagrin est intense, mais pas si brutal et innatendu que dans la mort subite du nourrisson.

Là, je sais que je me retrouve désarmé face à une souffrance sans mot... Oui, c'est ça en fait : une souffrance telle qu'elle est au delà des mots. Des familles incapables de dire leur souffrance tellement elle les dévore.

Et me voilà prêt à aller accueillir ces gens qui viennent dans mon service. Qui hier, ont découvert mort leur petit garçon de trois mois dans son lit. Qui reviennent ce jour à l'hopital pour les papiers, les démarches, voir le médecin. Et le psychologue. Moi.

Je ferme la porte de mon bureau, je me dirige vers le service où ils sont arrivés. Tout au long du chemin, je n'ai qu'une seule pensée : est ce que je vais pouvoir les aider....

Il arrive souvent que le psy doive se sentir humble face à la détresse des autres, et doive accepter qu'il n'est pas tout puissant, et qu'il ne peut, malheureusement pas, apaiser toutes les douleurs...








21:34 Publié dans Hopital | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

Commentaires

bonjour, je trouve votre blog tres touchant et vous encourage pour la suite !!!
j'adhère j'adore

Écrit par : lilou | 15/01/2009

Merci Lilou ! Je vais essayer d'être à la hauteur pour la suite alors

Écrit par : spyko | 15/01/2009

Il n'y a rien à dire seulement écouter, leur laisser un espace de parole, les aider à sortir les mots qui diront la douleur de la perte, la place envahissante de l'absence. Je ne sais pas si le lendemain de la mort de son enfant, on est capable de parler à un inconnu, en fait si. On est capable de parler à n'importe qui, si il est capable de vous regarder en face, de se taire, de ne pas chercher des mots à la con qui ne peuvent pas réconforter, parce que rien ni personne ne peut remplacer l'enfant qui vient de partir.
La plaie est là béante et saignante et jamais ne se referme, jamais ne cicatrise complètement. Il faut juste que ça sorte, qu'on interrompe pas le flot de la parole qui veut dire l'indicible, le petit corps qui est froid, les petites mains qui ne vous serreront jamais, les petits pieds qui ne grandiront jamais. La chair de son enfant froide, rien de pire, rien de plus dur, au delà des mots au delà du réel et pourtant si réel et si présent. une absence si présente, tous les jours, tous les jours, l'absence est là et les possibles qui ne seront jamais vous envahissent et vous ne pouvez rien faire, vous ne pouvez pas réchauffer le corps de l'enfant, ni vos larmes, ni vos caresses, ni vos cris, ni vos pensées quotidiennes, ne réchaufferont le petit corps si froid, stalactite plantée en plein cœur, blessure glaciale qui est toujours là sans fin, jusqu'à sa propre fin.
Alors aucun mot, aucune empathie, rien ne pourra venir combler ce trou, ils seront polis, comme on peut l'être, ils ne diront peut être rien, parce que ils ont peur de déranger, ils ont peur d'amener les autres dans leur histoire folle, leur enfant est mort. Comment un bébé peut mourir en 2009 en France, comment est ce possible, ils sont anormaux, marqués par le sceau de l'infamie, alors peut être ils ne diront rien de peur que vous ne souffriez vous. C'est étrange, comme, alors que nous avons été incapables de protéger notre enfant, inconsciemment nous protégeons les autres de notre douleur. Nous voudrions être à la hauteur alors que nous avons pas su protéger la chair de notre chair.
Il y a avant, il y a après, il faut vivre avec, personne ne peut rien pour les parents veufs de leur enfants, seul le temps est le moins mauvais médecin.
Alors ne leur en voulez pas trop si ils ne vous disent rien, ou si ils vous jêtent, le lendemain ou le surlendemain, ou la semaine, ou le mois ou l'année, ou ..., j'arrête, les veufs ont parfois des drôles de réactions.
Un conseil de lecture http://kystes.blog.lemonde.fr/2008/12/21/enchevetrement-de-lectures/ . Le premier livre dont je parle, il explique bien chambaz, très bien.
Désolé pour le post un peu long.

Écrit par : kyste | 15/01/2009

Commentaire un peu long, je ne sais pas, mais en tout très utile. Car ce qu'on redoute face à une personne endeuillée, c'est de ne savoir trouver les mots.
Et ce que vous dites, ce que finalement, plus que les mots, l'attitude, l'écoute, l'empathie, la chaleur humaine, c'est cela qui compte et que la personne sait très bien qu'il n'y aura pas de mots magiques pour apaiser sa peine.
Etre présent, voila tout, avec une personne qui d'un coup se sent tellement seule.

Merci de votre témoignage

Écrit par : spyko | 16/01/2009

Bonjour,

Je viens de découvrir votre blog et je viens de finir de le lire au complet. J'aime beaucoup. Ce billet en particulier me touche. J'ai fait beaucoup de recherches sur le sujet et on parle toujours des parents, ce qui est tout à fait normal bien sûre. Mais je me demandais ce qu'il en était des frères et soeurs? Est-ce que eux aussi sont suivis? Qu'en est-il du bébé suivant? Est-ce que lui aussi peut souffrir de cette perte qu'il n'a pourtant pas vécu en direct? Peut-il y avoir des conséquences à long terme?
J'imagine bien que ça dépend de chaque situation, ça dépend des parents, etc. Mais avez-vous déjà eu affaire à ce genre de cas?

Écrit par : RememberMe | 21/01/2012

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