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05/01/2009

La place du psy

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Le psychologue, ce drôle d'animal, on ne sait trop quelle place lui donner en service hospitalier.
Le psy, c'est celui qui arrive les mains dans les poches, sans matériel, sans geste à faire, sans truc technique.
C'est un soignant, mais pas vraiment un soignant, il est para-médical, mais pas vraiment, ...

Du coup, quelques détails me semblent révélateurs de la difficulté pour l'équipe de me trouver une place (pourtant, zut, ca va faire douze ans que je suis dans ce service).

Pour mieux situer, on m'appelle dans les services quand un enfant hospitalisé va mal, quand ses parents vont mal... Quand un diagnostic difficile a été porté. Quand des difficultés psychologiques se révelent en cours d'hospitalisation.

Reprenons donc... Pas plus tard que cet après midi, encore. Je dis encore car ce genre de situation là est monnaie courante.
On m'appelle en service pour voir un enfant. J'arrive, prend connaissance du dossier et l'infirmière m'apprend que l'enfant est sortant. Enfin. Plus réellement sortant. Disons sorti.
Pardon ?
Ben oui, l'équipe étant un peu à la bourre, on est en train de nettoyer et désinfecter sa chambre puisqu'il s'en va.
Mais le patient ? Debout. Dans le couloir. Avec sa valise, sa maman et son air un peu agacé, car il ne peut pas rentrer chez lui car le médecin lui demande d'attendre le psy...

Notez les conditions divines et idéales qu'on prépare pour ma consultation... Plus d'endroit pour  voir l'enfant. Un enfant à qui on a dit qu'il sortait....Mais qu'il va falloir auparavant patienter pour voir le psy...
Autant dire que je dois sûrement passer pour l'embêtant de service dans l'esprit de ce petit bonhomme !

Bon d'un coté, je comprends l'équipe : service ultra rempli, les filles qui courent dans tous les sens. Ok. Mais moi, ça me met quand même dans l'embarras.
Le pompon fut d'essayer de trouver un endroit propice pour un entretien. Car vous admettrez qu'avec la meilleure volonté du monde, le couloir, la valise et la maman, c'était pas l'idéal.

Ma quête fut rude ! Après moult demandes, on me propose la salle à manger. Je proteste : la salle à manger est un haut lieu de passage du service, bruyant et envahi de monde !
L'infirmière tique... (embêtant ce psy !)...Ca n'a l'air de gêner personne que je fasse un entretien au milieu des compotes aux pommes, des miettes de gâteaux et des parents, infirmières et médecins qui passent entre deux tables...
On me propose ensuite le bureau de la surveillante : un modeste réduit envahit de dossiers et de matériel médical. Le top pour mettre un enfant à l'aise, dessiner, discuter avec lui... Je résiste (prouve que tu existes, ce monde n'est pas le tiens...Oops, pardon...Fin de journée, fatigué... l'ai pas fait exprès).

Bref, on me trouve finalement une salle.

Tout ça pour dire quoi ? Ben oui j'y reviens : ma place ! Un peu l'impression de passer pour la dernière roue du carrosse. Que comme je n'ai pas de matériel high tech, n'importe quel coin de bureau me fera l'affaire.
Qu'on attend la sortie de l'enfant pour me demander de passer (j'imagine la scène dans le bureau des infirmières  en train de clore le dossier : zuuuuuut, on a oublié le psy !)
Et que donc, l'entretien ne se fait plus dans des conditions favorables.

Et je vous épargne les multiples dérangements ! Qu'une perfusion sonne, là, ok, l'infirmière rentre et fait le nécessaire, ça me parait normal.
Mais quand je suis en train de faire un entretien, remuer des choses douloureuses, avoir un enfant, un parent qui pleure et que la porte s'ouvre brusquement  sur l'auxiliaire qui aboit : "GOUTEEEEER.... Compote aux fraises ou aux pommes ??".
Là, j'ai des éclairs qui me passent dans les yeux...Ca peut pas attendre un peu ?
Ou idem, en plein entretien, l'infirmière ouvre la porte "Juste deux secondes, hein excuse moi, je prends la température...".
Ben tiens... Ok madame, pas de souci, on attend que l'infirmière ai fini...Trente secondes.... Bon ca y est...On en était où ? Ah oui, vous pleuriez en évoquant le décès de votre père. On reprend là ?

Ben tiens, pas de souci hein ?

J'essaie pourtant d'expliquer qu'un entretien qu'on interrompt ne peut pas toujours être repris ! Qu'on perd tout de l'émotionnel qui s'y déroule, qu'on perd le fil, bref, que c'est très dérangeant.

Je crois que vu la charge de travail des infirmières, elles sont souvent la tête dans le guidon, à gérer douze mille trucs à la fois et ce n'est pas de la mauvaise volonté.
Mais je crois aussi qu'on pense qu'un entretien psy c'est une discussion, qu'on peut interrompre et reprendre, qu'on peut faire dans n'importe quel coin du service.
Mais pourtant, si on s'interroge soi même un tant soit peu : oserions nous confier des choses intimes à un inconnu dans une salle où la porte s'ouvre toutes les trente secondes ? Ou au milieu d'un réduit encombré de matériel médical ?

Allez, pour autant, ne désespérons pas : si on m'appelle, c'est quand même qu'on m'a fait une place dans ce service...A moi de continuer à la faire, et de faire comprendre mon travail...

Commentaires

J'espérais te relire bientôt, je n'ai pas eu à attendre longtemps!

N'as-tu pas de bureau dans l'hôpital? J'en ai rencontré à qui leur hiérarchie leur a proposé de partager un bureau à plusieurs (!): optimum pour les consultations n'est-ce pas? Ceci tient de l'anecdote, mais plus sérieusement cet article sur la place du psychologue fait réfléchir sur l'exigence et parfois la difficulté de faire comprendre le cadre dans lequel notre travail doit nécessairement se situer. En bref, savoir répondre au Koikonfé et Akoisasert, et le justifier, peut être parfois long et éprouvant!

J'imagine que toutes ces questions seront abordées au fil des post car elles constituent aussi une part essentielle du métier. Merci encore une fois du plaisir que j'ai pris à te lire.

Écrit par : Halley | 05/01/2009

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